ATRIUM - Histoire du Moyen Âge

Le Moyen Âge est la période comprise entre l'Antiquité et l'Age classique, c'est-à-dire allant de la chute de l'Empire romain (en 476) à la chute de l'Empire Byzantin (en 1453). C'est l'humaniste Giovanni Andrea qui utilisa pour la première fois le terme de "Moyen age" en 1469. Mais ce n'est qu'au cours du XVIIe siècle que le mot devint d'usage courant. Il était alors utilisé dans un sens dépréciatif et désignait le millénaire séparant la disparition de la culture antique et la Renaissance.

 

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Le Saint Empire romain germanique : notions introductives
 

Reich, regnum ou imperium ?

Compliquée, l'histoire du Saint Empire romain de nation germanique est tissée de paradoxes. Saint, cet empire ? Il se qualifiait ainsi quand ses chefs affrontaient la papauté. Romain, cet empire dont la Ville éternelle ne fut la capitale au sens strict du mot que très peu de temps et pour le malheur de ceux qui avaient tenté cette expérience ? Germanique enfin, cet empire ne pouvait pas l'être purement et simplement; par définition il devait à tout le moins s'élever vers l'universel, au-dessus des nations qu'il voulait englober toutes ; certes, les liens de l'empire avec l'Allemagne étaient extrêmement étroits ; les Allemands se constituèrent en nation parce que, emmenés loin de chez eux par la grande aventure impériale, ils prirent ainsi conscience de leur unité ; cependant le roi qu'ils élisaient ne s'appelait pas roi des Allemands mais des Romains, parce qu'il avait vocation de devenir empereur. Le royaume germanique et l'empire supranational étaient imbriqués si strictement qu'en allemand il n'y a qu'un seul mot, Reich, pour désigner l'un et l'autre, alors que le latin distingue le regnum de l'imperium. Si la logique est ainsi contrariée, c'est dans une large mesure parce que nous n'avons pas affaire à l'histoire d'une institution mais bien plutôt à celle des rapports qu'entretient une institution avec une idée, une idée-force.

Orbis romanus et orbis christianus

Cette idée-force est celle que l'orbis romanus était devenu l’orbis christianus ; Dieu en était le protecteur et son lieutenant sur la terre, l'empereur, s'acquittait tout ensemble d'une mission politique et religieuse. Son souvenir, que la légende cristallisa, enrichit l'idée impériale d'un thème qu'elle ne devait plus perdre par la suite : celui du peuple chargé par la Providence de réaliser son dessein d'unité ; après les Romains, les Francs avaient reçu cette mission ; désormais, il ne serait plus possible de prétendre à l'empire sans se référer au plus glorieux des Francs. L'empire devenait presque inévitablement bipolaire; deux villes symbolisaient son double héritage, Rome d'abord, mais également Aix-la-Chapelle. Afin de compenser la faiblesse de ses ressources matérielles, Otton Ier se servit de l'autorité morale que lui conférait la dignité impériale ; comme Charlemagne et tous les empereurs chrétiens, il fut le lieutenant de Dieu sur terre ; ses fonctions étant à la fois spirituelles et temporelles, il put compter sur l'appui de l'Église et les structures ecclésiastiques servirent d'armature à un organisme qui sans elles eût été privé de nerfs et de squelette. De très nombreuses traverses et des drames bouleversants mirent la résistance de cet édifice à rude épreuve, mais la symbiose du religieux et du politique s'avéra profitable ; les successeurs d'Otton Ier firent tout ce qui était en leur pouvoir pour la conserver; elle permit à l'empire de prendre son essor et d'atteindre son apogée au milieu du XIe siècle.

De la symbiose au déchirement

Nous verrons au fils des pages de ce dossier consacré au St Empire comment cette idée directrice évolua au fil des siècles, comment le passage de la symbiose au déchirement se fit, tant au travers des positions doctrinales que des faits. En effet, peu d'années après la belle construction d’Otton, celle-ci fut profondément ébranlée. Les papes avaient redécouvert qu'ils avaient en charge la chrétienté tout entière et que des abus graves la rongeaient ; pour la réformer, une parfaite liberté d'action était indispensable ; il ne fallait pas qu'un laïc quel qu'il fût s'immisçât dans les affaires du clergé ; que l'empereur se prétendit le nouveau Moise et nommât les évêques était inadmissible. Mais ce qui était aux yeux du pape un abus de pouvoir était pour l'empereur un droit imprescriptible. L’affrontement était inévitable ; il fut impitoyable. Après cinquante ans de lutte un armistice fut conclu. L’empire en sortit gravement affaibli ; les prélats n'étaient plus des officiers mais des vassaux ; il n'était plus possible d'exiger d'eux un dévouement absolu. Frédéric de Hohenstaufen, dit Barberousse, tira les leçons de cette transformation et fit de la féodalité l'une des bases sur lesquelles la monarchie reposait ; les gens d'Église y eurent leur place et l'empire fut déclaré saint. Mais Barberousse voulut faire bénéficier ses États des richesses dont l'Italie regorgeait ; le mariage de son fils Henri VI avec l'héritière des Normands de Sicile devait assurer aux Hohenstaufen la maîtrise de toute la péninsule. C'était compter sans la volonté d'indépendance des villes lombardes dont les papes, résolus à ne pas se laisser prendre en tenaille, furent les alliés constants. La mort prématurée de Henri VI et les troubles qui s'en suivirent permirent au Saint-Siège de formuler avec plus de hauteur que jamais ses droits, et l'empereur n'exerçait que ceux dont le successeur de Pierre lui avait donné délégation. Appuyé sur le royaume sicilien qu'il tenait de sa mère, le petit-fils de Barberousse, Frédéric Il, se présenta tout au contraire comme le souverain absolu, « la loi animée sur terre ». La lutte reprit, féroce et, en dépit des efforts déployés de part et d'autre, indécise. Frédéric II était invaincu quand la maladie le terrassa en 1250. Ce fut la nouvelle de son décès qui sonna l'hallali presque d'un seul coup, ce fut l'effondrement et, l'anarchie sévit pendant une vingtaine d'années ; des empereurs fantoches ne purent y mettre fin. L'empire semblait si gravement atteint que, de nos jours encore, des historiens estiment qu'il en mourut. Ce jugement ne vaut que dans la mesure où sont considérés comme seuls viables les États centralisés et c'était, à la fin du Moyen age, la forme d'organisation politique dont se dotaient des royaumes destinés à devenir de grandes puissances, la France en particulier. Rien de tel ne pouvait être construit dans l'empire ; accaparés par leur lutte contre les papes, les empereurs n'avaient pas pu développer les institutions qui leur eussent permis de gouverner d'une main ferme; en revanche, les principautés s'étaient pourvues, elles, de ces structures ; les démanteler était impensable. Mais il faut bien observer qu'aucune de ces communautés ne poussa jusqu'au bout son développement; elles ne revendiquèrent pas la souveraineté et ne se détachèrent pas de l'empire qui aurait pu disparaître en s'émiettant. Les princes voulaient rester à l'intérieur d'un cadre, garant de leur communauté de destin. Dans les batailles qu'ils avaient livrées pour l'honneur de leur souverain, les Allemands avaient pris conscience de leur unité ; l'empire était la mission de la nation germanique qui n'entendait pas en être privée ; il fallait donc en assurer la continuité. Le terrain où s'étaient affrontés les deux prétendants à la domination universelle fut déserté et par la papauté que son exil en Avignon débilita et par l'empire qui fixa, par la promulgation de la Bulle d'or (1356), les règles d'une vie interne soustraite désormais à l'influence pontificale.

 

 
 

Bibliographie

E-Th. Rimli, coll. Histoire universelle illustrée Editions Stauffacher S.A

 
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