LA SOLUTION FINALE

On entend par IIIe Reich la période de l’histoire de l’Allemagne qui s’étend du 30 janvier 1933 au 8 mai 1945.  L’expression elle-même, adoptée et imposée par les nationaux-socialistes, reprend le titre d’un ouvrage d’Arthur Moeller van den Bruck: Das Dritte Reich, paru en 1923. Pour cet auteur, le Ier Reich était le Saint Empire romain germanique, le IIe Reich, celui de Bismarck et de Guillaume II (1871-1918), le troisième devant se substituer à la république de Weimar dont il espérait la fin prochaine.  Pour les historiens, le IIIe Reich est synonyme de régime hitlérien, ou régime national-socialiste.

 

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Introduction au dossier
 
 

C’est d’abord dans ses deux principaux ouvrages, Mein Kampf et L’expansion du III Reich (dit le « second livre »), que Hitler expose doctrinalement, souvent par une articulation habile, ses intentions meurtrières envers le peuple juif ; Hitler utilise le darwinisme social pour introduire la lutte des races humaines pour leur survie, selon ses théories les races fortes subsistent alors que les races faibles (ou métissés, selon ses termes) sont voués à l’extermination. Le métissage dont parle Hitler se fait notamment par un mélange du sang pur, le sang aryen, avec un sang vicié, celui des juifs. Hitler  compare ces derniers à des bactéries qui infectent le sang pur et entraîne la dégénérescence de la race contaminée. Déjà Hitler nous fait part de la nécessité de la disparition du peuple juif, mais jamais il ne précise exactement comment.

L’expansion du III Reich est un livre mal connu, Hitler l’écrit en 1928 mais ne le fit jamais publier, il était trop explicite…Cela implique la question principale de ce dossier : Hitler fut-il ou non l’instigateur direct de la solution finale ? Il est claire que moralement Hitler porte une responsabilité totale dans le choix meurtrier de la solution finale, mais est-ce lui qui ordonna celle-ci ? On peut en effet se demander si :

-          Hitler ne fait pas simplement un « acte électoral » lorsqu’il prononce ses terribles discours, c’est-à-dire s’il ne jette pas simplement des slogans, des sortes de promontoires électoraux. Dans ce cas Hitler n’aurait pas eut une idéologie fixée et n’aurait fait que se servir de l’antisémitisme latent comme moyen d’accéder au pouvoir. C’est une hypothèse qui aujourd’hui nous semble un peu légère, mais elle se devait d’être formulée pour envisager toutes les possibilités.

-          Hitler exprime une obsession plus ou moins consciente lorsqu’il se lance dans ses violentes diatribes face au peuple juif ; mais il ne fait que discourir et il ne songe pas encore à une solution radicale pour se débarrasser du peuple juif. C’est comme si, une fois exprimée, ses pulsions antisémites étaient satisfaites et ne réclamaient rien de plus.

-          Une toute autre dimension s’exprime si l’on songe qu’il expose, dès le début, une sorte de programme qui doit aboutir au massacre total des juifs.

-          Peut-être n’est-ce pas un véritable programme mais en tout cas une déclaration d’intention ; les étapes ne sont pas définies mais le but est plus ou moins clair.

L’exposé de ces hypothèses est primordial car du choix de l’une d’elles va dépendre notre vision entière du régime national-socialiste ; toute la controverse est là : quelle est la nature de ce régime et quel rôle joue le génocide dans l’action du Reich ? Deux positions théoriques s’affrontent :

 

a)       la position intentionnaliste (ou hitlériste)

b)       la position fonctionnaliste  (ou structuraliste)

La position intentionnaliste soutient que Hitler avait définit un programme à long terme, qu’il avait un objectif élaboré dès 1925-1926 et qu’il le poursuivit de manière systématique, par étapes, dans l’exercice de son pouvoir. Cette théorie soutient la position d’une « dictature absolue » au service de la volonté et des obsessions de Hitler. La position fonctionnaliste soutient que le génocide est le résultat des circonstances, c’est-à-dire qu’il n’émane pas de Hitler mais qu’il est né sur le terrain des difficultés connu par les allemands lors de la campagne de Russie. Cette théorie soutient la position d’une « dictature faible », une sorte de chaos administratif et politique, au sein duquel Hitler ne fut pas la volonté qui exécuta son objectif mais une sorte de force entérinant des pressions venant de plusieurs sources (peuple, bourgeoisie, extrêmes du parti, industrie…). Il existe d’autres théories entre les deux principales exposées ci-dessus ; nous ne les traiterons pas dans cette partie du dossier.

Pour déterminer laquelle de ces positions nous allons adopter, s’il sera possible de le faire, il faut se poser la question centrale : le génocide était-il prédéterminé ou non ? Pour y voir clair et essayer de comprendre comment on en est arrivé au génocide, il convient de s’interroger sur les deux ouvrages de Hitler et principalement sur le « second livre ». Il faudrait analyser le contenu de celui-ci pour voir ce qui s’en dégage ; y a-t-il un programme, des intentions claires, un objectif déterminé ? Nous ne ferrons pas ce travail arasant puisque l'on en trouve une synthèse dans Hitler idéologue. Ce qui se dégage principalement des recherches menées c’est que les éléments s’organisent en une sorte de vision du monde hitlérienne, la lutte des races pour leur survie étant la préoccupation principale de Hitler. Ma sa vision comporte deux caractéristiques, et ce sont certainement elles qui assurèrent à Hitler son succès :  

-          sa vision est « originale », notamment dans sa composante antisémite ; Hitler opère une sorte de synthèse des traditions antisémites et en fait quelque chose de nouveau, d’ « original ».

-          sa vision est articulée par une logique interne très bien établie. A partir des prémisses Hitler dégage toute une chaîne d’éléments cohérents qui donne une sorte de force, plus ou moins scientifique ou philosophique, à ses ouvrages (dans ce cas particulièrement Mein Kampf).

Si l’on tient compte de ces deux « qualités », il semble que l’on puisse alors pencher pour une théorie soutenant que Hitler fit plus que de prononcer de simples slogans à buts électoraux ou de simples déclarations d’intentions qu’il ne pensait pas réellement concrétiser, Hitler aurait donc eut un programme dès le début ! Ce n’est pourtant qu’une hypothèse, bien que plausible, puisque pour pouvoir être affirmatif il faudrait sortir des textes de Hitler et voir par des moyens extérieurs si des indices viennent étayer notre hypothèse, c’est ce que nous allons faire. Intéressons-nous aux éléments historiques : 

Hitler a-t-il repris des éléments de ses textes dans ses discours acharnés entre 1933 et 1945 concernant une extermination des juifs ? La réponse est clairement non en ce qui concerne ses thèses antisémites. Hitler ne parlera que peu, et en des termes vagues, du « problème juif ». C’est surtout du Lebensraum dont Hitler parle. C’est très surprenant lorsque l’on découvre cela, évidemment ça ne remet en aucun cas en cause l’antisémitisme de Hitler mais par contre cela semble infirmer la thèse d’un programme dont le but ultime fut l’extermination des juifs. Une exception pourtant, et de taille: lors de son discours célèbre du 30 janvier 1939 dans lequel il annonce que «…si une deuxième guerre mondiale éclate le peuple juif sera exterminé… ». Ce discours sera d’ailleurs repris en janvier 1942, est-ce là la preuve d’une continuité, d’un programme ? Plusieurs interprétations sont possibles :

1-       Il ne s’agit que de slogans éructés, ce n’est pas un programme mais une manière d’impressionner les foules.

2-       C’est une sorte de prophétie à laquelle cependant Hitler ne croit pas vraiment.

3-       C’est l’énoncé d’un programme clairement établit.

Comment choisir entre ces trois possibilités, tout le problème est là ! Il est nécessaire de se pencher sur les principales étapes de la politique antisémite du régime nazi pour essayer d’apporter une réponse, je souligne qu’il ne s’agit pas ici d’une chronologie mais seulement des étapes principales et attestées par des sources diplomatiques émanant des autorités du Reich.

1-       La promulgation des « Lois de Nuremberg », le 15 septembre 1935, sont une première étape décisive dans la politique antisémite du III Reich. La première de ces lois concerne la « citoyenneté » et la seconde est intitulée « loi sur la protection du sang ». Pour en savoir plus et mieux comprendre l’importance de ces lois voir la rubrique Lois de Nuremberg.

2-       La « Nuit de cristal » les 9 et 10 novembre 1938 ( voir la rubrique Nuit de cristal).

3-       La migration forcée des juifs polonais (28 octobre 1938) ; elle sera stoppée par le commencement de la guerre.

4-       La création des ghettos et la mise sur pieds de plans de déportation de la population juive (d’abord en direction de la Pologne

 
 
 
 
 
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