C’est
d’abord dans ses deux principaux ouvrages, Mein Kampf
et L’expansion du III Reich (dit le « second
livre »), que Hitler expose doctrinalement, souvent par
une articulation habile, ses intentions meurtrières envers le
peuple juif ; Hitler utilise le darwinisme
social pour introduire la lutte des races humaines pour
leur survie, selon ses théories les races fortes subsistent
alors que les races faibles (ou métissés, selon ses termes)
sont voués à l’extermination. Le métissage dont parle
Hitler
se fait notamment par un mélange du sang pur, le sang aryen,
avec un sang vicié, celui des juifs. Hitler compare ces
derniers à des bactéries qui
infectent le sang pur et entraîne la dégénérescence de la
race contaminée. Déjà Hitler nous fait part de la nécessité
de la disparition du peuple juif, mais jamais il ne précise
exactement comment.
L’expansion
du III Reich
est un livre mal connu, Hitler l’écrit en 1928 mais ne le fit
jamais publier, il était trop explicite…Cela implique la
question principale de ce dossier : Hitler
fut-il ou non l’instigateur direct de la solution finale ?
Il est claire que moralement Hitler porte une responsabilité
totale dans le choix meurtrier de la solution finale, mais
est-ce lui qui ordonna celle-ci ? On peut en effet se
demander si :
-
Hitler ne fait pas simplement un « acte
électoral » lorsqu’il prononce ses terribles
discours, c’est-à-dire s’il ne jette pas simplement des
slogans, des sortes de promontoires électoraux. Dans ce cas
Hitler n’aurait pas eut une idéologie fixée et n’aurait
fait que se servir de l’antisémitisme
latent comme moyen d’accéder au pouvoir. C’est une
hypothèse qui aujourd’hui nous semble un peu légère, mais
elle se devait d’être formulée pour envisager toutes les
possibilités.
-
Hitler exprime une obsession plus ou moins consciente
lorsqu’il se lance dans ses violentes diatribes face au peuple
juif ; mais il ne fait que discourir
et il ne songe pas encore à une solution radicale pour
se débarrasser du peuple juif. C’est comme si, une fois
exprimée, ses pulsions antisémites étaient satisfaites et ne
réclamaient rien de plus.
-
Une toute autre dimension s’exprime si l’on songe
qu’il expose, dès le début, une sorte
de programme qui doit aboutir au massacre total des
juifs.
-
Peut-être n’est-ce pas un véritable programme mais en
tout cas une déclaration d’intention ;
les étapes ne sont pas définies mais le but
est plus ou moins clair.
L’exposé
de ces hypothèses est primordial car du choix de l’une
d’elles va dépendre notre vision entière du régime
national-socialiste ; toute la controverse est là : quelle
est la nature de ce régime et quel rôle joue le génocide dans
l’action du Reich ? Deux positions théoriques
s’affrontent :
a)
la position intentionnaliste
(ou hitlériste)
b)
la position fonctionnaliste
(ou structuraliste)
La
position intentionnaliste soutient que Hitler avait définit
un programme à long terme, qu’il avait un objectif élaboré
dès 1925-1926 et qu’il le poursuivit de manière systématique,
par étapes, dans l’exercice de son pouvoir. Cette théorie
soutient la position d’une « dictature absolue »
au service de la volonté et des obsessions de Hitler.
La
position fonctionnaliste soutient que le génocide
est le résultat des circonstances, c’est-à-dire
qu’il n’émane pas de
Hitler
mais qu’il est né sur le terrain des difficultés connu par
les allemands lors de la campagne de Russie. Cette théorie
soutient la position d’une « dictature faible »,
une sorte de chaos administratif et politique, au sein duquel
Hitler ne fut pas la volonté qui exécuta son objectif mais une
sorte de force entérinant des pressions venant de plusieurs
sources (peuple, bourgeoisie, extrêmes du parti, industrie…). Il
existe d’autres théories entre les deux principales exposées
ci-dessus ; nous ne les traiterons pas dans cette partie du
dossier.
Pour
déterminer laquelle de ces positions nous allons adopter,
s’il sera possible de le faire, il faut se poser la question
centrale : le génocide était-il
prédéterminé
ou non ?
Pour
y voir clair et essayer de comprendre comment on en est arrivé
au génocide, il convient de s’interroger sur les deux
ouvrages de Hitler et principalement sur le « second livre ».
Il faudrait analyser le contenu de celui-ci pour voir ce qui
s’en dégage ; y a-t-il un programme, des intentions
claires, un objectif déterminé ? Nous ne ferrons pas ce
travail arasant puisque l'on en trouve une synthèse dans Hitler
idéologue. Ce qui se dégage principalement des
recherches menées c’est que les éléments s’organisent en
une sorte de vision du monde hitlérienne, la lutte des races
pour leur survie étant la préoccupation principale de Hitler.
Ma sa vision comporte deux caractéristiques, et ce sont
certainement elles qui assurèrent à Hitler son succès :
-
sa vision est « originale », notamment
dans sa composante antisémite ; Hitler opère une sorte de
synthèse des traditions antisémites et en fait quelque chose
de nouveau, d’ « original ».
-
sa vision est articulée par une logique interne
très bien établie. A partir des prémisses Hitler dégage
toute une chaîne d’éléments cohérents qui donne une sorte
de force, plus ou moins scientifique ou philosophique, à ses
ouvrages (dans ce cas particulièrement Mein Kampf).
Si l’on
tient compte de ces deux « qualités », il semble
que l’on puisse alors pencher pour une théorie soutenant que
Hitler fit plus que de prononcer de
simples slogans à buts électoraux ou de simples déclarations
d’intentions qu’il ne pensait pas réellement concrétiser,
Hitler aurait donc eut un programme dès le début ! Ce
n’est pourtant qu’une hypothèse,
bien que plausible, puisque pour pouvoir être affirmatif il
faudrait sortir des textes de Hitler et voir par des moyens extérieurs
si des indices viennent étayer notre hypothèse, c’est ce que
nous allons faire.
Intéressons-nous
aux éléments historiques :
Hitler a-t-il repris des éléments de ses textes dans ses
discours acharnés entre 1933 et 1945 concernant une
extermination des juifs ? La réponse est clairement non en
ce qui concerne ses thèses antisémites. Hitler ne parlera que
peu, et en des termes vagues, du « problème juif ».
C’est surtout du Lebensraum dont Hitler parle. C’est
très surprenant lorsque l’on découvre cela, évidemment ça
ne remet en aucun cas en cause l’antisémitisme de Hitler mais
par contre cela semble infirmer la thèse d’un programme dont
le but ultime fut l’extermination des juifs. Une exception
pourtant, et de taille: lors de son discours célèbre du 30
janvier 1939 dans lequel il annonce que «…si une deuxième
guerre mondiale éclate le peuple juif sera exterminé… ».
Ce discours sera d’ailleurs repris en janvier 1942, est-ce là
la preuve d’une continuité, d’un programme ? Plusieurs
interprétations sont possibles :
1-
Il ne s’agit que de slogans éructés, ce n’est pas
un programme mais une manière
d’impressionner
les foules.
2-
C’est une sorte de prophétie à laquelle cependant
Hitler ne croit pas vraiment.
3-
C’est l’énoncé d’un programme clairement établit.
Comment
choisir entre ces trois possibilités, tout le problème est là !
Il est nécessaire de se pencher sur les principales étapes de
la politique antisémite du régime nazi pour essayer
d’apporter une réponse, je souligne qu’il ne s’agit pas
ici d’une chronologie mais seulement des étapes principales
et attestées par des sources diplomatiques émanant des autorités
du Reich.
1-
La promulgation des « Lois de Nuremberg », le
15 septembre 1935, sont une première étape décisive dans la
politique antisémite du III Reich. La première de ces lois
concerne la « citoyenneté » et la seconde est
intitulée « loi sur la protection du sang ». Pour
en savoir plus et mieux comprendre l’importance de ces lois
voir la rubrique Lois
de Nuremberg.
2-
La « Nuit de cristal » les 9 et 10 novembre
1938 ( voir la rubrique Nuit
de cristal).
3-
La migration forcée des juifs polonais (28 octobre 1938) ;
elle sera stoppée par le commencement de la guerre.
4-
La création des ghettos et la mise sur pieds de plans de
déportation de la population juive (d’abord en direction de
la Pologne