ATRIUM - Histoire de l'Antiquité

En histoire européenne, l'Antiquité désigne la période des civilisations de l'écriture autour de la Méditerranée, après la Préhistoire, avant le Moyen Âge. La majorité des historiens estiment que l'Antiquité commence au IVe millénaire av. J.-C. (-3500, -3000) avec l'invention de l'écriture, et voit sa fin durant les grandes migrations eurasiennes autour du Ve siècle (300 à 600). La date symbolique est relative à une civilisation ou une nation, la déposition du dernier empereur romain d'Occident en 476 est un repère conventionnel pour l'Europe occidentale, mais d'autres bornes peuvent être significatives de la fin du monde antique.

 

Retour au sommaire

Sommaire >>> Histoire de l'Antiquité  >>> La crise de l'Empire

La dynastie des Sévères
 
 

Les empereurs et les règnes

Septime Sévère (193-211)

Les auteurs de la mort de Commode, le préfet du prétoire Laetus et le chambellan égyptien Eclectus, mirent sur le trône Pertinax. Sous Commode, Pertinax avait atteint à deux reprises le consulat, fut proconsul de l’Afrique et se trouvait, en 193, préfet de la Ville. Il s’appliqua à remettre de l’ordre dans l’Etat et les finances, il se préoccupa en particulier de la crise économique qu’il tenta de juguler. Il mécontenta cependant rapidement Laetus, qui espérait le dominer, et les prétoriens, dont il tardait à satisfaire les exigences. Le 28 mars 193, après seulement 87 jours de règne, il fut massacré par les prétoriens. Mais  sa mort, comme précédemment celle de Galba, ouvrait une période de guerres civiles. Les prétoriens offrirent sa place à Didius Julianus, ce dernier avait littéralement acheté le vote prétorien, ceuux-ci en furent déconsidérés pour toujours. Le Sénat n’avait accepté le riche sénateur qu’à contre-cœur et les légions étaient mécontentes et jalouses des prétoriens. Les légions de Pannonie supérieure proclamèrent leur chef, Septime Sévère. Pour ces troupes durement éprouvées depuis des années, c’était comme une récompense que de faire parvenir un des leurs à l’Empire. Mais, en même temps, les légions de Syrie avaient proclamé Pescennius Niger

Chacun des deux camps avait rallié à sa cause divers alliés. Il faut bien comprendre qu’il n’y avait aucune tendance au séparatisme, tout à fait inconcevable à cette époque, l’Orient marquait simplement son désir de voir son influence reconnue à l’échelon le plus élevé. Sévère avait l’avantage de se trouver plus près de Rome que ne l’était son adversaire. Il fit donc marcher ses troupes sur l’Italie du nord puis en direction de Rome. Cette dernière lui ouvrit ses portes sans combats. Le Sénat s’empressa d’investir Sévère et sur sa demande accorda l’apothéose à Pertinax. Septime Sévère licencia les prétoriens et forma une nouvelle Garde. Il eut l’habilité de conférer le titre de César au général de l’armée de Bretagne, Clodius Albinus, afin de le dissuader de prendre le pouvoir et ainsi d’ouvrir un second front.

Il fallait combattre dans un premier temps Pescennius Niger : en 193-194 la ville de Byzance fut assiégée, la victoire d’Issos remportée, Antioche vaincu et placer sous le contrôle de sa rivale Laodicée. Niger fut tué en se réfugiant auprès des Parthes. En 195, Byzance capitula. Mais Clodius Albinus, longtemps abusé par les ruses de Septime, avait décidé de tenter sa chance à son tour. Il jouissait d’une réelle popularité à Rome et avait également de nombreux alliés. Son erreur fut de trop attendre et d’avoir placé sa confiance en Septime Sévère ; en effet, bientôt Septime lui refusa l’imperium et la puissance tribunitienne et surtout proclama César son fils aîné, Bassianus, en avril 196 : c’était Caracalla (connu sous ce sobriquet tiré du nom d’un manteau militaire), le futur successeur de Septime Sévère. Septime Sévère rencontre Albinus le 19 février 197 ; Albinus fut vaincu et se tua. Sévère fit exécuter nombre de ses partisans et opéra en Gaule et en Espagne d’importantes confiscations. A Rome, il fit régner la terreur en condamnant à mort 29 sénateurs. Bientôt, une seconde attaque des Parthes (qui avaient déjà soutenu Niger) oblige l’empereur à une seconde campagne en Mésopotamie. Il ne revint à Rome qu’en 202. Il réprima en 205 un complot de son préfet du prétoire, Plautianus (beau-père de Caracalla). 

Septime Sévère mourut le 4 février 211 à Eburacum (York) des suites d’une grave maladie (sûrement la goutte). Originaire de Leptis Magna en Tripolitaine, il entra au sénat grâce à l’un de ses oncles. Il devint préteur en 178, commande des troupes en Syrie ; il réprima, à l’aide de son futur adversaire Pescennius Niger, la révolte dite des déserteurs en 188. Il devient Consul en 190. Sa femme, Julia Domna, est une Orientale. Ses deux fils, Caracalla et Géta, avaient un caractère terrible. Septime Sévère fut avant tout un juriste et un administrateur, il n’avait pas de grandes qualités de stratège. Il est aussi le premier souverain purement provincial, il est fils de colonisé et pas fils de colonisateur. On constate donc qu’il subit l’influence de sa patrie d’origine, l’Afrique, celle de la patrie de sa femme, l’Orient (Syrie) et enfin celle de ses armées du Danube. Septime Sévère n’aime guère les Romains et considère Rome comme une province semblable aux autres.

Caracalla et Macrin (211-218)

Caracalla failli assassiner son père en Bretagne, dans son impatience de régner. Dès février 212, il fait tuer son frère, Géta. On a tout dit sur les vices de Caracalla, sa cruauté, ses exécutions et ses confiscations, sa haine pour les supériorités, son goût pour la soldatesque. Il prenait comme modèle Alexandre le Grand. Il obtint effectivement quelques résultats, notamment contre les Germains (il dut quand même parfois leur verser d’importants subsides). Sa politique intérieure ne diffère pas beaucoup de celle de son père. Comme pour Néron ou Commode, on a tendance à attribuer le meilleur à ses conseillers et le pire à lui-même. Caracalla périt assassiner à l’instigation du préfet du prétoire Macrin, au cours d’une campagne contre les Parthes en avril 217. Les soldats, ignorant du complot, choisirent l’assassin pour empereur. Macrin réussit donc à s’imposer (ce que ne réussirent ni Séjan ni Plautianus avec de pareils efforts). Pour la première fois, un chevalier parvenait à l’empire. Il est aussi originaire d’Afrique (Maurétanie Césarienne). Sa carrière est celle d’un financier ; dénués d’ancêtres nobles ou puissants, il se trouvait dans une position délicate et tenta de se gagner le Sénat (il lui adressa plusieurs lettres dénonçant le principe d’hérédité ; mais en même temps il fait nommer son fils, Diaduménien, César). Il s’empresse de conclure avec plusieurs peuples (Parthes, Arméniens, Daces) des compromis sans gloire. Macrin chercha à satisfaire tout le monde, d’abord en réduisant le taux des impôts, en faisant quelques réformes administratives pour plaire au Sénat et fit au peuple des distributions de blé et d’argent. Mais il se mit à dos l’armée en voulant revoir à la baisse les soldes. Son règne fut bref car, en Syrie, les derniers mâles de la dynastie des Sévères réclamaient le pouvoir. Ainsi Avitus, âgé de 14 ans, fut proclamé Auguste le 15 mai 218. Macrin se mit en marche pour châtier les rebelles, mais il fut battu. Il s’enfuit en Asie Mineure où il est tué quelques semaines plus tard. Son fils est aussi massacré en essayant d’atteindre le pays des Parthes.

Elagabal et sévère Alexandre (218-235)

Le comportement du jeune Elagabal choqua profondément les romains ; il eut notamment le tort de vouloir introduire brutalement à Rome le culte de son Dieu, Baal. Le règne de ce jeune roi fut celui des « dames syriennes », Julia Moesa, sa grand-mère, en tout premier lieu. Les poussées hostiles à Elagabal devenaient toujours plus fortes, Julia sentant le danger, elle poussa le dernier de la famille en avant : Alexianus (qui prit le nom de Marcus Aurelius Alexander). Elagabal adopta son cousin (le père adoptif avait 17 ans et le fils 13 ans…). Bientôt Alexander supplanta son cousin qui ne comprit que trop tard son erreur. Il voulut le faire assassiner, mais une émeute prétorienne l’emporta, en compagnie de sa mère, le 13 mars 222. Sévère Alexandre régna à l’âge de 14 ans et fut tué à 27 ans. L’Histoire Auguste lui consacre la plus développée des Vies de son œuvre ; elle lui attribue de grandes qualités, mais il faut bien comprendre que la Vie d’Alexandre Sévère expose les idées des aristocrates romains (qui exaltent ceux qu’ils pensent être les représentants du bon vieux principat d’antan ; l’Histoire Auguste date en effet de l’extrême fin du IVe siècle). Il semble plutôt que Sévère Alexandre fut une personnalité faible et falote ; il observa cependant les rites de la religion traditionnelle et avait une éducation excellente. Sous son règne, les chrétiens jouirent d’une tolérance quasi officielle. C’est son incapacité militaire qui le condamna ; après une campagne médiocre contre les Perses, il affronta les Germains. Pour éviter les combats il mena des pourparlers qui déçurent les soldats, désireux d’en découdre. Maximin, athlète courageux, se fit offrir l’Empire ; l’empereur, abandonné par ses gardes, fut massacré dans sa tente le 18 mars 235.

La monarchie militaire

Le pouvoir impérial sous les Sévères

Septime Sévère reprit à son compte l’idéologie des Antonins : il se proclame fils de Marc Aurèle et par là l’héritier de tous ses prédécesseurs, il exalte la mémoire de Pertinax (chère au Sénat et aux armées) et celle de Commode. Notons que ni Septime Sévère ni ses descendants ne furent jamais élus par le Sénat, ils le furent tous par l’armée. Le Sénat se borne à entériner le choix des soldats (même s’il conserve des préférences qui peuvent s’avérer dangereuses : Pescennius Niger et surtout Clodius Albinus). Le problème de la succession est résolu au profit de la légitimité. Les Sévères ont fondé une dynastie comme les Flaviens, tout en invoquant l’exemple des Antonins, qui avaient pratiqué la même politique, mieux camouflée. Les Sévères reçurent l’appui de l’armée et du peuple, représenté surtout par la plèbe romaine : c’est la reprise des positions de Commode, ennemi du Sénat. Le rôle de populus romanus, était tenu par les soldats et la plèbe. Une légion était en outre stationnée aux portes de Rome. Les prétoriens, dont le nombre est doublé, ne sont plus Italiens mais Illyriens. Sévère élimine physiquement ou socialement ses adversaires (confiscations massives aux dépens de la classe sénatoriale). La référence constante à Marc Aurèle, le maintien des grandes institutions, le souci des beaux monuments et des bibliothèques, le recours aux juristes et aux civils dans l’administration du régime militaire, sont autant de traditions de l’Empire qui sont maintenues par les Sévères.

L’armée sous les Sévères

Tous les chefs militaires avaient pris conscience de la gravité du danger barbare ; l’insuffisance du dispositif établi par Hadrien le long des frontières, la difficulté accrue de recruter des soldats (le service était financièrement moins attrayant qu’il ne l’avait été) poussèrent à améliorer la condition de ceux-ci et de leur assurer une meilleure place dans la société. En tout, il y avait 10'000 prétoriens à Rome. La légion qui stationnait à proximité de Rome n’avait pas été créée seulement pour surveiller la ville, elle accompagnait les empereurs dans les diverses campagnes. L’empereur commandait directement une armée de 30'000 hommes, ce qui était suffisant pour dissuader les éventuels usurpateurs. L’édit de Caracalla en 212 (naturalisation de l’immense majorité des habitants de l’Empire) efface la distinction entre citoyens et pérégrins. On a souvent cru que les Sévères avaient exclu des cadres de l’armée les Italiens, mais cela est faux. Par leurs diverses réformes (augmentation de la solde, divers avantages matériels) on a dit des Sévères qu’ils avaient corrompu l’armée (Dion, Hérodien) ; cela est excessif car le niveau de vie du soldat reste bien modeste. La discipline se relâcha pourtant et bientôt l’insolentia militium s‘aggrava.

L’administration et son personnel

les conceptions des Sévères se marquent principalement par : une hostilité envers les sénateurs, des faveurs à l’ordre équestre, des tendances à la provincialisation de l’Italie. La préfecture du prétoire fut illustrée par d’éminentes personnalités : Plautianus, Papinien, Ulpien, Paul. La puissance de l’ordre sénatoriale est atteinte, sans mesures d’exclusions toutefois.

La monarchie égalitaire

Les Sévères ont pratiqué une politique égalitaire, nous l’avons vu en examinant certaines des réformes militaires. Cette politique leur fut inspiré par le désir de fortifier l’unité du monde romain ; les juristes du Conseil impérial en furent les instigateurs.

Les Sévères et l’ordre sénatorial

Le Sénat a perdu beaucoup de son prestige et de son rôle politique sous les Sévères. Notamment en ce qui concerne l’investiture impériale et l’administration de Rome et de l’Italie. Notons au passage qu’une quarantaine de sénateurs (partisans d’Albinius ou de Niger) seront exécutés sous le règne de Septime. C’est également sous les Sévères que l’ordre sénatorial devient une classe supérieure ; seul une minorité siège réellement à la curie (sur un millier de sénateurs probables, il suffit de 70 présents pour assurer la validité d’un sénatus-consulte).

Les Sévères et la bourgeoisie municipale

Nous avons déjà vu que sous les Antonins l’autonomie des cités avait reçu de rudes coups et que le déclin de celles-ci se dessinait au temps de Marc Aurèle. Les Sévères vont permettre à certaines villes d’atteindre leur apogée (faveurs, promotions…). Mais en même temps, ils vont laisser détruire par leurs soldats de grandes métropoles qui avaient soutenu leurs ennemis. Notons tout de même que Sévère revint rapidement sur les mesures de rigueur contre Antioche et fit reconstruire Byzance. Dans l’ensemble, les Sévères sont plutôt mal disposés envers la bourgeoisie cultivée des cités ; la ville est vue comme une unité administrative destinée à servir l’État (par l’imposition). L’autonomie municipale, depuis longtemps menacée, tend à disparaître.

Les classes inférieures

Envers les esclaves et les affranchis, les Sévères ont suivi à peu près la même politique que les empereurs du IIe siècle ; on la connaît cependant mieux grâce aux nombreuses lois du Digeste et du Code Justinien, qui sont attribués à Papinien, Paul et Ulpien. Il faut bien comprendre que l’institution même de l’esclavage n’est pas remise en cause et que la distinction entre homme libre et esclave reste entière. Ulpien admet tout de même que, même si l’esclave n’a aucun droit selon les lois civiles, on doit le traiter convenablement en vertu du droit naturel (par exemple, l’esclave gardait le droit de se réfugier au pied des statues des empereurs pour échapper aux sévices). Mais l’État s’intéresse davantage aux affranchis qui sont souvent riche et utile. Envers les classes inférieures, les humiliores, les Sévères tendirent à les favoriser afin que leur appui vienne compenser l’hostilité des riches.

L’Edit de Caracalla (212)

Le texte qui nous est parvenu est très endommagé ; ce qui semble curieux, c’est que seuls parmi les contemporains Dion Cassius et Ulpien y font allusion. Il est surprenant qu’une mesure de cette portée ait laissée si peu de traces dans la littérature du IIIe et du IVe siècles. La phrase essentielle est celle-ci : « Je donne donc à tous les pérégrins qui vivent dans l’oikoumène (= le monde habité, soit l’empire romain) le droit de cité romain, en sauvegardant le droit des cités… » Tous les habitants de l’Empire deviennent donc citoyens romains, tout en restant soumis aux obligations et au droit de leur cité d’origine. Mais il semble pourtant que jusque sous Justinien il subsista des catégories de gens ne bénéficiant pas de la citoyenneté : ce sont sans doute des barbares introduits dans l’Empire après l’édit de 212. Notons encore que ceux qui servaient dans l’armée obtenaient la citoyenneté.  Pourquoi un tel édit ? Dion Cassius, ennemi mortel de l’empereur, affirme que ce sont les raisons fiscales qui furent déterminantes, notamment en ce qui concerne l’impôt sur les successions, qui ne pesait effectivement que sur les citoyens (Caracalla venait justement de le faire passer de 5% à 10%). Caracalla, sincèrement très pieux, a peut-être aussi voulu étendre à tous ses sujets les dieux officiels de Rome. Mais il semble bien que l’édit ne soit finalement que le terme logique de l’évolution des siècles précédents. Notons encore qu’il est probable que l’édit engendra une plus grande difficulté à recruter des soldats, puisque l’attrait de la citoyenneté obtenue en fin de service avait disparu.

L’Etat et la vie économique

Les conditions générales

Malgré les guerres civiles, les conditions économiques ne sont pas toutes défavorables. La période de paix s’étendant de 200 à 208 fut bénéfique et certaines provinces (Syrie, Afrique, pays danubiens) ont connu sous les Sévères leur plus grande prospérité. En revanche, l’Etat va accroître progressivement ses ponctions sur les productions et étendre sur tous les domaines de l’activité économique une surveillance étroite et paralysante : c’est un régime de totalitarisme naissant.

Finances et monnaies

Les dépenses des Sévères sont du même ordre que celles des Antonins mais sensiblement accrues. Les dépenses militaires, les frais de l’administration, les distributions frumentaires, les distributions d’argent (ou congiaires) et les nombreuses constructions à Rome et dans les provinces caractérisent les principales dépenses. Pour faire face aux dépenses, les Sévères mirent en place une politique de « fiscalisme » intégral, au service de l’État exploiteur : taxation directe, travail forcé, corvées d’État, levées extraordinaires sur le capital furent autant de sources de revenus. L’originalité des Sévères fut de faire peser le maximum de ces charges sur l’aristocratie sénatoriale et les bourgeoisies municipales ; en fait, il ne faut pas forcément voir là une hostilité aux élites, l’État prenait l’argent là où il était ! Il ne semble pas que les impôts réguliers aient été sérieusement alourdis (sauf certaines taxes en Égypte). Caracalla avait rapidement gaspillé ce que son père lui avait laissé (augmentation des soldes, fortes sommes en or de qualité versées aux barbares pour éviter les invasions…). Cependant, Caracalla aurait laissé une caisse bien garnie qui fut rapidement dilapidée par Elagabal. Septime Sévère est le créateur de l’anone militaire, cet impôt en nature, payé par tous ceux qui ont des revenus fonciers (sorte de réquisition destinée à l’entretien des troupes). Durant tout le règne de Septime Sévère un grand désordre monétaire subsista ; nous n’entrerons pas dans le détails ici. Mais Septime Sévère a su limiter les effets de la tendance inflationniste, il a favorisé la circulation et la production de l’argent. 

La politique agraire des Sévères

Selon Hérodien, Pertinax aurait permis d’occuper en toute propriété, et avec une immunité fiscale de 10 ans, les terres incultes, tant en Italie que dans les provinces. Septime Sévère reprit la même politique. L’armée se compose essentiellement de paysans, il est donc naturel que les Sévères aient eu une politique visant à rapprocher ces deux éléments de base. D’abord par la formation de village de paysans plus ou moins militarisés (castella), notamment dans les régions exposées au danger des barbares. Dans l’ensemble, les Sévères ont sûrement fait davantage pour la vie rurale que pour l’artisanat et l’industrie qui ont souffert de leur politique. L’époque des Sévères est une époque de mutations, un tournant à beaucoup de point de vue, mais en tout cas pas le début d’une décadence, celle-ci n’apparaîtra qu’au cours du IIIe siècle, et temporairement.

La civilisation au temps de Marc Aurèle et des Sévères

La vie religieuse païenne sous les derniers Antonins et les Sévères : le syncrétisme

Pour des auteurs importants comme E.Renan et G.Boissier, le règne de Marc Aurèle marque la fin du monde antique ou du moins celle du paganisme gréco-romain proprement dit. Le stoïcisme de Marc Aurèle (notons au passage qu’il était toutefois particulièrement superstitieux) est mal adapté à un mode et à une société qui avaient besoins d’hommes d’action et non de perfectionnistes individuels. Le paganisme traditionnel et le stoïcisme « disparaissent » à peu près en même temps. Commode, comme Elagabal, eut déjà un univers religieux emprunt de mystique orientale. Le syncrétisme c’est la tendance qui veut confondre tous les dieux en une réalité supérieure, un dieu suprême. Ce mouvement a des origines anciennes et on ne peut le rattacher à aucune personnalité déterminée. La religion romaine était devenue trop officielle, trop politique pour satisfaire les aspirations individuelles, elle n’était finalement plus qu’une énième forme de loyalisme civique. La même tendance émerge pour le culte impérial : l’empereur n’est pas adoré à titre individuel, mais comme le représentant d’une force divine qui assure la prospérité et l’unité de l’Empire. Pour conclure, soulignons fortement que le syncrétisme est le fruit d’un esprit de cosmopolitisme ; le monde européen connaît un brassage semblable à celui du monde hellénistique après les conquêtes d’Alexandre (d’ailleurs plusieurs des Sévères le choisirent comme héros et l’honorèrent). En ces temps de guerre, de troubles et d’oppression sociale, les pauvres et les persécutés se réfugient dans l’eschatologie. Le syncrétisme, répétons-le, est le résultat d’un brassage universel ; sous ses formes les plus simples, il s’exprime par des dédicaces à des divinités multiples.

Le christianisme et l’Empire sous les derniers Antonins et les Sévères

L’aggravation de la situation générale, la peste et les guerres contre les barbares suscitèrent dans les masses populaires, citadines surtout, de violents mouvements hostiles aux chrétiens. La « provocation » chrétienne provenait surtout d’une secte, le montanisme. Ce mouvement annonce la Parousie (c’est-à-dire le retour du Christ pour le jugement) et conteste violemment les hiérarchies, notamment par le refus du service militaire et de toute activité publique. La secte fut reconnue comme hérétique, mais les païens ne manquèrent pas de faire l’amalgame entre elle et le christianisme. Les chrétiens refusant de participer aux cérémonies religieuses de Marc Aurèle et Lucius Verus en 167-169, lors du raid des Quades et des Marcomans, aggravèrent leur cas. Pour Celse, qui publie en 178 son Discours vrai, les persécutions sont de la part des autorités un acte de légitime défense. En 177 se déroule la tragédie de Lyon, Eusèbe de Césarée nous relate l’épisode des « martyrs de Lyon ». Le règne de Commode fut considéré plus tard par les chrétiens comme une période de paix de 13 ans ; Commode ne s’inquiétait guère des progrès de l’Église et l’on dit même que sa concubine, Marcia, était chrétienne. Le syncrétisme qui fleurit au temps de Septime Sévère présentait sans doute un danger doctrinal pour le christianisme qui risquait l’absorption.

On attribue généralement à Septime Sévère un édit, datant environ de 202, interdisant tout prosélytisme aux Juifs et aux chrétiens ; cependant les chrétiens ne considérèrent jamais Septime comme un persécuteur. De même, Tertullien considère que le règne de Septime Sévère fut une période de paix pour les chrétiens et il n’incrimine jamais que les gouverneurs cédant à la foule hurlante. Notons, pour remettre en cause cet édit de 202, que Tertullien dans son Apologétique (202) ne signale aucun édit contre le prosélytisme. 

Sous Caracalla régnèrent pour les chrétiens la paix et la liberté. Elagabal entendait subordonner le dieu des chrétiens à son dieu suprême et non le combattre. Sévère Alexandre fut lui aussi favorable aux chrétiens. Inversement, il faut souligner la haine populaire envers les chrétiens, celle-ci conduisit à l’assassinat du pape Calixte en 222.

 
 
 
 
 

Sur ATRIUM...

     
       

Littérature:

Minucius Felix: l'Octavius  

 

L'Octavius de Minucius Felix nous donne une bonne idée des persécutions contre les chrétiens...

Simple page

       
Liens internet... Liens en rapport avec ce mini-dossier...    
       
Votre site ici Ecrivez-nous pour ajouter votre site en lien ici...    
       
 
Copyright © Yannick RUB