Les auteurs de la mort de
Commode,
le préfet du prétoire Laetus et le
chambellan égyptien Eclectus, mirent
sur le trône Pertinax. Sous
Commode, Pertinax avait atteint à deux reprises le consulat, fut
proconsul de l’Afrique et se trouvait, en 193, préfet de la
Ville. Il s’appliqua à remettre de l’ordre dans l’Etat et
les finances, il se préoccupa en particulier de la crise économique
qu’il tenta de juguler. Il mécontenta cependant rapidement
Laetus, qui espérait le dominer, et les prétoriens, dont il
tardait à satisfaire les exigences. Le 28 mars
193,
après seulement 87 jours de règne, il fut
massacré par les prétoriens. Mais
sa mort, comme précédemment celle de
Galba,
ouvrait une période de guerres civiles. Les prétoriens offrirent sa
place à Didius Julianus, ce dernier
avait littéralement acheté le vote prétorien, ceuux-ci en
furent déconsidérés pour toujours. Le Sénat n’avait accepté
le riche sénateur qu’à contre-cœur et les légions étaient mécontentes
et jalouses des prétoriens. Les légions de Pannonie supérieure
proclamèrent leur chef, Septime
Sévère. Pour ces troupes durement éprouvées
depuis des années, c’était comme une récompense que de faire
parvenir un des leurs à l’Empire. Mais, en même temps, les
légions de Syrie avaient proclamé
Pescennius
Niger.
Chacun des deux camps avait
rallié à sa cause divers alliés. Il faut bien comprendre
qu’il n’y avait aucune tendance au séparatisme,
tout à fait inconcevable à cette époque, l’Orient
marquait simplement son désir de voir son influence reconnue à
l’échelon le plus élevé. Sévère avait l’avantage de se
trouver plus près de Rome que ne l’était son adversaire. Il
fit donc marcher ses troupes sur l’Italie du nord puis en
direction de Rome. Cette dernière lui ouvrit ses portes sans
combats. Le Sénat s’empressa d’investir Sévère et sur sa
demande accorda l’apothéose à Pertinax.
Septime Sévère licencia les prétoriens et forma une nouvelle Garde.
Il eut l’habilité de conférer le titre de César au général
de l’armée de Bretagne, Clodius
Albinus, afin de le dissuader de prendre le pouvoir et
ainsi d’ouvrir un second front.
Il fallait combattre dans un
premier temps Pescennius Niger : en 193-194 la ville de
Byzance fut assiégée, la victoire d’Issos remportée, Antioche
vaincu et placer sous le contrôle de sa rivale Laodicée. Niger
fut tué en se réfugiant auprès des Parthes. En 195, Byzance
capitula. Mais Clodius Albinus, longtemps abusé par les ruses de
Septime, avait décidé de tenter sa chance à son tour. Il
jouissait d’une réelle popularité à Rome et avait également
de nombreux alliés. Son erreur fut de trop attendre et d’avoir
placé sa confiance en Septime Sévère ; en effet, bientôt
Septime lui refusa l’imperium et la puissance
tribunitienne et surtout proclama César son fils aîné,
Bassianus,
en avril 196 : c’était
Caracalla
(connu sous ce sobriquet tiré du nom d’un manteau militaire),
le futur successeur de Septime Sévère. Septime Sévère rencontre
Albinus le 19 février 197 ;
Albinus fut vaincu et se tua. Sévère fit exécuter nombre de ses
partisans et opéra en Gaule et en Espagne d’importantes
confiscations. A Rome, il fit régner la terreur en condamnant à
mort 29 sénateurs. Bientôt, une seconde attaque
des Parthes (qui avaient déjà soutenu Niger) oblige l’empereur
à une seconde campagne en Mésopotamie. Il ne revint à Rome
qu’en 202. Il réprima en 205 un
complot de son préfet du prétoire, Plautianus
(beau-père de Caracalla).
Septime Sévère mourut le 4 février
211 à Eburacum (York) des suites d’une grave maladie (sûrement
la goutte). Originaire de Leptis Magna en Tripolitaine, il entra
au sénat grâce à l’un de ses oncles. Il devint préteur en
178, commande des troupes en Syrie ; il réprima, à l’aide
de son futur adversaire Pescennius Niger, la
révolte dite des déserteurs en 188. Il devient Consul en 190. Sa
femme, Julia Domna, est une
Orientale. Ses deux fils,
Caracalla
et Géta, avaient un caractère
terrible. Septime Sévère fut avant tout un juriste et un
administrateur, il n’avait pas de grandes qualités de stratège.
Il est aussi le premier souverain purement provincial, il est fils
de colonisé et pas fils de colonisateur. On constate donc qu’il
subit l’influence de sa patrie d’origine, l’Afrique, celle
de la patrie de sa femme, l’Orient (Syrie) et enfin celle de ses
armées du Danube. Septime Sévère n’aime guère les Romains et
considère Rome comme une province semblable aux autres.
Caracalla failli assassiner son
père en Bretagne, dans son impatience de régner.
Dès février 212, il fait tuer son frère, Géta. On a
tout dit sur les vices de Caracalla, sa cruauté, ses exécutions
et ses confiscations, sa haine pour les supériorités, son goût
pour la soldatesque. Il prenait comme modèle
Alexandre
le Grand. Il obtint effectivement quelques résultats,
notamment contre les Germains (il dut quand même parfois leur
verser d’importants subsides). Sa politique intérieure ne diffère
pas beaucoup de celle de son père. Comme pour
Néron
ou
Commode,
on a tendance à attribuer le meilleur à ses conseillers et le
pire à lui-même. Caracalla périt assassiner à l’instigation
du préfet du prétoire Macrin, au
cours d’une campagne contre les Parthes en avril 217. Les soldats, ignorant du
complot, choisirent l’assassin pour empereur. Macrin réussit
donc à s’imposer (ce que ne réussirent ni
Séjan
ni Plautianus avec de pareils
efforts). Pour la première fois, un
chevalier parvenait à l’empire. Il est aussi originaire
d’Afrique (Maurétanie Césarienne). Sa carrière est celle
d’un financier ; dénués d’ancêtres nobles ou
puissants, il se trouvait dans une position délicate et tenta de
se gagner le Sénat (il lui adressa plusieurs lettres dénonçant
le principe d’hérédité ; mais en même temps il fait
nommer son fils, Diaduménien, César). Il s’empresse de conclure avec
plusieurs peuples (Parthes, Arméniens, Daces) des compromis sans
gloire. Macrin chercha à satisfaire tout le monde, d’abord en réduisant
le taux des impôts, en faisant quelques réformes administratives
pour plaire au Sénat et fit au peuple des distributions de blé
et d’argent. Mais il se mit à dos l’armée
en voulant revoir à la baisse les soldes. Son règne fut
bref car, en Syrie, les derniers mâles de la dynastie des Sévères
réclamaient le pouvoir. Ainsi Avitus,
âgé de 14 ans, fut proclamé Auguste le 15 mai 218. Macrin se
mit en marche pour châtier les rebelles, mais il fut battu. Il
s’enfuit en Asie Mineure où il est tué quelques semaines plus
tard. Son fils est aussi massacré en essayant d’atteindre le
pays des Parthes.
Le comportement du jeune
Elagabal choqua profondément les romains ; il eut notamment
le tort de vouloir introduire brutalement à Rome le culte de son
Dieu, Baal. Le règne de ce jeune roi
fut celui des « dames syriennes »,
Julia Moesa, sa grand-mère, en tout
premier lieu. Les poussées hostiles à Elagabal devenaient
toujours plus fortes, Julia sentant le danger, elle poussa le
dernier de la famille en avant : Alexianus (qui prit le nom
de Marcus Aurelius Alexander).
Elagabal adopta son cousin (le père adoptif avait 17 ans et le
fils 13 ans…). Bientôt Alexander supplanta son cousin qui ne
comprit que trop tard son erreur. Il voulut le faire assassiner,
mais une émeute prétorienne l’emporta, en compagnie de sa mère,
le 13 mars 222. Sévère
Alexandre régna à l’âge de 14 ans et fut tué à 27
ans. L’Histoire Auguste lui consacre la plus développée
des Vies de son œuvre ; elle lui attribue de grandes
qualités, mais il faut bien comprendre que la Vie d’Alexandre
Sévère expose les idées des aristocrates
romains (qui exaltent ceux qu’ils pensent être les représentants
du bon vieux principat d’antan ; l’Histoire Auguste
date en effet de l’extrême fin du IVe siècle). Il semble plutôt que Sévère
Alexandre fut une personnalité faible et falote ; il observa
cependant les rites de la religion traditionnelle et avait une éducation
excellente. Sous son règne, les chrétiens jouirent d’une tolérance
quasi officielle. C’est son incapacité militaire qui le
condamna ; après une campagne médiocre contre les Perses,
il affronta les Germains. Pour éviter les combats il mena des
pourparlers qui déçurent les soldats, désireux d’en découdre.
Maximin, athlète courageux, se fit
offrir l’Empire ; l’empereur, abandonné par ses gardes,
fut massacré dans sa tente le 18 mars 235.
Le pouvoir impérial sous les Sévères
Septime Sévère reprit à son
compte l’idéologie des Antonins : il se proclame fils de
Marc
Aurèle et par là l’héritier de tous ses prédécesseurs,
il exalte la mémoire de Pertinax (chère au Sénat et aux armées)
et celle de
Commode.
Notons que ni Septime Sévère ni ses
descendants ne furent jamais élus par le Sénat, ils le furent tous
par l’armée. Le Sénat se borne à entériner le
choix des soldats (même s’il conserve des préférences qui
peuvent s’avérer dangereuses : Pescennius Niger et surtout
Clodius Albinus). Le problème de la succession
est résolu au profit de la légitimité. Les Sévères ont fondé
une dynastie comme les Flaviens, tout en invoquant l’exemple des
Antonins, qui avaient pratiqué la même politique, mieux camouflée.
Les Sévères reçurent l’appui de l’armée et du peuple, représenté
surtout par la plèbe romaine : c’est la reprise des
positions de Commode, ennemi du Sénat. Le rôle de populus
romanus, était tenu par les soldats et
la plèbe. Une légion était en outre stationnée aux
portes de Rome. Les prétoriens, dont le nombre est doublé, ne
sont plus Italiens mais Illyriens. Sévère élimine physiquement
ou socialement ses adversaires (confiscations massives aux dépens
de la classe sénatoriale). La référence constante à Marc Aurèle,
le maintien des grandes institutions, le souci des beaux monuments
et des bibliothèques, le recours aux juristes et aux civils dans
l’administration du régime militaire, sont autant de traditions
de l’Empire qui sont maintenues par les Sévères.
L’armée sous les Sévères
Tous les chefs militaires
avaient pris conscience de la gravité du danger
barbare ; l’insuffisance du dispositif établi par
Hadrien
le long des frontières, la difficulté accrue de recruter des
soldats (le service était financièrement moins attrayant qu’il
ne l’avait été) poussèrent à améliorer la condition de
ceux-ci et de leur assurer une meilleure place dans la société. En tout, il y avait 10'000
prétoriens à Rome. La légion qui stationnait à proximité de
Rome n’avait pas été créée seulement pour surveiller la
ville, elle accompagnait les empereurs dans les diverses
campagnes. L’empereur commandait directement une armée de
30'000 hommes, ce qui était suffisant pour dissuader les éventuels
usurpateurs. L’édit de Caracalla en 212
(naturalisation de l’immense majorité des habitants de l’Empire)
efface la distinction entre citoyens et pérégrins. On a souvent
cru que les Sévères avaient exclu des cadres de l’armée les
Italiens, mais cela est faux. Par leurs diverses réformes
(augmentation de la solde, divers avantages matériels) on a dit
des Sévères qu’ils avaient corrompu l’armée (Dion, Hérodien) ;
cela est excessif car le niveau de vie du soldat reste bien
modeste. La discipline se relâcha pourtant et bientôt l’insolentia
militium s‘aggrava.
L’administration et son personnel
les conceptions des Sévères se
marquent principalement par : une
hostilité envers les sénateurs, des faveurs à l’ordre équestre,
des tendances à la provincialisation de l’Italie. La préfecture
du prétoire fut illustrée par d’éminentes personnalités :
Plautianus, Papinien, Ulpien, Paul. La puissance de l’ordre sénatoriale
est atteinte, sans mesures d’exclusions toutefois.
Les Sévères ont pratiqué une
politique égalitaire, nous l’avons vu en examinant certaines
des réformes militaires. Cette politique leur fut inspiré par le
désir de fortifier l’unité du monde
romain ; les juristes du Conseil impérial en furent
les instigateurs.
Les Sévères et l’ordre sénatorial
Le Sénat
a perdu beaucoup de son prestige et de son rôle politique sous
les Sévères. Notamment en ce qui concerne l’investiture
impériale et l’administration de Rome et de l’Italie. Notons
au passage qu’une quarantaine de sénateurs (partisans d’Albinius
ou de Niger) seront exécutés sous le règne de Septime. C’est
également sous les Sévères que l’ordre sénatorial devient
une classe supérieure ; seul une minorité siège réellement
à la curie (sur un millier de sénateurs probables, il suffit de
70 présents pour assurer la validité d’un sénatus-consulte).
Nous avons déjà vu que sous
les Antonins l’autonomie des cités avait reçu de rudes coups
et que le déclin de celles-ci se dessinait au temps de
Marc
Aurèle. Les Sévères vont permettre à certaines
villes d’atteindre leur apogée (faveurs, promotions…). Mais
en même temps, ils vont laisser détruire par leurs soldats de
grandes métropoles qui avaient soutenu leurs ennemis. Notons tout
de même que Sévère revint rapidement sur les mesures de rigueur
contre Antioche et fit reconstruire Byzance. Dans l’ensemble,
les
Sévères sont plutôt mal disposés envers la bourgeoisie cultivée
des cités ; la ville est vue comme une unité
administrative destinée à servir l’État (par l’imposition).
L’autonomie municipale, depuis longtemps
menacée, tend à disparaître.
Envers les esclaves et les
affranchis, les Sévères ont suivi à peu près la même
politique que les empereurs du IIe siècle ; on la connaît
cependant mieux grâce aux nombreuses lois du Digeste et du
Code Justinien, qui sont attribués à Papinien, Paul et
Ulpien.
Il faut bien comprendre que l’institution
même de l’esclavage n’est pas remise en cause et que la
distinction entre homme libre et esclave reste entière.
Ulpien admet tout de même que, même si l’esclave n’a aucun
droit selon les lois civiles, on doit le traiter convenablement en
vertu du droit naturel (par exemple, l’esclave gardait le droit
de se réfugier au pied des statues des empereurs pour échapper
aux sévices). Mais l’État s’intéresse davantage aux
affranchis qui sont souvent riche et utile. Envers les classes inférieures,
les humiliores, les Sévères tendirent à les favoriser afin
que leur appui vienne compenser l’hostilité des riches.
Le texte qui nous est parvenu
est très endommagé ; ce qui semble curieux, c’est que
seuls parmi les contemporains Dion Cassius et
Ulpien y font
allusion. Il est surprenant qu’une mesure
de cette portée ait laissée si peu de traces dans la littérature
du IIIe et du IVe siècles. La phrase essentielle est
celle-ci : « Je donne donc à tous les pérégrins
qui vivent dans l’oikoumène (= le monde habité, soit
l’empire romain) le droit de cité romain, en sauvegardant le
droit des cités… » Tous les habitants de l’Empire
deviennent donc citoyens romains, tout en restant soumis aux
obligations et au droit de leur cité d’origine. Mais il semble
pourtant que jusque sous Justinien il
subsista des catégories de gens ne bénéficiant pas de la
citoyenneté : ce sont sans doute des barbares introduits
dans l’Empire après l’édit de 212. Notons encore que ceux
qui servaient dans l’armée obtenaient la citoyenneté. Pourquoi
un tel édit ? Dion Cassius, ennemi mortel de
l’empereur, affirme que ce sont les raisons
fiscales qui furent déterminantes, notamment en ce qui
concerne l’impôt sur les successions, qui ne pesait
effectivement que sur les citoyens (Caracalla venait justement de
le faire passer de 5% à 10%).
Caracalla,
sincèrement très pieux, a peut-être aussi voulu étendre à
tous ses sujets les dieux officiels de Rome. Mais il semble bien
que l’édit ne soit finalement que le
terme logique de l’évolution des siècles précédents.
Notons encore qu’il est probable que l’édit engendra une plus
grande difficulté à recruter des soldats, puisque l’attrait de
la citoyenneté obtenue en fin de service avait disparu.
L’Etat et la vie économique
Malgré les guerres civiles, les
conditions économiques ne sont pas toutes défavorables. La période
de paix s’étendant de 200 à 208 fut bénéfique et certaines
provinces (Syrie, Afrique, pays danubiens) ont connu sous les Sévères
leur plus grande prospérité. En revanche, l’Etat va accroître
progressivement ses ponctions sur les productions et
étendre
sur tous les domaines de l’activité économique une
surveillance étroite et paralysante : c’est un régime
de totalitarisme naissant.
Finances et monnaies
Les dépenses des Sévères sont
du même ordre que celles des Antonins mais sensiblement accrues.
Les dépenses militaires, les frais de l’administration, les
distributions frumentaires, les distributions d’argent (ou
congiaires) et les nombreuses constructions à Rome et dans les
provinces caractérisent les principales dépenses. Pour faire
face aux dépenses, les Sévères mirent en place une politique
de « fiscalisme » intégral, au service de l’État
exploiteur : taxation directe, travail forcé, corvées d’État,
levées extraordinaires sur le capital furent autant de sources de
revenus. L’originalité des Sévères fut de faire
peser
le maximum de ces charges sur l’aristocratie sénatoriale et les
bourgeoisies municipales ; en fait, il ne faut pas
forcément voir là une hostilité aux élites, l’État prenait
l’argent là où il était ! Il ne semble pas que les impôts
réguliers aient été sérieusement alourdis (sauf certaines
taxes en Égypte).
Caracalla
avait rapidement gaspillé ce que son père lui avait laissé
(augmentation des soldes, fortes sommes en or de qualité versées
aux barbares pour éviter les invasions…). Cependant, Caracalla
aurait laissé une caisse bien garnie qui fut rapidement dilapidée
par Elagabal. Septime
Sévère est le créateur de l’anone
militaire, cet impôt en nature, payé par tous ceux
qui ont des revenus fonciers (sorte de réquisition destinée à
l’entretien des troupes). Durant tout le règne de Septime
Sévère un grand désordre monétaire subsista ; nous
n’entrerons pas dans le détails ici. Mais Septime Sévère a su
limiter les effets de la tendance inflationniste, il a favorisé
la circulation et la production de l’argent.
Selon Hérodien, Pertinax aurait
permis d’occuper en toute propriété, et avec une immunité
fiscale de 10 ans, les terres incultes, tant en Italie que dans
les provinces. Septime Sévère reprit la même politique.
L’armée se compose essentiellement de
paysans, il est donc naturel que les Sévères aient eu une
politique visant à rapprocher ces deux éléments de base. D’abord par la formation de village de paysans
plus ou moins militarisés (castella),
notamment dans les régions exposées au danger des barbares. Dans
l’ensemble, les Sévères ont sûrement fait davantage pour la
vie rurale que pour l’artisanat et l’industrie qui ont
souffert de leur politique.
L’époque
des Sévères est une époque de mutations, un tournant à
beaucoup de point de vue, mais en tout cas pas le début d’une décadence,
celle-ci n’apparaîtra qu’au cours du IIIe siècle, et
temporairement.
Pour des auteurs importants
comme E.Renan et G.Boissier, le règne de
Marc
Aurèle marque la fin du monde antique ou du moins
celle du paganisme gréco-romain proprement dit. Le stoïcisme de
Marc Aurèle (notons au passage qu’il était toutefois particulièrement
superstitieux) est mal adapté à un mode et à une société qui
avaient besoins d’hommes d’action et non de perfectionnistes
individuels. Le paganisme traditionnel et le
stoïcisme « disparaissent » à peu près en même
temps.
Commode,
comme Elagabal, eut déjà un univers religieux emprunt de
mystique orientale. Le syncrétisme
c’est la tendance qui veut confondre tous les dieux en une réalité
supérieure, un dieu suprême. Ce mouvement a des origines
anciennes et on ne peut le rattacher à aucune personnalité déterminée.
La religion romaine était devenue trop
officielle, trop politique pour satisfaire les aspirations
individuelles, elle n’était finalement plus qu’une énième
forme de loyalisme civique. La même
tendance émerge pour le culte impérial : l’empereur
n’est pas adoré à titre individuel, mais comme le représentant
d’une force divine qui assure la prospérité et l’unité de
l’Empire. Pour conclure, soulignons fortement que le syncrétisme
est le fruit d’un esprit de cosmopolitisme ;
le monde européen connaît un brassage semblable à celui du
monde hellénistique après les conquêtes d’Alexandre
(d’ailleurs plusieurs des Sévères le choisirent comme héros
et l’honorèrent). En ces temps de guerre, de troubles et
d’oppression sociale, les pauvres et les persécutés se réfugient
dans l’eschatologie. Le syncrétisme, répétons-le, est le résultat
d’un brassage universel ; sous
ses formes les plus simples, il s’exprime par des dédicaces à
des divinités multiples.
L’aggravation de la situation
générale, la peste et les guerres contre les barbares suscitèrent
dans les masses populaires, citadines surtout, de
violents
mouvements hostiles aux chrétiens. La « provocation »
chrétienne provenait surtout d’une secte, le
montanisme.
Ce mouvement annonce la Parousie (c’est-à-dire le retour du
Christ pour le jugement) et conteste violemment les hiérarchies,
notamment par le refus du service militaire et de toute activité
publique. La secte fut reconnue comme hérétique, mais les païens
ne manquèrent pas de faire l’amalgame entre elle et le
christianisme. Les chrétiens refusant de
participer aux cérémonies religieuses de
Marc
Aurèle et Lucius Verus en 167-169, lors du raid
des Quades et des Marcomans, aggravèrent leur cas. Pour Celse,
qui publie en 178 son Discours vrai, les persécutions sont
de la part des autorités un acte de légitime défense. En 177 se
déroule la tragédie de Lyon, Eusèbe de Césarée nous relate
l’épisode des « martyrs de Lyon ». Le règne de
Commode
fut considéré plus tard par les chrétiens comme une période de
paix de 13 ans ; Commode ne s’inquiétait guère des progrès
de l’Église et l’on dit même que sa concubine, Marcia, était
chrétienne. Le syncrétisme qui fleurit au temps de Septime Sévère
présentait sans doute un danger doctrinal pour le christianisme
qui risquait l’absorption.
On attribue généralement à
Septime Sévère un édit, datant environ de 202, interdisant tout
prosélytisme aux Juifs et aux chrétiens ; cependant les chrétiens
ne considérèrent jamais Septime comme un persécuteur. De même,
Tertullien
considère que le règne de Septime Sévère
fut une période de paix pour les chrétiens et il
n’incrimine jamais que les gouverneurs cédant à la foule
hurlante. Notons, pour remettre en cause cet édit de 202, que
Tertullien dans son Apologétique (202) ne signale aucun édit
contre le prosélytisme.
Sous Caracalla régnèrent pour
les chrétiens la paix et la liberté. Elagabal entendait
subordonner le dieu des chrétiens à son dieu suprême et non le
combattre. Sévère Alexandre fut lui aussi favorable aux chrétiens.
Inversement, il faut souligner la haine
populaire envers les chrétiens, celle-ci conduisit à
l’assassinat du pape Calixte en 222.