Entre
la légende et les vestiges archéologiques exhumés, le fossé
se creuse.
“S’il
est une nation qui mérite le privilège d’être de
descendance divine, c’est bien la nôtre ; et si grande est la
gloire gagnée dans les combats par le peuple romain que, quand
il déclare que Mars en personne
fut son premier parent et le père du fondateur de sa cité, les
autres nations de la terre feraient bien de le reconnaître,
comme elles feraient bien de se soumettre à la domination impériale
de Rome.”
Ce
sont les propres mots de
Tite-Live,
l’un des plus grands historiens romains, lorsqu’il présenta
son histoire de Rome, des origines au siècle d’Auguste. Les
historiens romains étaient si éloignés des événements de
leur protohistoire, les sources d’information si rares, que
leur recours à la légende et même à une intervention divine
n’est pas si surprenant.
Ce
qui est plus surprenant, c’est la confirmation par les archéologues
d’un habitat sur le Mont Palatin installé
bien longtemps avant la date présumée de la création de la
cité par Romulus, en 753
avant notre ère.
La
reconstitution de l’histoire de Rome par la tradition et la légende
offre une image bien plus attrayante que celle obtenue à partir
de restes humains et d’objets déterrés. L’archéologie
nous rappelle que Rome, à sa fondation, était une
communauté
agricole dont les membres s’abritaient dans des huttes
primitives. Le site du futur Forum, à la base des collines, était
un marécage et servait de lieu de
sépulture. Que ce village primitif, destiné à devenir Rome,
ait grandi, écrasé ses voisins, la civilisation urbanisée et
bien établie d’Étrurie au Nord et la Magna Gracia, au Sud,
relève du légendaire.
Les
histoires reflètent l’orgueil des Romains pour leurs réussites
et en disent aussi long sur leur caractère et leur sens des
valeurs que sur l’histoire de la Rome primitive elle-même.