ATRIUM - Histoire de l'Antiquité

En histoire européenne, l'Antiquité désigne la période des civilisations de l'écriture autour de la Méditerranée, après la Préhistoire, avant le Moyen Âge. La majorité des historiens estiment que l'Antiquité commence au IVe millénaire av. J.-C. (-3500, -3000) avec l'invention de l'écriture, et voit sa fin durant les grandes migrations eurasiennes autour du Ve siècle (300 à 600). La date symbolique est relative à une civilisation ou une nation, la déposition du dernier empereur romain d'Occident en 476 est un repère conventionnel pour l'Europe occidentale, mais d'autres bornes peuvent être significatives de la fin du monde antique.

 

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Sommaire >>> Histoire de l'Antiquité  >>> La crise de l'Empire

Les derniers Antonins
 
 

Les empereurs et les événements

Le règne de Marc Aurèle (161-180)

Marc Aurèle était apparenté à la famille impériale : sa tante paternelle était la femme d’Antonin. Son père était mort jeune et n’avait pas eu le temps de se hisser aux plus hauts postes de l’état, mais son grand-père paternel, Marcus Annius Verus, fut trois fois consul. Du côté de sa mère les consulats foisonnaient également. En 138, dès l’âge de 17 ans, il était tout désigné au trône. Ses ascendances et ses qualités personnelles avaient plu à Hadrien. Nous sommes remarquablement bien renseignés sur son entourage, sa famille, ses goûts grâce à ses Pensées. Ce fut un empereur qui chercha à mettre en accord sa philosophie et son action, sans toujours y parvenir toutefois. Il n’est d’ailleurs pas certain que cet intellectuel introverti dont les vertus sont évidentes ait été l’empereur que la situation réclamait. En effet, il était de santé fragile (maux d’estomacs), foncièrement pessimiste, sa « formation professionnelle » laissait en outre à désirer. Dès 18 ans il fut questeur, consul en 140, consul pour la deuxième fois en 145, à 24 ans donc, il épouse Faustine la Jeune, fille d’Antonin, en 147. Mais jamais il ne reçu de commandement militaire, ni de gouvernement de province, Antonin ne le laissa pas même quitter l’Italie. Ce fut un tort et son apprentissage politique en souffrit. 

A la mort d’Antonin, Marc Aurèle fut reconnu sans problème par le sénat, il demanda que son frère, Lucius Verus , fût associé à son pouvoir. Une collégialité s’installa donc, c’était une nouveauté constitutionnelle. On a reproché à Marc Aurèle d’avoir mis fin au régime du « choix du meilleur » en rétablissant l’hérédité directe pour son fils, Commode. Mais on peut se demander ce qui serait advenu si l’empereur avait déshérité son fils au profit d’un meilleur que lui : une guerre civile à n’en pas douter ! Avec le sénat ses rapports furent excellents ; il institua de nouvelles charges (comme celle de préteur tutélaire) et apporta de nombreuses autres modifications (sa législation fut fort abondante et indiquait un penchant vers plus d’humanité et d’équité). Mais dans l’ensemble, sa politique fut conservatrice : attachement aux distinctions sociales et au maintien des privilèges qui distinguaient entre honestiores et humiliores. Sa politique fiscale fut très stricte et parfois dure, les guerres rendaient la crise financière menaçante. Marc Aurèle fut un homme superstitieux, ce dont son caractère philosophique aurait du le préserver. Il ne rejeta qu’une seule religion : le christianisme. Il ne fit d’ailleurs rien pour éviter les persécutions aux chrétiens. Il mourut le 17 mars 180 à Vindobona (Vienne).

Commode

Il succéda à son père sans difficultés. Mais Commode, qui était le premier empereur à « naître dans la pourpre » n’avait pas que des qualités ! Sa prétention à la divinité, sa paresse, sa débauche et sa cruauté firent de lui un empereur médiocre. Mais son entourage était de valeur. Lorsque son père mourut à Vindobona, Commode s’empressa de conclure la paix avec les barbares danubiens et s’en retourna à Rome. Il laissa le pouvoir à ses collaborateurs dans les premières années de son règne. Cette situation aurait peut être perdurée si une première conjuration n’avait éclaté. Les intrigues étaient le fait de sa sœur, Lucille, et bientôt l’on tenta de poignarder l’empereur (dans des conditions bizarres qui ne font pas penser à une véritable envie de tuer Commode). La répression ne tarda pas, la famille impériale, d’importants sénateurs et Paternus, le préfet du prétoire, furent exécutés. 

Commode était désormais soupçonneux et détesté du sénat. Il rechercha alors l’appui des chevaliers et l’obtint par le biais de Perennis (qui gouverna réellement de 182 à185). Mais les sénateurs ne pouvaient souffrir plus longtemps la prépondérance d’un chevalier ; Perennis fut accusé de prétendre au trône et succomba au mécontentement de l’armée de Bretagne et aux intrigues du chambellan M.Aurelius Cleander. Cet ancien esclave phrygien marqua de son influence la seconde moitié du règne (de 185 à 189). La situation se dégrada rapidement, finalement Cleander fut tenu pour responsable d’une disette (organisée par l’un de ses ennemis) et réprima les émeutes de manière sanglante. Commode le fit assassiner en 189 pour apaiser la foule. Ce fut alors la maîtresse de l’empereur, Marcia, son mari et le préfet du prétoire qui devinrent les personnages influents du régime. De son côté, l’empereur, s’enfermant dans une sorte de folie mystique, faisait régner une terreur sans nom. Cependant cette situation se bornait à Rome, les provinces épargnées étaient bien administrées par des hommes compétents comme Septime Sévère, Clodius Albinus, Pescennius Niger et Helvius Pertinax (hommes qui se retrouveront en compétition en 193).

Au niveau financier, il n’est pas certain que le règne de Commode aggrava la crise financière qui avait débuté sous Marc Aurèle, mais la crise ne fut ni comprise ni combattue. Ce règne « calamiteux » à bien des égards profita cependant aux chrétiens. En effet, peu soucieux du sort de l’empire, Commode ne se préoccupa pas de ceux qui en détruisaient les fondements, d’ailleurs Marcia passait pour être chrétienne. Bientôt Commode s’ombra dans une sorte de folie mystique, il se prenait pour un dieu, en l’occurrence Hercule. Quand il décida de sacrifier les deux consuls élus pour 193 et de parcourir la ville à la tête de ses gladiateurs, on décida de se débarrasser de ce « débile mental », il fut étrangler par son entraîneur, l’esclave Narcisse, le 31 décembre 192.

Les guerres sous Marc Aurèle et Commode

Depuis la mort de Trajan en 117, l’Empire vivait dans la paix (mis à part quelques petits incidents aux frontières) ; mais en 19 ans de règne, Marc Aurèle eut à supporter 17 ans de guerres…C’est un véritable tournant dans l’histoire de l’Empire.

La guerre contre les Parthes (161-166)

Marc Aurèle était peu enclin à la guerre, son tempérament  et son éducation ne faisaient pas de lui un conquérant. Il était cependant entouré de généraux habiles : Statius Priscus, Avidius Cassius et Pertinax, sans oublier Lucius Verus qui prit la direction nominale des opérations. C’est le roi des Parthes, Vologèse III, qui décida de profiter de l’arrivée d’un nouveau roi pour s’emparer de l’Arménie que la fermeté d’Antonin lui avait rendu inaccessible. Les romains subirent d’abord deux revers importants, mais en 163 ils entamèrent la campagne contre la Parthie, Cassius était à la tête des armées. Les romains s’imposèrent et la paix fut conclue en 166. En 172, les romains durent secourir le roi qu’ils avaient installé, il avait été chassé par le parti favorable aux Parthes. Cette nouvelle guerre fut un succès mais eut deux conséquences funestes :

- L’armée rapporta la peste (elle sévit durant près de 20 ans).

- Marc Aurèle confia de large pouvoir en Orient à Cassius, autorité qui lui facilitera l’usurpation en 175.

Les guerres danubiennes

Elles furent plus longues et plus périlleuses. L’Europe septentrionale était alors soumise à des mouvements de peuples qui ne tardèrent pas à démontrer la faiblesse de la conception statique du limes d’Hadrien. Ce fut la grande migration des Goths et des Gépides qui menaça le plus l’empire. Ces peuples se heurtèrent à ceux installés aux frontières du limes, ce furent principalement les Marcomans. Devant cette situation, les Marcomans n’eurent d’autre choix que de franchir la frontière pour espérer s’établir de l’autre côté du limes. C’était le début des grandes invasions qui allaient venir à bout de l’Occident romain. La première des guerres « marcomanniques » débuta en 169 et dura jusqu’en 174. Les Marcomans et les Quades attaquèrent en force le long du Danube (le moral romain n’était alors pas très reluisant, Lucius Verus était mort et la peste faisait des ravages). 

Les barbares remportèrent de nombreuses victoires et s’infiltrèrent dans le territoire romain. La panique s’empara de Rome. Mais bientôt la contre-offensive romaine, menée dès 171 par Marc Aurèle lui-même, obligea une partie des barbares à la reddition. Pour finir, Marcomans et Quades furent contraints d’implorer la paix à leur tour. Notons au passage que le préfet du prétoire, Macrinius Vindex, avait perdu la vie dans les combats. La paix dura environ deux ans, mais en 177 la guerre reprit. Les Quades et les Marcomans allaient être défait par le nouveau préfet du prétoire, Tarrutenius Paternus. L’Histoire Auguste nous rapporte que Marc Aurèle fit alors le dessein de conquérir tout le pays pour créer de nouvelles provinces. On ne sait pas s’il faut se fier à l’Histoire Auguste, mais de toute façon la mort de l’empereur, le 17 mars 180, allait mettre un terme à ce projet. Commode devait choisir entre continuer la guerre ou conclure la paix, c’est la seconde solution qu’il choisit. Pompeianus n’était pas de son avis. Les modernes ont reproché cette attitude à Commode, mais peut-être plus qu’une éventuelle « lâcheté » ou qu’un ardent désir de retourner à Rome, il faut comprendre que l’armée romaine était épuisée et qu’une grande offensive était impossible. Les premières grandes invasions avaient donc été arrêtées, mais non sans peine !

Les autres secteurs

Les autres secteurs de l’empire furent relativement plus calmes, relevons tout de même :

-         Des mouvements qui agitaient l’Europe centrale.

-         Des actes de piraterie à l’embouchure du Rhin.

-         Des incursions en Bretagne (ou des généraux de valeurs commandèrent : Calpurnius Agricola, Pertinax, Clodius Albinus).

-         En Afrique, des agitations des maures de Maurétanie.

La défense des frontières de l’empire était de plus en plus confiés à des troupes spécialisées, quasi barbares, les numeri, dont le nombre s’accrut sous Commode.

La crise de l’empire sous les derniers Antonin

Quand la crise de l’empire romain débute-t-elle vraiment ? La plupart des auteurs la situent sous Septime Sévère, quelques-uns sous Commode, mais très peu sous Marc Aurèle (celui-ci jouit de la protection de son excellente réputation personnelle), cependant en regardant d’un peu plus près on constate que la crise commença peut-être bien sous l’empereur philosophe. Essayons de voir le détails.

Déclin de l’activité économique

Les guerres marcomanniques montrèrent bien la situation plus que précaire, économiquement parlant, de l’empire. La guerre parthique avait déjà coûté cher, il faut encore y ajouter les dégâts de la peste (perte notable de main d’œuvre, notamment pour les mines). L’insécurité qui régnait alors en Europe était loin d’être bénéfique aux échanges commerciaux, il faut d’ailleurs relever les terribles difficultés liées au transport dans l’empire, certes les voies de transport étaient bonnes, mais les moyens de se déplacer étaient désastreux. Évidemment il est plus que risqué de vouloir attribuer à une grande crise une cause unique, nous ne le ferons pas. La précarité de l’économie romaine provenait de divers facteurs dont nous avons déjà esquissé certains, à ceux-ci il faut ajouter l’épuisements des sols (dans une moindre mesure), l’épuisement des mines (facteur qui n’est cependant pas déterminant non plus), la médiocrité de la circulation (monétaire, humaine, des informations, des ordres…), le niveau de vie très bas (donc pouvoir d’achat médiocre), les surcharges imposées par les guerres…autant de facteurs qui, dès le règne de Marc Aurèle, entament la crise de l’empire romain. Sous Marc Aurèle déjà, la fiscalité s’alourdit, des taxes spéciales sont appliquées à certaines régions, des krachs bancaires retentissant ont lieu (ainsi celui de l’esclave-banquier et futur pape, Calixte).

Décadence de la vie municipale

Le marasme économique ne tarde pas à atteindre la vie urbaine. La crise particulière des villae est prépondérante, plusieurs facteurs expliquent cette crise : D’abord la crise de l’esclavage lui-même, ensuite la concurrence des latifundia (qui est autarcique mais en plus susceptible de commercialiser ses excédents). Sous Marc Aurèle on constate une décadence du nombre de construction, ainsi, ce qui est révélateur, d’une diminution des dédicaces évergétiques. En ce qui concerne le ravitaillement, il faut bien dire que les empereurs ne se soucient que de celui de Rome (qui est confié aux magistrats municipaux que sont les édiles). Des émeutes éclatent (surtout en Orient → villes plus nombreuses sur un territoire plus exigu). On a vu que Cleander, le favori de Commode, fut sacrifier pour calmer le mécontentement populaire lors d’une disette. Il faut retenir que par divers facteurs (notamment l’établissement des vétérans en campagne) la romanisation se dissocie désormais de l’urbanisation. Cette ruralisation caractérise les III et IV siècle. Les riches fuient, eux aussi, les villes. Ils privent ainsi les pauvres de leurs « bons offices » et aggravent donc la situation du petit peuple. En plus ils forment, en se réfugiant dans leurs propriétés de campagne, une classe de magnats locaux qui règne sur les colons qui sont devenus des clients. On peut dire que la décadence de la vie urbaine tient tout autant de la désaffection des riches que du déclin de l’économie esclavagiste.

Les facteurs socio-politiques

Les modernes ont de plus en plus tendance à considérer le règne de Marc Aurèle comme désastreux ; son éducation, trop théorique, ne l’a guère préparé à l’action. Son régime s’appuie sur l’aristocratie sénatoriale et sur les riches notables des provinces romanisées. A ce niveau là, Commode s’accorde davantage avec son temps, en effet, il s’est appuyé sur les chevaliers (la classe équestre est alors de plus en plus prépondérante et c’est en son sein que sont recrutés les chefs militaires et les hauts fonctionnaires). Suite à ses soupçons conçernant les ambitions de Perennis, Commode va s’en remettre aux affranchis (plus précisément à sa domesticité orientale qui était exempte d’ambition suprême). Commode va aussi chercher la faveur des prétoriens, rappelant ainsi la période détestée de Néron ; il va négliger les armées provinciales et les provinces elles-mêmes (sauf l’Afrique). Sa politique semble se résumer à un seul véritable objectif : la fondation d’une monarchie absolue et divine.L’influence des armées se fait toujours plus grande. Les chefs de guerre sont de moins en moins solidaires du sénat, ils penchent du côté d’une monarchie militaire et absolue. L’ambition et la révolte d’Avidius Cassius ouvrent l’ère des grands généraux.

C’est aussi la fin de l’autonomie municipale, sans entrer dans le détails des raisons de ce déclin, soulignons simplement que les décurions des provinces sont désormais partisans d’un Etat fort, à même de les protéger de leurs ennemis (les grands propriétaires, les pauvres, l’armée ). Ainsi, l’absolutisme voit disparaître l’un des grands obstacles que la tradition libérale du principat lui opposait ; les cités sont réduites à de simples « unités administratives », elles acceptent alors plus facilement l’absolutisme.

Concluons en soulignant que les classes populaires se distinguent de moins en moins, colons, affranchis et esclaves sont sur un quasi seuil d’égalité face à la pauvreté. Les humiliores ne se sentent plus solidaires des honestiores qui les exploitent.

 
 
 
 
 
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