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Bavarois, officier de métier, plusieurs
fois blessé pendant la Première Guerre mondiale (mutilé de la face),
esprit politique pénétrant et remarquable organisateur, Ernst Röhm
sert en 1919 dans le corps franc de von Epp puis devient membre de l'état-major
de la Reichswehr en Bavière. C'est là qu'il fait la connaissance de l'«homme
de confiance»,
Adolf
Hitler. Comme presque tout le monde, il est frappé par
le génie oratoire du jeune agitateur et lui ménage les premiers
contacts avec les dirigeants politiques et militaires de la Bavière.
Membre du Parti ouvrier allemand d'Anton
Drexler, Röhm y amène Hitler et un grand nombre d'adhérents
nouveaux - amis personnels ou officiers de la Reichswehr - et lui
accorde son appui lors de la transformation du Parti ouvrier allemand en
Parti national-socialiste ouvrier allemand, puis lors de la mise sur
pied de la
SA
(Sturmabteilung, section d'assaut). En novembre 1923, Röhm, qui a pris la tête
d'une ligue nationaliste - dont le porte-drapeau est
Heinrich
Himmler -, participe à la tentative
de putsch à Munich en s'emparant du ministère de la Guerre.
Condamné avec sursis, il tente de rassembler les débris de ses groupes
nationalistes, mais échoue. Il accepte alors de partir, à la tête
d'une mission d'instruction militaire allemande, en
Bolivie
pour réorganiser l'armée de ce pays. Il y réussit brillamment. En
1930, Hitler le rappelle pour prendre la tête de la SA dont il craint
de perdre le contrôle. En deux ans, Röhm fait de la SA une puissante
milice disciplinée de quelque 400 000 hommes, l'«armée
brune», dont la force et la brutalité pèseront lourdement sur
les élections qui se succèdent à cette époque en Allemagne.
En avril 1932, Röhm, qui trouve Hitler trop
timoré, cherche à obtenir, en liaison avec le général
von
Schleicher - mais à l'insu du Führer -, un
accord
entre la SA et la Reichswehr, qui lui assurerait le pouvoir de
fait. Il n'y réussit pas. Après l'arrivée au pouvoir de Hitler, en
janvier 1933, Röhm lance l'idée d'une «seconde
révolution» nationale-socialiste qui viserait non plus à
écraser la gauche socialo-communiste, mais la droite capitaliste et
conservatrice. La SA serait alors elle-même la nouvelle armée révolutionnaire
de l'Allemagne, devenue réellement nationale-socialiste, et la
dominerait. Hitler tente de le calmer en le nommant
ministre
d'État, le 1er décembre 1933.
Mais Röhm, au cours de nombreuses
manifestations collectives destinées à célébrer la victoire du
redressement national, ne cesse de déclarer qu'il «aime
mieux faire les révolutions que les célébrer», que «le
but est encore loin d'être atteint», le redressement
national ne représentant «qu'une étape sur
la voie de l'État national-socialiste, notre objectif suprême».
Il reproche à Hitler d'être et de rester «un
civil, un artiste, un rêveur...».
Par ailleurs, il ne cache pas son désir
de faire de la Reichswehr, par l'intégration de la SA, une véritable
milice nationale-socialiste. Ainsi s'attire-t-il l'hostilité
des généraux jaloux de leurs privilèges. «Les
rochers gris doivent disparaître dans le fleuve brun»,
a-t-il coutume de dire. Dans le même temps,
Hitler
cherche au contraire à obtenir l'appui de la Reichswehr pour succéder
au vieux maréchal Hindenburg en
qualité de président du Reich. Le prix du marché ne peut être que le
sacrifice de Röhm et de la SA. Dans le même temps également,
Göring
et
Himmler
s'inquiètent des prétentions de Röhm et font croire à Hitler que le
chef de la SA prépare un complot visant à l'éliminer.
Heydrich
est au cœur de cette machination contre Röhm. Hitler est-il dupe? Non,
probablement. Il feint de croire au complot SA.
Poussé aussi par von Papen et
Hindenburg lui-même, Hitler décide de frapper.
Le 30 juin 1934, c'est l'atroce et
sanglante purge de la Nuit des longs couteaux au cours de laquelle Röhm,
arrêté par Hitler lui-même, est abattu par deux officiers
SS
dans la cellule de la prison de Munich où il a été incarcéré. Cette
Nuit des longs couteaux fera environ deux cents
victimes, chefs de la SA et personnalités politiques diverses.
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