C’est
à l’âge de 22 ans seulement que Rodolphe de Habsbourg
devient l’héritier de la fameuse famille qui
dominait
le cœur de la Suisse actuelle.
C’est à juste titre que Rodolphe pensait, un jour, devenir le
roi d’une
Alémanie ou d’une
Suisse contrôlant
les passages clés des Alpes et du
Jura. Ces voies de communications
étaient alors primordiales pour l’Europe de cette époque, il
en aurait tiré de substantiels revenus. Par héritage, achat ou
conquête Rodolphe va agrandir petit à petit ses territoires
jusqu’en Suisse centrale et orientale. A l’ouest il mena une
guerre contre le Pays de Vaud pour déjouer les volontés
expansionnistes de la Maison de Savoie et s’octroya la
plupart des biens de la famille éteinte des
Zähringen.
En
1273,
en plein siège de Bâle qui lui résistait, Rodolphe se voit
porter à la tête de l’Empire, en effet les grands électeurs
de l’Empire réunis à Francfort décidèrent de lui soumettre
ce poste, vacant depuis plus de 20 ans (voir le
Grand
Interrègne). Les prétentions
de Rodolphe devenait européenne et ne se limitait plus à la
« petite Suisse ». Celui
qui était alors son principal concurrent,
Otokar, roi
de Bohême, contesta son autorité.
Rodolphe trouva en Ottokar son seul adversaire
redoutable qui, déçu de n'avoir pas été élu roi lui-même par les
princes-électeurs, comme il l'avait espéré, refusait absolument
de se considérer comme le vassal du roi d'Allemagne. Le Tribunal
d'empire le condamna, mais il ne voulut pas se soumettre.
Rodolphe lui déclara la guerre. Il
tomba vaincu sur le champ de bataille de Marchegg,
en 1278; ainsi prit fin son grand rêve de gloire.
Rodolphe mit alors la main sur l'héritage des Babenberg,
Autriche, Styrie, Carinthie et Carniole, qu'il déclara fiefs
d'empire mais qu'il n'incorpora pas moins dans le patrimoine des
Habsbourg en les cédant à ses fils Rodolphe et Albert, avec le
titre de ducs. Cette démarche devait avoir des conséquences
considérables pour l'histoire de l'Europe. Rodolphe, en la
faisant, posa les fondements de la
puissance des Habsbourg et de la future grande monarchie
autrichienne. La domination habsbourgeoise se développa
avec puissance; son ancien centre de gravité qui se trouvait
naguère en Souabe et en Suisse se déplaça en faveur de
l'Autriche, dont Vienne devint le coeur.
La situation de Rodolphe par rapport à l'empire fut
considérablement améliorée par ses nombreuses acquisitions
territoriales. Il était devenu le plus puissant des princes
d'empire, ce qui assura à la couronne royale un prestige
inattendu. Mais la nature de son pouvoir était très différente
de celle des premiers empereurs. Il fut le premier roi allemand
puissant dans ses terres, et désormais ses successeurs n'eurent
d'importance que pour autant qu'ils surent
se faire respecter dans leur propre domaine. D'où
les efforts qu'ils déployaient pour atteindre à ce résultat,
tandis que les anciens empereurs avaient toujours pour but
d'imposer leur autorité aux princes d'empire et tenaient assez
peu à leur patrimoine.
Rodolphe ne parvint pas à remettre en honneur la
politique impériale en Italie. Il n'alla pas même à Rome pour
s'y faire couronner, quoique la couronne d'empereur lui eût été
promise. Cependant, s'il ne put rendre à l'Empire d'Allemagne
son ancien prestige, il n'abandonna pas tous les droits
impériaux en Italie; il renonça pourtant et pour toujours à la
Romagne et se réconcilia avec la maison de Naples-Anjou. Il ne
put se dissimuler que la Bourgogne et la Lorraine étaient en
train d'échapper à l'empire, sans qu'il lui fût possible
d'empêcher le désastre.
Sa
politique intérieure lui valut, en revanche, une grande
considération. Dans toute la mesure du possible, il favorisa la
paix dans le pays et réduisit en partie les chevaliers-pillards.
Mais il mena une politique fiscale
si dure, dans ses propres Etats et ailleurs encore, qu'il
provoqua un grave mécontentement, surtout dans les villes, qui
étaient le plus lourdement frappées. C'est ce qui causa, après
sa mort, le déclin de sa maison.
Ce n’est que 17 jours après
la mort de Rodolphe, en
1291,
que les Suisses conclurent une alliance perpétuelle contre les
Habsbourg.
Les électeurs lui donnèrent pour successeur, non son fils
Albert, mais un comte insignifiant,
Adolphe de Nassau (1291-1298);
ils voulaient un roi faible. Par surcroît, Albert n'était pas
aimé, à cause de son caractère sombre et peu aimable. Enfin,
Wenzel, le fils d'Ottokar Il,
travaillait contre lui. Mais, au bout de quelques années, le
parti d'Albert augmenta, parce qu'Adolphe exerçait le pouvoir
avec une rigueur provocante. Ce dernier fut vaincu et tué dans
la bataille de Göltheim
(1298) et
Albert accéda au trône
(1298-1308). Il continua l'oeuvre commencée par son père,
c'est-à-dire qu'il annexa des terres sans scrupule et abusa de
la fiscalité. Pourtant, il régna
avec mesure et équité, mais sans
grand succès. En 1308, il fut assassiné par son
neveu
Jean
qui assouvissait de la sorte une vengeance personnelle.
Développements
Le 1er octobre 1273, le comte
Rodolphe de Habsbourg fut donc élu, le 24, il fut sacré et prit place
sur le trône de
Charlemagne
à Aix-la-Chapelle. Rodolphe
n'appartenait ni de près ni de loin
à la
stirps regia, cette race royale dont tous ses prédécesseurs
se réclamaient; il fallut attendre
la fin du Moyen Âge pour que de
dévoués généalogistes établissent
l'ascendance romaine des Habsbourg,
rattachés par l'intermédiaire des
Colonna à la maison des Julii.
Certes, Rodolphe ne faisait pas
partie de l'ordre des princes, mais
il n'était pas le petit comte sans
fortune qu'Ottokar, son concurrent malheureux, avait voulu traiter
de haut et dont l'histoire a
longtemps transmis le cliché.
Rodolphe appliqua la politique dite
des « revendications » : les
baillis, placés à la tête des
circonscriptions qui regroupaient
tout ce que l'empire possédait dans
une région donnée, furent chargés de
faire rendre gorge à quiconque
tenait sans titre valable des biens
ou des droits impériaux. Originaire
du sud-ouest de l'empire, Rodolphe
de Habsbourg fut conduit à sortir de
cette région qu'il affectionnait et
dont le soutien lui était acquis.
L’autorité qu'il avait à coeur de
faire respecter, Ottokar de Bohème
la bafouait: il ne jugea pas
nécessaire de demander au « pauvre
petit comte » l'investiture de ses
fiefs. Après un an et un jour, la
procédure qui sanctionnait les
vassaux infidèles fut mise en route
; le roi de Bohème s'en moqua; en
1275 il fut
déclaré félon et
mis au ban de l'empire. Rodolphe avait soigneusement préparé
l'exécution de la sentence ; la
supériorité de ses forces était
telle qu'Ottokar dut faire amende
honorable et plier le genou en 1276
devant Rodolphe qui, pour la
circonstance, portait la casaque de
cuir d'un hobereau désargenté.
L’arrangement conclu par les deux
adversaires ne fut qu'un armistice;
il fut rompu moins de deux ans plus
tard; la guerre reprit et, le 26
août 1278, Ottokar fut défait et
tué. Son fils
Wenceslas garda la Bohème, mais ses possessions
autrichiennes furent, en 1282,
confiées par Rodolphe à ses propres
fils,
Albert et
Rodolphe. L’événement était historique: désormais les
Habsbourg étaient des princes et
cette famille dont le berceau était
situé à quelques lieues du Rhin se
trouvait chez elle sur les bords du
Danube; elle était devenue la maison
d'Autriche. Les années avaient passé
et Rodolphe n'était toujours pas
empereur. Ce n'était pas faute d'y
avoir songé ; il avait même décidé
qu'il serait sacré un 2 février,
comme Otton Ier. Mais les
négociations avec le Saint-Siège
n'aboutirent jamais.
Grégoire X
était prêt à recevoir le roi des Romains pour le
couronner quand il mourut en 1276 ;
ses trois successeurs moururent coup
sur coup, puis vint
Nicolas III
qui rêvait de redessiner la carte politique de
l'Europe : on disait qu'il projetait
de démembrer l'empire et de faire de
l'Allemagne un royaume héréditaire
au profit des Habsbourg ; après lui,
Martin IV
s'occupa surtout des Angevins qui avaient été
chassés de Sicile en 1282. Les
tractations reprirent entre Rodolphe
et
Honorius IV, sans succès ; Rodolphe était vieux et las.
Rodolphe n'avait pas réglé d'avance le problème
de sa succession ; il n'aurait pu
faire élire roi des Romains l'un de
ses fils que si lui-même avait été
empereur, or il ne l'était pas. Il
pouvait au moins recommander aux
électeurs de choisir l'un d'eux
lorsque se produirait la vacance du
trône ; il prit cette précaution
mais des circonstances tragiques la
rendirent inefficace : en 1281 et en
1290, Hartmann d'abord puis Rodolphe
furent emportés prématurément par la
mort. Restait Albert, l'aîné ; mais
Rodolphe estimait qu'il convenait de
distinguer le gouvernement de
l'empire de celui de ses États
patrimoniaux et qu'Albert devait se
contenter de gérer les possessions
familiales. Les électeurs étaient
donc libres d'exercer leur fonction.
Ils ne firent pas bon usage de leur
liberté. Comme en 1273, ils
choisirent un comte,
Adolphe de Nassau. Il sera bientôt déposé.