ATRIUM - Histoire Moderne (1789-1914)

En France, les historiens appellent Histoire moderne la période allant de la fin du XVe siècle à la Révolution française. Les historiens allemands et anglo-saxons parlent d'Histoire moderne pour la période s'étendant de la Révolution française à la signature du Traité de Versailles en 1920. Nous ne nous situerons dans aucune de ces traditions et appellerons Histoire Moderne la période englobant les événements se déroulant depuis la Révolution française de 1789 jusqu'à la Première Guerre mondiale (1914).

 

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Si la Révolution française est l’événement marquant d’une tragédie plus vaste dont la bourgeoisie est l’acteur principal, on peut se demander pourquoi la révolution a éclaté en France, et non en Angleterre, en Allemagne ou en Italie ?

La révolution industrielle que traversait l’Angleterre, et qui eut pour conséquences l’avènement du capitalisme et du machinisme, ne la porta pas à l’insurrection parce que la bourgeoisie qui bénéficiait de cette révolution était déjà depuis un siècle (1688) en possession du pouvoir qu’elle partageait avec l’aristocratie et avec le roi. La couronne ne la gênait pas. Elle n’avait pas davantage à lutter contre la féodalité laïque ou ecclésiastique déjà dépossédée. Il n’y avait pas, en Angleterre, de caste privilégiée au regard de l’impôt, pas d’entraves à la circulation intérieure, pas de réglementations abusives. La liberté individuelle était garantie, la dissidence religieuse tolérée bien que la situation des catholiques fût très précaire. Le franc­tenancier, en possession du droit de vote, en dépit des tares du régime électoral était un homme à ménager. Les pouvoirs de la monarchie y étaient limités par le Parlement — Chambre des Communes et Chambre des lords — qui était l’incarnation de la bourgeoisie d’affaires et de l’aristocratie. En dépit de l’évolution de l’agriculture anglaise dans un sens capitaliste, les fermiers vendaient leur blé à un prix rémunérateur et voyaient dans les ouvriers agricoles, qui avaient de justes raisons de se plaindre de leur sort, des éléments qu’il fallait contenir. Aussi, quand Burke, le célèbre auteur des Reflections on the French Revolution, alarma les propriétaires et les industriels anglais sur les conséquences de la Révolution française, saluée au début avec faveur par l’opinion libérale anglaise, se rangeront-ils résolument derrière Pitt pour faire face au danger par la guerre.

Si, de l’Angleterre, on passe à l’Allemagne et à l’Italie, on constate que le morcellement territorial et le particularisme suffisaient à y empêcher tout mouvement d’ensemble de quelque envergure. Les grands écrivains allemands pensaient en cosmopolites plutôt qu’en citoyens d’un pays, et la liberté de l’esprit leur était plus chère que la liberté politique. Si l’Allemagne commençait à s’éveiller à la vie industrielle, ce réveil n’affectait que quelques régions et sa bourgeoisie n’avait encore ni la conscience de sa force ni l’ambition du pouvoir. Il lui suffisait de végéter à l’ombre des maisons royales ou princières, fussent-elles des monarchies « éclairées ».

La révolution a éclaté en France, et non ailleurs parce que la bourgeoisie française était devenue de plus en plus puissante (le commerce extérieur avait quadruplé depuis la mort de Louis XIV); que la centralisation monarchique y facilitait un mouvement général; que les écrits des « philosophes » et surtout ceux des physiocrates, y avaient attisé le mécontentement et formulé d’avance le programme des reformes; que la faiblesse du gouvernement avait rendu nécessaires des réformes qu’il semblait incapable d’accomplir. C’est surtout parce que la résistance féodale, qui avait grandi pendant tout le siècle, y rendit tout progrès impossible autrement que par la force.

 
 
 
 
 
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