Le XVIIe siècle
anglais est le siècle des deux révolutions. Christopher
Hill, historien qui joua un rôle prépondérant dans
la compréhension de cette période, décrit ainsi la
situation de l'Angleterre au milieu du XVIIe:
"
tout fut renversé, remis en question,
repensé. Les anciennes institutions, les anciennes croyances,
les anciennes valeurs : tout fut remis en cause ».
Il convient
bien de parler de révolution, terme que l’on utilise
parfois à la légère, pour décrire ce tournant décisif de
l’histoire anglaise. Cependant, il convient de remarquer que
le terme de « révolution » n’a acquis que récemment
(disons après 1789) sa signification de « changement
rapide et violent de l’ordre politique ». Entre
le XVIe et le XVIIe, le terme a une forte connotation astronomique :
c’est le mouvement d’un corps céleste et son retour à
son point de départ, c’est donc quelque chose de cyclique,
qui renvoie à un passé, parfois mythique.
Mais de toute
évidence, l’importance des bouleversements qu’impliquèrent
les deux révolutions que nous allons découvrir ensemble ne
se limite pas à cette volonté de retour à un passé. Ce
serait peut-être même le contraire : en effet, l’exécution
de Charles Ier ne donne
pas lieu à la nomination d’un nouveau roi, c’est
l’abolition de la monarchie qui est décidée ! C’est
une redéfinition radicale de l’Etat anglais alors en cours
de consolidation, un Etat qui va prendre une place de premier
plan sur la scène européenne pendant plusieurs siècles.
Mais voyons, en bref, ce dont nous allons parler.
C’est en 1603
qu’était morte la reine Elisabeth.
Sous son règne, la société anglaise réussit à trouver les
moyens de maintenir la paix intérieure et de promouvoir le développement
économique. On s’appuie alors sur un sentiment de cohésion
nationale, dont l’Eglise anglicane est l’un des piliers.
Cependant on note certaines carences : l’armée de
terre laisse à désirer, un système de perception fiscale
satisfaisant doit être mis en place…
Son héritier
le plus proche se trouvait être le fils de Marie
Stuart (rivale d’Elisabeth qui péri sur l’échafaud),
Jacques Stuart, roi d’Ecosse.
Il devint roi d’Angleterre sous le nom de Jacques
Ier. En ces temps de violence, en dépit de
quelques maladresses politiques, Jacques réussit à maintenir
un fragile équilibre même s’il se heurta d’emblée avec
le Parlement. Ces successeurs eurent moins de succès.
Notons
que bien qu’aillant le même souverain, l’Angleterre et
l’Ecosse continuèrent de former deux Etats distincts.
Le
destin des Stuart fut tragique ; dès 1640,
le roi Charles Ier était
décapité et l’on proclamait la République.
En 1660, son fils, Charles
II, lui succédait. Mais en 1668,
Jacques II, le quatrième et dernier roi Stuart, était à son
tour expulsé du trône.
On
peut se demander comment une monarchie aussi puissante du
temps des Tudors avait pu en arriver là ? C’est bien
l’opposition du Parlement aux
souverains qui explique ce retournement de situation.
En effet, les députés de la Chambre
des Communes avaient déjà exprimé leur mécontentement
dans les dernières années du règne d’Elisabeth. Ces
petits propriétaires, hommes de lois et marchands
souhaitaient participer plus activement au gouvernement et même
imposer au roi leur politique. Ce sont les tentatives de
Jacques Ier, puis celles de son fils Charles Ier, pour
installer une monarchie absolue qui se heurtèrent aux résistances
parlementaires, jusqu’à la guerre civile qui sera fatale à
la monarchie.