Sous
des allures de république,
Auguste
instaura un régime finement pensé qui permit l’établissement
d’une paix durable dans l’empire romain.
En
plus de son testament, Auguste laissa aux vierges vestales un
“catalogue d’accomplissements”,
composé personnellement, destiné à être gravé dans le
bronze et exposé en public après sa mort. On sait grâce à ce
document comment l’empereur souhaitait paraître aux yeux de
la postérité. Il y prétend avoir “transféré
la République de (son) pouvoir personnel vers le Sénat et le
peuple romain” et, en tant que premier citoyen (princeps),
il affirme n’avoir détenu que le pouvoir
modeste d’un simple magistrat romain.
Une
telle image ne cadre pas avec celle d’Auguste, premier
empereur romain. Pourtant, ce “catalogue”, pour n’avoir déclenché
aucun tollé chez les citoyens de Rome,
devait contenir une certaine réalité. Si Auguste a réussi là
où
César
avait échoué, c’est précisément parce qu’il a prétendu
restaurer la République et les traditions romaines, sans
affirmer la prétention de créer un nouveau régime.
Le
Sénat continua de siéger et les magistrats de remplir leurs
devoirs. D’où une certaine justesse dans ses propos ;
le
pouvoir suprême qu’il prétendait ne pas détenir, n’était
en fait détenu par nul autre. Auguste concentra néanmoins
un certain nombre de fonctions entre ses mains. L’empire était
divisé en deux zones : l’empereur
assumait la responsabilité des régions frontalières éloignées,
tandis que le Sénat contrôlait les autres. Par leur position
frontalière, ces régions nécessitaient un effort constant en
troupes et en garnisons. Ainsi, Auguste
gardait-il le plein contrôle des armées. Ce système,
établi sur des bases constitutionnelles fictives,
s’apparentait à une dictature
militaire déguisée, mais il assura néanmoins la
paix et la stabilité, tout en favorisant la promotion politique
et militaire dont les Romains étaient friands.