Le
nombre des réfugiés civils augmenta
jusqu'en mai 1945, pourtant les
départs avaient déjà commencé: 3986
en 1944 seulement (au maximum 487 en
août), soit près de
15% des
effectifs présents au mois de mars.
L'effort
acharné mené pour évacuer au plus
tôt ces hôtes forcés avait
visiblement porté ses fruits.
C'était en général les cas les plus
faciles à régler; les candidats au
départ ne manquaient pas et
secondaient activement
l'administration ou même la
court-circuitaient pour partir
incognito.
Dans
l'ensemble, on ignore dans quelle
mesure les
voeux personnels purent se
réaliser et quel fut le sort réservé
aux cohortes de ceux qui n'avaient
aucune envie d'accélérer leur départ
ou tentaient de s'infiltrer
définitivement dans le marché suisse
du travail. On ne dispose même pas
de statistique complète des
destinations. Le VSJF en a dressé
une pour ses propres assistés qui
peut à peine donner quelques
indications.
Ce n'est
qu'à la veille de la paix qu'enfin
les réfugiés furent admis à
participer à la préparation de leur
avenir personnel. C'était le moment!
On peut critiquer la lenteur d'une
bureaucratie qui agit plus par
réaction que sur ses propres
initiatives,
mais avait-elle entièrement tort ?
Elle a affronté des défis
successifs et a trouvé des réponses
qui n'ignoraient pas les besoins
individuels. Elle a souvent cédé aux
organisations caritatives et à la
direction des camps, mais c'est elle
qui les avait volontairement
associés à la gestion du refuge.
Jusqu'en 1943, le problème des
départs ne se posait pas, mais déjà
les besoins particuliers étaient
pris en considération dans les
camps. Groupements par nationalités,
par âge, rapprochements familiaux,
formations professionnelles
désarticulaient des planifications
abstraites et rigides. En 1944,
l'urgence des
premiers accueils durables ayant
diminué, les cas personnels
furent mieux pris en compte,
l'organisation des loisirs ouvrit
les premières brèches
significatives, en même temps que
l'approche de la victoire alliée
rendait plus utile la participation
des réfugiés. Le tournant de
Montreux n'est pas seulement une
victoire arrachée aux autorités,
c'est aussi l'effet des adaptations
antérieures acceptées de bon,
parfois de mauvais gré par
l'administration, mais acceptées
quand même.