SOMMAIRE - Le refuge en Suisse de 1933 à 1945

Hier comme aujourd'hui, des Etats généraient des réfugiés, d'autres les accueillaient... ou les repoussaient. Il y a un demi siècle, la Suisse, pays de premier refuge, était sérieusement confrontée aux victimes du nazisme et les traitait selon des principes parfois encore actuels. Raison d'Etat et obsession du nombre, tradition de l'asile et sauvetage de vies humaines : la politique du refuge évolue entre deux pôles. D'un côté, c'est le J sur les passeports juifs, le refoulement des victimes de la solution finale, de l'autre, c'est les 295 000 civils et militaires reçus au total durant la guerre. L'accueil s'améliore avec le temps. Abandonnés aux organes caritatifs jusqu'en 1939-1940, pris en charge ensuite par l'Etat dans des camps, les réfugiés travaillent, reçoivent une formation professionnelle, pratiquent la démocratie interne...

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 Financement et adaptation

 
 

A cause de la faiblesse des revenus acquis par les prestations de travail, le refuge continua à charger les budgets de la Confédération, surtout depuis 1942 où elle se substitua aux organisations de secours. De janvier à août 1942, elle ne dépensa que la moitié que les plus importantes d'entre elles. Après cette date, ses charges sextuplèrent d'un coup. Même si l'état des sources empêche de prolonger la comparaison, ce tableau montre que les secours privés n'auraient plus réussi à répondre aux besoins des réfugiés. L'exercice du droit d'asile se liait désormais indissolublement à un financement public. Les cantons s'étant esquivés en automne 1942, et encore en février 1943, la charge reposait désormais sur la Confédération principalement.

Du côté des associations, l'Etat pouvait compter sur des appoints appréciables, mais modestes: elles continuaient à assumer les frais des émigrants anciens et, pour les réfugiés nouveaux, contribuaient à certaines dépenses qui dépassaient le simple entretien matériel. La participation des réfugiés riches ne soulageait pas directement l'Etat puisque le montant en était distribué aux associations. Au Département des finances, certains auraient souhaité
réclamer aux Etats après la guerre le remboursement des pensions de leurs ressortissants. Cette conception purement comptable du refuge ne rencontra aucun écho au DFJP où l'idée paraissait indécente, politiquement exclue et pratiquement irréalisable. Il aurait été possible de recevoir des soutiens de l'étranger: en 1943, des organisations juives aux Etats-Unis mirent à disposition trois tonnes de vêtements. Cette offre tentante arrivait à point nommé: les collectes en Suisse s'essoufflaient, les réserves baissaient et les besoins augmentaient. Néanmoins de Haller, délégué du Conseil fédéral aux oeuvres internationales d'entraide depuis 1942, était réticent, craignant que les juifs ne dénoncent une Suisse qui acceptait les réfugiés, mais aux frais des autres. Quant à Rothmund, il refusait de quémander des secours extérieurs, afin de sauvegarder l'indépendance nationale; mais il n'écartait pas les dons spontanés, sans conditions, en les faisant passer par la Croix-Rouge. «Qui paie commande !» Selon Rothmund, le prix d'un cadeau aurait pu être l'obligation d'accepter de nouveaux et importants contingents de réfugiés. L'aide internationale en nature resta apparemment exceptionnelle, et ne soulagea guère les organisations privées ni l'Etat. Pour le refuge civil, elle n'offrait aux pouvoirs publics qu'un appoint aléatoire auxquelles ils ne tenaient pas. Ni les aides d'Etats à leurs ressortissants ni les subsides extérieurs fournis aux juifs, par exemple par le Joint, ne furent en revanche remis en cause. Ils posaient surtout des problèmes de transferts financiers. Indirectement, ils dispensaient aussi la Confédération d'assumer les frais d'entretien des émigrants. Le DFJP ni la Banque nationale ne se montrèrent particulièrement coopérants.

Finances des organisations privées

Parmi les nouvelles responsabilités des oeuvres de secours, la préparation de la paix et de la réémigration générale renforça leur intervention dans la gestion de l'asile. En même temps, délestées de l'entretien matériel des réfugiés, elles assumèrent d'autant mieux d'autres devoirs: argent de poche et lieux d'accueil pour les congés, frais d'habillement, activités cultuelles ou culturelles, assistances ponctuelles, informations aux instances compétentes sur la gestion des camps et le traitement des internés. Ces rapports complétaient heureusement les inspections de la Croix-Rouge et de la direction centrale trop peu fréquentes. Des collectes internes ou publiques financèrent toutes ces tâches. L'OSAR continua à organiser ces dernières sur le plan national et à répartir les fonds récoltés entre ses membres. L'effort évolue globalement avec le nombre des réfugiés; cette observation apparemment banale dément l'impression souvent exprimée que l'afflux et l'Überfremdung engendrent obligatoirement des réactions de rejet. Les collectes nationales ne suffisaient pas, et de loin, à financer toutes les charges: les 19 membres de l'OSAR dépensèrent en 1943 quelque 5,5 millions (chiffre sous-estimé), mais n'en reçurent pas plus de 1,6 par cette voie. L'OSAR ne limitait pas son activité à réunir et à répartir des fonds. S'il n'était pas accaparé par l'assistance directe aux réfugiés, il n'en avait que plus de forces à consacrer aux problèmes généraux et à la préparation de l'avenir. Dès 1944, il s'occupa activement des loisirs et de la vie culturelle des réfugiés qu'il mettait sur le même pied que le travail manuel.

Le retour à la paix présentait d'autres inconnues: où partir ? Quelle famille retrouver ? Comment affronter le retour à l'autonomie personnelle dans un monde encore indéterminé et probablement hostile ? Dès le 3 novembre 1943, l'OSAR parraina une initiative partie de Genève qui se révéla très fructueuse: une enquête auprès des réfugiés eux-mêmes pour connaître leurs voeux et leurs projets. Outre son utilité directe, celle-ci avait l'avantage psychologique de les faire participer à leur destinée personnelle, au lieu de les laisser simplement subir les décisions prises par d'autres.

L'entraide juive

L'élargissement de l'accueil dès 1943 eut des effets immédiats sur les organisations caritatives, à commencer par la FSCI. Sans relâcher sa vigilance sur l'admission à la frontière et le premier accueil, elle eut plus de forces à consacrer à ses tâches nouvelles. La multiplication des camps de travail et des homes requit plus que jamais les services des deux organisations et des rabbins ainsi que leurs interventions auprès de la ZL ou de la Police fédérale. Il leur était plus difficile de défendre les occupants des camps militarisés, soit que l'accès n'en fût pas aussi aisé, soit qu'aucune relation directe n'existât apparemment avec le service territorial. La réunion des familles, les congés et les permissions demandaient également l'aide des organisations juives qui y contribuaient financièrement. Elles accordèrent naturellement aussi une grande importance à l'assistance spirituelle et au respect des rites alimentaires ou du sabbat.

Les autres oeuvres d'entraide poursuivirent évidemment leur travail avec des moyens souvent modestes. Comme naguère, les unes soutenaient des catégories spécifiques, les juifs chrétiens, les Polonais, les intellectuels ou les inclassables. D'autres visaient une activité particulière comme les collectes de vêtements, la formation professionnelle ou les placements familiaux. Conseils juridiques, assistance matérielle et spirituelle, financement de congés pour les habitants des camps, préparation à la réémigration entraient dans leurs tâches les plus courantes. Pour protéger leurs intérêts, les réfugiés pouvaient aussi compter sur le CICR qui chercha dès octobre 1941 à intervenir, à la suite de critiques émises dans le public. Formellement, il n'y avait aucun droit, aussi le fit-il à titre purement humanitaire. Avec succès du reste, von Steiger et le DPF ayant immédiatement accepté d'ouvrir les camps aux inspecteurs du CICR.

     

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Sources

- Lassere, A. (1995). Frontières et camps. Le refuge en Suisse de 1933 à 1945. Editions Payot Lausanne.

 

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