Nous
avons vu dans la page précédente les articles qui furent votés,
mais encore fallait-il une loi d'application.
Elle vit le jour rapidement, dès 1929
le projet parut et la loi fut votée en
1931, fondant solidement la pratique policière. Mais
ce n'était pas l'entrée dans le pays ni le
contrôle aux frontières que la loi réglait, mais le séjour et le
contrôle à l'intérieur. Avec la disparition des visas pour
les Autrichiens et les Allemands cela posera des problèmes, en
1938 par exemple, où la police ne saura pas d'abord comment
endiguer le refuge massif des Juifs de ces deux pays titulaires de
papiers valables, parce qu'elle ne pourra pas les distinguer de
leurs compatriotes. Cette absence de loi permettra d'imaginer la
solution du J apposée sur les
passeports que jamais sans doute le Parlement n'aurait endossé
dans une loi. Nous reviendrons sur cette question dans une page
ultérieure.
L'absence de
dispositions plus précises permit jusqu'à la fin de la seconde
guerre d'adapter les contrôles frontaliers
aux situations fluctuantes des demandes d'asile. Le sort
réservé aux réfugiés restait aléatoire
surtout à cause des compétences que conservaient les cantons dont
ni les lois ni les pratiques n'étaient coordonnées. En outre,
aucun moyen n'existait de situer et de contrôler l'étranger dès
son entrée dans le pays, donc de connaître les flux et la nature
des réfugiés.
Avec la nouvelle
loi, la Confédération recevait des
compétences nouvelles, qui s'accrurent par la force des
choses avec l'augmentation massive des demandes d'asile et les
pleins pouvoirs du Conseil fédéral durant la guerre. Les
dispositions qui touchaient les réfugiés ne visaient pas des
situations exceptionnelles comme on les connut dès le régime
hitlérien. Elles ne furent cependant modifiées qu'en 1948,
permettant et impliquant jusqu'à ce moment des interprétations
modulables selon la situation. Les principales oppositions au
projet de loi vinrent des socialistes ; ils dénonçaient
l'inspiration policière et non juridique des prescriptions, les
compétences décisionnelles données aux organes de police...
La politique
globale ainsi mise en place se fondait sur les
impératifs économiques du pays,
la politique d'asile se réglera souvent sur la situation du marché
du travail. Le texte de loi offrait peu de dispositions utiles à
une politique fédérale du refuge. Elle ne connaissait par exemple
que les réfugiés politiques, pas les raciaux. Selon l'expression
d'André Lasserre, elle "précisait
comment saisir le fretin, mais ignorait les bancs de grandes
dimensions".