SOMMAIRE - Le refuge en Suisse de 1933 à 1945

Hier comme aujourd'hui, des Etats généraient des réfugiés, d'autres les accueillaient... ou les repoussaient. Il y a un demi siècle, la Suisse, pays de premier refuge, était sérieusement confrontée aux victimes du nazisme et les traitait selon des principes parfois encore actuels. Raison d'Etat et obsession du nombre, tradition de l'asile et sauvetage de vies humaines : la politique du refuge évolue entre deux pôles. D'un côté, c'est le J sur les passeports juifs, le refoulement des victimes de la solution finale, de l'autre, c'est les 295 000 civils et militaires reçus au total durant la guerre. L'accueil s'améliore avec le temps. Abandonnés aux organes caritatifs jusqu'en 1939-1940, pris en charge ensuite par l'Etat dans des camps, les réfugiés travaillent, reçoivent une formation professionnelle, pratiquent la démocratie interne...

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 L'opinion publique

 
 

Le gouvernement ne pouvait pas garder le cap sans tenir compte des vents contraires. Comme avant la guerre, on le critiqua, mais il put résister plus aisément. Le passage de Baumann à von Steiger à la tête du DFJP au début de 1941 n'amena pas de changement sensible et Rothmund garda la haute main sur les opérations. La presse ne resta pas muette. La dispersion des sources ne permet pas de répertorier les articles et leur tendance générale. Un exemple montre que les réactions ont pu être très dures contre Rothmund, attaqué vigoureusement par le Landschäftler de Liestal pour avoir réussi à faire passer sa rigueur pour la seule compassion authentique. Ne prétendait-il pas en effet volontiers qu'il était moins cruel de refuser en principe l'entrée en Suisse que d'éveiller l'espoir trompeur d'un accueil, ou de tenir l'émigrant sous la menace constante de l'expulsion plutôt que de lui faire croire qu'il était définitivement à l'abri de ses persécuteurs? Les critiques n'étaient pas sans effet: sauf dans les cas les plus graves, Rothmund n'osait pas ordonner des expulsions par crainte des virulentes protestations de «certains milieux».

Parmi les voix contraires aux critiques contre le gouvernement, on trouve évidemment la FPS (Fédération patriotique suisse) qui pétitionnait auprès du Conseil fédéral en juillet 1940 pour une plus grande rigueur, dénonçait les émigrants juifs, dont certains avaient inauguré des cours de formation communiste, et réclamait leur internement généralisé dans des camps de travail. L'un de ses arguments rejoignait exactement l'opinion officielle souvent répétée et permettait de parer l'accusation d'antisémitisme: accepter trop de réfugiés déclencherait des réactions contre les juifs suisses.

Quelques mois avant la crise de la politique d'asile, Rothmund regardait l'avenir avec confiance: l'opinion publique ne lui causait pas de soucis. En donnant les explications nécessaires, on faisait admettre sans peine les mesures qu'exigeaient l'ordre et la sécurité. Certain de l'assentiment populaire, il maîtrisait la situation, même si d'inévitables brèches apparaissaient de-ci de-là dans des cantons frontaliers ou du côté de certains officiers. Certes, les arrêtés de septembre et octobre 1939 avaient soulevé quelques vagues, mais sans gravité. Même la tempête de juin 1940 avait été surmontée sans dommages, si l'on excepte le refuge des soldats français et surtout polonais: mais il ne concernait pas la police. Le bilan dressé par Jezler en juillet 1942 ne trahit en tout cas aucune mauvaise conscience, d'autant plus que «dans un temps de guerre où même notre pays doit dans un certain sens lutter pour son existence, on ne peut pas faire la petite bouche»; d'où les refoulements de fugitifs menacés de «préjudices plus ou moins grands», mais l'admission de ceux qui risquaient la mort ou des châtiments sévères. Les impératifs de la politique étrangère n'incitaient pas non plus à la générosité: il ne fallait pas indisposer la France, et si l'Allemagne restait certes discrète, on croyait devoir craindre qu'elle ne réclamât la livraison de réfugiés pour alimenter son marché du travail ou n'insistât pour celle de prisonniers évadés comme elle l'avait fait avec succès auprès du Liechtenstein. Envers les autres Etats, la Confédération gardait des contacts étroits avec leurs diplomates parce qu'il convenait de garder de bonnes relations avec eux et de ne pas hypothéquer l'avenir. Quel serait celui-ci ? On ne le savait pas trop et, jusqu'à la fin de 1941, on ne pouvait pas exclure qu'il fût allemand.

La stabilisation du refuge civil ne dépendait que partiellement des arrêtés fédéraux et de leur application par les consulats, les douaniers et les polices cantonales. Entre les vagues de 1938 et de 1942, la Suisse a subi une faible pression à ses frontières. Elle a utilisé ce répit non pour assouplir ses critères d'admission et ouvrir plus largement ses portes, mais pour stabiliser les effectifs de réfugiés, renforcer sa garde et restructurer son accueil.

     

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Sources

- Lassere, A. (1995). Frontières et camps. Le refuge en Suisse de 1933 à 1945. Editions Payot Lausanne.

 

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