Passage
Entre 1680 et 1700, ce sont au moins 45'000 réfugiés qui
traversent les terres de Berne pour
gagner un nouveau pays où vivre
leurs convictions religieuses en
toute quiétude. Parvenus à Genève à
travers les montagnes de Savoie -
plus rarement par le col du
Grand-Saint-Bernard et remontant la
vallée du Rhône - ils atteignent le
Pays de Vaud, d'où deux itinéraires
s'offrent à leur choix. Ils peuvent
poursuivre par la vallée de la Broye
jusqu'à Berne, où des viatiques sont
distribués, ou bien ils rejoignent
Yverdon puis suivent les rives dés
lacs de Neuchâtel et Bienne en
bateau, par char ou à pied, avant
d'embarquer à Nidau pour descendre
l'Aar. Il semble que
jusqu'en août
1687, l'axe de cheminement
broyard est privilégié. En
septembre 1687, au moment où les
arrivées augmentent de façon
spectaculaire, les villes de la
Broye se plaignent de la surcharge.
Berne prend ces plaintes au sérieux
puisqu'elle
tente alors de faire passer les
réfugiés plutôt par Yverdon et le
pied du Jura.
Chronologie
En France, les brimades contre les protestants vont en se
multipliant dès le règne personnel
de
Louis XIV
(1661) et incitent nombre d'entre
eux à quitter le royaume. Cette
émigration française, bien qu'encore
discrète, se décèle déjà nettement
dès 1680 en
Suisse. En 1681 ont lieu les
premières dragonnades en Poitou. En
1683, la résistance des réformés du
Dauphiné aux ordonnances du Roi,
conduite par
Claude Brousson, est
réprimée dans le sang. Elle est
suivie d'une vague d'émigration.
Réfugié en Suisse, le pasteur
dauphinois
Sagnol de La Croix vient
représenter à Berne, puis aux autres
cantons réformés, l'imminence d'une
immigration massive. Jusque-là, ni
Berne ni les Cantons évangéliques
n'ont pris de mesures particulières
en faveur de l'accueil des réfugiés.
Ils se sont contentés de s'appuyer
sur les infrastructures existantes.
Les registres des hôpitaux ou des
Bourses de passants nous révèlent
qu'à la fin du XVIle siècle,
l'Europe est traversée par un
flux de
population migrante: gens à
la recherche d'ouvrage qui
travaillent momentanément dans un
lieu, pauvres ou infirmes munis
d'attestations qui quêtent une aide.
(A Grandson, par exemple, les
comptes pour 1689 enregistrent 2'800
passants.) Les
réfugiés huguenots forment une
partie de cette population, avant
d'être perçus dès 1683 comme une
immigration aux caractéristiques
propres.
Dès l'intervention de Sagnol, on assiste à la mise en place
d'une politique commune face aux
réfugiés. Un des premiers mandats
baillivaux bernois est immédiatement
consécutif aux entretiens avec
Sagnol: en septembre 1683, il donne
ordre aux baillis d'autoriser les
réfugiés à s'installer sur les
terres bernoises, d'inciter les
particuliers à la charité et
d'examiner les motivations de ces
réfugiés pour vérifier qu'il ne
s'agit pas de "fainéants" venus en
Suisse sous de faux prétextes. En
janvier
1684, les Cantons
évangéliques créent un
fonds commun
d'assistance. Dans les jours
qui suivent la Révocation, l'exil
reprend brusquement. Moins d'un mois
plus tard, les théologiens bâlois
commis à l'examen de la question du
droit d'asile des réfugiés
protestants français rendent leur
jugement: l'assistance et l'asile
qui leur sont accordés ne
contreviennent pas au traité signé
avec la France, qui stipule que
seuls les criminels français ne
peuvent pas trouver des secours en
Suisse. Les arrivées des réfugiés
continuent d'augmenter. En 1685, on
compte 1'694 réfugiés en séjour dans
le Pays de Vaud. En août 1686, le
pasteur de Saussure est envoyé en
mission dans les terres vaudoises
pour ordonner aux villes de préparer
l'hébergement de ceux qui vont
encore arriver.
Berne paraît bien informée de ce qui se passe en France.
Effectivement, une année plus tard,
l'immigration atteint son apogée. Le
nombre des réfugiés en séjour,
Piémontais et Français confondus,
triple. Genève accueille près de
20'000 passants durant toute
l'année. Les réfugiés s'installent
de préférence dans les villes et
bailliages lémaniques: un tiers
séjournent à Lausanne, où ils
représentent le tiers de la
population; 15% s'installent dans
les bailliages de Vevey, Nyon et
Morges. En 1688, la population
française de passage ou en séjour
dans le Pays de Vaud se monte à
12'000 personnes. La courbe des
décès des réfugiés résidant à
Lausanne atteint son sommet en 1690
et 1691. Le retour des Piémontais
dans leurs vallées en 1689 procure
un soulagement de courte durée aux
organismes d'assistance. L'afflux
des réfugiés ne tarit pas, même s'il
n'est plus aussi élevé qu'en 1687 et
1688. A cause de la situation
internationale toujours tendue, les
Cantons protestants sont obligés de
prolonger l'autorisation de séjour
des réfugiés. Ceux-ci s'organisent:
ils fondent des
Bourses
françaises dans les localités
où ils sont nombreux et déploient
une remarquable activité
diplomatique, vivement encouragée
par Berne, pour trouver un refuge
durable ailleurs. Des premières
tentatives sont faites en direction
des Etats allemands et
principalement du
Brandebourg,
où les représentants des réfugiés
essaient de négocier au mieux leur
installation dans les années
1690-1692. Dès 1692, l'Irlande
suscite à son tour tous les espoirs,
avant que le projet n'échoue en août
1693.
En 1697, la signature du
traité de
Ryswick met fin à la guerre
de la Ligue d'Augsbourg et favorise
les déplacements des réfugiés qui
quittent peu à peu la Suisse pour
l'Allemagne ou les Provinces-Unies.
En 1698 cependant, la reprise des
persécutions en France et en Savoie
contraint à nouveau des milliers de
personnes à fuir. Une fois encore,
la population française réfugiée
augmente: selon le recensement de
1698, le Pays de Vaud abriterait
9'000 personnes au minimum. Mais la
tolérance de Berne, des villes et
des particuliers à l'égard des
réfugiés a beaucoup diminué. Ils
sont priés de quitter au plus vite
le territoire. En 1699, les ordres
de départ de Berne sont pour la
première fois adressés simultanément
à toutes les communautés réfugiées.
Ils sont relativement mal suivis:
une bonne moitié des réfugiés
quittent la Suisse définitivement,
les autres restent malgré les
rappels de Berne. C'est alors
seulement que Berne élabore des
directives relatives à leur
naturalisation.
Naturalisation
La procédure imaginée par Berne est simple. Les villes
doivent déclarer les noms des
réfugiés qu'elles souhaitent ou
acceptent de garder et de gratifier
du statut de bourgeoisie, puis Berne
ratifie leur choix et octroie la
naturalisation. Les réfugiés qui
désireraient rester et qui n'ont pas
obtenu de figurer dans la liste
présentée par la ville peuvent
recourir à LLEE, qui font alors
pression sur les Conseils pour
qu'ils acceptent des personnes
supplémentaires. Mais dans la
pratique, de nombreux obstacles se
dressent devant les réfugiés
désireux de régler leur situation.
La plupart des villes, engagées
avant le Refuge déjà dans une
politique de limitation de leur
bourgeoisie, obtiennent de pouvoir
accorder de préférence l'habitation
perpétuelle. Moins chère à acquérir,
elle n'offre aucun droit politique
ni aucun accès aux biens communaux;
elle garantit seulement le droit de
résidence illimitée. Les rares
réfugiés qui parviennent malgré tout
à la bourgeoisie, comme à Vevey ou à
Lausanne, obtiennent en fait un
statut
intermédiaire entre la
bourgeoisie et l'habitation
perpétuelle (appelé bourgeoisie "assoufertée"
ou petite bourgeoisie) qui restreint
passablement leurs droits
politiques. Dans toutes les
localités, on constate que c'est le
statut le moins avantageux qui est
généralement accordé aux réfugiés.
La procédure suivie par chaque Conseil et les critères de
sélection des réfugiés paraissent
assez différenciés. Les villes
échangent de nombreuses informations
à ce sujet. Si Morges fait sans
conteste preuve de la plus grande
générosité (tous les réfugiés
désirant rester sont reconnus
habitants perpétuels), Bex et les
villes broyardes, qui hébergent
beaucoup moins de réfugiés, leur
sont bien plus hostiles et n'en
veulent garder que le moins
possible. De surcroît, il semble que
le statut d'habitant perpétuel n'est
pas en usage à Bex, à Moudon et à
Payerne. Les conditions de réception
des réfugiés dans ces localités
restent imprécises et occasionneront
par la suite des conflits violents
que Berne devra trancher.
Politique économique
Durant tout le Refuge, la politique de Berne en matière
d'asile cherche à concilier deux
objectifs:
profiter de l'arrivée des réfugiés
pour tenter un démarrage
économique et
éviter
d'augmenter le paupérisme.
Pensant pouvoir bénéficier des innovations techniques et du
savoir-faire de réfugiés
manufacturiers habiles et
dynamiques, Berne prend très tôt des
dispositions. Elle charge ses
baillis au Pays de Vaud d'effectuer
un tri entre les réfugiés "utiles"
et ceux qui risquent de tomber à
charge. Elle soutient les projets
d'implantation de manufactures,
notamment de la soie, en organisant
en 1688
et 1692
une vaste campagne de
promotion de
la culture des mûriers blancs
auprès des villes vaudoises. De
plus, les manufacturiers sont aidés
lors de leur installation: Berne
enjoint leur localité de résidence à
se porter garante des emprunts
nécessaires au financement de départ
de leur entreprise. D'autres
facilités leur sont accordées au
plan communal: ils sont parfois
exemptés de taxe pour un certain
temps ou peuvent louer des locaux ou
des outils à des prix avantageux.
Enfin, les villes s'engagent souvent
à leur fournir une main d'oeuvre bon
marché en contraignant les pauvres
de l'assistance à travailler dans
ces manufactures. Mais il semble
pourtant que
dès 1689, les efforts des
villes en faveur des manufacturiers
prennent fin. Les autorisations
d'établissement se raréfient ou
disparaissent, en même temps que les
plaintes des entrepreneurs se
multiplient. La mauvaise conjoncture
et les rigidités du système
économique d'Ancien Régime ont eu
raison des meilleures volontés. Les
taxes des
péages grèvent les prix des
marchandises, le
protectionnisme rigoureux
perturbe l'approvisionnement en
matières premières et empêche
certains marchands de négocier avec
leurs relations à l'étranger. Enfin,
la floraison désordonnée de
nouvelles entreprises entre 1684 et
1689 conduit très vite à un
encombrement
du marché: tous les
manufacturiers se plaignent en effet
du manque de débit de leurs
marchandises.
D'autre part, l'opposition très forte des corps de bourgeois
ou d'artisans freine les élans
novateurs des Conseils et pose des
limites trop contraignantes à
l'activité des nouveaux venus. A la
fin du siècle, on peut conclure que
les innovations rêvées par Berne se
soldent globalement par un échec.
Politique de l'assistance
Dans l'incapacité d'endiguer le flot des réfugiés, les
autorités cherchent du moins à
éviter la surcharge de l'assistance
par toute une série de mesures. La
crainte de donner asile à des
"fainéants" plutôt qu'à des
protestants véritablement motivés se
manifeste très tôt et pousse Berne à
prendre des dispositions pour
effectuer un tri entre ceux qui
peuvent être utiles à l'implantation
de manufactures et les autres, priés
de s'en aller au plus vite. Pour que
les réfugiés n'envisagent pas de
rester durablement, Berne se garde
bien de faire allusion à leur
possible naturalisation tant qu'elle
garde l'espoir de pouvoir tous les
faire sortir de ses terres. Durant
toute la période, les menaces
d'expulsion réitérées, même si elles
finissent presque toujours par être
annulées, veulent surtout notifier
aux réfugiés qu'ils ne doivent pas
cesser de chercher des
établissements ailleurs. Enfin, le
maintien des Bourses françaises
après le départ de 1699 a pour
objectif principal de détacher
l'assistance aux réfugiés des
organismes hospitaliers
traditionnels pour la confier à une
institution autonome de plus en plus
autofinancée. De tout ce qui
précède, nous pouvons tirer quelques
sujets de réflexion:
Les réfugiés qui arrivent en Suisse forment une
population
vulnérable. Même si
quelques-uns parviennent, au prix de
nombreuses astuces, à emporter une
partie de leurs biens avec eux, ils
s'installent dans un pays inconnu,
aux lois, aux usages, voire à la
langue différents, où ils restent
malgré tout perçus comme étrangers.
Pour les pauvres, la difficulté de
trouver du travail et souvent la
nécessité de recourir à l'assistance
les rendent très dépendants de la
bienveillance locale. Les plus aisés
ou les mieux formés
professionnellement, en butte à
l'hostilité de leurs confrères ou à
l'absence de notoriété dans leur
nouveau lieu de résidence, demeurent
très exposés aux revers du sort. La
crainte de voir augmenter avec
l'arrivée des Français réfugiés les
charges
d'assistance qui pèsent sur
les villes domine toute la question
du Refuge et imprègne toutes les
décisions politiques. Berne reste
partagée entre son souci de
préserver l'équilibre social de la
population et sa compassion pour des
coreligionnaires persécutés, envers
qui elle cherche à susciter le plus
large mouvement de soutien en
multipliant les mandats insistant
sur la charité chrétienne dont
chacun doit faire preuve.
Les appréhensions de Berne et des villes ne sont pourtant pas
infondées. Les études récentes nous
apprennent en effet que les réfugiés
sont principalement originaires du
Dauphiné, des vallées du Pragela et
du Oueyras notamment. Ils
proviennent donc en majorité d'un
milieu rural. Leur condition
économique s'en ressent: pour la
plupart, ils sont très pauvres, et
l'exil en Suisse signifie toujours
pour eux l'abandon de leur seul bien
en France, la terre. L'analyse des
recensements nous le confirme: ils
exercent en Suisse des petits
métiers artisanaux ou vivent du
travail de la terre. Un tiers
d'entre eux sont néanmoins à
l'assistance, la moitié touchant une
pension de Berne, l'autre
bénéficiant d'aides ponctuelles
locales. Cette population
professionnellement peu formée
arrive de surcroît dans un pays où
la conjoncture économique est
mauvaise et en pleine période de
fermeture des villes à la réception
de nouveaux résidents. L'engorgement
dans certains secteurs
professionnels et l'impossibilité où
sont les réfugiés d'obtenir des
autorisations de séjour leur
garantissant un lieu de résidence à
long terme les acculent à l'oisiveté
ou à l'exil.
Durant toute la période du Refuge, les besoins des organismes
d'assistance croissent énormément.
Pourtant on ne constate nulle part
que les finances de ces institutions
soient mises en danger. A l'échelon
des Cantons évangéliques, on peut
faire la même observation:
la récolte de
fonds d'assistance ne grève aucun
trésor cantonal. En fait, ce
sont les
particuliers qui supportent
l'essentiel des charges du Refuge.
Mis à contribution lors des
collectes de l'Etat ou de la ville,
sollicités pour renflouer les
caisses des hôpitaux ou des Bourses
des passants, ils sont de plus
astreints à l'hébergement des
réfugiés (à Payerne, à Grandson, par
exemple) ou à leur transport par la
réquisition de leurs chars ou de
leurs bateaux.
Mais les Français aisés ne sont pas non plus épargnés. Nous
avons vu que les bourgeois des
villes obtiennent que les réfugiés
soient eux aussi soumis aux
"cotisations", à Lausanne en 1693 et
à Vevey en 1695. D'autre part, les
Bourses françaises édifient leurs
capitaux sur la seule base des dons,
des legs et des collectes au temple
qu'elles perçoivent des réfugiés.
Aux XVIIIe et XIXe siècles, elles
subsisteront essentiellement du
placement à intérêt de ces capitaux.
Berne, qui
jusqu'en 1700 paie environ les trois
quarts des pensions versées par la
Bourse de Lausanne, ne participe
plus que pour un quart en 1715.
Ce qui signifie que les Bourses
françaises prennent de plus en plus
en charge, et de manière autonome,
la population descendante du Refuge.
On peut donc affirmer que dès
l'obtention des naturalisations, la
charité accordée au sein de la
communauté française est financée
entièrement par la communauté
elle-même.
Pour terminer, soulignons enfin la diversité des attitudes
locales face aux réfugiés.
L'hostilité la plus franche voisine
avec la politique d'accueil la plus
ouverte. A
quels facteurs attribuer ces
différences d'attitude ? Sans
doute peut-on dans certains cas
mettre en rapport la générosité
d'une politique avec la personnalité
d'un membre influent des autorités.
A Morges, par exemple, l'habileté du
lieutenant baillival n'est pas
étrangère au taux exceptionnellement
élevé de réception de Français
réfugiés dans la ville. Mais la
personnalité des magistrats
n'explique pas tout. Dans le cas de
Payerne ou de Bex, de même que dans
le cas de Moudon, la peur des
s'exprime par des révoltes dans la
population. Or, dans ces trois
localités, il est encore d'usage
d'assembler régulièrement tous les
communiers pour débattre de la
politique à suivre. Ces assemblées
populaires peuvent être traversées
par les peurs les plus profondes de
la communauté et ont parfois conduit
à des mesures sévères à l'encontre
des réfugiés. Ailleurs, en revanche,
la concentration de plus en plus
forte du pouvoir aux mains d'un
patriciat local permet de couper
court aux protestations trop
violentes. Notons que les registres
ne consignent les manifestations de
révolte populaire que parce qu'elles
mettent en péril l'autorité du
Conseil. Par exemple, à Vevey, où le
Conseil rappelle à l'occasion que
c'est lui qui gouverne et où il
n'est pas d'usage à la fin du XVIle
siècle d'assembler les bourgeois, la
politique à l'égard des réfugiés
peut être plus audacieuse. C'est là
en tous cas que nous trouvons un
taux élevé de réception des
réfugiés. Nous avons vu que Vevey
n'hésite pas à prendre le parti des
marchands-manufacturiers français en
adressant un mémoire au Conseil de
commerce de Berne, qu'elle sait
aussi utiliser leurs relations au
sein du monde marchand pour obtenir
des avantages matériels en faveur de
la ville. Enfin, Vevey est la
première à dissoudre la Bourse
française locale en 1790, en
incorporant les descendants des
réfugiés français à sa communauté.
Dans l'état actuel de nos connaissances, il nous est
difficile de mieux connaître et
expliquer l'effort d'intégration
particulier à Vevey. Mais ces
résultats laissent bien voir que des
études complémentaires seraient
nécessaires pour approfondir ces
quelques observations. Une étude
poussée de l'état civil, par
exemple, devrait vérifier la
rapidité d'intégration des Français
réfugiés à la communauté locale à
travers le taux précocement élevé de
mariages ou de parrainages mixtes.
D'autres travaux seraient à entreprendre. En France, par
exemple, des études sur les lieux de
départ sont encore trop rares. Or,
elles seules apporteraient les
indispensables compléments
d'information: sur la composition
socio-économique de la population
protestante, peut-être différente de
celle des réfugiés des recensements;
sur les motivations et les
procédures de départ; sur les
conséquences démographiques de
l'exil dans les localités qui se
vidèrent de leurs habitants; enfin,
malgré la fuite, sur le maintien des
relations entre les exilés et leur
famille ou leur communauté
d'origine. En Suisse, l'exploitation
des registres notariés permettrait
de mieux suivre la progressive
reconstitution des fortunes de
certaines familles, ainsi que la
pénétration des intérêts réciproques
lors de la conclusion de contrats de
travail. La poursuite de l'analyse
des états civils apporterait
évidemment beaucoup à la
connaissance des comportements
démographiques de la population
réfugiée. Enfin, le petit groupe des
marchands-manufacturiers mériterait
à lui seul une étude serrée.