SOMMAIRE - Le refuge protestant dans le Pays de Vaud

La célébration du tricentenaire de la Révocation de l'Edit de Nantes a suscité un véritable regain d'intérêt pour le refuge huguenot. En France, la plupart des ouvrages qui traitent de la Révocation analysent surtout la situation des protestants dans le royaume entre 1598 et 1685.  Pour la constitution de ce dossier nous utiliserons le travail de Marie-Jeanne Ducommun et Dominique Quadroni, Le refuge protestant dans le Pays de Vaud (Fin XVIIe - début XVIIIe). Aspects d'une migration.

 

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 Conclusion et récapitulation

 
 

Passage

Entre 1680 et 1700, ce sont au moins 45 000 réfugiés qui traversent les terres de Berne pour gagner un nouveau pays où vivre leurs convictions religieuses en toute quiétude. Parvenus à Genève à travers les montagnes de Savoie - plus rarement par le col du Grand-Saint-Bernard et remontant la vallée du Rhône - ils atteignent le Pays de Vaud, d'où deux itinéraires s'offrent à leur choix. Ils peuvent poursuivre par la vallée de la Broye jusqu'à Berne, où des viatiques sont distribués, ou bien ils rejoignent Yverdon puis suivent les rives des lacs de Neuchâtel et Bienne en bateau, par char ou à pied, avant d'embarquer à Nidau pour descendre l'Aar. Il semble que jusqu'en août 1687, l'axe de cheminement broyard est privilégié. En septembre 1687, au moment où les arrivées augmentent de façon spectaculaire, les villes de la Broye se plaignent de la surcharge. Berne prend ces plaintes au sérieux puisqu'elle tente alors de faire passer les réfugiés plutôt par Yverdon et le pied du Jura.

Chronologie

En France, les brimades contre les protestants vont en se multipliant dès le règne personnel de Louis XIV (1661) et incitent nombre d'entre eux à quitter le royaume. Cette émigration française, bien qu'encore discrète, se décèle déjà nettement dès 1680 en Suisse. En 1681 ont lieu les premières dragonnades en Poitou. En 1683, la résistance des réformés du Dauphiné aux ordonnances du Roi, conduite par Claude Brousson, est réprimée dans le sang. Elle est suivie d'une vague d'émigration. Réfugié en Suisse, le pasteur dauphinois Sagnol de La Croix vient représenter à Berne, puis aux autres cantons réformés, l'imminence d'une immigration massive. Jusque-là, ni Berne ni les Cantons évangéliques n'ont pris de mesures particulières en faveur de l'accueil des réfugiés. Ils se sont contentés de s'appuyer sur les infrastructures existantes.

Les registres des hôpitaux ou des Bourses de passants nous révèlent qu'à la fin du XVIle siècle, l'Europe est traversée par un flux de population migrante: gens à la recherche d'ouvrage qui travaillent momentanément dans un lieu, pauvres ou infirmes munis d'attestations qui quêtent une aide. (A Grandson, par exemple, les comptes pour 1689 enregistrent 2800 passants.) Les réfugiés huguenots forment une partie de cette population, avant d'être perçus dès 1683 comme une immigration aux caractéristiques propres. Dès l'intervention de Sagnol, on assiste à la mise en place d'une politique commune face aux réfugiés. Un des premiers mandats baillivaux bernois est immédiatement consécutif aux entretiens avec Sagnol: en septembre 1683, il donne ordre aux baillis d'autoriser les réfugiés à s'installer sur les terres bernoises, d'inciter les particuliers à la charité et d'examiner les motivations de ces réfugiés pour vérifier qu'il ne s'agit pas de "fainéants" venus en Suisse sous de faux prétextes. En janvier 1684, les Cantons évangéliques créent un fonds commun d'assistance. Dans les jours qui suivent la Révocation, l'exil reprend brusquement. Moins d'un mois plus tard, les théologiens bâlois commis à l'examen de la question du droit d'asile des réfugiés protestants français rendent leur jugement: l'assistance et l'asile qui leur sont accordés ne contreviennent pas au traité signé avec la France, qui stipule que seuls les criminels français ne peuvent pas trouver des secours en Suisse.

Les arrivées des réfugiés continuent d'augmenter. En 1685, on compte 1694 réfugiés en séjour dans le Pays de Vaud. En août 1686, le pasteur de Saussure est envoyé en mission dans les terres vaudoises pour ordonner aux villes de préparer l'hébergement de ceux qui vont encore arriver. Berne paraît bien informée de ce qui se passe en France. Effectivement, une année plus tard, l'immigration atteint son apogée. Le nombre des réfugiés en séjour, Piémontais et Français confondus, triple. Genève accueille près de 20 000 passants durant toute l'année. Les réfugiés s'installent de préférence dans les villes et bailliages lémaniques: un tiers séjournent à Lausanne, où ils représentent le tiers de la population; 15 % s'installent dans les bailliages de Vevey, Nyon et Morges. En 1688, la population française de passage ou en séjour dans le Pays de Vaud se monte à 12 000 personnes. La courbe des décès des réfugiés résidant à Lausanne atteint son sommet en 1690 et 1691. Le retour des Piémontais dans leurs vallées en 1689 procure un soulagement de courte durée aux organismes d'assistance. L'afflux des réfugiés ne tarit pas, même s'il n'est plus aussi élevé qu'en 1687 et 1688. A cause de la situation internationale toujours tendue, les Cantons protestants sont obligés de prolonger l'autorisation de séjour des réfugiés. Ceux-ci s'organisent: ils fondent des Bourses françaises dans les localités où ils sont nombreux et déploient une remarquable activité diplomatique, vivement encouragée par Berne, pour trouver un refuge durable ailleurs. Des premières tentatives sont faites en direction des Etats allemands et principalement du Brandebourg, où les représentants des réfugiés essaient de négocier au mieux leur installation dans les années 1690-1692. Dès 1692, l'Irlande suscite à son tour tous les espoirs, avant que le projet n'échoue en août 1693.

En 1697, la signature du traité de Ryswick met fin à la guerre de la Ligue d'Augsbourg et favorise les déplacements des réfugiés qui quittent peu à peu la Suisse pour l'Allemagne ou les Provinces-Unies. En 1698 cependant, la reprise des persécutions en France et en Savoie contraint à nouveau des milliers de personnes à fuir. Une fois encore, la population française réfugiée augmente: selon le recensement de 1698, le Pays de Vaud abriterait 9000 personnes au minimum. Mais la tolérance de Berne, des villes et des particuliers à l'égard des réfugiés a beaucoup diminué. Ils sont priés de quitter au plus vite le territoire. En 1699, les ordres de départ de Berne sont pour la première fois adressés simultanément à toutes les communautés réfugiées. Ils sont relativement mal suivis: une bonne moitié des réfugiés quittent la Suisse définitivement, les autres restent malgré les rappels de Berne. C'est alors seulement que Berne élabore des directives relatives à leur naturalisation.

     

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Sources

- Ducommun, M-J. Quadroni, D. (1991). Le refuge protestant dans le Pays de Vaud. Aspect d'une migration. Editions Droz Genève.

 

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