SOMMAIRE - Le refuge protestant dans le Pays de Vaud

La célébration du tricentenaire de la Révocation de l'Edit de Nantes a suscité un véritable regain d'intérêt pour le refuge huguenot. En France, la plupart des ouvrages qui traitent de la Révocation analysent surtout la situation des protestants dans le royaume entre 1598 et 1685.  Pour la constitution de ce dossier nous utiliserons le travail de Marie-Jeanne Ducommun et Dominique Quadroni, Le refuge protestant dans le Pays de Vaud (Fin XVIIe - début XVIIIe). Aspects d'une migration.

 

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 Implantation de manufactures françaises

 
 

Dès avant la Révocation, des entrepreneurs français arrivent en Suisse. Au mois de septembre 1683, c'est le Conseil de commerce à Berne qui est chargé de toutes les questions concernant l'implantation des manufactures. A la fin de l'année 1683, la candidature de Louis Terme, négociant en soie originaire de Nîmes, paraît des plus prometteuses. Il arrive avec trente ouvriers et demande d'être accepté. Ex-directeur d'une fabrique de soie à Montélimar, il semble correspondre tout à fait aux voeux du gouvernement bernois. Berne espère d'abord qu'il fonde une manufacture en ville; mais Louis Terme se tourne vers Lausanne, où il est reçu habitant perpétuel, puis naturalisé le 10 avril 1684. Le contrat signé entre Louis Terme et Lausanne stipule, dans ses grandes lignes, que la ville lui accorde un prêt sans intérêt durant quatre ans d'un montant de 6000 livres tournois; qu'elle met à sa disposition une maison et une boutique pour dix ans, durée pendant laquelle la ville lui fournit encore des apprentis dont elle paye elle-même les frais d'entretien. De plus, Terme est exempté de l'impôt personnel ainsi que des taxes prélevées d'ordinaire sur les marchandises.

L'examen approfondi de la politique de Vevey au sujet des manufactures se justifie par la richesse de la documentation d'une part et par la singularité de la politique du Conseil d'autre part. Entre 1680 et 1705, la ville de Vevey délivre 203 autorisations de travail à des Français réfugiés. En examinant la liste des autorisations délivrées par le Conseil, on remarque immédiatement la longue interruption entre 1687 et 1699, exception faite d'une demande en 1691, mais qui concerne une manufacture pour les pauvres. On constate la même coupure à Lausanne: toutes les autorisations sont données avant 1690, puis à nouveau dans les premières années du XVIIIe siècle. On peut penser que très tôt, en cinq ans au maximum, les capacités d'investissement des villes vaudoises ont été entièrement mobilisées. La situation est très vite devenue difficile pour les manufacturiers français. La soudaine prolifération d'entreprises a conduit à un encombrement du marché. Les manufactures nouvellement installées subsistent tout juste et ne supportent pas l'introduction d'entreprises concurrentes. Entre 1687 et 1690, les marchands-manufacturiers se plaignent partout de ne pas pouvoir écouler leurs marchandises et rédigent des requêtes à LLEE. A la connaissance de Ducommun et Quadroni, Vevey est la seule ville du Pays de Vaud à avoir institué une commission des manufactures, ce qui indique bien l'attention qu'elle porte à la question. Ce souci de préserver la santé économique des entreprises installées se manifeste une nouvelle fois lors de l'affaire du pesage des marchandises.


L'affaire du pesage des marchandises

En septembre 1700, des lettres souveraines donnent aux négociants l'ordre de peser leurs marchandises au péage de Vevey, c'est-à-dire au port. Dix marchands-manufacturiers, dont sept sont Français, se déclarent d'accord pour peser, mais pas pour payer les taxes. Le Conseil de Ville, compréhensif, leur offre de payer la moitié des droits de pesage à l'essai pendant un an. Les marchands refusent. L'affaire ne se résout pas immédiatement: en juin 1701, les deux parties campent toujours sur leurs positions. En août 1704, les marchands refusent encore de payer les taxes de pesage. A travers ces péripéties, la souplesse du Conseil et son sens de la négociation contrastent fortement avec l'entêtement qu'on rencontre partout ailleurs dans ce genre d'affrontement.

Les exemples des manufactures veveysannes, parmi les plus détaillés à notre disposition, nous confirment la solidarité réelle dont Vevey fit preuve envers les entreprises des réfugiés. On peut souligner la rapidité et la lucidité de la politique du Conseil: par la création d'une commission chargée d'examiner les demandes, par la sollicitude qu'il montre aux difficultés des entrepreneurs, par le soutien qu'il offre sous diverses formes aux fabricants qui désirent s'installer à Vevey, ainsi que par le souci de maintenir un équilibre entre les activités des entrepreneurs, il fait figure d'exception. Vevey est certainement la seule ville du Pays de Vaud à s'être souciée de prendre à la lettre les recommandations bernoises pour promouvoir le développement économique, à en avoir perçu la nécessité et à avoir bénéficié d'une volonté dynamique au sein même de son Conseil de Ville.

Lausanne, tout comme Vevey, accorde des prêts et des logements à des manufacturiers. Elle est même la première ville du Pays de Vaud, nous l'avons vu, à retenir l'attention d'un entrepreneur en 1684. On remarque que comme à Vevey, les aides à l'installation de manufactures se regroupent avant 1690. Comme à Vevey toujours, le ralentissement des aides découle d'une crise qui secoue les manufacturiers. En 1689, à Lausanne, le Conseil observe que les marchands-manufacturiers étrangers sont de plus en plus nombreux à quitter la ville pour s'installer ailleurs. A Lausanne, les liens entre manufacturiers et autorités locales sont réduits à la question financière. Dans les manuels du Conseil, aucune mention du type de celles que nous avons reproduites pour Vevey ne témoigne de rapports étroits entre la ville et les entrepreneurs. Il est donc encore plus difficile de cerner l'évolution des établissements à Lausanne. On sait simplement que la mobilité des entrepreneurs est très forte ; que la viabilité des entreprises semble éphémère ; que le nombre des manufacturiers est plus limité que les documents ne le laissent de prime abord penser. Durant leur enquête, Ducommun et Quadroni ont été frappées de la fréquence avec laquelle on retrouve les mêmes manufacturiers dans différentes localités.

Au premier abord, on a l'impression que les nouvelles entreprises implantées par les réfugiés pullulent, mais on s'aperçoit en fait que dans de très nombreux cas, les noms des entrepreneurs ne nous sont pas inconnus. En fait, seul un nombre assez restreint d'hommes déploient leur activité dans différents lieux à la fois. Rappelons pour terminer que toutes les villes vaudoises ne participent pas avec le même enthousiasme que Vevey aux projets de développement économique bernois. Les réticences sont parfois très marquées, comme dans le cas de Payerne, et l'admonestation de LLEE est sévère. Nous avons jusqu'ici parlé principalement des manufactures de textile à Vevey et à Lausanne. Nous savons trop peu de choses sur la fabrique de dentelle de Morges, par exemple, pour pouvoir en dire plus long. Mais il est certain que d'autres entreprises furent fondées par des réfugiés ailleurs, à Sainte-Croix, à Aubonne, à Yverdon. Toutes ces industries, semble-t-il, eurent un destin commun: elles périclitèrent après quelques années. Mais la création de fabriques par des réfugiés ne se limita pas aux entreprises textiles. Citons par exemple le commerce d'acier dirigé par le réfugié Jean Sudre.

     

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Sources

- Ducommun, M-J. Quadroni, D. (1991). Le refuge protestant dans le Pays de Vaud. Aspect d'une migration. Editions Droz Genève.

 

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