SOMMAIRE - Le refuge protestant dans le Pays de Vaud

La célébration du tricentenaire de la Révocation de l'Edit de Nantes a suscité un véritable regain d'intérêt pour le refuge huguenot. En France, la plupart des ouvrages qui traitent de la Révocation analysent surtout la situation des protestants dans le royaume entre 1598 et 1685.  Pour la constitution de ce dossier nous utiliserons le travail de Marie-Jeanne Ducommun et Dominique Quadroni, Le refuge protestant dans le Pays de Vaud (Fin XVIIe - début XVIIIe). Aspects d'une migration.

 

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 Les Bourses françaises dans les terres de Berne

 
 

Parallèlement à l'aménagement des infrastructures d'assistance déjà existantes, le Refuge donne lieu à la création d'une nouvelle institution, celle des Bourses françaises. Par solidarité, les premiers arrivants organisent l'accueil de leurs compatriotes fugitifs. Un texte du XVIlle siècle retrace bien les étapes de cette genèse. En 1751, cherchant à retrouver des traces de sa fondation, la Bourse française de Nyon délègue l'un de ses directeurs à Lausanne pour dépouiller les registres de la Direction. Celui-ci établit un excellent travail sur la base duquel la Bourse retrace le processus de sa formation. Dans ce texte, l'accent est mis uniquement sur le caractère caritatif de l'institution. Une fois à l'abri en Suisse, les réfugiés ne tardèrent pas à s'organiser entre eux: les registres de la Bourse de Lausanne font en effet de nombreuses allusions aux assemblées générales réunissant les chefs de famille réfugiés. C'est lors de l'une de ces séances que, sur une suggestion de la Direction française de Zurich germa l'idée de s'organiser de manière plus durable et plus structurée: la Bourse française était née.

Ces assemblées générales élisent des "directeurs": douze à Berne dès 1694; d'abord six, puis douze à Lausanne. Un règlement est adopté. Le fonctionnement interne des Bourses est calqué sur le modèle des Consistoires protestants: les membres directeurs sont à égale proportion pasteurs et laïcs; la charge de "modérateur", c'est-à-dire de président de séance, échoit à tour de rôle aux plus âgés des membres. Ce sont ces directeurs qui prennent en charge l'administration des Bourses. Pourtant, jusqu'au moment du grand départ de 1699, des assemblées générales continueront de se tenir parallèlement aux séances ordinaires de la Bourse à chaque fois qu'une question grave et urgente se posera pour la communauté. Au cours du XVIlle siècle, ces assemblées n'auront plus lieu que de manière sporadique.

Au début du Refuge, il existe déjà des Bourses françaises en Suisse. A Genève, une Bourse française s'est mise en place dès le premier Refuge. Une Bourse italienne et une Bourse allemande y sont aussi en activité dès cette période. Il est cependant curieux de constater l'indétermination dans laquelle nous sommes au sujet de la date exacte de fondation de la plupart des Bourses françaises dans le Pays de Vaud. Pour la majorité d'entre elles, aucun procès verbal de séance n'existe avant la seconde moitié du XVIlle siècle.

Dissolution des Bourses françaises

Disons encore un mot de la longévité très différente de ces institutions. Deux d'entre elles sont toujours en activité aujourd'hui, celle de Rolle et celle d'Yverdon. On peut l'expliquer par le caractère étroitement fermé que ces deux établissements prennent très vite, caractère lié à la faible importance numérique de leurs membres. Mais la plupart des Bourses vaudoises se dissolvent dans la seconde moitié du XIXe siècle, lorsque la loi constitutionnelle de 1845 reconnaît dans son article 17 l'équivalence d'une agrégation à la Corporation française avec le droit de bourgeoisie d'une commune pour l'accession à ses droits civiques. Dès lors, le rapprochement entre Corporation française et commune est inévitable. Le cas véritablement singulier est celui de la Bourse de Vevey, seule à cesser ses activités avant la chute du régime bernois. Le souci, propre à Vevey, de réunir sous une même direction les deux organismes d'assistance
de la ville , Bourse et hôpital, a hâté un processus d'intégration que toutes les autres localités devaient mettre un siècle à conclure.

Le rôle des Bourses

Toutes les Bourses du Pays de Vaud n'ont pas la même importance. Elles soutiennent une population plus ou moins nombreuse selon les localités. Dès sa fondation, la Bourse de Lausanne joue un rôle central et directeur pour l'ensemble des institutions vaudoises. L'aspect le plus connu de l'activité des Bourses est ce qu'elles ont fait sur le plan de l'assistance. C'est celui qui a été le plus souvent mis en relief par l'historiographie du Refuge. C'est aussi celui qui apparaît le plus visiblement lorsqu'on feuillette les registres. On peut distinguer deux types d'aides: celles en espèces et celles en nature.

Dès 1695, l'argent versé aux pensionnaires sur "l'état" de Berne transite et est distribué par les Bourses françaises. Mais celles-ci ont aussi leurs pensionnaires qu'elles entretiennent sur leurs propres fonds. Elles versent parfois des "extras", c'est-à-dire des petites sommes destinées à soulager des personnes momentanément gênées. Elles distribuent des viatiques aux réfugiés de passage. Elles prennent aussi en charge les frais de médecin et d'apothicaire des malades démunis. En général, un médecin et un apothicaire réfugiés sont nommés par la Direction pour le soin de tous les pauvres de la communauté. A Lausanne, ces deux charges font l'objet d'un tournus entre les membres des professions médicales. Quelquefois, les Directions financent des apprentissages. Les Directions procèdent aussi à des distributions de biens en nature. Elles font fabriquer du pain par un boulanger commis tout exprès et en font don aux familles les plus démunies ainsi qu'aux malades hospitalisés. A Lausanne et à Berne, elles obtiennent la jouissance des effets laissés par les réfugiés assistés décédés. Hardes misérables le plus souvent, meubles en sapin et vaisselle en bois ou en terre, ces objets sont donnés aux pauvres ou vendus aux enchères.

Dans chaque localité, les directeurs nommés ou volontaires pour s'occuper des affaires des réfugiés se recrutent parmi les membres les plus actifs de la communauté. Cela explique pourquoi, jusqu'en 1699, les Bourses françaises consacrent une part non négligeable de leurs efforts à l'activité diplomatique: rédaction de suppliques aux Princes protestants, au roi de France ou à LLEE, envois de députation dans les pays étrangers pour préparer des établissements, correspondance avec des informateurs à l'étranger, etc. Le réseau de relations que les réfugiés lissent entre eux s'étend à toute l'Europe, France y comprise. L'information circule rapidement et bien: chaque membre directeur transmet des renseignements à ses connaissances établies ailleurs; le secrétaire n'envoie qu'un minimum de copies de documents. Dès 1699, pourtant, toute trace d'activité diplomatique disparaît des registres. L'essentiel des interventions politiques des directeurs consiste dès lors à régler localement le statut juridique des réfugiés et de leurs descendants.

Le brassage de population auquel le Refuge donna lieu n'alla pas sans poser parfois d'épineuses questions. Conscientes de tous les problèmes qui pourraient en découler, les Bourses françaises cherchent très tôt à organiser la vie sociale dans les communautés réfugiées. Pour les autorités, locales ou bernoises, la recherche de personnes pouvant se porter garantes de cette population mouvante était nécessaire pour parvenir à en garder le contrôle. D'où le caractère d'encadrement moral qui imprègne l'activité des Directions dès le début de leur existence, lorsqu'elles prennent le relais de LLEE pour interdire aux réfugiés de mendier dans la ville, par exemple, encadrement moral qu'elles font même passer avant l'assistance aux plus démunis. Des Consistoires, les Bourses prennent aussi les fonctions: elles font comparaître les réfugiés coupables de blasphème comme ceux qui expriment le désir de retourner en France; elles poussent à se réconcilier ceux qu'une dispute a séparés; elles enjoignent les caractères violents à s'apaiser; elles vérifient l'orthodoxie de certains nouveaux arrivés, les envoyant au besoin suivre le catéchisme dispensé par les pasteurs réfugiés; enfin, elles exhortent régulièrement les réfugiés, par le biais du prêche de leurs pasteurs, à respecter les ordonnances somptuaires édictées par les autorités religieuses. Dans les périodes où les accrochages avec la population locale se multiplient, elles renforcent leur surveillance et essaient d'inspirer aux réfugiés une attitude de contrition propre à ranimer la sympathie et la générosité en leur faveur.

Les finances

Les séries d'archives de la plupart des Bourses n'existent pas avant la seconde moitié du XVIIIe siècle. C'est pourquoi, pour donner une idée du volume des fonds maniés par l'une de ces institutions, on ne peut citer que l'exemple de Lausanne. Bourse importante, ses archives comptables permettent de suivre avec précision l'évolution des différents postes de ses recettes et dépenses. Dès février 1695, c'est la Bourse de chaque localité qui avancera leur pension aux personnes qui en bénéficient, alors que la Direction de Berne remboursera ces avances à la fin du mois. A Lausanne, entre 1696 et 1699, ces remboursements représentent 53% en moyenne des entrées d'argent, mais ils décroissent régulièrement entre 1696 et 1715, avec deux fléchissements plus marqués en 1702, soit juste après les dernières naturalisations des réfugiés qui restent en Suisse, et en 1708. Par ailleurs, le tableau des dépenses de la Bourse est très clair: 69% à 77% des dépenses consistent en pensions versées soit au nom de la Direction de Berne, soit au nom de celle de Lausanne. L'ensemble des dépenses pour l'hôpital (pain distribué aux pauvres et aux malades, ainsi que les fournitures pour nourriture, mobilier et salaires du personnel) représentent 12% à 20% des dépenses. Quant aux "extras", c'est-à-dire les aides accordées en cas de circonstances exceptionnelles, ils ne consomment tout au plus que 5% des dépenses. Ces chiffres mettent très nettement en évidence le caractère résolument caritatif de la Bourse: 90% des dépenses sont consacrées à l'octroi de charités. Si nous mettons maintenant en parallèle les montants des remboursements de Berne avec les montants des pensions versées par la Bourse de Lausanne, nous constatons qu'en 1700 Berne rembourse 96% des pensions. Cette part tombe à 23% en 1715. La Bourse de Lausanne assume donc à elle seule une part toujours plus grande de l'assistance. Dès 1700, elle s'émancipe financièrement de Berne. Les autres sources de revenus de la Bourse sont dans l'ordre décroissant les dons de particuliers, qui eux couvrent un quart des recettes, et le produit des quêtes aux portes des temples (14%). Le reste des revenus peut consister en vente d'objets ou en remboursements occasionnels.

Sur le modèle de la Bourse des passants, l'autorisation de percevoir les aumônes aux portes des temples devait, dans l'esprit de Berne qui la leur concédait, permettre aux Directions françaises du Pays de Vaud d'alimenter leurs caisses. L'évolution de ces rentrées nous montre qu'en fait les collectes aux temples n'ont jamais constitué une part déterminante des recettes des Bourses. Ajoutons encore qu'au XVIlle siècle, la Bourse commencera à placer ses capitaux auprès de particuliers, inaugurant par-là une nouvelle forme de financement. Un premier placement a lieu en 1720. Le procédé devient systématique dès 1733.

     

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Sources

- Ducommun, M-J. Quadroni, D. (1991). Le refuge protestant dans le Pays de Vaud. Aspect d'une migration. Editions Droz Genève.

 

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