SOMMAIRE - Le refuge protestant dans le Pays de Vaud

La célébration du tricentenaire de la Révocation de l'Edit de Nantes a suscité un véritable regain d'intérêt pour le refuge huguenot. En France, la plupart des ouvrages qui traitent de la Révocation analysent surtout la situation des protestants dans le royaume entre 1598 et 1685.  Pour la constitution de ce dossier nous utiliserons le travail de Marie-Jeanne Ducommun et Dominique Quadroni, Le refuge protestant dans le Pays de Vaud (Fin XVIIe - début XVIIIe). Aspects d'une migration.

 

Retour au sommaire

Sommaire >>> Divers >>> Histoire Suisse >>> Histoire cantonale >>> Le canton de Vaud >>> Le refuge protestant dans le Pays de Vaud

 Le refuge et la Suisse à la fin du XVIIe siècle

 
 

En signant l'Edit de Fontainebleau le 18 octobre 1685, Louis XIV met un terme à la fragile légalité que le protestantisme avait acquise en 1598 grâce à l'Edit de Nantes. Cet acte constitue en fait l'aboutissement du processus engagé par le Roi dès 1661 en vue d'extirper "la Religion prétendue réformée" de France. Au moment de la Révocation, le Royaume compte cependant encore quelque 850 000 réformés, dont 80% résident dans les pays du sud de la Loire. Ils représentent un peu moins du 5% de la population totale du pays. Malgré l'interdiction royale, environ 200 000 religionnaires vont décider de quitter la France.

En réalité, l'exode a débuté bien avant la Révocation de l'Edit de Nantes, et d'une manière significative dès le commencement des années 1680; mais cet événement marque une brutale accélération du phénomène. Culminant dans les années immédiatement postérieures à 1685, l'émigration se poursuivra au gré des persécutions jusqu'au milieu du XVIIIe siècle. Ce n'est qu'en 1787 que les protestants français recouvreront une existence légale; l'édit de Tolérance, promulgué par Louis XVI, leur conférera alors un état civil et le droit d'exercer toutes les charges et emplois. Comme les protestants français, les vaudois des vallées piémontaises sont victimes de la politique religieuse de leur souverain, le duc de Savoie. En 1686 et sous la pression française, ce dernier interdit la religion réformée dans ses terres. Il s'ensuit une terrible répression contre les vaudois. Expulsés en 1687, les Piémontais ne renoncent pas pour autant à réintégrer leurs vallées, ce qu'ils réussissent à faire en 1689 à la faveur de l'expédition connue sous le nom de "Glorieuse Rentrée". Après son adhésion à la Ligue d'Augsbourg, le duc de Savoie soutient ses sujets vaudois contre la France; il invite même les huguenots et les vaudois français à venir s'installer dans ses terres. Mais ces derniers se voient à nouveau contraints à l'exil en 1698 en vertu d'une clause de la paix séparée conclue entre la France et la Savoie en 1696. Les émigrations forcées de 1687 et de 1698 concernent en tout plus de 6000 personnes. Très vite, les pays protestants, pour la plupart déjà coalisés contre les visées expansionnistes de Louis XIV, se déclarent prêts à accueillir des fugitifs français. L'espoir de les voir apporter avec eux de nouvelles techniques et des capitaux, et de connaître grâce a eux un démarrage économique semblable à celui qui avait suivi le premier Refuge du XVIe siècle, n'est pas toujours étranger à leur effort de charité.

Parmi tous les pays d'accueil, les Provinces-Unies occupent certainement la première place en offrant un abri à 50 000-75 000 fugitifs (chiffres peut-être à revoir à la baisse selon des études récentes). La forte personnalité du stathouder Guillaume d'Orange contribue à rassembler autour de lui les protestants en exil. La Hollande reçoit notamment une bonne partie de l'élite intellectuelle qui y exercera une influence spirituelle et culturelle significative (Pierre Jurieu, Pierre Bayle). Certains de ces réfugiés participeront à la colonisation néerlandaise de l'Afrique du Sud en 1688.

Terre d'exil très importante dès l'avènement de Guillaume III d'Orange à la suite de la révolution de 1688, l'Angleterre offre un refuge sûr pour 40 000 à 50 000 personnes. L'influence huguenote s'y fera sentir, entre autres, dans la finance. Par ailleurs, plusieurs milliers de Français venant d'Angleterre, ou aussi directement des Provinces-Unies, se rendent en Irlande, ouverte à la colonisation après la bataille de la Boyne (1690). Quelque 2000 réfugiés s'établissent aussi dans les colonies anglaises d'Amérique (Nouvelle-Angleterre, Caroline du sud).

Parmi les Etats protestants allemands, encore très marqués dans leur démographie par les séquelles de la guerre de Trente Ans, le Brandebourg-Prusse est l'un des premiers à comprendre tout le profit qu'il pourrait tirer d'une forte immigration. Moins d'un mois après la Révocation, l'Electeur de Brandebourg promulgue le fameux édit de Potsdam largement diffusé et promettant d'avantageuses conditions d'installation. A lui seul, le Brandebourg-Prusse donnera un nouvel établissement à environ 25 000 fugitifs. En nombre beaucoup moins élevé, des réfugiés s'installent au Danemark, en Suède et en Russie.

La Suisse, elle, joue un rôle un peu particulier, puisqu'elle sert essentiellement, entre 1680 et 1700, de lieu de passage à au moins 45 000 réfugiés en route vers les Provinces-Unies, l'Allemagne et même l'Angleterre. Seule une très petite partie d'entre eux (6000 au maximum) s'installera définitivement, dans le Pays de Vaud essentiellement.

La Suisse à la fin du XVIIe siècle

A la fin du XVIle siècle, la Confédération constitue un ensemble complexe formé de treize cantons, d'états alliés et de pays sujets. La Diète fédérale, seul organe réunissant tous les cantons et certains de leurs alliés, ne peut mener une politique d'ensemble véritablement efficace, puisque les états, souverains, sont libres d'en appliquer les décisions et que toute une série d'intérêts divergents les opposent les uns aux autres. Politiquement et économiquement, le rôle des cantons de Berne et de Zurich devient cependant de plus en plus déterminant au sein de la Confédération. La deuxième guerre de Wilmergen (1712) confirme cette prépondérance ainsi que, d'une manière générale, celle du camp réformé tout entier.

Des divers antagonismes marquant la Confédération, le conflit religieux, toujours renaissant, partage le pays en deux blocs. Signe institutionnel de cette division, des diètes ou conférences séparées sont tenues régulièrement à l'image de la Diète fédérale par les Etats protestants et les Etats catholiques.

L'arrivée des réfugiés ne fait bien sûr qu'aggraver la tension interconfessionnelle. Les cantons catholiques redoutent surtout que l'asile donné aux huguenots ne mette en danger la neutralité du pays et ne provoque un renchérissement des denrées alimentaires. Pour venir à bout des résistances catholiques, les cantons protestants s'efforcent de minimiser le nombre des réfugiés et insistent sur le caractère provisoire de leur accueil dans le pays. Ils acceptent aussi de ne pas autoriser le séjour des réfugiés dans les bailliages communs (on relèvera malgré tout la présence de réfugiés dans les bailliages de Grandson, Orbe-Echallens et Morat, bailliages communs de Berne et Fribourg). Quant au renchérissement des denrées, les réformés refuseront d'y voir une conséquence de la présence des réfugiés. Les arguments développés par la Conférence réformée apaisent les craintes des catholiques; seuls Uri et Schwytz maintiennent leur demande d'expulsion des huguenots. Ces craintes se rallumeront toutefois lors de l'arrivée des vaudois du Piémont.

Du point de vue démographique, la Confédération connaît au XVIle siècle, à l'instar des pays européens, une notable augmentation de population. D'un million d'habitants dans le courant du XVIle siècle, la Suisse passe à un 1 200 000 habitants au début du XVIlle siècle. Malgré tout, l'émigration l'emporte sur l'immigration; en plus du nombre très élevé d'hommes engagés dans le service étranger, dont une proportion non négligeable ne revient pas au pays, beaucoup de Suisses sont contraints pour des raisons économiques de s'établir dans d'autres pays d'Europe - notamment dans les Etats allemands - et en Amérique.

Les réfugiés pour cause religieuse représentent pour l'époque l'apport le plus massif d'individus venant de l'extérieur des frontières, mais, globalement, ils n'influencent pas d'une manière décisive et à long terme la courbe démographique, même si, localement et temporairement, leur proportion peut être très élevée par rapport à la population indigène. Du point de vue économique, les vingt dernières années du XVIle siècle sont une période de dépression. Des disettes de blé se produisent en 1693 et en 1698. De ce fait, les prix augmentent et la situation des pauvres se dégrade. Le paupérisme est ressenti comme un problème très inquiétant, tant en raison de l'augmentation du nombre de vagabonds qu'à cause du poids financier qu'il fait peser sur les communes qui ont l'obligation de secourir leurs ressortissants indigents. Si les réfugiés sont épargnés par les "chasses aux gueux" régulièrement organisées, le problème de leur éventuelle assistance sera soigneusement soupesé par les autorités des villes et des villages lorsqu'elles seront sollicitées de les recevoir comme habitants.

Dès 1670, les relations entre la Suisse et la France s'altèrent quelque peu. La France exerce une influence prépondérante au sein de la Confédération; les deux pays sont liés par une alliance renouvelée en 1663. Cependant la Suisse assiste avec inquiétude au rattachement de la Franche-Comté au Royaume en 1674. La France devient ainsi l'unique voisine de la Confédération du côté ouest et dispose d'un moyen de pression économique sur elle, la Franche-Comté fournissant en sel la Suisse occidentale. Dès 1679, la construction de la forteresse de Huningue près de Bâle renforce l'inquiétude des Suisses. En 1681, l'occupation de Strasbourg, ville alliée de Berne et de Zurich, suivie de la Révocation de l'Edit de Nantes, provoque le mécontentement des cantons réformés qui vont se distancer quelque peu d'une puissance qui leur paraît décidément trop menaçante; leur politique étrangère ne peut néanmoins que se cantonner dans une certaine prudence tant en raison des dangers potentiels représentés par la France que des intérêts existant entre cette dernière et la Confédération. La situation religieuse en France provoque de vives discussions au sein des conférences évangéliques; les réformés se préoccupent du sort des huguenots en général et de celui des négociants protestants suisses installés dans le Royaume en particulier. Des démarches diplomatiques sont entreprises, mais elles n'aboutissent pas à des résultats satisfaisants (1682-1683). Alors que Zurich insiste sur une réaction commune émanant de tout le camp réformé, Berne penche pour une procédure discrète. Convaincue très tôt de l'inopportunité de l'intervention diplomatique, eu égard à la puissance française, Berne estime que toute intercession en faveur des huguenots ne ferait que susciter des critiques à l'encontre de la politique d'asile des cantons. Elle obtient gain de cause puisqu'à la fin de 1683, la Conférence évangélique renonce à la requête écrite qu'elle prévoyait d'adresser à Louis XIV par l'intermédiaire de l'ambassadeur français.

Le traité franco-suisse de 1663 renfermait en effet un article, déjà introduit dans le traité de 1516, interdisant à l'un des contractants de tolérer sur son territoire les ennemis et les criminels sujets de l'autre. Par mesure de précaution, les cantons protestants soumettent cet article à l'examen des juristes et des théologiens bâlois. Recourant à des arguments religieux, historiques et juridiques, ces derniers le déclarent inapplicable aux persécutés pour la foi. L'ambassadeur français se gardera d'ailleurs d'invoquer le traité pour protester contre l'asile donné aux huguenots. Ne serait-ce que pour des considérations de politique internationale, Louis XIV a tout intérêt à ce que la Suisse conserve son équilibre politique et il ne pourra pas s'opposer efficacement à l'exode de ses sujets.

La cité bernoise

République patricienne, la ville de Berne possède le territoire le plus vaste de la Confédération, il comprend les anciennes terres cantonales, qui s'étendent du lac de Bienne à l'Oberland, ainsi que les conquêtes plus récentes que sont l'Argovie occidentale et le Pays de Vaud. Berne participe également à la gestion des bailliages communs dont ceux d'Orbe-Echallens, Grandson et Morat qu'elle partage avec Fribourg. De plus, elle entretient des liens privilégiés, sous la forme de traités de combourgeoisie avec, notamment, Genève et Neuchâtel. Le Grand Conseil incarne l'autorité suprême alors que le Petit Conseil exerce de fait l'autorité gouvernementale. De nombreuses chambres et commissions s'occupent spécifiquement de certains secteurs de l'administration.

A la fin du XVIle siècle, le Pays de Vaud, sujet de Berne depuis 1536, comprend une douzaine de bailliages. Avenches, Lausanne, Morges, Moudon, Nyon, Oron, Payerne, Romainmôtier, Vevey et Yverdon forment les bailliages romands alors qu'Aigle et Gessenay (en allemand Saanen) font partie des bailliages allemands. Le bailli, choisi parmi les membres du Grand Conseil bernois, représente le souverain et administre le bailliage dont il a la charge.

     

Page précédente

Page suivante

 
 
 

Sources

- Ducommun, M-J. Quadroni, D. (1991). Le refuge protestant dans le Pays de Vaud. Aspect d'une migration. Editions Droz Genève.

 

A commander en cliquant sur

Liens internet...      
       
Votre site ici !!! Ecrivez-nous pour ajouter votre site à nos pages...    
       
 
Copyright © Yannick RUB