Pendant près de trois
siècles, la famille des Plantagenêts va régner sur le
royaume anglo-normand constitué par
Guillaume
le Conquérant au XIe siècle. Cet état est
alors la première puissance politique, mais c’est un Etat féodal
typique dont la stabilité repose d’abord sur les liens qui
unissent le souverain et ses vassaux les plus importants.
C’est en Angleterre que les Plantagenêts régnaient en
souverains indépendants, tandis qu’en France, ils étaient
les vassaux des Capétiens,
situation qui donna naissance à une rivalité hostile entre
les deux dynasties. L’animosité que les Capétiens avaient
manifestée à l’égard de
Guillaume
le Conquérant dégénéra en une haine à mort
envers la maison d’Anjou.
Henri
II rendit à l’Angleterre la puissance
qu’elle avait connu sous Guillaume le Conquérant et, dans
une certaine mesure, lui donna la première ébauche de ce qui
devait constituer son originalité en tant qu’état. Il
limita l’autorité des barons et les libéra de leurs
devoirs de vassaux, mais exigea d’eux un impôt :
« l’argent de l’écu ».
A
la mort d’Henri Ier
Lorsque
Henri
Ier meurt en 1135, il
est sans héritier direct. Deux hommes sont candidats à la
succession :
- Mathilde,
fille du roi défunt, s’est remarié avec Geoffroi
Plantagenêt (comte d’Anjou). Ils ont un fils,
Henri.
- Etienne
de Blois, petit-fils de
Guillaume
le Conquérant comte de Blois et de Champagne
et ennemi juré de l’Anjou.
Les vassaux ne
tarderont pas à se diviser pour soutenir leur favoris.
La
guerre civile
En 1135,
Etienne monte
sur le trône. La guerre civile éclate, elle ne
cessera qu’en 1154 environ,
avec la mort d’Etienne. Pendant près de vingt ans la France
de l’Ouest et l’Angleterre sont à feu et à sang, la
discipline que les rois normands avaient réussie à maintenir
est totalement balayée ; partout des châteaux s’élèvent
sans que le souverain n’en ait donné l’autorisation, les
droits royaux et ducaux sont usurpés. Après la mort
Geoffroi
en 1151 et celle d’Etienne
en 1154, le pouvoir revient à
Henri,
jeune fils de Mathilde et de Geoffroi Plantagenêt. Mais la
guerre à profondément affaiblie la monarchie anglaise.
Henri
et Aliénor
Déjà héritier des
comtes d’Anjou et de Touraine,
Henri
II Plantagenêt va encore agrandir son domaine
en épousant
Aliénor
d’Aquitaine en 1152.
Louis
VII, le premier mari d’Aliénor, avait répudié
sa femme ; celle-ci apportait en guise de dot ses terres
du Poitou, de l’Aquitaine, de la Gascogne, du Limousin, de
l’Agenais et un ensemble de droit de suzeraineté sur
d’autres territoires (le comté de Toulouse par exemple).
Les possessions d’Henri et de son épouse représentaient
ainsi plus de la moitié du royaume de
France. Il en débouchera inéluctablement de fréquents
conflits entre français et anglais. Mais le mariage
d’Henri et d’Aliénor n’est pas heureux, les nombreuses
aventures du souverain compliquant la situation. Si Aliénor
n’a pas donné d’héritier mâle au roi de France, en
revanche elle a plusieurs fils avec son second mari (dont
Richard
Cœur de Lion, et
Jean
sans Terre). Aliénor va utiliser
les intrigues politiques et la
conspiration
pour se venger des aventures de son époux. Henri II va la
faire interner dans un couvent après qu’elle eut tenté de
soulever ses fils contre lui. Elle ne sortira de sa « prison »
qu’en 1189, avec l’avènement de
Richard
Cœur de Lion. Malheureusement pour
Henri, son caractère emporté allait nuire considérablement
aux nombreux avantages que le sort lui avait réservés.
Organisation
du royaume
Henri
II s’appuie sur une administration locale
efficace ; les guerres privées sont interdites et les
tournois particulièrement surveillés. Le roi est représenté
dans les comtés par les shérifs
qui assurent le bon fonctionnement du territoire durant
l’absence du souverain. Le pays est soumis à la
Common
Law, droit commun à l’ensemble du territoire,
dont les tribunaux locaux assurent le développement. Une
bureaucratie monarchique se met peu à peu en place
(Curia regis = Cour du roi). De cet ensemble va naître
le Parlement. Sous
Henri
II les institutions deviennent sédentaires ;
la principale administration financière est l’Echiquier,
installé à Westminster dès 1170, il sera rejoint par la
chancellerie, chargée de la justice. Lorsque le roi est
absent, un « Justicier »,
membre de la famille royale, surveille le bon fonctionnement
du système. Cet ensemble permet au roi de se consacrer plus
largement à ses fiefs continentaux, plus riches que son
royaume d’Angleterre. La juridiction féodale
fut donc peu à peu remplacée par des tribunaux royaux,
instance supérieure, et des chambres de jurés, première
instance. Le pouvoir royal en sortait
affermi ; l’aristocratie affaiblie et confinée
dans ses terres afin que les guerres féodales prissent fin.
C’est ainsi que le danger de morcellement que présenta
ailleurs une féodalité trop indépendante fut évité en
Angleterre. Du même coup, une certaine participation des
couches inférieures de la population à l’exercice de la
justice et à l’armée fut rendue possible. Henri arma la
bourgeoisie et la soumit à des obligations militaires, ainsi
il gagnait non seulement des forces pour son armée, mais en
plus une fusion s’opéra entre les classes inférieures
d’origine saxonne et le peuple
vainqueur des Normands.
Au
niveau culturel
L’influence d’Aliénor
fut très efficiente, elle introduit en Angleterre de
nouvelles pratiques culturelles. Aliénor était la
petite-fille du comte troubadour Guillaume
IX, peut-être est-ce de là que provient son attrait
pour cette forme d’art. Elle compte dans sa suite le poète
Bernard
de Ventadour, son amant, qui l’avait suivi de
France en Angleterre. Bertrand de
Born fréquentait aussi intimement la cour
angevine. C’est à sa cour que fleurirent les belles légendes
celtiques du roi Arthur et
de Tristan.
L’architecture prit aussi un vigoureux essor ; le
commerce et l’artisanat assurèrent le bien-être des
habitants des villes.
Le
conflit avec l’Eglise
Henri
chercha à soumettre l’Eglise anglicane à l’Etat. Il
s’en suivit une lutte impitoyable, dans laquelle
Thomas
Becket se signala comme l’un des adversaires
les plus farouches du roi. C’est en 1162
que Henri confia l’archevêché de Canterbury à son fidèle
Thomas, le roi pensait ainsi pouvoir reprendre en main
l’Eglise anglaise. Mais Thomas renonça bien vite à sa fidélité
d’antan pour se consacrer pleinement à sa tâche et défendre
âprement les droits que le roi voulait arracher à
l’Eglise. Ce sont les 16 articles
de Clarendon qui vont limiter la juridiction ecclésiastique
dans plus d’un domaine. Ainsi le roi s’arrogea le droit de
pourvoir les sièges épiscopaux. Pour échapper à la
vindicte du roi, Thomas du s’exiler en France et se placer
sous la protection le
Louis
VII. Le pape,
Alexandre
III, pourtant dans une position difficile de par sa
lutte contre
Frédéric
Barberousse, prit position pour Thomas Becket.
Il le nomma légat d’Angleterre
et l’autorisa à rejeter depuis la France le statut de
Clarendon. L’Angleterre se voyait aussi frappé
d’interdit.
Henri
céda, il demanda à
Thomas de revenir au pays, s’engageant à tout ce que
l’archevêque exigeait. Mais le roi n’était pas sincère… Thomas, toujours aussi
intransigeant, n’hésitait pas à punir les prélats infidèles
à l’Eglise ;Henri, qui séjournait alors en France,
apprenant l’attitude de Thomas aurait eu ces mots :
« Un
garçon que j’ai comblé de bienfaits ose braver le roi et
toute la maison royale. Quels misérables lâches ai-je
nourris en ma cour ? Ne s’en trouve-t-il pas un parmi
vous pour me venger de ce traître ? »
C’était un véritable
appel au meurtre. Quatre chevaliers partirent immédiatement
pour Canterbury et égorgèrent Thomas
Becket dans sa cathédrale, nous étions le
29
décembre 1170. L’indignation fut
immense, Henri II était compromis. Le roi connu alors des
heures pénibles : il était défait
en Irlande, ses fils se
retournaient contre lui, les Ecossais
envahirent l’Angleterre, la
France
capétienne préparait une
invasion
de la Normandie et de la Grande-Bretagne,
son peuple estimait que le roi était un
lâche
et que Dieu le punissait du
meurtre de leur archevêque bien-aimé. La situation du roi
semblait désespérée ; il prit alors parti d’expier
son crime. En robe de pénitent, pieds nus, il se rendit sur
la tombe de
Thomas
Becket et s’y fit flageller. Ainsi le roi
obtenait l’absolution et se réhabilitait, dans une certaine
mesure. Il mâta bientôt ses adversaires, ses fils ne tardèrent
pas à demander son pardon. Mais les querelles familiales
reprirent bientôt, quand il apprit que son plus jeune enfant,
Jean,
depuis toujours son favori, avait passé dans l’autre camp,
il en fut si profondément atteint qu’il mourut quelques
jours plus tard, dans le désespoir et en maudissant sa progéniture.