ATRIUM - Histoire de l'Antiquité

En histoire européenne, l'Antiquité désigne la période des civilisations de l'écriture autour de la Méditerranée, après la Préhistoire, avant le Moyen Âge. La majorité des historiens estiment que l'Antiquité commence au IVe millénaire av. J.-C. (-3500, -3000) avec l'invention de l'écriture, et voit sa fin durant les grandes migrations eurasiennes autour du Ve siècle (300 à 600). La date symbolique est relative à une civilisation ou une nation, la déposition du dernier empereur romain d'Occident en 476 est un repère conventionnel pour l'Europe occidentale, mais d'autres bornes peuvent être significatives de la fin du monde antique.

 

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Sommaire >>> Histoire de l'Antiquité  >>> Pouvoir impérial et autonomie municipale

La Néocorie
 
 

Un Néôkoros (Néôkoria: charge de Néokore) était une sorte de sacristain, quelqu’un qui s’occupait d’un temple sans prêtre, donc un administrateur. Il pouvait être un homme important quand il s’agissait d’un grand sanctuaire. Avec l’empire, la néokorie changea de caractère, dorénavant le titre de Néokore et la Néokoria ne seront plus assumés par une personne, mais par les cités elles-mêmes. Ce changement est dû à la naissance de l’empire, la Néokorie est, à partir de là, attachée à un temple dédié au culte impérial. On ne pouvait évidemment pas créer un temple dédié à l’empereur dans toutes les cités, mais seulement dans les plus importantes. Le culte impérial aura un caractère régional, seulement une cité ou deux recevront le titre de Néokore dans la province, ce qui évidemment était considéré comme un grand prestige. Il y avait aussi un intérêt économique â être une cité Néokore (nouvelles constructions…). Il y aura de nombreuses disputes entre les cités pour obtenir la Néokorie. Aujourd’hui, on arrive à savoir qu’une ville portait ce titre grâce à la numismatique, en observant les monnaies, il arrive que l’on trouve une ville qui se nommait Néokore.

Une ville pouvait devenir deux fois Néokore, en ayant un temple de deux empereurs différents. Par exemple, des Julio-Claudiens et ensuite des Flaviens. On a même trouvé des cités qui étaient Néokore trois fois. Ce titre est particulièrement important car il représentait une hiérarchie au sein de la province. Lorsqu’on créait un temple, se posait la question de savoir où l’installer. On remarque que le plus souvent les Néokories étaient placées dans les capitales de conventus. On possède un témoignage de Tacite au livre IV des Annales au paragraphe 55 et suivants. En résumé: Tacite nous raconte le problème qu'était celui de choisir une cité pour y construire un temple (ici en l’honneur de Tibère qui les a aidés après le tremblement de terre de 17). On fit valoir la conduite des cités deux siècles auparavant et leur ancienneté pour gagner la faveur de l’empereur et du Sénat. 11 cités étaient en compétition et finalement c’est la ville de Smyrne qui obtint le temple de Tibère. Chaque cité essayait de se faire valoir par rapport à ses voisines, ce qui se manifestait aussi dans les monnaies de ces mêmes cités.

En 1983, on a trouvé une inscription parlant de la ville de Pergé, ville de Cilicie, seule cité à avoir le droit d’asile (voir plus bas). Elle était également quatre fois Néokore, ce qui montre qu’elle devait être une ville importante et probablement une capitale de conventus. La ville bénéficiait aussi d’un monnayage d’argent, ce qui constituait un privilège à l’époque car il fallait une autorisation spéciale de l’empereur pour pouvoir le faire (normalement le monnayage des cités était de bronze). L’inscription nous dit aussi que tous ses droits lui avaient été confirmés par un décret du Sénat. Cette stèle témoigne de la vitalité de ces cités. L’empire n’étant constitué que de cités, elles devaient être prospères.

Les rivalités entre les cités

Le koinon était un organisme toléré et voulu par Rome car il permettait aux cités d’avoir un certain rôle politique et de gommer les rivalités qu’il pouvait y avoir entre elles. Rome avait intérêt à ce que les cités vivent en paix, mais il est évident que des siècles de rivalités ne peuvent s’effacer d’un coup. La compétition existait dans tous les domaines, et notamment dans la vie politique. A l’époque impériale, les cités ne se faisaient plus la guerre car Rome ne la tolérait pas, mais certaines tensions existaient tout de même. Les koina apaisaient d’une certaine manière ces rivalités, mais à certains égards elles les aiguisaient, c’est le cas par exemple dans l’organisation du culte impérial qui n’avait lieu que dans une seule ville du koinon, en général la prédominante. Cette caractéristique des cités grecques posait des problèmes à l’empire qui devait parfois intervenir de façon autoritaire pour éviter des guerres ou du moins des complications. On a déjà vu des exemples de cette rivalité dans le cadre du culte impérial, mais elle jouait pour tous les domaines et pour tous les titres. Les cités avaient la "manie" du classement, le concours était très présent dans la mentalité antique (vision agonistique de la vie, c’est-à-dire que l’on se bat pour le premier rang dans tous les domaines de la vie, pour la prôteia = le fait d’être premier).

Les principaux titres pour lesquels on se bat

1.    La néocorie.

2.    Le titre de première ville de la province. C’était un titre très convoité et très prestigieux. On voit sur les monnaies que même être sixième ou septième ville de la province constituait une fierté.

3.    Le titre de Métropole. La métropole était une cité qui était à l’origine de toutes les autres cités, en quelque sorte une cité mère.

4.    Le titre de ville libre. Une cité libera ou eleuthéra n’était que relativement libre à l’époque romaine, mais ce titre lui donnait un certain degré d’autonomie par rapport aux autres cités.

5.    Le titre d’Asylos ou hiéra. Il s’agissait d’un privilège dont bénéficiait un grand sanctuaire ou une ville qui pouvait accueillir toute personne demandant l’asile. Une fois dans son territoire personne ne pouvait plus être poursuivi.

Tous ces titres faisaient l’objet de décisions romaines, l’empire gardait ainsi une mainmise sur les cités.

La connaissance du passé

Cette hiérarchie entre villes impliquait une conscience du passé. Ces cités se préoccupaient de leur passé (cela se voit sur les monnaies par exemple). Pour un grec, l’histoire et les mythes (il n’y a à l’époque pas vraiment de différence) donnaient un certain prestige. Chaque cité y allait de son enquête à sa propre échelle et la rivalité se retrouvait à tous les niveaux. Les cités engageaient les historiens et les poètes dans cette recherche des origines, afin de convaincre les autres de son ancienneté. Ceci dans le but d’obtenir une sorte de brevet d’hellénisme, car plus on était grec, mieux on était considéré. Les villes qui n’avaient pas un passé glorieux se fabriquaient des liens de parenté avec de grandes cités grecques comme Athènes, Sparte, Argos... Il faut voir aussi un aspect nostalgique dans cette quête du passé, les cités grecques eurent leurs heures de gloire, mais avec la conquête romaine, elles perdirent leur liberté. Il fallait également avoir des thermes, des théâtres... pour bénéficier d’un certain prestige. Ceci explique les bienfaiteurs des villes qui donnaient de l’argent pour construire certains édifices.

Un cas de rivalité entre deux villes Nicée et Nicomédie

Nicée: Ancienne ville de l’Asie mineure, en Bithynie, sur le lac Ascanius. Fondée peu après la mort d’Alexandre le Grand par Antigone sous le nom d’Antigoneia (316 av. J-C). Elle fut rebaptisée par Lysimaque en l’honneur de sa femme, Nicée. Patrie de l’astronome Hipparque et de l’historien Dion Cassius, elle fut une ville commerciale florissante à l’époque impériale. C’est l’actuelle Iznik.

Nicomédie: Ancienne ville d’Asie mineure, capitale de la Bithynie, fondée par Nicomède Ier vers 264 av. J-C, au nord de l’ancienne colonie mégarienne d’Astacos, qui avait été détruite par Lysimaque. Elle devint le chef-lieu de la province romaine et fit, à l’époque impériale, l’une des villes les plus florissantes de l’Orient; Dioclétien et Constantin y résidèrent. Aujourd’hui, cette ville se nomme Izmit.

Ce cas a été traité par L.Robert dans un article paru dans une revue américaine en 1977: La titulature de Nicée et de Nicomédie: la gloire et la haine. Ces deux cités se trouvaient près de la Bithynie. Nicomédie était une ville maritime et Nicée une ville continentale. On possède des documents sur leur rivalité, mais on connaît aussi des sources littéraires: Dion Chrysostome (orateur qui vécut à l’époque de Domitien) fit un discours dans les années 90 devant le peuple de Nicomédie qui portait sur les relations de la ville avec celle de Nicée. Le titre de son discours contient le mot homonoia c’est-à-dire concorde. Il s'efforca de montrer le caractère très relatif de cette rivalité. Les deux cités vivaient économiquement en symbiose, mais dit-il: «vous voulez seulement être les premiers (prôteia), ces choses dont vous êtes si fier, les gens normaux leur crachent dessus. Les Romains se moquent de vous et de vos rivalités». Il parle même de maladie grecque.

On possède des monnaies qui montrent que les villes de Nicomédie et de Nicée ont été toutes les deux premières de la province, ce qui n’était pas possible (Nicomédie, était métropole également). On a longtemps pensé que le jugement de l’empereur (Krimmata) avait départagé les deux villes, car seul l’empereur pouvait donner le titre de première de province à une ville, mais les faits sont différents: Nicée reçut tout d’abord le titre de première de la province. Sur les portes d’entrée de la ville une inscription énumère les titres de la cité. Le titre de première de la province a été régulièrement martelé et a été ensuite effacé, mais de manière à ce qu’il soit toujours lisible. L.Robert a trouvé la cause de cet effacement, Hérodien nous relate le fait : Après la dynastie des Antonins (fin vers 192-193), s’ouvrit une grande guerre civile dans les années 193-196, une guerre entre les divers prétendants au trône impérial. Hérodien nous dit que la ville de Nicomédie avait donné son appui à Sévère, l’un des deux candidats à l’empire. Nicée, elle, décida de prendre parti pour Pescennius Niger, non pas parce qu’elle pensait qu’il serait meilleur empereur que Sévère, mais parce qu’elle était en compétition avec Nicomédie. 

Cet événement donna lieu à une véritable guerre civile entre les deux cités. Septime Sévère gagna, prit place sur le trône et punit les cités qui avaient pris parti pour son adversaire, c’est ainsi que Nicée se vit priver de son titre de première de la province. Hérodien parle de la rivalité comme d’une maladie qui a causé le déclin des cités grecques. On a une preuve épigraphique de ce récit: L’inscription de la porte de Nicée a été faite avant ces événements et porte la mention de première de la province, alors que les constructions postérieures à cet épisode ne comportent plus ce titre puisque la cité n’en avait plus le droit.  Le IIIe siècle va être une suite incessante de successions disputées. Ces événements montrent pour la première fois une rivalité pour le choix d’un empereur, mais par la suite ce genre de choses se répéteront plus ou moins tous les dix ans.

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Bibliographie

M. Sartre, Nouvelle Histoire de l’Antiquité (en deux volumes)

P.Le Roux Le Haut-Empire romain en Orient ; Le Haut-Empire romain en Occident (P.Le Roux est un spécialiste de l’Espagne)

S.J Friesen, Twice Neokorus Parle des Néokores dans le cadre du culte des Flaviens.

 
 
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