Un
autre système de découpe des provinces respectait mieux les
communautés ethniques: le Koinon,
cette institution n’avait qu’un nom grec, la traduction latine
n’avait pas été faite car le koinon
n’avait pas de grande importance administrative. Koinon
a un sens vague, c’est en fait ce qui
permet aux cités de se réunir, ce qui est commun, on
pourrait le traduire par collectivité.
Cette institution existait aussi en dehors
de la province d’Asie. Le koinon était en fait une union
de cités qui avait des racines beaucoup plus ancienne que
la conquête romaine. A l’époque hellénistique, le
koinon définissait un véritable état
fédéral, les Romains en firent quelque chose d’un
peu différent ensuite, car les cités cédèrent une partie de
leur souveraineté à un état central.
Même s’il n’y a pas eu de rupture nette, on a plus à faire
à un état fédéral à l’époque impériale car Rome
n’aurait pas acceptée d’avoir un véritable état au sein de
l'une de ses provinces. Les Koina étaient donc des
associations de cités ayant un caractère
régional et ethnique, selon un schéma librement
institué par les intéressés et non pas par les Romains.
Exemple:
A l’intérieur de la province d’Asie, on connaît
le koinon des 13 cités de
l’Ionie. Ce koinon a un caractère traditionnel, il
est attesté déjà à l’époque d’Hérodote.
Au début il ne contenait que 12 cités, par la suite la ville de
Smyrne s’ajouta au nombre déjà existant des villes. A
l’époque romaine, ce koinon existait encore.
Le
rôle des koina
En
général, ils devaient s’occuper de
certains cultes et voter des
décrets. La nouveauté introduite par les Romains a
été de donner un regard régional
au sein de l’empire qui d’habitude était plutôt
centralisateur. Les cités qui constituaient un koinon avaient
certaines libertés par rapport à l’empire:
-Elles
devaient se réunir dans ce cadre pour exercer le culte
de l’empereur.
-Au
niveau politique, elles prenaient la liberté de se
réunir pour protester ou se plaindre au gouverneur de
la province ou directement à l’empereur. Pour ce genre de
requête, il était plus facile de se mettre à plusieurs pour
être entendu. Les cités pouvaient donc prendre des décisions,
par exemple demander la révocation de certains décrets de
l’empire.
-Le
koinon n’avait pas d’aspect
administratif comme le conventus.
-L’Asiarque
était le chef de l’Asie, mais au sein du koinon. Le maître de
la province était le gouverneur,
il était le président du koinon de l’Asie. L'Asiarque avait
surtout une fonction religieuse, au
niveau de la province. Cette tâche représentait une ascension
sociale.
Le
koinon était une institution que l’on peut considérer comme
romaine, même si elle plonge ses racines dans le monde grec où,
à l’époque, il était un véritable état fédéral. A
l’époque impériale, le koinon était simplement une association
de cités.
La
différence entre le conventus et le koinon
Les
deux institutions ne correspondaient pas à la même fonction:
1.
Le conventus était un parement
administratif. Ses frontières ne respectaient
absolument pas les anciens territoires hellénistiques et
ethniques.
2.
Le koinon était une institution beaucoup plus respectueuse
des liens ethniques et religieux. En général, les
koina étaient constitués prés d’un grand sanctuaire autour
duquel il y avait plusieurs cités.
Exemples
de Koina
1.
En Mysie, il y avait un koinon
autour de la ville d’Ilion (Troie).
Il formait la confédération d’Athéna
Ilias et subsista jusqu’à l’époque romaine.
2.
Les villes de la Lycie
formaient un koinon qui était à l’époque hellénistique une
véritable confédération et qui subsista jusqu’à l’époque
impériale. Il faut dire que les Romains n’étaient pas
défavorables aux koina, ils les favorisaient même car
c’était dans le cadre de cette institution qu’avait lieu le culte
impérial.
3.
Un koinon rassemblait l’ensemble des cités de la
province d’Asie, c’était le koinon
des Grecs d’Asie. Il réunissait l’ensemble des
cités grecques d’Asie et était plus grand que tous les autres
koina. Les Grecs bénéficiaient ainsi d’une grande autonomie et
pouvaient gérer leurs affaires eux-mêmes.
Le
koinon d’Asie avait aussi une fonction politique, il donnait la
possibilité aux provinciaux de se faire entendre par le pouvoir
romain (contre le gouverneur par exemple), mais leur tâche la
plus importante était d’organiser le
culte impérial et cela depuis la fin de la République et
pendant tout le Haut empire.
En
9 av. J-C, le koinon de la province d’Asie organisa le
calendrier de la province pour que l’année commence en même
temps pour toutes les villes du koinon. On trouva une façon
originale d’honorer
Auguste,
le premier empereur et sauveur du monde: Même si à Rome
l’année commençait à un autre moment, on choisit la date de
naissance d’Auguste (le 23 septembre). Les Grecs sortaient de la
période difficile qu’avait été la guerre civile. Cet acte
n’était donc pas une vaine reconnaissance, même si le style
nous paraît pompeux. Il y eut pendant un certain temps deux
calendrier en même temps, celui de la province et celui de Rome.
Les
magistrats du Koinon
Les
magistrats du koinon d’Asie n’étaient pas militaires et
avaient peu de pouvoirs politiques,
mais ils bénéficiaient d’un grand
prestige: ils dirigeaient la province qui pesait le
plus lourd au sein de l’empire.
Deux
titres sont attestés par des textes littéraires et des
inscriptions:
1. Asiarque, chef du
koinon de la province d’Asie (c’est un terme qui n’était
pas isolé, on trouve aussi Bithynarque,
Pamphylarque qui étaient d’autres
chefs de koinon.)
2. Archiereus, grand
prêtre.
Un
problème a fait l’objet de nombreuses études: est-ce
qu’il y avait plus d’un Asiarque en même temps et quelles
étaient ses relations avec l’Archiereus ? On sait
aujourd’hui que lorsqu’on obtenait le titre d’Asiarque,
c’était pour la vie et que l’on pouvait se prévaloir de ce
titre à plusieurs. Une femme ne pouvait pas occuper cette
fonction, par contre on sait que des femmes ont pris le titre
d’Archiereus, ce qui en soi ne paraît pas être impossible
puisqu’il existait des prêtresses dans le monde romain.
Les
fonctions d’Asiarque et d’Archiereus ne pouvaient pas être cumulées.
On sait cela par déduction: si une femme pouvait être Archiereus
mais pas Asiarque, il est logique que ces deux fonctions ne
pouvaient pas être exercées par la même personne.
Le
koinon possédait un conseil, le synédrion.
Celui du koinon d’Asie comptait 150 membres; par contre on
ignore si toutes les cités avaient un représentant dans le
conseil et quelles étaient les règles d’élections des synèdes
(ceux qui siégeaient au synédrion), on sait seulement que les
synèdes étaient des notables.
Probablement que toutes les cités n’avaient pas leur place au
conseil puisqu’il y avait plus de 150 cités dans la province
(entre 250 et 300 cités).
Pour
l’empire romain cette politique commune du koinon était très
utile car elle réussit à gommer la
rivalité légendaire entre les cités grecques.