Les
conventus étaient des circonscriptions
à caractère judiciaire (« conventus
iuridicus »). Ces circonscriptions devaient permettre
au gouverneur de faire une tournée dans sa
province en ne s’arrêtant que dans les villes les plus
importantes dans lesquelles se présentaient tous ceux qui
devaient être jugés par lui. Le conventus était donc
l’endroit où l’on se retrouvait pour
exercer la justice.
On
possède deux sources pour nous renseigner sur les conventus:
Les
sources littéraires
Pline
l’Ancien (écrit à l’époque des Flaviens, 69-96)
décrit la province d’Asie dans son Histoire
Naturelle au livre 5.
Il fait souvent mention des conventus et il en décrit
certains assez précisément. Il faut noter que chaque conventus
avait un chef-lieu. Lorsque Pline traite des cités les plus
connues, il ne parle pas de conventus, alors que quand il décrit
des régions plus reculées et moins connues, il en fait mention.
Ceci s’explique par le fait qu’il a utilisé une liste
administrative de l’époque d’Auguste
quand il ne connaissait pas la région, alors que lorsqu’il la
connaissait, il puisait dans ses propres sources et ses
connaissances. Le conventus était donc certainement en déclin à
l’époque de Pline l’Ancien. On remarque que ses sources
étaient bonnes car il ajoute parfois des indications quant au
statut des cités confirmées ensuite par l’archéologie ou la
numismatique.
Les
sources épigraphiques
On a
retrouvé des inscriptions qui fixent le nom de ces conventus. La
province d’Asie compte en tout 13 circonscriptions.
Conventus était évidemment l’appellation romaine, mais en grec
on le nommait Dioikésis
(diocèse). Une inscription nous montre que l’on a effectivement
à faire à des diocèses et nous en donne une liste avec leur
chef-lieu. Le nombre de villes dans un
conventus pouvait varier, par exemple le conventus
d’Halicarnasse ne contenait que 5
villes, alors que dans d’autres régions peu urbanisées un
conventus pouvait contenir 20 ou 30 villes.
La
répartition des conventus dans la province d’Asie
Comment
les conventus étaient répartis au sein de la province
d’Asie ? Grâce à deux inscriptions trouvées à Muet
et à Ephèse, nous avons pu établir
la liste de toutes les communautés politiques qui composait les
conventus de l’Asie mineure. Une autre inscription trouvée à Flaviopolis
(ville fondée par Flavien) nous fait connaître 5 conventus plus
ou moins complets.
Grâce
à cette liste et à d’autres témoignages, on sait qu’il y
avait 13
conventus dans la province d’Asie:
1. Milet
2. Ephèse
3. Alabanda (en Carie)
4. Halicarnasse (situé à l’ouest de la Carie)
5.
Smyrne (nord d’Ephèse)
6. Pergame (ancienne capitale du royaume de Pergame)
7. Sardes
8. Adramyttion
9. Apamée
10. Kibyra
11. Synnada
12. Philomélion
13. Cyzique
Lors de
la conquête, les Romains n’ont pas tenu
compte des anciennes frontières helléniques pour faire le
découpage par conventus. Strabon note au livre 14 de sa
géographie universelle que les limites
des anciennes provinces n’ont pas été respectées.
Les Romains se sont uniquement attachés à des
raisons pratiques pour répartir les conventus au sein de
la province (ils ont tenu compte des routes, des passages
importants, des possibilités de circulation etc.).
Ces 13
conventus se partageait l’Asie de manière assez inégale, le
nombre de cités pouvait varier d’un conventus à l’autre.
Exemples:
1. D’après une inscription, le conventus
d’Halicarnasse contenait, la ville de Mindos,
celle de Barilia et l’île de Cos
(se situe en face d’Halicarnasse). Ce conventus avait peu de
villes, mais ces villes étaient importantes. Par contre en Phrygie,
région peu urbanisée, il pouvait y avoir jusqu’à 30 cités
dans un même conventus. Grâce à cette même inscription on a
découvert d’une part l’existence d’un certain nombre de
villes qui étaient inconnues jusqu’ici et d’autre part la
complexité de l’administration et le fait qu’aucune commune,
même les plus petites n’étaient oubliées.
Avec ces
différentes sources, on est sûr de la liste de 13 villes pour le
premier siècle de notre ère.
Le rôle
des conventus
L
‘aspect judiciaire
Les
conventus permettaient au gouverneur de province de rendre
la justice seulement dans les villes les plus importantes
d’une région. Pour ces jugements, des délégués venus
de partout se réunissaient dans la capitale du conventus.
Ce
système est bien connu pour la province d’Asie, mais il en
existe des traces ailleurs, on peut donc imaginer qu’il était en
place dans l’intégralité de l’empire (par exemple, on
n’a pas de traces sûres en Achaïe, mais on en a par contre en
Occident, en Espagne). En fait, les inscriptions sont mal
réparties et on est toujours dépendant des trouvailles
archéologiques, donc du hasard. Le nombre
important d’inscriptions trouvées en Asie peut
s’expliquer par le fait que la province a eu des villes très
importantes qui connurent de fastueuses périodes. Il a
fallu des conditions particulières pour que ces documents
arrivent jusqu’à nous.
On peut
imaginer que dans les petites provinces comme celle de l’Epire
qui avait elle-même la taille d’un conventus, de telles
circonscriptions n’existaient pas.
L
‘aspect religieux
"L’inscription
de Milet" nous montre que l’activité du conventus
n’était pas exclusivement judiciaire. Le conventus avait aussi
un rôle religieux: c’est en
son sein que s’organisait le culte impérial.
L
‘aspect monétaire
Les
cités qui bénéficiaient d’une certaine autonomie avaient une
monnaie de bronze qui leur était
propre, elles ne se servaient
donc pas de la monnaie impériale. Dès lors, la question
est de savoir s’il y avait un atelier de
frappe dans chaque cité ou si un regroupement quelconque était
effectué ?
On a
toutes les raisons de penser que le monnayage s’effectuait dans
le cadre du conventus (Louis Robert a fait une étude
sur les monnaies). Le revers des monnaies des cités étaient
toujours propre à la cité, (chaque ville avait son effigie). Le
droit des monnaies était toujours à l’effigie impériale,
signe de rattachement à l’empire. On a pu constater assez
souvent que des communautés de coins (pièces qui ont toutes
été frappées avec le même coin et qui sortaient par
conséquent du même atelier) correspondaient aux conventus,
d’où l’idée qu’il y avait un
atelier de frappe par conventus.