ATRIUM - Histoire de l'Antiquité

En histoire européenne, l'Antiquité désigne la période des civilisations de l'écriture autour de la Méditerranée, après la Préhistoire, avant le Moyen Âge. La majorité des historiens estiment que l'Antiquité commence au IVe millénaire av. J.-C. (-3500, -3000) avec l'invention de l'écriture, et voit sa fin durant les grandes migrations eurasiennes autour du Ve siècle (300 à 600). La date symbolique est relative à une civilisation ou une nation, la déposition du dernier empereur romain d'Occident en 476 est un repère conventionnel pour l'Europe occidentale, mais d'autres bornes peuvent être significatives de la fin du monde antique.

 

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Sommaire >>> Histoire de l'Antiquité  >>> Pouvoir impérial et autonomie municipale

Les colonies
 
 

Nous parlerons ici de la cité grecque dans son apogée, c’est-à-dire proche de sa fin, même s’il est un peu paradoxal de parler de l’apogée de la cité grecque à l’intérieur de l’empire romain. Pourtant, de la paix romaine du IIe siècle jusqu’aux troubles du IIIe siècle, les cités grecques connurent une grande prospérité en Orient. Il faut d’emblée se défaire d’une idée reçue: La cité grecque n’est pas morte à Chéronée en 338 av. J-C, elle a encore évolué pendant des siècles. Jamais il n’y a eu autant de cité qu’au IIe siècle. Même des peuples nomades ou sédentaires s’organisèrent en cités sur le modèle grec. Ainsi, au cœur de lAsie mineure des nomades vont se sédentariser et constituer une cité à Pétra

Définissons d'abord ce que l'on entend précisement par cité: Les définitions que les Grecs donnent de la cité sont multiples et variables, mais l'on entend par cité le fait de vivre dans une communauté civique. Avant d’être un territoire (ville et campagne environnante), la cité est un organisme collectif: ce sont les citoyens unis par une même histoire autour du culte rendu à la divinité poliade (divinités patronnes de la cités, protectrices, dôtées d'un culte public obligatoire). Quel que soit son régime, la cité exerce une telle emprise sur ses membres que le Grec se définit avant tout comme un citoyen. Au sein des cités, les statuts politiques varient. La première formulation d’une classification des régimes se trouve chez Hérodote: démocratie, oligarchie, monarchie. La liberté est celle du citoyen assujetti à n’obéir qu’à la loi, à l’adoption de laquelle il a participé. C'est ainsi, défini plus que brièvement, que se caractérise la cité grecque. Du côté romain, le magistrat est titulaire du pouvoir mais non mandataire du peuple; le Sénat précède le peuple dans la hiérarchie: Senatus populusque romanus (SPQR). La liberté romaine est soumission à un ordre légal où se combinent et s’équilibrent divers pouvoirs. La Grèce paya de son indépendance de n’avoir pas dépassé le cadre de la cité, auquel même les apôtres du panhellénisme (Isocrate, Démosthène) demeurèrent fidèles, faute d’en concevoir un autre qui fût digne d’un peuple civilisé...

Les colonies

Nous allons commencer par étudier les cités qui sont les plus dépendantes du pouvoir central, c’est-à-dire les colonies romaines de l’empire d’Orient. En effet, les empereurs ont fondé ou refondé des établissements en Orient. Les empereurs des II et IIIe siècles ont en effet été des fondateurs de villes, même leurs contemporains ont en eu conscience. Pour illustrer ce fait, nous allons prendre le témoignage d’Aelius Aristide, homme du IIe siècle dont les discours sont nombreux. Il vivait en Asie Mineure et avait des contacts avec le pouvoir central, il était allé deux fois à Rome rencontré Antonin le Pieu. Dans l’un de ses discours (numéro 26), il écrit avoir dit à l’empereur « qu’il n’y avait pas eu de souverain qui se soient plus préoccupé d’orner les villes que lui ». Il ajoute que « grâce à lui il y a maintenant des cités là où il n’y avait avant que des villages sauvages ». L’empereur était donc à cette époque un fondateur de ville et un bienfaiteur des cités. Mais il ne faut pas lier la fondation d’une cité et la colonie romaine. L’empereur pouvait très bien fonder une cité grecque sans pour autant lui donner une marque romaine.

La colonie romaine

La colonie romaine n’est pas une invention des empereurs, elle remonte à l’époque de la République. La Colonia civium romanorum date du IVe siècle av. J-C. Rome envoyait alors des citoyens romains en Italie. La colonie devenait une sorte d’avant poste de l’état romain, ce n’était pourtant pas une nouvelle ville car elle était en général constituée de seulement une centaine de personnes et avait pour fonction principale de romaniser l’Italie. Garnison de quelques centaines de soldats déduite sur un territoire stratégique qui a été annexé, elle est une extension juridique de Rome, tout comme l'armée en campagne. Ses colons sont des citoyens romains. Image de Rome, son urbanisme et ses institutions en sont des décalques. Ostie, port sur le littoral, est fondé en -350, Ariminium, sur l'Adriatique en -268. En 218, on en compte 12 presque exclusivement situées sur le littoral italien. Les fondations en province sont rares (Cordoue vers -160, Lyon vers -43). Les colonies de vétérans par contre se multiplient à partir du Ier siècle pour satisfaire les soldats en leur distribuant des terres conquises. Sylla alloue des terres issues des proscriptions à plus de cent milles de ses soldats. César déduit de nombreuses colonies en Espagne. Ces colonies sont structurées selon le modèle militaire, ainsi leur notables sont issus du corps des officiers. A partir des Antonins, la déduction laisse place à l'élévation des cités préexistantes au statut de droit romain.

La colonie latine

La colonie latine était constituée de latins, c’est-à-dire de citoyens de seconde zone qui ne bénéficiaient que d’une partie des droits civiques, et qui avaient par conséquent un statut d’assujetion. Les colonies latines avaient plus d’habitants que les colonies romaines, car elles étaient destinées à devenir de véritables cités autonomes (des municipes, c’est-à-dire des villes garnisons qui ont une utilité militaire). Les premières colonies ont été fondées par la Ligue latine. Après sa dissolution en -338, le droit latin y demeure pour les quelques milliers de Latin, Romains (qui perdent alors leur citoyenneté complète) et alliés qui résident dans chacune d'entre elles. Les déductions de ce type sont poursuivies par Rome mais leur statut est moins avantageux qu'auparavant. L'exploitation du sol continue à être leur objectif premier. La guerre sociale annule les différences avec les colonies romaines: le droit latin n'existe plus en Italie. Des colonies latines sont fondées en provinces, ce qui permet aux nobles locaux d'acquérir la citoyenneté romaine en étant rattachés à l'une des 35 tribus de Rome. César accorde le droit latin à des provinces entières, Vespasien, à la péninsule ibérique. Ainsi des cités pérégrines peuvent acquérir collectivement le droit latin.

Évolution des deux genres

Avec le temps va se produire une simplification et une extension: Les colonies romaines vont s’éloigner de plus en plus de Rome de par l’extension de l’empire. De ce fait, ces colonies romaines ne pourront plus vivre en symbiose avec Rome qui sera désormais trop éloignée. Le cordon ombilical étant coupé, elles deviendront de véritables municipes. Elles obtiendront donc le même statut que celui des colonies latines. Parallèlement, de moins en moins de colonies latines sont fondées car le statut de latin se perd. A partir du IIe siècle av. J-C, on met en place une nouvelle forme de colonisation: On vend des terres aux plébéiens et aux vétérans. Naît alors un nouveau genre de colonie. La colonie est donc une ancienne institution qui a largement évolué au cours du temps.  

Le problème de la langue

Au départ, toutes les colonies avaient comme langue officielle le latin, mais on constate qu’à cet égard toutes les colonies n’ont pas évolué de la même manière. Les plus importantes comme Antioche, Cremna (sud), Olbasa, Parlais, ont gardé le latin. Mais à partir du IIe siècle la communauté latine, sous l’influence environnante, adopte le grec (c’est l’épigraphie qui nous permet de tirer cette conclusion).

Les institutions

Les institutions sont calquées sur le modèle des institutions romaines et cela autant en Occident qu’en Orient. Le modèle romain s’est imposé aux institutions publiques des colonies. Les magistratures étaient d’origine romaine également.

L’exercice du pouvoir

La magistrature la plus importante était celle que tenaient les duumvirs. Elle s’exerçait de manière constante. Les duumvirs étaient les magistrats supérieurs qui détenaient le pouvoir exécutif de la cité. Cette magistrature correspondait au consulat à Rome à la différence près que les duumvirs ne possédaient pas de pouvoir militaire, les légions étaient dirigées par un légat. La fonction de duumvir réunissait en une magistrature ce qui a Rome était divisé en plusieurs. Les duumvirs étaient aussi préteurs, censeurs, questeurs, et disaient même le droit (duumvir iure dicundo).

Le Conseil des décurions

Ce conseil constituait l’autre pôle du pouvoir. Cette institution "correspondait" au Sénat romain (l’abréviation D D veut dire decurionum decreto, c’est-à-dire "du décret des décurions"). C’était au sein de ces décurions qu’étaient choisis les duumvirs. Le mot de décurion s’applique aux personnages les plus aisés de la cité, que l’on appelle souvent de manière anachronique les «bourgeois», auxquels il vaut mieux réserver le terme de «notables». Le choix d’un vocable unique ne doit d’ailleurs pas cacher une réalité mal connue, même des spécialistes: ce groupe social présente une assez grande diversité, et la richesse est loin d’être également répartie entre ses membres dont certains se trouvent bien près de la plèbe. Du point de vue économique, ils résident en ville, mais l’essentiel de leurs fortunes est constitué par des terres. C’est dans le cadre de la vie municipale que s’emploie le terme de «décurions». Comme nous l'avons déjà entrevu, l’ensemble de l’Empire était organisé en cités, les unes de statut pérégrin (étranger), les autres, colonies ou municipes, de droit romain. Chacune était régie par des institutions bien connues, une assemblée populaire, une autre plus restreinte et des magistrats. L’ordre des décurions est le conseil aristocratique qui préside aux destinées de la collectivité; il est constitué notamment par les anciens magistrats et ceux qui sont en exercice, et c’est lui qui détient le vrai pouvoir local par le vote de ses décrets. Pour y entrer, il faut donc en principe avoir été élu au moins une fois comme questeur, édile ou duumvir, ce qui implique que l’on a fait une campagne électorale avec des discours et des promesses (évergétisme). Les décurions forment un ordre (ordo ): l’appartenance à leur groupe se définit par des règles juridiques. L’État impose des critères de cens (environ 100 000 sesterces), limite leur nombre à quelque cent membres et leur accorde des privilèges (insignes et places réservées au théâtre); la reconnaissance de ce statut se traduit au moment du census, une sorte de recensement quinquennal, par l’inscription sur un album

Les comices du peuple

Les comices du peuple étaient  les assemblées du peuple. Cette institution a joué un très grand rôle à l’époque d’Auguste. (Pour plus de détails sur les comices).

Exemples de colonies installées par César ou Auguste et les quelques régions touchées par ces colonies

(Leurs successeurs ont fondé plutôt des villes grecques, il existe toujours des vétérans, mais on les place en général aux frontières de l’empire).

Auguste a été considéré à son époque comme l’investigateur de la paix après la longue période de guerres civiles. La guerre n’étant plus d’actualité, il démobilisa un grand nombre de soldats, le problème fut de leur trouver des terres, il n’y en avait plus en Italie. Il fallut donc aller plus loin, pousser vers l’Orient. Auguste a été le premier à installer des colonies en Grèce et en Asie mineure. En installant des unités romaines en terre grecque, il choisit souvent des sites qui avaient déjà accueilli une cité. A l’époque qui nous intéresse, le phénomène de la colonisation d’Auguste a des conséquences que nous allons esquissé.

Deux colonies importantes:

1.  La colonie de Corinthe: cette colonie fut fondée par César juste avant sa mort. Il y avait là un site magnifique; la ville grecque de Corinthe avait été détruite en -146 par les Romains. César la reconstruit un siècle plus tard, souhaitant profiter de ce passage important; de plus cette fondation maintenait en terre grecque une cité romaine.

2.   Auguste fondera un peu plus tard la ville de Patras qui contrôle l’entrée du golfe de Corinthe.

Auguste avait compris l’importance de certains endroits: Par exemple les zones des détroits (ville d’Alexandrie de Troas, une colonie romaine qui avait été une cité grecque) et les bords du Pont-Euxin (la mer noire). Dans les Res Gestae, Auguste dit avoir bien fait de coloniser la Pisidie, car désormais elle est urbanisée. La Pisidie est une région montagneuse et difficile d’accès au cœur de la Galatie, elle était importante au niveau défensif. Nous revenons plus bas sur cette région.

L’importance des colonies

Les Res Gestae d’Auguste, son testament, nous donne des informations importantes sur la colonisation. Dans l’Antiquité, ce texte était affiché devant le Mausolée d’Auguste, inscrit sur des tablettes de bronze que l’on a malheureusement perdues. Par contre on en a trouvé des copies a Ancyre et en Asie mineure. En fait la plus grande partie des Res Gestae que nous possédons nous vient d’Ancyre, d’Antioche de Pisidie et d’Appolonia. Soulignons que les seules villes du monde romain qui nous livrent les Res Gestae étaient des colonies. Ceci nous prouve que la langue fondamentale parlée dans les colonies était bien le latin. Dans ce texte, il est question deux fois des colonies. En décrivant tout ce qu’il a fait de bien Auguste dit, au paragraphe 16, "qu’il a acheté des terres pour installer des vétérans dans les provinces et qu’il est le seul à avoir payer de sa poche pour faire cela". Au paragraphe 28, il dit avoir envoyé des colons en Afrique, en Achaïe... Retenons seulement les régions de Grèce où des colonies ont été installées.

1.   La Macédoine

2.   L’Achaïe, ce qui correspond plus ou moins à la Grèce.

3.   L’Asie, province qui se situe à l’est du Péloponnèse.

4.   La Syrie

5.   La Pisidie

Aux yeux d’Auguste c’était une grande action coloniale. En fait le but de la colonisation était de transformer des villes déjà existantes en colonies romaines. Fonder une colonie, n’est donc pas fonder une ville ex nihilo, mais en transformer une déjà existante pour lui donner de l’importance et du prestige. L’histoire de ces colonies est plus ou moins facile à reconstituer. En archéologie, on rencontre souvent des problèmes de topologie et de topographie, il faut faire des enquêtes pour retrouver les restes de ces villes. Les inscriptions nous donnent des indications sur la population qui habitait ces colonies, si elle était italienne, latine ou romaine. Les noms inscrits suffisent à établir l’origine des habitants. L’étude des monnaies peut également nous fournir des indices à ce niveau là.

Quelques colonies importantes

La Pisidie

En Pisidie le nombre des colonies a été important car c’était un passage montagneux entre les ports de la mer noire et Ancyra, la future Ankara. Parmi ces colonies, les deux principales se situaient à l’intérieur des terres:

1.   Antioche de Pisidie, à ne pas confondre avec Antioche de Syrie, ville beaucoup plus importante, mais qui n’a jamais été une colonie.

2.   Appolonia.

Dans ces colonies, on parlait le latin mais le grec fit peu à peu son incursion dans la vie des colons. Vers le IIIe siècle, les colonies deviendront des cités comme les autres, mais elles garderont tout de même des liens avec Rome.

La deuxième moitié du IIIe siècle.

Dans la deuxième moitié du IIIe siècle, les colonies vont connaître des troubles. Des troubles dus aux problèmes que connaît l’empire: Il y a une crise militaire et les empereurs se succèdent. Beaucoup de cités de Pisidie sont alors en proie à des attaques de brigands pisidiens qui profitent de la crise.

Exemple de la ville de Crémna:

La ville de Crémna était une colonie romaine. En 270, un brigand isaurien (qui vient du nord de la Pisidie) appelé Lydios attaqua la ville. Ce fait nous est raconté par l’historien Zosime (historien du Ve siècle de notre ère) dans son livre I au chapitre 69. C’est un récit assez remarquable sur ce qui s’est passé en Pisidie et sur les guerres du Rhin. Lydios a sévi sur toute la Pisidie et la Pamphylie, il réussit même à prendre la ville de Crémna à l’armée romaine. Pour le brigand cette ville avait de grands avantages car elle avait été fortifiée par les Romains et son enceinte lui était utile pour résister aux attaques romaines. Finalement Lydios céda aux Romains, mais avant sa défaite, il eut le temps de faire de nombreux dégâts au sein de la ville. L’année 270 marque une crise générale dans l’empire. C’est à cette époque que les Alamans prirent Avanches. Depuis Auguste, la Pisidie avait été doté de nombreuses colonies afin d’assurer la sécurité des routes.

La ville d’Antioche de Pisidie

En 300 ap. J-C, Dioclétien se livra à des réformes qui modifieront la carte administrative de l’empire. Il va créer de nouvelles provinces, plus petites. Naîtra alors la province de Pisidie dont la capitale sera Antioche. On peut dire qu’à partir de ce moment là, la ville d’Antioche en aura terminé avec sa vie de colonie.

La Macédoine

La Macédoine était une province romaine depuis -148, elle était assez grande, elle recouvrait d’ailleurs plus de territoire que l’ancien royaume de Macédoine. Elle s’étendait des rives de l’Adriatique (Canal de Trente) jusqu’en Thrace. Sa frontière était marquée par le fleuve Nestos qui se jette vers le Péloponnèse. Au sud de la Macédoine se situait l’Achaïe. La Macédoine comptait un nombre assez important de colonies dont la plupart avait été établies par César et Auguste. Le but étant d’établir des vétérans ou des Italiens dépossédés de leurs terres pour romaniser la province. Mais les deux hommes avaient aussi d’autres raisons: Ils placèrent ces colonies le long de routes importantes pour en assurer la sécurité. La Macédoine possédait des routes très importantes pour l’empire dont la Via Egnatia, qui reliait Rome à l’Orient à travers les Balkans. En somme, la route Rome-Byzance. Cicéron l’appelait « via nostris militaris». Lors de fouilles archéologiques, on a retrouvé des restes de cette route, souvent des miltiaires (bornes). On plaçait donc stratégiquement les colonies au bord de la Via Egnatia pour sa sécurité. Dès l’époque de César on établit une colonie à Dyrrhachium, ville se trouvant à l’extrémité occidentale de la Macédoine, qui était un passage obligé pour aller en Grèce ( = ville d’Epidamne fondée par les Corinthiens et qui était une ville importante à l’époque hellénistique. Elle correspond à la ville actuelle de Duries en Albanie).  

Auguste a encore installé deux colonies dans ce secteur:

1.   Il fonda une colonie dans la ville grecque de Bouthrôtos qui se situait entre Corfou et le continent (actuellement en Albanie, près de la frontière grecque). Les colonies romaines étaient rarement construites ex nihilo. Auguste donna un nouveau nom à la ville: Igoumenita.

2.   Pour compléter le dispositif, Auguste fonda aussi la colonie de Byllis qui se trouvait plus à l’intérieur des terres.

Ces colonies jouaient un rôle important au sein de l’empire, mais on est actuellement assez mal informé quant à leurs institutions et à leur vie intérieure. Elles faisaient le pont entre l’Occident et l’Orient (Dyrrachium et Bouthrôtos se trouvent au début de la Via Egnatia).

La colonie de Dion

La colonie de Dion n’était pas située sur la Via Egnatia (qui passait plus au nord), il n’empêche qu’elle se trouvait sur une route importante: Elle contrôlait le passage de la Macédoine à la Grèce. Cette ville était un passage obligé pour aller vers le Mont Olympe (on se trouvait en effet en pleine région montagneuse). Elle était donc placée sur la voie qui menait à la Via Egnatia depuis la Grèce. Encore une fois, cette ville ne s’est pas établie au milieu de nulle part, mais dans une cité qui avait une certaine célébrité du temps des rois macédoniens. Elle avait été le sanctuaire fédéral de la Macédoine, et était considérée comme la ville de Zeus. C’était donc une ville-sanctuaire très importante pour les Macédoniens et cela jusqu’à la chute de l’empire macédonien en 167 av. J-C. On y organisait également des concours olympiques copiés sur le modèle grec. Cette colonie fut installée par Auguste, nommée officiellement: «Colonia Iulia Augusta Diensis» (de Dion), elle avait le privilège de bénéficier du «ius italicum» (elle était considérée comme faisant partie de l’Italie, un citoyen romain avait les mêmes droits à Dion qu’en Italie). Depuis 1920, on a fouillé les vestiges de la villes et on s’est rendu compte qu’elle a connu une période particulièrement prospère. Dans les inscriptions retrouvées, on observe un empiétement progressif du grec sur le latin. On s’est demandé s’il ne s’était pas maintenu une cité grecque à côté de la colonie car il y a une grande imbrication entre les textes grecs et latins. La réponse à la question est non, il n’y a eu qu’une seule cité, mais une «collaboration» entre culture a certainement existé. Un exemple, la traduction en grec de certaines magistratures: Bouleutès = décurion et Duandrikos (du=deux, andrikos = homme) veut dire duumvir.

La colonie de Dion se trouvait sur un raccordement à la Via Egnatia. Elle représentait un territoire considérable qui regroupait de petites cités dont la vie était plus ou moins problématique au sein de la grande cité. Dion est une ville assez bien connue aujourd’hui, mais on manque de synthèse: On sait qu’elle a été très prospère à l’époque impériale et qu’au moment de la christianisation elle a abrité un évêché, preuve de son importance à l’époque. Puisque ces colonies s’établissaient presque toujours dans des cités déjà habitées, on pourrait se demander quel était le sort des habitants indigènes. Dans le cas de Dion, on pourrait penser qu’il y a eu un parallélisme entre les institutions romaines et grecques, mais en fait les institutions de la ville ne se rapportaient qu’à la colonie (il y avait seulement des institutions romaines).

On a trouvé une inscription bilingue (grec et latin) sur laquelle est écrit: «Colonorum et incolarum conjuges Anthestiae P(ublis) L(ibertae)Jucundae h(onoris) c(ausa)». Il s’agit d’une inscription honorifique faite pour une femme affranchie qui a eu de l’importance pour Dion. Dans cette inscription, on parle des épouses des colons et des «incolae» qui formaient une communauté. Mais malgré tout, il restait une différence entre grecs et romains, ils n’avaient tout simplement pas les mêmes droits. Un grec n’avait pas d’emblée les droits romains, mais il pouvait tout de même accéder à la citoyenneté romaine. En fait la cité grecque a subsisté dans la ville sans avoir d’emblée les droits des colons.

La colonie de Pella

La ville de Pella se trouvait sur l’ancienne capitale administrative du royaume de Macédoine. Elle était située sur la Via Egnatia. Son grand nombre de constructions montre qu’elle a été une ville prospère, et qu’au moment de la conquête romaine elle l’était encore, preuve en est le fait que le gouverneur de Macédoine s’y installa d’abord avant d’établir définitivement son siège à Salonique. Au moment de ce changement de capitale de province, la ville connaissait déjà quelques difficultés liées à l’ensablement du lac Ludias, un lac relié à la mer par le fleuve du même nom. N’ayant pas les moyens d’arrêter cet ensablement, la ville a été progressivement étouffée. Aujourd’hui ce lac n’existe plus, et la liaison avec la mer a été coupée. C’est la cause principale du changement de siège du gouverneur de Macédoine.

Sous Auguste, la ville est tout de même devenue une colonie, appelée Colonia Tuila Augusta. D’après les monnaies, nous savons que cette colonie a subsisté jusqu’au IIIe siècle de notre ère, mais son statut n’a jamais été équivalent aux autres colonies de Macédoine. Elle ne possédait pas le statut privilégié du ius italicum qui en aurait fait un véritable municipe d’Italie. On possède un témoignage de l’orateur Dion Chrystome et de l’écrivain Lucien qui montrent la décadence de la cité à la fin du Ier siècle et au début du IIe. Tous les deux parlent de la ville comme si c’était déjà une ruine. D’ailleurs, à notre époque cette ville ne possède pas de ruines de grandes constructions. Dion et Lucien ont certainement un peu exagéré, mais ces récits prouvent que Pella a perdu de sa vitalité et qu’elle n’était plus aussi prospère qu’auparavant. Lors de la christianisation, la ville de Pella n’obtiendra pas d’évêché, preuve de sa décadence.

La colonie de Cassandreia

La ville de Cassandreia s’était appelée autrefois Potidée. Elle fut refondée en 315 av. J-C par le roi Cassandre. Potidée, en grec Potidaia, était une ancienne ville de Macédoine (Chalcidique) sur l’isthme de la presqu’île de Cassandra. Colonie corinthienne, elle passa après les guerres médiques dans l’orbite d’Athènes. Sa révolte contre les Athéniens, soutenue par Corinthe (en -432 av. J-C) fut l’une des causes de la guerre du Péloponnèse. Prise par les Athéniens en -429, puis par les Spartiates, elle fut détruite par Philippe II de Macédoine en -356. Rebâtie par Cassandre et nommée alors Cassandreia, elle fut très prospère au IIIe siècle av. J-C.

C’était l’une des plus anciennes colonies romaines de la Macédoine. On le voit par des monnaies de bronze qui nous font connaître la colonie dès l’année 43-42 av. J-C avant la bataille de Philippes. Ces monnaies portent la mention du général Brutus, le proconsul de Macédoine avait donc émis ces monnaies sous l’ordre de ce dernier. Auguste mit la main dessus à partir de 30 av. J-C, juste après la bataille d’Actium, la colonie devint alors la colonia Iulia Augusta Cassandrensis. Cette colonie a dû avoir son importance en dépit du fait que les inscriptions et les vestiges romains n’y sont pas très nombreux. Les indices de cette importance se voient notamment par le fait qu’elle avait le Ius Italicum, qu’elle possédait les grandes magistratures importantes, et qu’elle avait une importante communauté indigène (comme Dion). Par contre durant la période de la basse Antiquité, elle a perdu de son influence et de sa prospérité car elle non plus n’a pas obtenu d’évêché.

La colonie de Philippes

Philippes: Ancienne ville macédonienne de Thrace, près de la mer Egée. Appelée d’abord Crénidès, elle fut prise par Philippes II de Macédoine en -358 qui la fortifia et en fit le centre des exploitations minières du mont Pangée. Antoine et Octave y vainquirent Brutus et Cassius en 42 av. J-C. Elle devint colonie romaine sous Auguste; Saint Paul y fut emprisonné et y fonda une des premières communautés chrétiennes d’Europe, à laquelle il adressa son Epître aux Philippiens.  

C’était une des plus importantes colonies, en tout cas la mieux connue. Cette colonie était, elle aussi, installée sur la Via Egnatia, en Macédoine orientale, près de la frontière avec la Thrace. Elle était donc située à l’intérieur des terres dans une zone privilégiée. Elle était sur une route principale, dans une zone de terres cultivables importante et  pas trop éloignée de la mer. La colonie se trouvait à proximité des importantes mines d’or et d’argent du mont Pangée, mais elles étaient déjà épuisées quand la colonie s’est installée, ce n’est donc pas cela qui influença une fondation romaine à cet endroit. On est bien informé sur la ville de Philippes car on a trouvé beaucoup de documents archéologiques sur le site et en plus de nombreuses études ont été faites à ce sujet. La Via Egnatia existait déjà avant la fondation de la colonie, la route a donc joué un grand rôle dans le choix du site. La ville possédait un urbanisme en damier, influencé sans aucun doute par la grande voie. Elle avait un grand forum, un grand marché, une palestre etc. Elle bénéficiait donc d’un centre civique à la romaine. La ville grecque a été quasi complètement effacée, il reste juste quelques éléments sur le flan de l’Acropole, comme un théâtre par exemple.

A l’époque paléochrétienne, la ville a connu une grande prospérité, on le constate par la grande abondance de Basiliques, elle a été un grand centre chrétien car c’est la première ville qui reçut l’apôtre Paul en Europe en 49 de notre ère. Le cas de la ville est exemplaire, on a pu reconstituer son histoire de manière assez précise grâce à l’archéologie et l’épigraphie (Cf plus haut, F.Papazoglou qui parle de la ville dans son livre). La ville de Philippes existait déjà longtemps avant qu’on en fasse une colonie. Elle se situait au bord de la Macédoine, et à cause de cela, les habitants de Philippes ne se considéraient pas comme des Macédoniens. C’était une ville quasiment indépendante au cœur de la Macédoine. Elle fut fondée par Philippe II de Macédoine et eut une période glorieuse grâce aux mines de Pangée, mais avec l’appauvrissement de ces dernières elle déclina avec le temps.

Lorsqu’en 167 av. J-C, le royaume de Macédoine fut divisé en 4 républiques sous protectorat romain, ce n’est pas Philippes qui devient capitale de la région mais Amphipolis, preuve de sa perte de vitesse. A partir de 130, les choses changèrent du fait de la construction de la Via Egnatia et la constitution de la province d’Asie. La ville de Philippes devint un passage obligé pour qui voulait aller de Rome à la nouvelle province. Cette voie donna un nouvel essor à la ville.

En 42, la bataille de Philippes fit de la cité une ville célèbre. La bataille opposa Brutus et Cassius, les assassins de César à Marc-Antoine et Octavien (le futur Auguste), les partisans de César. Au lendemain de la victoire de Marc-Antoine et Octavien, la ville devint une colonie, attribuant ainsi des terres aux soldats vainqueurs.

La première monnaie de la colonie de Philippe montre un portrait d’Antoine ce qui permet de la dater précisément, elle ne peut pas avoir été faite après 31 av. J-C date de la bataille d’Actium. Après cette bataille, Auguste renommera la colonie sous le nom de Colonia Iulia Augusta Philippensis. Cette nomenclature restera jusqu’au IIIe siècle après J-C. On est assez bien informé sur cette colonie grâce à l’épigraphie: C’était une des plus grandes colonies du monde oriental et elle possédait le Ius Italicum (elle est donc italienne). Tous les colons romains étaient rattachés à une tribu (Depuis la fin de la République, le corps civique était divisé en 35 tribus). D’après les inscriptions, les colons de la ville de Philippes faisaient partie de la tribu Voltina. Cette particularité romaine est pratique pour les épigraphistes car elle permet d’identifier les colons des autres habitants dans les inscriptions. Philippes avait un grand territoire structuré. A coté de la ville se trouvaient des vici (petits établissements agricoles ; Par exemple Aventicum avait des vici dépendant d’elle sur tout le plateau suisse, Yverdon en était un). Dans ces vici vivaient des colons, mais aussi des pérégrins (perigrini) qui étaient des habitants de la colonie mais qui n’avaient pas la citoyenneté romaine. Caracalla gomma cette différence en 313 ap. J-C, en faisant de tous les perigrini des citoyens à part entière. Evidemment comme n’importe où dans l’empire, la colonie ou les vici possédait des esclaves. Ces vici montrent que la ville avait essentiellement un rôle agraire avant même sa fonction de porte de l’Orient de par sa position sur la Via Egnatia.

Les instituions de Philippes

On retrouve à Philippes plus ou moins le même schéma d’institutions que dans les autres colonies; Ces dernières sont calquées sur les institutions romaines: questeurs, des édiles (aediles), des duumvirs etc.

1.   La Censure

Tous les 5 ans, les duumvirs assuraient dans la colonie la charge particulière de censeur (Ils étaient nommés quinquennales, c’est-à-dire chargé de faire le recensement de la population). Ils obtenaient ainsi un titre important. La censure était une charge prestigieuse et délicate (voir censeur pour plus de détails).

2. L’ordo decurionum

L’ordo decurionum "correspondait" au sénat (les sénateurs siégeaient à la curie). L’accès à cet ordre était assez difficile car il fallait appartenir à l’aristocratie de la colonie et donc avoir un certain cens. Comme à Rome, on pouvait attribuer des Ornamenta. Attribuer des ornamenta consistait à attribuer une magistrature à une personne méritante qui n’avait pas le cens requis pour l’obtenir. C’était en fait un titre honorifique car la personne qui recevait l'ornamenta n’avait pas le droit de prendre en charge sa magistrature.

3.   Les corporations

Les corporations jouaient un grand rôle dans la cité. Le collège des Augustales était un collège qui s’occupait du culte impérial. Des riches affranchis en faisaient partie. Pour eux cela constituait une promotion sociale qui pouvait les mener, eux ou leurs descendants, à la citoyenneté romaine. Cette magistrature démontre bien le rapport entre le pouvoir impérial et l’autonomie des cités

4. La fonction de curator rei publicae

Au cours du IIe siècle à Philippes, on peut constater l’apparition d’un magistrat directement nommé par l’empereur: le Curator rei publicae. Il opérait au niveau municipal et n’avait rien à voir avec le gouverneur de province. Littéralement, c’est un magistrat qui avait le « soin de la République ». En fait c’était un vérificateur des comptes et un administrateur des finances. L’apparition de cette nouvelle magistrature montre que le pouvoir central pensait que les cités étaient incapables de se gérer elles-mêmes. En même temps cela montre aussi un reflet de la réalité: beaucoup de cités et mêmes des colonies ont dû se trouver dans des difficultés financières. Avec le temps, les curatores sont devenus les magistrats les plus importants des cités, il est même arrivé que la fonction de duumvir disparaisse des institutions de certaines villes. Enfin, au dernier maillon de son évolution, ce magistrat n’a plus été nommé par l’empereur, mais par des citoyens de la ville. Les Curator étaient élus régionalement et choisis au sein de l’aristocratie. On peut se demander ce que désigne «rei publicae» ? F.Papazoglou dit que cela ne représente pas tout à fait la même chose que «colonia» (ensemble de colons). Res publica représentait l’ensemble de la cité avec son territoire et sa population, tandis que la colonia représentait les colons.

A Philippes, on observe le phénomène de la disparition du latin au profit du grec. Ce phénomène s’est manifesté tout d’abord par des emprunts, une adaptation entre les deux langues, puis par une interpénétration linguistique. Ce qui a joué en faveur du grec, c’est la montée du christianisme. A Philippes, l’apôtre Paul prêchait en grec (et pour cause puisqu’il ne savait pas le latin; l’épître aux Philippiens est écrite en grec).

D’autres colonies importantes

Sur les rives du Golfe de Corinthe:

1.   Patras qui est une colonie fondée par Auguste

2.   Corinthe qui, elle, a été fondée par César

Ces deux villes ont la même caractéristique que la colonie de Philippes; elles étaient toutes les deux sur des voies de communication importantes.

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Bibliographie

A-H.M. Jones : The cities of eastern Roman Provinces

1936, c’est un livre qui a été beaucoup critiqué, mais ses défauts ont été gommés par une réédition en 1971 où Jones s’est entouré d’une équipe pour mieux cerner les problèmes.

Henri Seyrig, lui, est un spécialiste de la Syrie.

B.Levick, Les colonies romaines en l’Asie mineure du sud

1967. Livre en anglais. (cartes intéressantes)

 
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