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Nous
parlerons ici de la cité grecque dans son apogée, c’est-à-dire
proche de sa fin, même s’il est un peu paradoxal de parler de
l’apogée de la cité grecque à l’intérieur de l’empire
romain. Pourtant, de la paix romaine du IIe siècle
jusqu’aux troubles du IIIe siècle, les cités grecques
connurent une grande prospérité en Orient. Il faut d’emblée
se défaire d’une idée reçue: La cité grecque n’est pas
morte à
Chéronée
en 338 av. J-C, elle a
encore évolué pendant des siècles. Jamais
il n’y a eu autant de cité qu’au IIe siècle. Même
des peuples nomades ou sédentaires s’organisèrent en cités
sur le modèle grec.
Ainsi,
au
cœur de l’Asie mineure des nomades vont se sédentariser
et constituer une cité à Pétra.
Définissons
d'abord ce que l'on entend précisement par cité: Les
définitions que les Grecs donnent de la cité sont multiples et
variables,
mais l'on
entend par cité le fait de vivre dans
une communauté civique. Avant
d’être un territoire (ville et campagne environnante), la
cité est
un organisme collectif: ce sont les
citoyens unis par une même histoire autour du culte rendu à la
divinité poliade
(divinités patronnes de la cités,
protectrices, dôtées d'un culte public obligatoire).
Quel que soit son régime, la cité exerce une telle emprise sur
ses membres que le Grec se définit avant
tout comme un citoyen.
Au
sein des cités, les statuts politiques varient. La première
formulation d’une classification des régimes se trouve chez Hérodote:
démocratie, oligarchie, monarchie. La
liberté
est celle du citoyen assujetti à n’obéir qu’à la loi, à
l’adoption de laquelle il a participé. C'est ainsi, défini
plus que brièvement, que se caractérise la cité grecque. Du
côté romain, le magistrat est titulaire du pouvoir mais non
mandataire du peuple; le Sénat précède
le peuple dans la hiérarchie: Senatus
populusque romanus
(SPQR). La liberté romaine est soumission à un ordre légal où
se combinent et s’équilibrent divers pouvoirs.
La
Grèce paya de son indépendance de n’avoir pas dépassé le
cadre de la cité, auquel même les apôtres du panhellénisme
(Isocrate,
Démosthène)
demeurèrent fidèles, faute d’en concevoir un autre qui fût
digne d’un peuple civilisé...
Nous
allons commencer par étudier les cités qui sont les plus dépendantes
du pouvoir central, c’est-à-dire les
colonies romaines de l’empire d’Orient. En effet, les
empereurs ont fondé ou refondé des établissements en Orient.
Les empereurs des II et IIIe siècles ont en effet été des
fondateurs de villes, même leurs contemporains ont en eu
conscience.
Pour
illustrer ce fait, nous allons prendre le témoignage d’Aelius
Aristide, homme du IIe siècle dont les discours sont
nombreux. Il vivait en Asie Mineure et avait des contacts avec
le pouvoir central, il était allé deux fois à Rome rencontré
Antonin le Pieu. Dans l’un
de ses discours (numéro 26), il écrit avoir dit à
l’empereur « qu’il n’y avait
pas eu de souverain qui se soient plus préoccupé d’orner les
villes que lui ». Il ajoute que « grâce
à lui il y a maintenant des cités là où il n’y avait avant
que des villages sauvages ».
L’empereur
était donc à cette époque un fondateur de ville et un
bienfaiteur des cités. Mais il ne faut
pas lier la fondation d’une cité et la colonie romaine.
L’empereur pouvait très bien fonder une cité grecque sans
pour autant lui donner une marque romaine.
La
colonie romaine n’est pas une invention des empereurs, elle remonte
à l’époque de la République. La Colonia
civium romanorum date du IVe siècle av. J-C. Rome
envoyait alors des citoyens romains en Italie. La colonie
devenait une sorte d’avant poste
de l’état romain, ce n’était pourtant pas une nouvelle
ville car elle était en général constituée de seulement une
centaine de personnes et avait pour fonction principale de
romaniser l’Italie.
Garnison de quelques centaines de soldats déduite sur un
territoire stratégique qui a été annexé, elle est une extension
juridique de Rome, tout comme l'armée en campagne.
Ses colons sont des citoyens romains. Image de Rome, son
urbanisme et ses institutions en sont des décalques. Ostie,
port sur le littoral, est fondé en -350, Ariminium,
sur l'Adriatique en -268. En 218, on en compte 12 presque
exclusivement situées sur le littoral italien. Les fondations
en province sont rares (Cordoue
vers -160, Lyon vers -43). Les colonies
de vétérans par contre se multiplient à partir du
Ier siècle pour satisfaire les soldats en leur distribuant des
terres conquises. Sylla
alloue des terres issues des proscriptions à plus de cent
milles de ses soldats.
César
déduit de nombreuses colonies en Espagne. Ces colonies sont structurées
selon le modèle militaire, ainsi leur notables
sont issus du corps des officiers. A partir des
Antonins,
la déduction laisse place à l'élévation des cités
préexistantes au statut de droit romain.
La
colonie latine était constituée de latins, c’est-à-dire de citoyens
de seconde zone qui ne bénéficiaient que d’une
partie des droits civiques, et qui avaient par conséquent
un statut d’assujetion.
Les colonies latines avaient plus d’habitants que les colonies
romaines, car elles étaient destinées à devenir de véritables
cités autonomes (des
municipes,
c’est-à-dire des villes garnisons qui ont une utilité
militaire).
Les premières colonies ont été fondées par la Ligue
latine. Après sa dissolution en -338,
le droit latin y demeure pour les quelques milliers de Latin,
Romains (qui perdent alors leur citoyenneté complète) et
alliés qui résident dans chacune d'entre elles. Les
déductions de ce type sont poursuivies par Rome mais leur
statut est moins avantageux qu'auparavant.
L'exploitation du sol continue à être leur objectif premier.
La guerre sociale annule les
différences avec les colonies romaines: le
droit latin n'existe plus en Italie. Des colonies latines
sont fondées en provinces, ce qui permet aux nobles locaux
d'acquérir la citoyenneté romaine en étant rattachés à
l'une des 35 tribus de Rome.
César
accorde le droit latin à des provinces entières, Vespasien, à
la péninsule ibérique. Ainsi des cités pérégrines peuvent
acquérir collectivement le droit latin.
Avec
le temps va se produire une simplification
et une extension: Les
colonies romaines vont s’éloigner de plus en plus de Rome de
par l’extension de l’empire. De ce fait, ces
colonies romaines ne pourront plus vivre en symbiose avec Rome
qui sera désormais trop éloignée. Le cordon ombilical étant
coupé, elles deviendront de véritables
municipes.
Elles obtiendront donc le même statut que celui des colonies
latines. Parallèlement, de moins en moins de colonies latines
sont fondées car le statut de latin se perd.
A
partir du IIe siècle av. J-C, on met en place une nouvelle
forme de colonisation: On vend des terres
aux plébéiens et aux vétérans. Naît alors un nouveau
genre de colonie.
La
colonie est donc une ancienne institution qui a largement évolué
au cours du temps.
Au
départ, toutes les colonies avaient comme langue officielle le latin,
mais on constate qu’à cet égard toutes les colonies n’ont
pas évolué de la même manière. Les plus importantes comme Antioche,
Cremna (sud), Olbasa,
Parlais, ont gardé le latin. Mais
à partir du IIe siècle la communauté latine, sous
l’influence environnante, adopte le grec (c’est l’épigraphie
qui nous permet de tirer cette conclusion).
Les
institutions sont calquées sur le modèle des institutions
romaines et cela autant en
Occident
qu’en Orient. Le modèle romain s’est imposé aux
institutions publiques des colonies. Les magistratures étaient
d’origine romaine également.
La
magistrature
la plus importante était celle que tenaient les
duumvirs.
Elle s’exerçait de manière constante. Les duumvirs
étaient les magistrats supérieurs
qui détenaient le pouvoir exécutif de la cité.
Cette magistrature correspondait au
consulat
à Rome à la différence près que les duumvirs ne possédaient
pas de pouvoir militaire, les légions
étaient dirigées par un
légat.
La fonction de duumvir réunissait en une magistrature ce qui a
Rome était divisé en plusieurs. Les duumvirs étaient aussi
préteurs,
censeurs,
questeurs,
et disaient même le droit (duumvir iure
dicundo).
Le
Conseil des décurions
Ce
conseil constituait l’autre pôle du pouvoir. Cette
institution "correspondait" au Sénat romain (l’abréviation
D D veut dire decurionum decreto, c’est-à-dire
"du décret des décurions"). C’était au sein de ces décurions qu’étaient
choisis les duumvirs.
Le
mot de décurion s’applique aux personnages les plus aisés de
la cité, que l’on appelle souvent de manière anachronique
les «bourgeois», auxquels il vaut mieux réserver le terme de
«notables». Le choix d’un vocable unique ne doit
d’ailleurs pas cacher une réalité mal connue, même des spécialistes:
ce groupe social présente une assez
grande diversité,
et la richesse est loin d’être également répartie entre ses
membres dont certains se trouvent bien près de la plèbe.
Du
point de vue économique, ils résident en ville, mais
l’essentiel de leurs fortunes est constitué par des
terres.
C’est dans le cadre de la vie municipale que s’emploie le
terme de «décurions». Comme
nous l'avons déjà entrevu, l’ensemble
de l’Empire était organisé en cités, les unes de statut
pérégrin (étranger), les autres, colonies
ou municipes, de droit
romain. Chacune était régie par des institutions
bien connues, une assemblée populaire,
une autre plus restreinte et des magistrats. L’ordre
des décurions est le conseil aristocratique qui préside aux
destinées de la collectivité; il est constitué notamment par
les anciens magistrats et ceux qui sont en exercice, et c’est
lui qui détient le vrai pouvoir local par le vote de ses décrets.
Pour y entrer, il faut donc en principe avoir été élu au
moins une fois comme
questeur,
édile
ou
duumvir,
ce qui implique que l’on a fait une campagne électorale avec
des discours et des promesses (évergétisme).
Les
décurions forment un ordre (ordo ):
l’appartenance à leur groupe se définit par des règles
juridiques. L’État impose des critères
de cens (environ 100 000
sesterces), limite leur nombre à quelque cent membres et leur
accorde des privilèges (insignes et places réservées au théâtre);
la reconnaissance de ce statut se traduit au moment du census,
une sorte de recensement quinquennal, par l’inscription sur un
album
Les
comices du peuple étaient les assemblées du peuple.
Cette institution a joué un très grand rôle à l’époque
d’Auguste.
(Pour plus de détails sur les
comices).
(Leurs
successeurs ont fondé plutôt des villes grecques, il existe
toujours des vétérans, mais on les place en général aux
frontières de l’empire).
Auguste
a été considéré à son époque comme l’investigateur de la
paix après la longue période de guerres
civiles. La guerre n’étant plus d’actualité, il
démobilisa un grand nombre de soldats, le problème fut de leur
trouver des terres, il n’y en avait plus en Italie. Il fallut
donc aller plus loin, pousser vers l’Orient. Auguste a été le premier à installer
des colonies en Grèce et en Asie mineure. En installant
des unités romaines en terre grecque, il choisit souvent des
sites qui avaient déjà accueilli une cité. A l’époque qui
nous intéresse, le phénomène de la colonisation d’Auguste a
des conséquences que nous allons esquissé.
Deux
colonies importantes:
1.
La colonie de Corinthe: cette colonie fut fondée par
César
juste avant sa mort. Il y avait là un site magnifique; la ville
grecque de Corinthe avait été détruite en -146 par les
Romains. César la reconstruit un siècle plus tard, souhaitant
profiter de ce passage important; de plus cette fondation maintenait en terre grecque
une cité romaine.
2.
Auguste
fondera un peu plus tard la ville de
Patras qui contrôle l’entrée
du golfe de Corinthe.
Auguste
avait compris l’importance de certains endroits: Par exemple
les zones des détroits
(ville d’Alexandrie de
Troas, une colonie romaine qui avait été une cité
grecque) et les bords
du Pont-Euxin (la mer noire). Dans les Res Gestae,
Auguste dit avoir bien fait de coloniser la Pisidie,
car désormais elle est urbanisée. La Pisidie est une région
montagneuse et difficile d’accès au cœur de la Galatie, elle
était importante au niveau défensif.
Nous revenons plus bas sur cette région.
Les
Res Gestae d’Auguste, son testament, nous donne
des informations importantes sur la colonisation. Dans
l’Antiquité, ce texte était affiché devant le Mausolée
d’Auguste, inscrit sur des tablettes de bronze que l’on a
malheureusement perdues. Par contre on en a trouvé des copies a
Ancyre et en Asie mineure. En fait la plus grande partie des Res
Gestae que nous possédons nous vient d’Ancyre,
d’Antioche de Pisidie et d’Appolonia. Soulignons que les
seules villes du monde romain qui nous livrent les Res
Gestae étaient des colonies. Ceci nous prouve que la
langue fondamentale parlée dans les colonies était bien le
latin.
Dans
ce texte, il est question deux fois des colonies. En décrivant
tout ce qu’il a fait de bien Auguste dit, au paragraphe 16,
"qu’il a acheté des terres pour installer des vétérans dans
les provinces et qu’il est le seul à avoir payer de sa poche
pour faire cela". Au paragraphe 28, il dit avoir envoyé des
colons en Afrique, en Achaïe... Retenons seulement les régions
de Grèce où des colonies ont été installées.
1.
La Macédoine
2.
L’Achaïe, ce qui correspond plus ou moins à la Grèce.
3.
L’Asie, province qui se situe à l’est du Péloponnèse.
4.
La Syrie
5. La
Pisidie
Aux
yeux d’Auguste c’était une grande action coloniale. En fait
le but de la colonisation était de transformer des villes déjà
existantes en colonies romaines. Fonder une colonie, n’est
donc pas fonder une ville ex nihilo, mais en transformer une déjà
existante pour lui donner de l’importance et du prestige.
L’histoire
de ces colonies est plus ou moins facile à reconstituer. En
archéologie, on rencontre souvent des problèmes de topologie
et de topographie, il faut faire des enquêtes pour retrouver
les restes de ces villes. Les inscriptions nous donnent des
indications sur la population qui habitait ces colonies, si elle
était italienne, latine ou romaine. Les noms inscrits suffisent
à établir l’origine des habitants. L’étude des monnaies
peut également nous fournir des indices à ce niveau là.
La
Pisidie
En
Pisidie le nombre des colonies a été
important car c’était un passage montagneux entre les ports
de la mer noire et Ancyra, la future Ankara. Parmi ces colonies,
les deux principales se situaient à l’intérieur des terres:
1.
Antioche de Pisidie, à ne pas confondre avec Antioche de
Syrie, ville beaucoup plus importante, mais qui n’a jamais été
une colonie.
2. Appolonia.
Dans
ces colonies, on parlait le latin mais le grec fit peu à peu
son incursion dans la vie des colons. Vers le IIIe siècle, les
colonies deviendront des cités comme les autres, mais elles
garderont tout de même des liens avec Rome.
La
deuxième moitié du IIIe siècle.
Dans
la deuxième moitié du IIIe siècle, les colonies vont connaître
des troubles. Des troubles dus aux problèmes que connaît
l’empire: Il y a une crise militaire et les empereurs se succèdent.
Beaucoup de cités de Pisidie sont alors en proie à des
attaques de brigands pisidiens qui profitent de la crise.
Exemple
de la ville de
Crémna:
La
ville de Crémna était une colonie romaine. En 270, un brigand
isaurien (qui vient du nord de la Pisidie) appelé Lydios
attaqua la ville. Ce fait nous est raconté par l’historien
Zosime (historien du Ve siècle
de notre ère) dans son livre I au chapitre 69. C’est un récit
assez remarquable sur ce qui s’est passé en Pisidie et sur
les guerres du Rhin. Lydios a sévi sur toute la Pisidie et la
Pamphylie, il réussit même à
prendre la ville de Crémna à l’armée romaine. Pour le
brigand cette ville avait de grands avantages car elle avait été
fortifiée par les Romains et son enceinte lui était utile pour
résister aux attaques romaines. Finalement Lydios céda aux
Romains, mais avant sa défaite, il eut le temps de faire de
nombreux dégâts au sein de la ville.
L’année
270 marque une crise générale dans l’empire. C’est à
cette époque que les Alamans prirent Avanches. Depuis
Auguste,
la Pisidie avait été doté de nombreuses colonies afin
d’assurer la sécurité des routes.
La
ville d’Antioche de Pisidie
En
300 ap. J-C,
Dioclétien se livra à des réformes qui
modifieront la carte administrative de l’empire. Il va créer
de nouvelles provinces, plus petites. Naîtra alors la province
de Pisidie dont la capitale sera Antioche. On peut dire qu’à
partir de ce moment là, la ville d’Antioche en aura terminé avec
sa vie de colonie.
La
Macédoine
La
Macédoine était une province romaine depuis
-148, elle
était assez grande, elle recouvrait d’ailleurs plus de
territoire que l’ancien royaume de Macédoine. Elle s’étendait des rives
de l’Adriatique (Canal de Trente) jusqu’en Thrace. Sa frontière
était marquée par le fleuve Nestos qui se jette vers le Péloponnèse.
Au sud de la Macédoine se situait l’Achaïe.
La
Macédoine comptait un nombre assez important de colonies dont
la plupart avait été établies par
César et
Auguste. Le but
étant d’établir des vétérans ou des Italiens dépossédés
de leurs terres pour romaniser la province. Mais les deux hommes
avaient aussi d’autres raisons: Ils placèrent ces colonies le
long de routes importantes pour en assurer la
sécurité. La Macédoine
possédait des routes très importantes pour l’empire dont la
Via Egnatia, qui reliait Rome à l’Orient à travers les
Balkans. En somme, la route Rome-Byzance.
Cicéron l’appelait
« via nostris militaris». Lors de fouilles archéologiques,
on a retrouvé des restes de cette route, souvent des miltiaires
(bornes).
On
plaçait donc stratégiquement les colonies au bord de la Via
Egnatia pour sa sécurité. Dès l’époque de
César on établit
une colonie à Dyrrhachium, ville se trouvant à l’extrémité
occidentale de la Macédoine, qui était un passage obligé pour
aller en Grèce ( = ville d’Epidamne fondée par les
Corinthiens et qui était une ville importante à l’époque
hellénistique. Elle correspond à la ville actuelle de Duries
en Albanie).
Auguste
a encore installé deux colonies dans ce secteur:
1.
Il fonda une colonie dans la ville grecque de Bouthrôtos
qui se situait entre Corfou et le continent (actuellement en
Albanie, près de la frontière grecque). Les colonies romaines
étaient rarement construites ex nihilo. Auguste donna un
nouveau nom à la ville: Igoumenita.
2.
Pour compléter le dispositif, Auguste fonda aussi la
colonie de Byllis qui se trouvait plus à l’intérieur des
terres.
Ces
colonies jouaient un rôle important au sein de l’empire, mais
on est actuellement assez mal informé quant à leurs
institutions et à leur vie intérieure. Elles faisaient le pont
entre l’Occident et l’Orient (Dyrrachium et Bouthrôtos se
trouvent au début de la Via Egnatia).
La
colonie de Dion
La
colonie de Dion n’était pas située sur la Via Egnatia
(qui
passait plus au nord), il n’empêche qu’elle se trouvait sur
une route importante: Elle contrôlait le passage de la Macédoine
à la Grèce. Cette ville était un passage obligé pour aller
vers le Mont Olympe (on se trouvait en effet en pleine région
montagneuse). Elle était donc placée sur la voie qui menait à
la Via Egnatia depuis la Grèce.
Encore
une fois,
cette ville ne s’est pas établie au milieu de nulle
part,
mais dans une cité qui avait une certaine célébrité
du temps
des rois macédoniens. Elle avait été le sanctuaire fédéral
de la Macédoine, et était considérée comme la ville de
Zeus.
C’était donc une ville-sanctuaire très importante pour les
Macédoniens et cela jusqu’à la chute de l’empire macédonien
en 167 av. J-C. On y organisait également des concours
olympiques copiés sur le modèle grec.
Cette
colonie fut installée par
Auguste, nommée officiellement:
«Colonia
Iulia Augusta Diensis» (de Dion), elle avait le privilège de bénéficier
du «ius italicum» (elle était considérée comme faisant
partie de l’Italie, un citoyen romain avait les mêmes droits
à Dion qu’en Italie).
Depuis
1920, on a fouillé les vestiges de la villes et on s’est
rendu compte qu’elle a connu une période particulièrement
prospère. Dans les inscriptions retrouvées, on observe un empiétement
progressif du grec sur le latin. On s’est demandé s’il ne
s’était pas maintenu une cité grecque à côté de la
colonie car il y a une grande imbrication entre les textes grecs
et latins. La réponse à la question est non, il n’y a eu
qu’une seule cité, mais une «collaboration» entre culture a
certainement existé. Un exemple, la traduction en grec de
certaines magistratures: Bouleutès =
décurion et Duandrikos
(du=deux, andrikos = homme) veut dire duumvir.
La
colonie de Dion se trouvait sur un raccordement à la Via
Egnatia. Elle représentait un territoire considérable qui
regroupait de petites cités dont la vie était plus ou moins
problématique au sein de la grande cité. Dion est une ville
assez bien connue aujourd’hui, mais on manque de synthèse: On
sait qu’elle a été très prospère à l’époque impériale
et qu’au moment de la christianisation elle a abrité un
évêché,
preuve de son importance à l’époque. Puisque ces colonies
s’établissaient presque toujours dans des cités déjà habitées,
on pourrait se demander quel était le sort des habitants
indigènes.
Dans le cas de Dion, on pourrait penser qu’il y a eu un parallélisme
entre les institutions romaines et grecques, mais en fait les
institutions de la ville ne se rapportaient qu’à la colonie
(il y avait seulement des institutions romaines).
On
a trouvé une inscription bilingue (grec et latin) sur laquelle
est écrit: «Colonorum et incolarum conjuges Anthestiae
P(ublis) L(ibertae)Jucundae h(onoris) c(ausa)». Il s’agit
d’une inscription honorifique faite pour une femme affranchie
qui a eu de l’importance pour Dion. Dans cette inscription, on
parle des épouses des colons et des «incolae» qui formaient
une communauté. Mais malgré tout, il restait une différence
entre grecs et romains, ils n’avaient tout simplement pas les
mêmes droits. Un grec n’avait pas d’emblée les droits
romains, mais il pouvait tout de même accéder à la citoyenneté
romaine. En fait la cité grecque a subsisté dans la ville sans
avoir d’emblée les droits des colons.
La
colonie de Pella
La
ville de Pella se trouvait sur l’ancienne capitale
administrative du royaume de Macédoine. Elle était située sur
la Via Egnatia. Son grand nombre de constructions montre
qu’elle a été une ville prospère, et qu’au moment de la
conquête romaine elle l’était encore, preuve en est le fait
que le gouverneur de Macédoine s’y installa d’abord avant
d’établir définitivement son siège à Salonique. Au moment
de ce changement de capitale de province, la ville connaissait déjà
quelques difficultés liées à l’ensablement du lac
Ludias,
un lac relié à la mer par le fleuve du même nom. N’ayant pas les
moyens d’arrêter cet ensablement, la ville a été
progressivement étouffée. Aujourd’hui ce lac n’existe
plus, et la liaison avec la mer a été coupée. C’est la
cause principale du changement de siège du gouverneur de
Macédoine.
Sous
Auguste, la ville est tout de même devenue une colonie, appelée
Colonia Tuila Augusta. D’après les monnaies, nous savons que
cette colonie a subsisté jusqu’au IIIe siècle de notre ère,
mais son statut n’a jamais été équivalent aux autres
colonies de Macédoine. Elle ne possédait pas le statut privilégié
du ius italicum qui en aurait fait un véritable municipe
d’Italie. On possède un témoignage de l’orateur Dion
Chrystome et de l’écrivain Lucien qui montrent la décadence
de la cité à la fin du Ier siècle et au début du
IIe. Tous les deux parlent de la ville comme si c’était déjà une
ruine. D’ailleurs, à notre époque cette ville ne possède
pas de ruines de grandes constructions. Dion et Lucien ont
certainement un peu exagéré, mais ces récits prouvent que
Pella a perdu de sa vitalité et qu’elle n’était plus aussi
prospère qu’auparavant. Lors de la christianisation, la ville
de Pella n’obtiendra pas d’évêché, preuve de sa
décadence.
La
colonie de Cassandreia
La
ville de Cassandreia s’était appelée autrefois
Potidée.
Elle fut refondée en 315 av. J-C par le roi
Cassandre. Potidée,
en grec Potidaia, était une
ancienne ville de Macédoine (Chalcidique) sur
l’isthme de la presqu’île de Cassandra. Colonie
corinthienne, elle passa après les guerres médiques dans
l’orbite d’Athènes. Sa révolte contre les Athéniens,
soutenue par Corinthe (en -432 av. J-C) fut l’une des causes
de la guerre du Péloponnèse. Prise par les Athéniens en
-429,
puis par les Spartiates, elle fut détruite par
Philippe II de
Macédoine en -356. Rebâtie par
Cassandre et nommée alors
Cassandreia, elle fut très prospère au IIIe siècle av. J-C.
C’était
l’une des plus anciennes colonies romaines de la Macédoine.
On le voit par des monnaies de bronze qui nous font connaître
la colonie dès l’année 43-42 av. J-C avant la bataille de Philippes. Ces monnaies portent la mention du général
Brutus,
le proconsul de Macédoine avait donc émis ces monnaies sous
l’ordre de ce dernier. Auguste mit
la main dessus à partir de 30 av. J-C, juste après la bataille
d’Actium, la colonie devint alors la
colonia Iulia Augusta Cassandrensis. Cette colonie a dû avoir son importance en dépit
du fait que les inscriptions et les vestiges romains n’y sont
pas très nombreux. Les indices de cette importance se voient
notamment par le fait qu’elle avait le Ius Italicum,
qu’elle possédait
les grandes
magistratures
importantes, et qu’elle avait une
importante communauté indigène (comme Dion). Par contre durant
la période de la basse Antiquité, elle a perdu de son
influence et de sa prospérité car elle non plus n’a pas
obtenu d’évêché.
La
colonie de Philippes
Philippes:
Ancienne ville macédonienne de Thrace, près de la mer Egée.
Appelée d’abord Crénidès, elle fut prise par
Philippes II
de Macédoine en -358
qui la fortifia et en fit le centre des exploitations minières
du mont Pangée.
Antoine et
Octave y vainquirent
Brutus et
Cassius en 42 av. J-C. Elle devint colonie romaine sous
Auguste;
Saint Paul y fut emprisonné et y fonda une des premières
communautés chrétiennes d’Europe, à laquelle il adressa son
Epître aux Philippiens.
C’était
une des plus importantes colonies, en tout cas la mieux connue.
Cette colonie était, elle aussi, installée sur la Via
Egnatia,
en Macédoine orientale, près de la frontière avec la Thrace.
Elle était donc située à l’intérieur des terres dans une
zone privilégiée. Elle était sur une route principale, dans
une zone de terres cultivables importante et pas
trop éloignée de la mer. La colonie se trouvait à proximité
des importantes mines d’or et d’argent du mont
Pangée, mais
elles étaient déjà épuisées quand la colonie s’est
installée, ce n’est donc pas cela qui influença une
fondation romaine à cet endroit. On est bien informé sur la
ville de Philippes car on a trouvé beaucoup de documents archéologiques
sur le site et en plus de nombreuses études ont été faites à
ce sujet.
La
Via Egnatia existait déjà avant la fondation de la colonie, la
route a donc joué un grand rôle dans le choix du site. La
ville possédait un urbanisme en damier, influencé sans aucun
doute par la grande voie. Elle avait un grand forum, un grand
marché, une palestre etc. Elle bénéficiait donc d’un centre
civique à la romaine. La ville grecque a été quasi complètement
effacée, il reste juste quelques éléments sur le flan de
l’Acropole, comme un théâtre par exemple.
A
l’époque paléochrétienne, la ville a connu une grande prospérité,
on le constate par la grande abondance de Basiliques, elle a été
un grand centre chrétien car c’est la première ville qui reçut
l’apôtre Paul en Europe en 49 de notre ère.
Le
cas de la ville est exemplaire, on a pu reconstituer son
histoire de manière assez précise grâce à l’archéologie
et l’épigraphie (Cf plus haut, F.Papazoglou qui parle de la
ville dans son livre).
La
ville de Philippes existait déjà longtemps avant qu’on en
fasse une colonie. Elle se situait au bord de la Macédoine, et
à cause de cela, les habitants de Philippes ne se considéraient
pas comme des Macédoniens. C’était une ville quasiment indépendante
au cœur de la Macédoine. Elle fut fondée par
Philippe II de
Macédoine et eut une période glorieuse grâce aux mines de
Pangée, mais avec l’appauvrissement de ces dernières elle déclina
avec le temps.
Lorsqu’en
167 av. J-C, le royaume de Macédoine fut divisé en 4 républiques
sous protectorat romain, ce n’est pas Philippes qui devient
capitale de la région mais Amphipolis, preuve de sa perte de
vitesse.
A
partir de 130, les choses changèrent du fait de la construction
de la Via Egnatia et la constitution de la
province d’Asie. La
ville de Philippes devint un passage obligé pour qui voulait
aller de Rome à la nouvelle province. Cette voie donna un
nouvel essor à la ville.
En
42, la bataille de Philippes fit de la cité une ville célèbre.
La bataille opposa Brutus et Cassius, les assassins de
César à
Marc-Antoine et Octavien (le futur
Auguste), les partisans de César.
Au lendemain de la victoire de Marc-Antoine et Octavien, la
ville devint une colonie, attribuant ainsi des terres aux
soldats vainqueurs.
La
première monnaie de la colonie de Philippe montre un portrait
d’Antoine ce qui permet de la dater précisément, elle ne
peut pas avoir été faite après 31 av. J-C date de la bataille
d’Actium. Après cette bataille, Auguste renommera la colonie
sous le nom de Colonia Iulia Augusta
Philippensis. Cette
nomenclature restera jusqu’au IIIe siècle après J-C.
On
est assez bien informé sur cette colonie grâce à l’épigraphie:
C’était une des plus grandes colonies du monde oriental et
elle possédait le Ius Italicum (elle est donc italienne). Tous
les colons romains étaient rattachés à une tribu (Depuis la
fin de la République, le corps civique était divisé en 35
tribus). D’après les inscriptions, les colons de la ville
de Philippes faisaient partie de la tribu
Voltina. Cette
particularité romaine est pratique pour les épigraphistes car
elle permet d’identifier les colons des autres habitants dans
les inscriptions.
Philippes
avait un grand territoire structuré. A coté de la ville se
trouvaient des vici (petits établissements agricoles ; Par
exemple Aventicum avait des vici dépendant d’elle sur tout le
plateau suisse, Yverdon en était un). Dans ces vici vivaient
des colons, mais aussi des pérégrins (perigrini) qui étaient
des habitants de la colonie mais qui n’avaient pas la
citoyenneté romaine.
Caracalla gomma cette différence en
313
ap. J-C, en faisant de tous les perigrini des citoyens à part
entière. Evidemment comme n’importe où dans l’empire, la
colonie ou les vici possédait des esclaves.
Ces
vici montrent que la ville avait essentiellement un rôle
agraire avant même sa fonction de porte de l’Orient
de par sa
position sur la Via Egnatia.
Les
instituions de Philippes
On
retrouve à Philippes plus ou moins le même schéma
d’institutions que dans les autres colonies; Ces dernières
sont calquées sur les institutions romaines:
questeurs, des
édiles (aediles), des
duumvirs etc.
1.
La Censure
Tous
les 5 ans, les
duumvirs assuraient dans la colonie la charge particulière de
censeur (Ils étaient nommés quinquennales, c’est-à-dire
chargé de faire le recensement de la
population). Ils
obtenaient ainsi un titre important. La censure était une
charge prestigieuse et délicate (voir
censeur
pour plus de détails).
2.
L’ordo decurionum
L’ordo
decurionum "correspondait" au sénat (les sénateurs siégeaient
à la curie). L’accès à cet ordre était assez difficile car
il fallait appartenir à l’aristocratie de la
colonie et donc avoir un certain cens.
Comme à
Rome, on pouvait attribuer des Ornamenta. Attribuer des
ornamenta consistait à attribuer une magistrature à une
personne méritante qui n’avait pas le cens requis pour
l’obtenir. C’était en fait un titre honorifique car la
personne qui recevait l'ornamenta n’avait pas le droit de
prendre en charge sa magistrature.
3.
Les corporations
Les
corporations jouaient un grand rôle dans la cité. Le collège
des Augustales était un collège qui s’occupait du culte
impérial.
Des riches affranchis en faisaient partie. Pour eux cela
constituait une promotion sociale qui pouvait les mener, eux ou
leurs descendants, à la citoyenneté romaine. Cette magistrature
démontre bien le rapport entre le pouvoir impérial et l’autonomie
des cités
4.
La fonction de curator rei publicae
Au
cours du IIe siècle à Philippes, on peut constater l’apparition
d’un magistrat directement nommé par l’empereur: le
Curator
rei publicae. Il opérait au niveau municipal et n’avait rien
à voir avec le gouverneur de province. Littéralement, c’est
un magistrat qui avait le « soin de la République ».
En fait c’était un vérificateur des comptes et un
administrateur des finances. L’apparition de cette nouvelle
magistrature montre que le pouvoir central pensait que les cités
étaient incapables de se gérer elles-mêmes. En même temps
cela montre aussi un reflet de la réalité: beaucoup de cités
et mêmes des colonies ont dû se trouver dans des difficultés
financières.
Avec
le temps, les curatores sont devenus les magistrats les plus
importants des cités, il est même arrivé que la fonction de
duumvir disparaisse des institutions de certaines villes. Enfin,
au dernier maillon de son évolution, ce magistrat n’a plus été
nommé par l’empereur, mais par des citoyens de la ville. Les
Curator étaient élus régionalement et choisis au sein de
l’aristocratie.
On
peut se demander ce que désigne «rei publicae» ?
F.Papazoglou dit que cela ne représente pas tout à fait la même
chose que «colonia» (ensemble de colons). Res publica représentait
l’ensemble de la cité avec son territoire et sa population,
tandis que la colonia représentait les colons.
A
Philippes, on observe le phénomène de la disparition du
latin
au profit du grec. Ce phénomène s’est manifesté tout
d’abord par des emprunts, une adaptation entre les deux
langues, puis par une interpénétration linguistique. Ce qui a
joué en faveur du grec, c’est la montée du
christianisme. A
Philippes, l’apôtre Paul prêchait en grec
(et pour cause
puisqu’il ne savait pas le latin; l’épître aux Philippiens
est écrite en grec).
D’autres
colonies importantes
Sur
les rives du Golfe de Corinthe:
1.
Patras qui est une colonie fondée par
Auguste
2.
Corinthe qui, elle, a été fondée par
César
Ces
deux villes ont la même caractéristique que la colonie de
Philippes; elles étaient toutes les deux sur des voies
de communication importantes.
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