ATRIUM - Histoire de l'Antiquité

En histoire européenne, l'Antiquité désigne la période des civilisations de l'écriture autour de la Méditerranée, après la Préhistoire, avant le Moyen Âge. La majorité des historiens estiment que l'Antiquité commence au IVe millénaire av. J.-C. (-3500, -3000) avec l'invention de l'écriture, et voit sa fin durant les grandes migrations eurasiennes autour du Ve siècle (300 à 600). La date symbolique est relative à une civilisation ou une nation, la déposition du dernier empereur romain d'Occident en 476 est un repère conventionnel pour l'Europe occidentale, mais d'autres bornes peuvent être significatives de la fin du monde antique.

 

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A côté des colonies fondées par les empereurs, il existait un autre type de fondations impériales consistant en de véritables cités grecques (poleis). D’anciennes cités grecques ont donc parfois été refondées par les empereurs romains. Les empereurs n'ont donc pas fondé que des colonies mais aussi de simple ville. Les cas de fondation ex nihilo ne sont pas nombreux, il s’agit plutôt de refondations; la ville change simplement de nom pour marquer la transformation.  Si on fait une "échelle de romanité" parmi les genres de cité que l’on a traités, on obtient:  Le plus romain: 

1) Les colonies.

2) Les fondations impériales.

3) Les cités soumises à Rome, simplement peuplées d’indigènes.

Un exemple de fondation impériale: La cité de Nicopolis

Nicopolis veut dire en grec "cité de la victoire". La ville se situait en Epire. On connaît assez bien cette fondation pré augustéenne (on utilise ce terme pour dire que quand elle a été fondée Auguste s’appelait encore Octave). La ville a été fondée en 31 av. J-C date de la bataille d’Actium avec laquelle elle a un rapport direct. Actium se trouvait dans le golfe d’Ambrassie, son nom en grec est Aktion qui vient du nom du dieu Apollon Aktios. Actium se situait entre l’Epire au nord et la Carnanie au sud.

Son fondateur, le futur Auguste, fonda une ville à l’emplacement même où il se trouvait au moment de la bataille et de la victoire.

Quelques témoignages à propos de cette fondation:

1.   Dion Cassius, historien grec qui vécut en 200 ap. J-C environ, nous a laissé une histoire romaine à peu près complète dans laquelle il nous dit (Livre 51 chapitre 1): « Il fonda une ville à l’emplacement de son camp en y rassemblant des gens du voisinage et en y déplaçant d’autres et lui donna le nom de Nicopolis ». Que faut-il entendre exactement par là ? On pense qu’on a fait venir des gens d’autres cités sur ce site en dépeuplant la région environnante. Avant la fondation, cette région n’était pas très peuplée, ce qui peut aussi être une des causes de la création de la ville. Les autres petites villes qui existaient déjà deviendront des villages ou des bourgs satellites de Nicopolis. Selon Dion Cassius, c’est une fondation par synécisme, c’est-à-dire une réunion de plusieurs villes en déplaçant les habitants.

2.   Suétone, historien de 100 ap. J-C environ, nous dit dans sa vie des 12 Césars (chapitre 18 de la biographie d’Auguste): « Pour rendre la mémoire de la bataille d’Actium à tout jamais ».

3.   Strabon, géographe (sous Auguste) parle de la fondation dans sa géographie universelle (Livre 7, chapitre 7, paragraphe 6). Dans ce cas on peut s’attendre à un témoignage oculaire, ce qui n’est pas toujours le cas chez Strabon. Il a certainement vu cette ville parce qu’elle se situait sur la route de l’Italie. Il nous dit qu’Auguste a créé cette ville pour se souvenir d’Actium, mais c’était aussi pour lui l’occasion de créer une cité plus importante à partir de plusieurs plus modestes. Strabon écrit: «  Nicopolis est maintenant (Strabon écrit cela vers la fin du règne d’Auguste) une ville populeuse qui s’agrandit. Auguste a été et est toujours généreux pour elle, d’ailleurs une partie du butin d’Antoine a servi à l’embellissement de Nicopolis, notamment à une réfection des sanctuaires »

Nicopolis avait deux sanctuaires: Le sanctuaire d’Apollon Aktien, le dieu protecteur de la ville. Un autre sanctuaire où se déroulaient les jeux qui avaient lieu tous les 4 ans (quinquennal). Il est rare que Strabon s’étende autant sur une ville dans sa géographie, ceci montre certainement la volonté d’Auguste de rendre cette cité importante et belle. Il ne faut pas oublier que c’était la ville de la victoire.

Le nom de Nicopolis

Le nom de la cité est remarquable, c’est l’expression même de ce que voulait Auguste, mais il faut savoir qu’il existait d’autres Nicopolis:

1.   Nicopolis-Issos fondée par Alexandre le Grand en -334 (Auguste se situe donc dans une tradition, avec l’exemple d’un homme illustre).

2.   Il y a une ville de Nicopolis en Arménie.

3.   Un quartier d’Alexandrie porte ce nom. On sait qu’Auguste est allé en Egypte et c’est certainement cela qui l’a influencé pour donner le nom de Nicopolis à sa fondation.

D’autres après Auguste donneront ce nom à des villes.

Le territoire

La cité (au sens d’état) a été voulue d’une taille considérable. Pour permettre à cette ville d’avoir une grande prospérité, Auguste lui attribua une région entière de la Grèce : elle comprenait Kassopé (ville d’Epire au nord de Nicopolis) donc une partie de sud de l’Epire, toute la Carnanie et une partie de l’Etolie. Ce territoire était plus grand que celui de l’Attique, la ville possédait donc de grandes ressources. Nicopolis est voisine de la colonie de Patras, Auguste avait ainsi un regard sur les deux cités qui surveillaient l’entrée du Golfe de Corinthe. A certains égards, Nicopolis ressemblait à la fondation d’une colonie: elle a été faite pour redonner vie à une région dépeuplée. Mais elle est fondamentalement différente des colonies quant à ses institutions qui n’avaient rien de romaines.

Le statut de la ville

Nicopolis n’est pas une cité (le professeur Knoepfler, de l'université de Neuchâtel, insiste sur ce fait car même Tacite s’est trompé), son statut est sorti tout droit du cerveau d’Auguste. La ville bénéficiait d’un statut exceptionnel que peu de cités avaient: elle était libre. Elle avait le statut de « libera ac immunis » (statut le plus libre qui soit). La ville était même indépendante au sein de la province, elle ne relevait que de l’empereur et elle s’administrait elle-même (A partir de la fin du règne de Néron, elle va devenir le siège d’une nouvelle petite province, l’Epire, vers 70 ap. J-C).

Au point de vue de l’archéologie

Le site de Nicopolis est connu, il se situe près de Préveza, on a commencé à le fouiller à partir des années 1930, mais son emplacement était déjà repéré à la fin du XIXe siècle. En 1984, un colloque d’archéologie important s’y est produit.

Les vestiges visibles

1.   L’Odéon, (salle de concert plus petite qu’un théâtre) construit peu après la fondation de la ville.

2.   On a réussit à repérer la colline sur laquelle se trouvait le camp d’Octave. Auguste y avait fait construire un monument commémoratif que l’on a retrouvé. C’est d’ailleurs le seul bâtiment retrouvé qui contient des inscriptions latines ce qui prouve que c’est bien un monument de l’empire.

La ville de Nicopolis est restée prospère pendant toute l’époque impériale (donc durant la grande période byzantine du VIe siècle jusqu’aux invasions slaves du VIIIe siècle).

Les concours de la ville de Nicopolis

Actia, un adjectif au neutre pluriel, était le mot utilisé pour désigner les grands concours. Cet adjectif est lié au nom du dieu Apollon Actios. La ville était nouvelle, mais pas les concours, les Actia existaient depuis la fin du IIIe siècle av. J-C, c’était les concours de la confédération d’Acarnanie. On a même retrouvé sur place une inscription qui contenait le règlement de ces concours (aspects religieux, commercial et compétitif) où on explique les compétences de la cité. Auguste va amplifier et sacraliser les concours par deux traits:

1.    Le concours deviendra quinquennal (quinquennales en latin) ou pentetérique (vient du grec). Cela veut dire qu’il aura lieu toutes les 5ème année, c’est-à-dire tous les 4 ans. Le fait d’organiser ce concours tous les 4 ans lui donnait un certain prestige (ce n’était pas une chose commune). Avant les Actia hellénistiques étaient tritériques, ils avaient donc lieu tous les 2 ans.

2.    Le concours fut mis sur le même pied d’égalité que les grands concours de la période (périodos, qui veut dire cycle). Les 4 grands concours étaient organisés de façon à ce que les concurrents puissent les faire dans un ordre régulier (les jeux n’avaient pas lieu en même temps). Les Actia de Nicopolis seront intégrés dans la période, alors que cette dernière est une tradition sacrée, c’est donc un grand honneur. Leur nom: Olympia ; Isthmia ; Nemera ; Pythia ; Actia.

L’ensemble de ces jeux était appelé les stéphanites.

De plus, il faut savoir que plus les concours étaient sacralisés, moins il y avait de récompenses. Les Actia eurent un grand succès, preuve en est le fait qu’ils furent célébrés jusqu’au IVe siècle de notre ère. L’empereur Julien, qui était païen, rétablit les concours et les Actia, car des cultes païens y étaient célébrés. L’aspect commercial était aussi important, un exemple: Quand Néron vint pour concourir aux Actia en 67, on lui arrangea un calendrier spécial pour qu’il puisse participer à toutes les Stéphanites en même temps. On a trouvé des inscriptions dans le monde grec et en Italie qui montrent les palmarès des participants qui pouvaient être des athlètes, des musiciens, des écrivains...( les épreuves étaient aussi non physiques). Ces inscriptions montrent également que ces jeux ont duré jusqu’au IIe ou IIIe siècle de notre ère. Les Actia jouèrent un rôle important dans le développement des concours grecs qui ont fini par prendre racine dans tout le monde occidental, même en Italie. L’empereur Néron essaya d’implanter un concours à la grecque à Rome: Les Néronia (Il ne faut pas oublier que Néron était aussi considérer comme un dieu). Mais cet essai fut sans lendemain. Il faudra attendre l’empereur Domitien vers la fin du Ier siècle pour voir un concours romain s’implanter. On l’appela les Kapitoleia en référence au dieu Jupiter. C’était en fait un concours aristocratique, la plèbe, elle, préférait les courses de chars. Les athlètes des concours grecs étaient en principe des amateurs, ce qui supposait avoir la possibilité de disposer de temps pour des loisirs et de moyens pour se déplacer. Par conséquent, les athlètes appartenaient à une classe possédante. Sous l’empire, on remarqua une professionnalisation des athlètes, même si le participant idéal restait l’amateur. L’amateurisme des jeux grecs constituait une grande différence avec les ludi (jeux romains) où les gladiateurs étaient professionnels.

Nicopolis dans l’Amphictyonie

Auguste voulut qu’une place soit faite à Nicopolis au sein de l’Amphictyonie. L’Amphictyonie réunissait autour de Delphes et d’Anthéla une association, plus religieuse que politique, de villes qui s’était construite autour des sanctuaires des deux villes.

Les institutions fondamentales de l’Amphictyonie

En théorie, 12 peuples avaient accès à l’Amphictyonie et chacun de ces 12 peuples avait 2 suffrages dans le conseil de l’Amphictyonie. Il y avait donc 24 sièges en tout. Dans la pratique, les choses étaient plus compliquées: Par exemple, les Thessaliens possédaient 2 voix, tandis que les Ioniens, qui théoriquement avaient eux aussi deux sièges, avaient dû donner un de leurs sièges à Athènes et l’autre à l’île d’Eubée. Les Ioniens n’avaient donc pas d’existence politique même s’ils faisaient partie des peuples fondateurs du temple de Delphes. Leur unité n’existait plus.

On possède un texte fondamental de Pausanias (livre 10, chap.8) qui décrit l’introduction de Nicopolis dans l’Amphictyonie. Il nous dit que la difficulté pour Auguste était d’intégrer une ville dans l’Amphictyonie alors que cette dernière ne faisait pas partie d’un peuple qui avait droit à l’Amphictyonie. En d’autres termes, Nicopolis n’était pas dans une zone amphictyonique. Auguste résoudra le problème de manière désinvolte quant au résultat (bien que respectueuse dans la forme). Il demanda que 4 peuples s’associent avec les Thessaliens pour que Nicopolis puisse reprendre leurs voix. Comme ces petits peuples ne jouaient qu’un rôle mineur dans la politique grecque, Auguste les obligea à ne faire qu’un avec les Thessaliens, alors qu’avant ils avaient le même poids que les autres membres. La réforme d’Auguste constitua un acte d’autorité considérable, cela lui donna 10 voix à disposition (presque la majorité) qu’il attribua à la cité de Nicopolis. Pausanias ajoute que de son temps, l’Amphictyonie avait 30 voix, ce qui pose un problème pour les chercheurs qui essaient de comprendre cette évolution. Il y eut une première phase augustéenne qui donna une place excessive à Nicopolis sans pour autant modifier les structures de l’Amphictionie.

Ensuite, un autre empereur revint sur la réforme d’Auguste, le problème est de savoir quel empereur ? On a toutes les raisons de penser qu’il se situe entre le règne d’Auguste et les années 160. Le nom qui paraît s’imposer est celui d’Hadrien (règne de 117 à 138). On pense qu’il a renouvelé cet organisme avec des modifications tout en restant assez conservateur. C’est à ce moment là que l’on est passé de 24 voix à 30, Nicopolis, la Macédoine et la Thessalie reçoive chacun 6 voix et les autres en ont soit deux ou une, ce qui est traditionnel.

Apres le règne d’Hadrien, l’Amphictionie n’a plus eu vraiment de raison d’être, elle disparaîtra donc petit à petit. Sa position était devenue boiteuse, elle était à la fois trop grande pour constituer une confédération et trop petite pour représenter l’hellénisme. Une autre cause de la disparition de l’Amphictionie est peut-être la fondation du Panhellénion. Cette institution dont le point d’ancrage se situait à Athènes avait été mise en place par Hadrien. Les réunions avaient lieu dans tout le monde grec y compris en Afrique du nord et en Asie mineure. C’était en fait un centre culturel pour tous les états grecs.

D’autres fondations impériales (celles d’Hadrien)

Le cas de Nicopolis est presque un cas unique par la place importante que la ville a tenu dans l’Amphictyonie, les autres fondations impériales n’ont pas été aussi ambitieuses. Hadrien a fondé et donné son nom a plusieurs cités, mais la seule que l’on peut comparer à Nicopolis du point de vue de son importance est celle d’Antinoopolis en Egypte.

En fait, il n’y avait que trois cités grecques (poleis) en Egypte:

1.    Alexandrie
2.    Ptolémais
3.   
Naucratis

Ces trois villes bénéficiaient d’un statut d’indépendance, ce qui était rare. Lorsque Hadrien fonda la cité d’Antinoopolis, elle devint la quatrième ville importante d’Egypte.

La Province d’Asie et son organisation interne

Généralités

La province d’Asie est l’une des provinces qui a connu le plus grand développement à l’époque impériale, il subsiste d’ailleurs encore aujourd’hui beaucoup de vestiges de cette époque qui témoignent de cet âge d’or. On ne possède malheureusement pas de synthèse à propos de cette province, mais quelques recueils bien faits. La province occupait toute la façade occidentale de l’Asie mineure. Elle s’étendait sur la Carie, une partie de la Phrygie, la Lydie, la Mysie, L’Ionie, et sur quelques îles alentour (elle a une forme de triangle). La densité en villes de cette province était haute. En fait, elle correspondait à l’ancien royaume hellénistique de Pergame qui avait été hérité par Rome en 133 av. J-C. Elle avait donc été acquise sans combat. Les débuts de la province ont été très difficiles, mais à partir de la période d’Auguste, elle connut une grande prospérité. Elle a beaucoup souffert des guerres Mithridates ( voir Mithridate VI Eupator) qui donnèrent lieu à des combats jusqu’à Auguste. La province était gouvernée par un ancien consul, appelé proconsul, ce qui explique son nom, province proconsulaire. C’était une province sénatoriale, elle était donc administrée par le Sénat et n’était pas armée (provincia inermis). Aucune légion ne stationnait dans son territoire. C’était une province considérable qui possédait une diversité ethnique et linguistique importante, mais la langue la plus communément parlée en son sein restait le grec. Il existait une double structure entre le pouvoir impérial et l’unité fondamentale qu’était la cité avec des intermédiaires que nous allons étudier.

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Bibliographie

F.Lefèvre,  L’Amphictionie 1998.

F.Lefèvre cite Pausanias qui dit que les Amphictyons de son temps sont au nombre de 30, Nicopolis, la Macédoine et les Thessaliens ont chacun 6 voix.

BowersockAugustus and the Greek world,

p.97-98, 1965, Il parle dans ce livre de la modification générale de l’Amphictyonie faite par Auguste en une seule fois, on passe de 24 voix avant à 30 après le changement.

G. Daux, article dans le Recueil Plassart. 1975, (Il n’a pas la même opinion que Bowersock). 

Le point de vue de G.Daux est aujourd’hui considéré comme le plus vraisemblable. A noter qu’on le retrouve aussi chez Lefèvre. Daux nous dit que l’on connaît bien la situation avant la réforme et la situation deux siècle après, au temps de Pausanias. On a toutes les raisons de penser que ce changement a eu une lente évolution, en au moins deux parties:

Victor Schapot, La province romaine proconsulaire d’Asie

 livre ancien (ainsi que son esprit).

Magic, The roman rule in Asia minor

M. Sartre, L’Orient romain

1991 (manuel)

 
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