SOMMAIRE - Histoire Contemporaine (depuis 1914...)

La périodisation de coutume en France fait commencer l'Histoire contemporaine avec la Révolution française du fait de ses conséquences internationales. Mais nous ne nous situerons pas dans cette tradition. Il est d'usage de dire que la période contemporaine est la dernière grande période de l'Histoire, nous la ferons débuter avec la Première Guerre mondiale et s'étendre jusqu'à nos jours.

 

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Le marché international du pétrole

 
 

Quelques chiffres: la production et la consommation totales de pétrole dans le monde étaient, en 1991, de 3,1 milliards de tonnes (plus de 64 millions de barils par jour), retrouvant ainsi le niveau de 1979 après dix années de baisse. L'importance du pétrole peut se mesurer par la diversité et la multiplicité des usages que lui ont ouverts ses propriétés physiques et chimiques. Il ne faut pas perdre de vue le fait que, dans une large mesure, pays producteurs et pays consommateurs diffèrent. Pour cette raison, le pétrole joue un rôle primordial dans les échanges internationaux: il est, en volume, la première denrée du marché mondial de marchandises.

La production de pétrole  dans le monde.

A. Trois grands groupes de pays producteurs

1. Quels sont ces pays ?

§ La Russie, premier producteur mondial en 1991, constitue à elle seule un pôle de production. Les derniers bouleversements politiques du pays tendent cependant à l'affecter. Sa régression est notable.

§ L' Amérique du nord, et notamment les États-Unis qui représentent aujourd'hui encore 13% de la production mondiale.

§ Une troisième région joue un grand rôle: le Moyen-Orient, qui dispose des plus importantes réserves prouvées au monde et qui regroupe un certain nombre de producteurs de grande envergure (Arabie Saoudite, Koweït, Iran, Irak, EAU..)

2. Les origines des changements

De nombreux facteurs interviennent dans l'évolution géographique des sites de production: citons les chocs pétroliers, l'apparition de nouvelles techniques, les difficultés de l'extraction dans les pays pionniers... Ils sont à l'origine du développement de régions plus marginales telles que le Mexique (5% de la production mondiale), le Venezuela (3,5%), la Chine (3,5%). Ajoutons la Norvège qui a atteint le rang de troisième exportateur mondial en 1994. Cette évolution a été marquée par différentes phases: avant 1965, la suprématie des Etats-Unis est manifeste. Peu à peu, pour des raisons que nous envisagerons dans la seconde partie, elle sera renversée et un nouveau pôle émergera: le Moyen-Orient

B. Estimation des réserves mondiales et évolution des techniques d'exploration pétrolière.

On définit par "réserves" le rapport : Volume des réserves par volume de production annuelle. Ce rapport est primordial car il fixe en partie le prix du pétrole: l'exploitation est facilitée si les réserves sont importantes (nappes plus vastes, forages moins profonds...). Le prix de revient est donc inférieur. Il existe une grande disparité entre les réserves des différents groupes de producteurs: l'Amérique du Nord peut compter sur dix à quinze ans de production seulement. Le Moyen-Orient, quant à lui, est en mesure de poursuivre l'exploitation pétrolière pendant environ un siècle (230 ans pour le Koweït). Ces chiffres apparaissent cependant à relativiser en effet l'estimation des réserves évolue constamment en fonction de la production. De nouvelles techniques d'exploration, (sismographie et gravimétrie), et d'exploitation, (plates-formes off-shore et amélioration des taux de récupération, c'est à dire de la proportion de pétrole qui peut être ramené en surface) ont permis l'émergence de nouveaux producteurs, la Norvège en particulier. Les investissements très lourds que ces nouveaux types de gisements nécessitent induisent malheureusement une augmentation du prix de revient. En effet un forage maritime revient au minimum à 50 millions de francs contre 20 millions pour un forage à terre. La plus grandes plate-forme pétrolière installée se situe dans le golfe du Mexique. Sa hauteur totale approche les 400 mètres. Elle à coûté près d'un milliard et demi de francs. D'autres plates-formes géantes, en projet, pourraient avoir un coût de près de 4 milliards de francs ! ). 

L'organisation des échanges.

La moitié de la production pétrolière est échangée... Le pétrole représente en valeur un cinquième du commerce mondial environ, en fonction des fluctuations du prix du baril. Le volume totale des échanges s'est élevé à 1,2 milliards de tonnes en 1984.

A. Les pays développés, principaux consommateurs.

Les pays industrialisés sont les principaux consommateurs de pétrole. Ensemble, ils représentent 70% de la consommation mondiale; en première place, les États-Unis, avec 24% de la consommation totale (soit 680 millions de tonnes en 1985) suivis par l'Europe occidentale (18%), l'ex- URSS (14%) et le Japon (7%). Tous ces pays ne sont pas dans une situation comparable sur le plan de l'approvisionnement sur le marché international. Les États-Unis, gros producteurs mais aussi premiers consommateurs doivent importer plus de 40% de leur consommation. L'Europe de l'ouest et le Japon, peu ou pas producteurs, doivent importer l'essentiel de leur consommation (67% pour l'Europe de l'ouest, 96% pour le Japon). L'ex-URSS au contraire dispose d'une production suffisante pour couvrir ses besoins en hydrocarbures et même pour exporter.

B. Les pays développés, principaux organisateurs du marché.

Née aux États-Unis, premier forage en 1859 en Pennsylvanie: Du pétrole jaillit pour la première fois du sous-sol des États-Unis le 27 août. Le miracle se produit au nord-est du pays, en Pennsylvanie, au lieu-dit Old Creek, près de Titusville.  Edwin L. Drake (60 ans), qui se présente comme un colonel à la retraite, voit ses efforts récompensés. Contre l'avis des experts, il a acquis la conviction qu'il pourrait extraire le pétrole par simple forage. C'est ainsi qu'il a creusé un puits grâce à un trépan suspendu à un câble et mis en mouvement par une machine à vapeur. Le précieux liquide a jailli lorsque le trépan a atteint 23 mètres de profondeur seulement. Dès le premier jour, Drake multiplie la production mondiale de pétrole par... deux! Le pétrole (ou huile de pierre) était connu depuis la haute Antiquité comme une curiosité naturelle. Mais au milieu du XIXe siècle, on commence à l'utiliser pour l'éclairage et l'on pressent son utilité comme énergie de substitution au charbon. C'est pourquoi la découverte de Drake donne lieu à la première ruée vers l'or noir. La région se couvre de derricks et procure la fortune à de nombreux audacieux. Quand au «colonel» Drake, dépourvu du sens des affaires, il sombre dans la pauvreté et doit quémander une pension à l'État de Pennsylvanie. 

L'industrie pétrolière a été très tôt dominée par un nombre restreint de grandes compagnies qui, à partir du début du vingtième siècle, ont élargi leur contrôle à de nouvelles sources d'approvisionnement en dehors du territoire américain (système des concessions de longue durée). Organisée en cartels depuis 1928, l'industrie pétrolière est, jusqu'à la fin des années 50, dominée par les majors qui étaient autrefois appelées les sept soeurs dont cinq étaient américaines. Deux d'entre elles, Gulf et Chevron ont fusionné en 1984. Les soeurs sont donc à présent six dont quatre américaines: Chevron, Exxon, Mobil et Texaco). Ces grandes compagnies, à leur apogée, contrôlaient 98% des gisements et 93% de la distribution. Longtemps sous cette domination, la production et le commerce international du pétrole ont connu, depuis les années 50, d'importantes évolutions:

     ¤ d'une part par la création de sociétés nationales dans les pays européens afin de garantir l'indépendance de l'approvisionnement en hydrocarbures à l'égard des compagnies américaines. Ainsi l'ENI (Ente nazionale Idrocarburi) est créée en Italie en 1953.

     ¤ d'autre part, par l'entrée sur la scène internationale de nouvelles compagnies (plus de 300 entre le début des années 50 et le début des années 70) pour la plupart américaines, à la recherche d'un brut moins cher que celui exploité aux États-Unis.

La maîtrise du marché par les pays consommateurs s'observe également dans le fait qu'ils disposent de la plus grands partie des capacités de raffinage (60% des capacités en 1985, dont plus de 20% par les seuls États-Unis).

C. Les grands flux mondiaux

Les principaux flux sont ceux qui, à partir du Moyen-Orient, approvisionnent l'Europe de l'Ouest (via la route du Cap et le canal de Suez) et le Japon, auxquels s'ajoutent, en direction de l'Europe, les flux venant d'Afrique du Nord et d'ex-URSS. Pour l'approvisionnement des États-Unis, les flux sont principalement en provenance du Mexique et des autres pays d'Amérique latine, ainsi que du Moyen-Orient (le flux qui va de l'Alaska vers le reste des États-Unis est important mais ne relève pas du commerce international). Le trafic pétrolier se fait pour partie par oléoducs (pipelines) et pour partie par voie maritime. Les produits pétroliers représentent encore à peu près 40% (chiffre de 1991) du tonnage total transporté par voie maritime, mais ce trafic est de moins en moins le fait des pétroliers géants (supertankers) dont le nombre et la taille avaient augmenté après la fermeture du canal de Suez. La demande se porte désormais sur des bâtiments de taille moyenne du fait de la diversification des sites d'approvisionnement et de livraison (problèmes d'aménagement portuaire pour l'accueil des supertankers).

Les transformations récentes du marché pétrolier.

A. Les tentatives d'organisation des pays producteurs

L'émergence des pays producteurs sur le marché s'est faite dans un premier temps par la constitution de sociétés nationales (exemple: Petroleos Mexicanos en 1938) qui, essentiellement destinées aux besoins de la consommation intérieure des pays au temps des majors, ont pu ensuite diversifier leurs activités grâce à des accords de participation avec les compagnies "indépendantes." Créée en 1960 à Bagdad, l'organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP), exprime d'abord l'inquiétude des pays producteurs face à la désorganisation du marché causée par la mise en exploitation accélérée de nouveaux gisements par les compagnies indépendantes et la baisse des prix consécutive à l'augmentation de l'offre. A ces facteurs se sont ajoutés les troubles politiques du Moyen-Orient (la guerre du Kippour a été l'une des causes du premier choc pétrolier). Les dévaluations de fait du dollar (monnaie reine des échanges pétroliers) en 1971 puis en 1973 ont elles aussi bouleversé le marché mondial... En 1968, pour contrer notamment les tensions qui pouvaient apparaître entre les états de l'OPEP, est créée l'OPEAP (Organisation des pays arabes exportateurs de pétrole). L'OPEAP a établi cinq sociétés commerciales arabes ainsi qu'un Institut arabe de formation pétrolière. Un tribunal judiciaire, créé en 1981, juge les litiges entre les pays membres mais aussi entre les pays membres et les compagnies pétrolières... L'OPEAP est donc un facteur de cohésion pour les producteurs arabes de pétrole, un organisme à même de défendre leurs intérêts. En 1987, les producteurs africains se sont inspirés de cet exemple pour fonder l'APPA (Association des producteurs de pétrole africains).

B. Les deux "chocs pétroliers"

L'étape la plus importante de l'affirmation des pays producteurs se fait au cours des années 1970 avec la volonté d'accroître leur contrôle sur les gisements ainsi que sur la détermination des prix.  Des prises de participation et des nationalisations ont donné aux compagnies nationales le contrôle de 70% des gisements en 1980. Une importante augmentation du prix en 1973 (premier choc pétrolier), suivie d'une seconde en 1979 (deuxième choc pétrolier) ont fait passer le prix du baril de 2,7 US $ au début des années 70 à 34 US $ en 1981.

C. Evolution de la demande et caractéristiques du marché en 1991

Depuis les chocs pétroliers  on observe une diversification des approvisionnements avec une baisse de la prééminence de l'OPEP qui passe de 53% à 32% de la production mondiale entre 1973 et 1984. De nouvelles régions productrices s'imposent (la mer du Nord, le Mexique, la Chine) et, depuis 1982, la production pétrolière du monde occidental dépasse celle de l'OPEP. Par ailleurs les pays consommateurs ont développé une politique de stockage afin de se prémunir contre une éventuelle rupture d'approvisionnement. Ainsi la France dispose en permanence de stocks équivalents à environ quatre mois de consommation. Entre 1979 et 1988 la consommation mondiale n'avait cessé de baisser, parce que la part du pétrole avait diminué dans le bilan énergétique et que les états avaient pris des mesures favorisant les économies d'énergie. Une légère reprise économique a contribué au redémarrage de la consommation à partir de 1989.

La crise du Golfe, après un mini-choc durant l'été 1991, qui a porté le baril à plus de 30$, a abouti à une baisse durable des prix (21$ en 1990, 17$ en 1992). En effet c'est désormais l'Arabie Saoudite, alliée aux États-Unis, qui est maîtresse du marché et ce pays dispose d'excédents à écouler.

Conclusion

Les quotas de production que l'OPEP avait tenté d'imposer  ne sont pas respectés malgré la hausse de la consommation. Désormais les cours du pétrole, comme ceux des autres produits, se négocient en fonction de l'offre et de la demande: la spéculation s'impose: le marché "du papier" (spéculation sur les ventes à termes) représentent de trois à cinq fois le volume effectivement échangé ! Les traders ou "Raffineurs de Wall Street" d'une part, mi-négociants mi-spéculateurs et les "Dentistes de New-York", d'autre part, purs spéculateurs, régulent les deux-tiers du marché. On peut alors demeurer inquiet quant à la stabilité des prix: la paix au Moyen-Orient en est en effet un facteur important... Et de lourdes menaces pèsent sur elle... Au delà de ces problèmes, le pétrole apparaît comme une source d'énergie en perte de vitesse, appelée à être remplacée. La baisse des réserves, les problèmes d'environnement et le désir des pays occidentaux d'être maîtres de leur approvisionnement énergétique, imposent cette évolution. Pour toutes ces raisons la part du pétrole dans la consommation globale d'énergie tend à diminuer (35% en 1995 contre 47% en 1973). Les utilisations "propres" du charbon d'une part et les énergies nouvelles d'autre part (énergies renouvelables comme l'énergie  solaire ou l'énergie éolienne et, qui sait, à terme, fusion nucléaire) sont appelées à remplacer les hydrocarbures dans un monde où les besoins énergétiques sont en constante croissance. On estime en effet que la demande globale d'énergie devrait croître de plus de 40% entre 2000 et 2020, celle des PVD étant multipliée par trois ! Les hydrocarbures ne seront pas à même de répondre à cette  explosion de la demande...

 
 
 

Source :

Encyclopédie Universalis © 1998 Encyclopædia Universalis France S.A. 

 
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