Quelques
chiffres: la production et la consommation totales de pétrole
dans le monde étaient, en 1991,
de 3,1 milliards de tonnes
(plus de 64 millions de barils par
jour), retrouvant ainsi le niveau de 1979
après dix années de baisse. L'importance du pétrole peut
se mesurer par la diversité et la multiplicité des usages
que lui ont ouverts ses propriétés physiques et chimiques. Il
ne faut pas perdre de vue le fait que, dans une large
mesure, pays producteurs et pays consommateurs diffèrent.
Pour cette raison, le pétrole joue un rôle primordial dans
les échanges internationaux: il est, en volume, la
première denrée du marché mondial de marchandises.
La
production de pétrole dans
le monde.
A.
Trois grands groupes de pays producteurs
1.
Quels sont ces pays ?
§
La Russie, premier
producteur mondial en 1991, constitue à elle seule un
pôle de production. Les derniers bouleversements politiques
du pays tendent cependant à l'affecter. Sa régression est
notable.
§
L' Amérique du nord, et
notamment les États-Unis qui représentent aujourd'hui encore
13% de la production mondiale.
§
Une troisième région joue un grand rôle: le Moyen-Orient,
qui dispose des plus importantes réserves prouvées au monde
et qui regroupe un certain nombre de producteurs de grande
envergure (Arabie Saoudite, Koweït, Iran, Irak, EAU..)
2.
Les origines des changements
De
nombreux facteurs interviennent dans l'évolution géographique
des sites de production: citons les chocs
pétroliers, l'apparition de nouvelles
techniques, les difficultés de
l'extraction dans les pays pionniers... Ils sont à
l'origine du développement de régions
plus marginales telles que le Mexique (5% de la
production mondiale), le Venezuela (3,5%), la Chine (3,5%).
Ajoutons la Norvège qui a
atteint le rang de troisième exportateur mondial en 1994. Cette
évolution a été marquée par différentes phases: avant
1965, la suprématie des Etats-Unis est manifeste.
Peu à peu, pour des raisons que nous envisagerons dans la
seconde partie, elle sera renversée et un nouveau pôle
émergera: le Moyen-Orient
B.
Estimation des réserves mondiales et évolution des
techniques d'exploration pétrolière.
On
définit par "réserves" le rapport : Volume des
réserves par volume de production annuelle. Ce
rapport est primordial car il fixe en partie le prix du pétrole:
l'exploitation est facilitée si les réserves sont
importantes (nappes plus vastes, forages moins profonds...).
Le prix de revient est donc inférieur.
Il
existe une grande disparité entre les réserves des différents
groupes de producteurs: l'Amérique du
Nord peut compter sur dix à quinze ans de production
seulement. Le Moyen-Orient, quant à lui, est en mesure
de poursuivre l'exploitation pétrolière pendant environ un
siècle (230 ans pour le Koweït). Ces chiffres apparaissent
cependant à relativiser en effet l'estimation des réserves
évolue constamment en fonction de la production. De
nouvelles techniques d'exploration, (sismographie et gravimétrie),
et d'exploitation, (plates-formes off-shore
et amélioration des taux de récupération, c'est à dire de
la proportion de pétrole qui peut être ramené en surface)
ont permis l'émergence de nouveaux producteurs, la Norvège
en particulier. Les investissements très lourds que ces
nouveaux types de gisements nécessitent induisent
malheureusement une augmentation du prix de revient. En effet
un forage maritime revient au minimum à 50 millions de francs
contre 20 millions pour un forage à terre. La plus grandes
plate-forme pétrolière installée se situe dans le golfe du
Mexique. Sa hauteur totale approche les 400
mètres. Elle à coûté près d'un milliard et demi de
francs. D'autres plates-formes géantes, en projet, pourraient
avoir un coût de près de 4 milliards de francs ! ).
L'organisation
des échanges.
La
moitié de la production pétrolière est échangée... Le pétrole
représente en valeur un cinquième du
commerce mondial environ, en fonction des fluctuations
du prix du baril. Le volume totale des échanges s'est élevé
à 1,2 milliards de tonnes en 1984.
A.
Les pays développés, principaux consommateurs.
Les
pays industrialisés sont les principaux consommateurs de pétrole.
Ensemble, ils représentent 70%
de la consommation mondiale; en première place, les États-Unis,
avec 24% de la consommation
totale (soit 680 millions de tonnes en 1985) suivis par
l'Europe occidentale (18%), l'ex- URSS (14%) et le Japon (7%). Tous
ces pays ne sont pas dans une situation comparable sur le plan
de l'approvisionnement sur le marché international. Les États-Unis,
gros producteurs mais aussi premiers consommateurs doivent
importer plus de 40% de leur consommation. L'Europe de
l'ouest et le Japon, peu ou pas producteurs, doivent importer
l'essentiel de leur consommation (67% pour l'Europe de
l'ouest, 96% pour le Japon). L'ex-URSS au contraire dispose
d'une production suffisante pour couvrir ses besoins en
hydrocarbures et même pour exporter.
B.
Les pays développés, principaux organisateurs du marché.
Née
aux États-Unis, premier forage
en 1859 en Pennsylvanie: Du
pétrole jaillit pour la première fois du sous-sol des États-Unis
le 27 août. Le miracle se produit au nord-est du pays, en
Pennsylvanie, au lieu-dit Old Creek, près de Titusville.
Edwin L. Drake (60 ans),
qui se présente comme un colonel à la retraite, voit ses
efforts récompensés. Contre l'avis des experts, il a acquis
la conviction qu'il pourrait extraire le pétrole par simple
forage. C'est ainsi qu'il a creusé un puits grâce à un
trépan suspendu à un câble et mis en mouvement par une
machine à vapeur. Le précieux liquide a jailli lorsque le
trépan a atteint 23 mètres de profondeur seulement. Dès le
premier jour, Drake multiplie la
production mondiale de pétrole par... deux! Le
pétrole (ou huile de pierre) était connu depuis la haute
Antiquité comme une curiosité naturelle. Mais au milieu du
XIXe siècle, on commence à l'utiliser pour l'éclairage et
l'on pressent son utilité comme énergie de substitution au
charbon. C'est pourquoi la découverte de Drake donne lieu à
la première ruée vers l'or noir.
La région se couvre de derricks et procure la fortune à de
nombreux audacieux. Quand au «colonel» Drake,
dépourvu du sens des affaires, il sombre dans la pauvreté et
doit quémander une pension à l'État de Pennsylvanie.
L'industrie
pétrolière a été très tôt dominée par un nombre
restreint de grandes compagnies qui, à partir du début du
vingtième siècle, ont élargi leur contrôle à de nouvelles
sources d'approvisionnement en dehors du territoire américain
(système des concessions de longue durée).
Organisée en cartels
depuis 1928, l'industrie pétrolière
est, jusqu'à la fin des années 50, dominée par les majors
qui étaient autrefois appelées les sept
soeurs dont cinq étaient américaines. Deux
d'entre elles, Gulf et Chevron
ont fusionné en 1984. Les soeurs
sont donc à présent six dont quatre américaines: Chevron,
Exxon, Mobil
et Texaco). Ces grandes
compagnies, à leur apogée, contrôlaient 98% des gisements
et 93% de la distribution. Longtemps
sous cette domination, la production et le commerce
international du pétrole ont connu, depuis les années 50,
d'importantes évolutions:
¤ d'une part par la
création de sociétés nationales
dans les pays européens afin de garantir l'indépendance de
l'approvisionnement en hydrocarbures à l'égard des
compagnies américaines. Ainsi l'ENI
(Ente nazionale Idrocarburi) est créée en Italie en
1953.
¤ d'autre part, par
l'entrée sur la scène internationale de nouvelles
compagnies (plus de 300 entre le début des années 50
et le début des années 70) pour la plupart américaines, à
la recherche d'un brut moins cher que celui exploité aux États-Unis.
La
maîtrise du marché par les pays consommateurs s'observe également
dans le fait qu'ils disposent de la plus grands partie des
capacités de raffinage (60% des capacités en 1985, dont plus
de 20% par les seuls États-Unis).
C.
Les grands flux mondiaux
Les
principaux flux sont ceux qui, à partir du Moyen-Orient,
approvisionnent l'Europe de l'Ouest (via la route du Cap et le
canal de Suez) et le Japon, auxquels s'ajoutent, en direction
de l'Europe, les flux venant d'Afrique du Nord et d'ex-URSS.
Pour l'approvisionnement des États-Unis, les flux sont
principalement en provenance du Mexique et des autres pays
d'Amérique latine, ainsi que du Moyen-Orient (le flux qui va
de l'Alaska vers le reste des États-Unis est important mais
ne relève pas du commerce international). Le
trafic pétrolier se fait pour partie par oléoducs
(pipelines)
et pour partie par voie maritime. Les produits pétroliers
représentent encore à peu près 40% (chiffre
de 1991) du tonnage total
transporté par voie maritime, mais ce trafic est de
moins en moins le fait des pétroliers géants (supertankers) dont le nombre et la
taille avaient augmenté après la fermeture du canal de Suez.
La demande se porte désormais sur des bâtiments de taille
moyenne du fait de la diversification des sites
d'approvisionnement et de livraison (problèmes d'aménagement
portuaire pour l'accueil des supertankers).
Les
transformations récentes du marché pétrolier.
A.
Les tentatives d'organisation des pays producteurs
L'émergence
des pays producteurs sur le marché s'est faite dans un
premier temps par la constitution de sociétés nationales
(exemple: Petroleos Mexicanos en 1938) qui, essentiellement
destinées aux besoins de la consommation intérieure des pays
au temps des majors,
ont pu ensuite diversifier leurs activités grâce à des
accords de participation avec les compagnies "indépendantes."
Créée en 1960 à Bagdad, l'organisation
des pays exportateurs de pétrole (OPEP),
exprime d'abord l'inquiétude des pays producteurs face à la
désorganisation du marché causée par la mise en exploitation
accélérée de nouveaux gisements par les compagnies
indépendantes et la baisse des prix consécutive à
l'augmentation de l'offre. A ces facteurs se sont ajoutés les
troubles politiques du Moyen-Orient (la guerre
du Kippour a été l'une des causes du premier
choc pétrolier). Les dévaluations de fait du
dollar (monnaie reine des échanges pétroliers) en 1971
puis en 1973 ont elles aussi
bouleversé le marché mondial... En
1968, pour contrer notamment les
tensions qui pouvaient apparaître entre les états de l'OPEP,
est créée l'OPEAP (Organisation
des pays arabes exportateurs de pétrole). L'OPEAP a établi
cinq sociétés commerciales arabes ainsi qu'un Institut arabe
de formation pétrolière. Un tribunal judiciaire, créé en
1981, juge les litiges entre les pays membres mais aussi entre
les pays membres et les compagnies pétrolières... L'OPEAP
est donc un facteur de cohésion pour les producteurs arabes
de pétrole, un organisme à même de défendre leurs intérêts.
En 1987, les producteurs africains se sont inspirés de cet
exemple pour fonder l'APPA (Association
des producteurs de pétrole africains).
B.
Les deux "chocs pétroliers"
L'étape
la plus importante de l'affirmation des pays producteurs se
fait au cours des années 1970 avec la volonté d'accroître
leur contrôle sur les gisements ainsi que sur la détermination
des prix. Des
prises de participation et des nationalisations ont donné aux
compagnies nationales le contrôle de
70% des gisements en 1980. Une importante
augmentation du prix en 1973
(premier choc pétrolier),
suivie d'une seconde en 1979
(deuxième choc pétrolier)
ont fait passer le prix du baril de 2,7 US $ au début des années
70 à 34 US $ en 1981.
C.
Evolution de la demande et caractéristiques du marché en
1991
Depuis
les chocs pétroliers on
observe une diversification des approvisionnements avec une baisse
de la prééminence de l'OPEP qui passe de 53% à 32%
de la production mondiale entre 1973 et 1984. De nouvelles
régions productrices s'imposent (la mer du Nord, le
Mexique, la Chine) et, depuis 1982, la production pétrolière
du monde occidental dépasse celle de l'OPEP. Par
ailleurs les pays consommateurs ont développé une politique
de stockage afin de se prémunir contre une éventuelle
rupture d'approvisionnement. Ainsi la France dispose en
permanence de stocks équivalents à environ quatre mois de
consommation. Entre
1979 et 1988 la consommation mondiale n'avait cessé de
baisser, parce que la part du pétrole avait diminué dans le
bilan énergétique et que les états avaient pris des mesures
favorisant les économies d'énergie. Une
légère reprise économique a contribué au redémarrage de
la consommation à partir de 1989.
La
crise du Golfe, après un mini-choc
durant l'été 1991, qui a porté le baril à plus de 30$, a
abouti à une baisse durable des prix (21$ en 1990, 17$ en
1992). En effet c'est désormais l'Arabie
Saoudite, alliée aux États-Unis, qui est maîtresse
du marché et ce pays dispose d'excédents à écouler.
Conclusion
Les
quotas de production que l'OPEP avait tenté d'imposer
ne sont pas respectés malgré la hausse de la
consommation. Désormais les cours du pétrole, comme ceux des
autres produits, se négocient en
fonction de l'offre et de la demande: la spéculation
s'impose: le marché "du papier" (spéculation sur
les ventes à termes) représentent de trois à cinq fois le
volume effectivement échangé ! Les traders
ou "Raffineurs
de Wall Street" d'une part, mi-négociants
mi-spéculateurs et les "Dentistes
de New-York", d'autre part, purs spéculateurs,
régulent les deux-tiers du marché. On peut alors demeurer
inquiet quant à la stabilité des prix: la paix au
Moyen-Orient en est en effet un facteur important... Et de
lourdes menaces pèsent sur elle...
Au
delà de ces problèmes, le pétrole apparaît comme une
source d'énergie en perte de vitesse,
appelée à être remplacée. La baisse des réserves, les
problèmes d'environnement et le désir des pays occidentaux
d'être maîtres de leur approvisionnement énergétique,
imposent cette évolution. Pour toutes ces raisons la part du
pétrole dans la consommation globale d'énergie tend à
diminuer (35% en 1995 contre 47% en 1973). Les utilisations
"propres" du charbon d'une part et les énergies
nouvelles d'autre part (énergies renouvelables comme l'énergie
solaire ou l'énergie éolienne et, qui sait, à terme,
fusion nucléaire) sont appelées à remplacer
les hydrocarbures dans un monde où les besoins énergétiques
sont en constante croissance. On estime en effet que la
demande globale d'énergie devrait croître de plus de 40%
entre 2000 et 2020, celle des PVD étant multipliée par trois
! Les hydrocarbures ne seront pas à même de répondre à
cette explosion
de la demande...