ATRIUM - L'Âge Classique (1453-1789)

Retraçons ici trois siècles particulièrement riches pour l'histoire de l'humanité. Nous étudierons les XVIe, XVIIe et XVIIIe siècles au travers de divers dossiers et de simples pages s'attachant aux aspects politiques, militaires, sociaux, culturels...

 

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La paix des Pyrénées (1659)
 
 

Si importante que fût l’oeuvre du Congrès de Westphalie, elle n’en était pas moins incomplète par le refus de l’Espagne d’y participer. En 1647, avant la fin du congrès, le roi d’Espagne, Philippe IV, obstiné dans ses projets d’hégémonie, et encouragé par les troubles politiques de la Fronde qui avaient éclaté en France, avait signé une paix séparée avec les Provinces-Unies afin de pouvoir tourner toutes ses forces contre la France.

Par cette paix, l’Espagne reconnaissait définitivement l’indépendance des Provinces-Unies. Elle leur abandonnait le Brabant du Nord et la place forte de Maëstricht sur la Meuse, rendant les Pays-Bas du Sud indéfendables contre une attaque venant de l’Est, et leur sacrifiait Anvers en consentant à la fermeture de l’Escaut.

«Ainsi, écrit l’historien belge Jacques Pirenne, pour continuer contre la France une guerre d’ordre exclusivement dynastique, qui ne pouvait rapporter à l’Espagne aucun avantage ni politique ni économique et que l’opinion espagnole désapprouvait unanimement, Philippe IV renonçait à la grande base maritime d’Anvers qui avait été le centre économique de l’Empire de Charles-Quint. Obnubilé par le seul souci de faire reconnaître son hégémonie dynastique sur le continent, où il allait épuiser ses dernières forces, il se détournait entièrement de la mer qui avait fait la grandeur de l’Espagne.» 

Bien qu’Anvers eût beaucoup souffert des guerres de religion, menées au siècle précédent par l’Espagne contre les Provinces-Unies, bien que le grand port belge eût été détrôné par Amsterdam, il n’en restait pas moins un des ports principaux de l’Europe en même temps qu’un foyer d’art et de culture. Il allait mourir d’asphyxie, et cette monstrueuse erreur devait être le coup de grâce porté à la puissance espagnole.

La paix séparée de Münster entre l’Espagne et les Provinces-Unies était pour ces dernières un éclatant triomphe. Elle sanctionnait leur suprématie maritime qui devait durer jusqu’au moment où elles furent obligées d’attacher leur fortune à celle de l’Angleterre. Les Pays-Bas du Sud - la Belgique - considérés désormais par l’Espagne comme un simple boulevard, deviendraient dans la suite la monnaie avec laquelle Sa Majesté Catholique paierait ses défaites.

Philippe IV nourrit aussitôt l’espoir de reprendre l’Artois à la France. Bien qu’il eût été vaincu à Lens (août 1648), les troubles de la Fronde vinrent l’affermir dans sa résolution de continuer la lutte. Elle dura encore douze ans. A partir de 1651, le roi d’Espagne trouva un allié dans le prince de Condé - son vainqueur à Lens - révolté contre le jeune Louis XIV. Le nord et l’est de la France furent aussi sauvagement ravagés que l’avaient été certaines régions de l’Allemagne pendant la guerre de Trente ans. La lutte se prolongeait sans qu’aucun des adversaires parvînt à prendre un avantage décisif lorsque, en 1657, le cardinal Mazarin, premier ministre de Louis XIV, conclut une alliance avec les Anglais à qui les colonies espagnoles paraissaient une proie tentante. Moyennant la promesse de la cession de Dunkerque, alors ville espagnole, le Lord Protecteur Cromwell fournit un corps d’armée. Les forces franco-anglaises, aux ordres de Turenne, remportèrent la victoire des Dunes (juin 1658). Dunkerque fut remise à l’Angleterre qui la garda jusqu’en 1662, date à laquelle Louis XIV la racheta.

Le roi d’Espagne était à bout de forces. Il traita. La paix fut signée à la frontière de la France et de l’Espagne, dans une petite île de la Bidassoa; on l’appela la «Paix des Pyrénées», le 7 novembre 1659. Mazarin, secondé par Hugues de Lionne, secrétaire d’État aux Affaires étrangères, traita lui-même avec le ministre espagnol, Don Luis de Haro.

La France recevait au sud le Roussillon et la Cerdagne, au nord, l’Artois avec quelques places de la Flandre et du Luxembourg. Le traité stipulait en outre le mariage de Louis XIV avec la fille aînée de Philippe IV, sa cousine germaine Marie­Thérèse. Cette clause devait être, par ses conséquences, la disposition capitale du traité, et toute la politique extérieure de Louis XIV - cinquante années d’intrigues diplomatiques et de guerres - devait en sortir.

La «succession d’Espagne» - la «grande affaire», disait Hugues de Lionne, fut, en effet, «le pivot du règne», selon les termes de l’historien français Mignet. Car, en 1659, Marie-Thérèse s‘était vu imposer une renonciation à ses droits d’héritière. Mais cette renonciation, de l’aveu même de Philippe IV qui l’avait exigée, était nulle comme contraire aux lois successorales d’Espagne. Elle fut encore annulée du fait que la ratification par les Cortès ne fut pas demandée bien que la Paix des Pyrénées la stipulât en termes exprès. Enfin la validité de la renonciation était liée, dans une certaine mesure, au paiement d’une dot de 500 000 écus d’or, somme énorme que Philippe IV ne pouvait pas verser et qu’il ne versa jamais.

La Paix des Pyrénées marquait le triomphe de la Maison de France sur les Habsbourg d’Espagne comme la Paix de Westphalie avait consacré son triomphe sur les Habsbourg d’Autriche. Agrandie de trois provinces - l'’Alsace, l’Artois et le Roussillon - la France, en face d’adversaires à bout de forces, était vraiment en Europe la puissance prépondérante.

 
 

Bibliographie

E-Th. Rimli, coll. Histoire universelle illustrée Editions Stauffacher S.A

 
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