L’oeuvre
de Mazarin n’aurait pas
été complète s’il n’avait porté son regard que sur le
Rhin, les Pays-Bas et les Pyrénées. L’intervention du Danemark
et de la Suède dans la
guerre
de Trente ans, le lien qui s’était établi
entre la crise allemande et la lutte pour la domination de la
Baltique ne permettaient pas de considérer que les
Traités
de Westphalie et celui des
Pyrénées
eussent suffi à rétablir la paix européenne.
La
guerre s’était rallumée au Nord et à l’Est de
l’Europe. Un premier conflit avait opposé, de 1652-1654,
l’Angleterre républicaine de Cromwell
à la république des Provinces-Unies après la promulgation,
en 1651, de l’Acte de navigation par le Lord
Protecteur. Durant le conflit anglo-hollandais, la Suède,
pour des raisons économiques, s’était trouvée entraînée
du côté de Cromwell tandis que les Provinces-Unies se
rapprochaient du Danemark afin d’empêcher que la Suède ne
se rendît maîtresse de tout le commerce de la Baltique.
Comme l’impérialisme suédois s’était tourné ensuite
contre la Pologne, il en était résulté
une guerre contre la Pologne et contre le Danemark, et une
coalition s’était formée contre la Suède où étaient
entrés le Danemark, le Brandenbourg,
la Pologne et même la Russie,
tandis que la flotte anglaise
venait aider les Suédois. Après
de nombreuses péripéties, il apparut que l’empereur
cherchait dans le Nord une revanche à
ses échecs, à la constitution de la Ligue du Rhin que
Mazarin avait formée contre lui.
La
France ne pouvait pas se laisser faire. Mazarin offrit donc sa
médiation, et avec
lui
s’entremirent les Provinces-Unies qui ne voulaient pas
servir jusqu’au bout les ambitions
danoises ni risquer un nouveau conflit avec l’Angleterre.
Le roi de Suède,
Charles X, fit la paix
avec le Danemark à qui il restitua une partie de
ses conquêtes, mais en garda la majeure partie. Mazarin ménagea
la Paix d’Oliva entre
le Brandebourg, la Pologne et la Suède (1660).
La
Suède, là encore, conserva l’essentiel tandis que le Grand
Electeur de Brandebourg, Frédéric-Guillaume,
obtenait de la Pologne et de la Suède la reconnaissance du
titre de duc souverain de Prusse.
Mazarin signifia à l’Empereur et au Grand Electeur que si
leurs troupes envahissaient la Poméranie
suédoise, les troupes françaises entreraient aussitôt
en Allemagne. Ainsi, l’oeuvre des Traités de Westphalie
restait intangible et la France apparaissait pour le moment
comme la
gardienne de la paix européenne.
Lorsque Mazarin mourut l’année suivante (mars 1661), il
avait, de son roi, fait le Grand Roi.