Ovide
naquit dans une famille de rang équestre à Sulmone une petite
ville située dans les Abruzzes.
Il étudia à Rome ( avec des maîtres illustres comme
Porcius
Latro et Arellius Fuscus) et
fit le classique voyage en Grèce. De retour à Rome il s’y établit
et s’y maria trois fois. Il vécut
durant la période qui s’étend du I siècle avant J.-C au I
siècle après J.-C, c’est ce que l’on appela
le
siècle d’Auguste. On peut partager son existence,
que l’on connaît d’ailleurs fort bien grâce au recueil
autobiographique des Tristes,
en trois périodes :
-
La vie en province.
-
La vie à Rome.
-
L’exil.
Ovide est le
plus jeune des poètes augustéen, au moment de la bataille d’Actium
il n’a que 12 ans. Il ne connut donc pas les troubles de la
guerre civile qui marquèrent profondément
Virgile
ou
Horace.
Très tôt il
fut attiré par la poésie, il disait d’ailleurs que tout ce
qu’il essayait d’écrire prenait la forme de vers…Il
renoncera d’ailleurs très vite au cursus honorum qui
ne lui convenait pas du tout. Il sera toutefois un avocat réputé
(il exerça ce métier pour satisfaire les attentes de son père).
Il se consacra pourtant à une carrière de poète érotique
et mondain. Il fréquenta le cercle de
Messala
et connut de près ou de loin tous les grands poètes de ce
temps.
Admirateur de
Lucrèce
et de Virgile, il suivit cependant d’abord la trace de
Cornelius
Gallus.
Il finit sa vie
tristement au bord de la Mer Noire à Tomes
(ou Tomi) où l’avait relégué l’empereur Auguste pour une
raison obscure.
Ses œuvres
sont complexes et axées sur une subtile psychologie. Il y a
d’abord les
Amores,
les Héroïdes,
le
De
medicamine faciei femineae (Les Fards),
l’Ars
amatoria et les
Remedia
amoris. Voyons tout cela plus en détails :
Les
Héroïdes
Il en commença
la rédaction très tôt (vers 18-19 ans). Ce sont des lettres
en vers de femmes dont les maris ou les amants étaient absents.
En tout c’est une quinzaine de Lettres
qui auront une
longue postérité. Les thèmes sont empruntés à divers cycles
mythologiques et rappellent les grandes œuvres de la littérature
antique. Ainsi Médée,
Phèdre, Laodamie,
Briséis,
Déjanire,
Didon,
Ariane, Hermione, Hypermestre, écrivent à
leur « douce moitié ». Autant d’héroïnes
empruntées aux cycles troyen, hellénique, latin et tragique
grec. Ovide s’adressait à un public fort cultivé qui se
réjouissait de suivre l’auteur au travers du dédale
mythologique…
Signalons
ici la tragédie de Médée écrite par Ovide et que nous avons
malheureusement perdu (voir aussi la
Médée
de
Sénèque).
On a souvent
souligné le caractère très « contemporain » des
sentiments exprimés dans les Héroïdes en comparaison de l’ « antiquité »
des personnages et des situations. C’est peut-être
d’ailleurs ce qui explique le succès de cette œuvre.
Ovide nous
fournit aussi un certain nombre de réponses des bien-aimés.
L’influence de la tragédie y est encore plus sensible mais
elles sont moins émouvantes (certains ont d’ailleurs mis en
doute leur authenticité).
Les
Amores
Ovide décrit
des thèmes comme l’attente devant une porte fermée,
la maladie de la femme aimée, l’amitié, la jalousie,
la joie du premier triomphe…bref,
tout
le recueil est inspiré par l’amour.
Les Amores
furent d’abord édités en 5 livres puis en 3 livres
seulement (c’est la deuxième édition que nous possédons).
Ovide avait remanié l’œuvre pour y supprimer un certain
nombre de pièces qu’il ne jugeait pas satisfaisantes.
Corinne
est le nom qui domine l’œuvre, on ne sait si elle exista
vraiment, mais elle semble plutôt être le résulta d’une
sorte de « mélanges » des femmes que connaissait, désirait
ou aimait Ovide. Donc les Amores ne sont pas le reflet d’un
amour vécu, c’est un recueil à la gloire de l’amour et de
la femme aimée. L’amour est une sorte de combat, de militia.
On peut en inférer qu’il vaut mieux faire l’amour que la
guerre, voilà une nouvelle que n’allait pas ravir les
puissants (Ovide allait bientôt s’en rendre compte).
Ovide nous dit
que c’est Cupidon qui est venu l’inciter à travailler sur
une telle œuvre.
L’Ars
amatoria (prendre ars
dans le sens de manuel, traité)
Entreprise
d’Ovide pour enseigner le jeu qu’est l’amour. Il
fait le dénombrement des techniques de séductions. Il faut se
montrer aimable et généreux, louer les défauts de la femme
aimée, ne pas paniquer quand apparaît un rival, cacher ses
infidélités…
On reprocha
bientôt à Ovide de n’avoir pensé qu’aux hommes et de
n’avoir pas conseillé les femmes.
Pour répondre à ce reproche, Ovide publia le
De
medicamine faciei femineae.
De
medicamine faciei femineae
Ovide enseigne
aux femmes comment prendre soin d’elle-même, donne les
recettes de produits de beautés. Il compare aussi la
coquetterie de son temps avec celle de jadis.
Bientôt on
reprocha à Ovide de n’écrire que sur des sujets
licencieux, on disait alors qu’aucun de ses livres ne
pouvait être mis entre les mains d’une femme honnête.
Ce fut la raison, à en croire le poète lui-même, qui
le poussa à écrire les Remèdes à l’amour.
Remedia
amoris
Ovide prend le
contre-pied de ses ouvrages précédents et explique aux jeunes
hommes comme aux jeunes femmes comment éviter les méfaits
de l’amour, comment éradiquer la passion…à part la
magie tous les moyens sont bons dit-il. Mais la veine
érotique s’essouffle, Ovide allait trouver un nouveau genre.
Les
Métamorphoses
Elles sont
inspirées de l’œuvre de Boios (III siècle av.J.-C.) qui
s’inspirait lui-même de Sophocle,
d’Euripide et d’Homère
(Simpson…pardon je me reprends tout de suite…) mais les
sources d’Ovide proviennent d’abord d’un Grec,
Parthénios
de Nicée, ensuite de son ami Aemilius Macer (l’un
et l’autre empruntant abondamment à Nicandre
de Colophon). Mais ce ne fut que des sources, pas des
modèles.
Les Métamorphoses
sont une sorte de musée imaginaire de la mythologie, plus de 250
légendes y figurent. En tout ce sont plus de 15
livres (de plus de 1200 vers chacun).
Ovide a
rassemblé les légendes et les faits s’étendent du chaos
originel au règne d’Auguste. Ces légendes concernent la
plupart du temps des métamorphoses d’hommes en animaux, végétaux,
minéraux, astres…
Ainsi l’on
trouve des personnages comme Deucalion,
Pyrrha, Narcisse,
Persée, Jason
et Médée,
Circé, Dédale et Icare, Enée, Romulus, Numa,
César…
Ovide nous décrit
toujours les transformations de manière lente et précise, il
ne fait pas que constater la métamorphose, il nous la fait
vivre.
Les Métamorphoses
obéissent à un ordre chronologique et géographique. Le
livre I
mérite d’être mentionné car il est étrangement proche de
la Genèse biblique (Création-crime-Déluge-Deucalion et Pyrrha
seul couple humain survivant-humanité nouvelle). Lorsque Ovide
dut quitter précipitamment Rome en l’an 8,
les Métamorphoses étaient terminées, mais ce n’était pas
le cas des Fastes…
Les
Fastes
Ce devait être
un commentaire poétique du calendrier religieux romain, elles
ne furent pas achevées.
En effet, une
dizaine d’années après la publication de l’Art
d’aimer, Auguste semble découvrir que ce poème est
profondément immoral et décide d’exiler
le poète. Ce prétexte semble cacher un motif sur lequel
les débats sont vifs, il semble que ce soit politique ou
religieux (Ovide dira qu’il a vu quelque chose qu’il ne
devait pas voir, mais il ne dit jamais ce que c’était, peut-être
dans l’espoir de pouvoir rentrer un jour ?). En exil, la poésie
d’Ovide s’intériorise. Il écrit les Tristia
et les Epistulae
ex Ponto qui s’adressent à Auguste, à
la femme du poète, à ses amis et dans lesquelles il laisse
libre cours à ses plaintes d’exilé. On a aussi un
Contre
ibis dans lequel Ovide déverse sa haine
sur un ancien ami qui avait essayé de s’emparer de sa fortune
après son exil.
Au
Moyen Age, Ovide fut particulièrement mis en avant, on imite
son style et on emprunte largement à sa mythologie. Ainsi
Dante,
Marie de France, Chaucer, Boccace, Chrétien
de Troyes et les auteurs du Roman de la rose
lui empruntèrent bien des thèmes.