Otton II avait 18 ans à la mort de son père et ne
risquait pas de connaître les ennuis des souverains qui avaient
arraché leur élection aux princes. L’Empire paraît alors calme,
sauf peut-être en Italie. Mais c’est dans sa famille que Otton
rencontra des problèmes. Il se heurte d’abord à
Henri le Querelleur,
son cousin, qu’il mettra cinq ans à faire entrer dans le rang.
Le Querelleur
avait espéré ajouter la Souabe à la Bavière, lors de la mort de
son beau-frère Burckhardt;
mais Othon Il le prévint, afin d'empêcher un accroissement de la
Bavière qui, augmentée de la Souabe, eût dominé toute
l'Allemagne du sud. Depuis longtemps, les ducs de Bavière
jouissaient, dans leur domaine, d'une grande puissance
politique, par le fait, entre autres, qu'ils disposaient des
évêchés du sud de l'Allemagne en faveur des membres de leur
famille. En fait, la Bavière imposait sa suzeraineté à une
grande partie de l'Autriche actuelle et au sud jusqu'à la mer
Adriatique et au lac de Garde.
Allié à la Bohême et à la Pologne, Henri se souleva donc contre
son impérial cousin, mais il fut
vaincu, déposé et banni. Othon mit fin à la situation
privilégiée de la Bavière; il en sépara la Marche de l'Est qu'il
donna à Luitpold de Babenberg
telle fut l'origine du règne des Babenberg en Autriche; ils
devaient s'y maintenir 270 ans. Dans le sud, l'empereur institua
le nouveau duché de Carinthie qui comprenait les anciennes
marches de Carniole, de Vérone et d'Istrie. A la même époque,
l'évêché de Prague fut établi et placé sous la dépendance de
l'archevêché de Mayence, alors que, jusque là, la Bohême
relevait de l'évêché de Ratisbonne. Ainsi la Bavière perdit
également toute autorité religieuse sur la Bohême. En revanche
les ducs Boleslav en Bohême
et Mieszko en Pologne
conservèrent toute leur indépendance.
Cependant,
des troubles éclatèrent en Lorraine. Le roi de France,
Lothaire,
à la fois cousin germain et beau-frère d'Othon II,
espérait
tirer parti d'une situation confuse et pénétra dans le duché de
Lorraine en révolte.
Après une incursion jusqu’à Aix-la-Chapelle, d’où l’empereur
s’enfuit au tout dernier moment, Lothaire se replia en France.
Otton se reprit et, à la tête d’une armée puissante, menaça de
prendre Paris (défendu par Hugues Capet). Deux ans plus tard, en
980, les deux souverains se réconcilièrent. Les revendications
sur la Lotharingie cessèrent momentanément.
Puis, Othon
Il dut se rendre en Italie, afin d'y exercer ses fonctions de «
patricius romanorum ». Les rivalités de partis avaient, en
effet, repris de plus belle depuis la mort d'Othon Ier, et,
cette fois, c'était la famille issue de Théodora la jeune, les
Creszenzi, qui réclamait le
pouvoir et qui déshonorait l'Eglise par ses intrigues et ses
violences. En 980, accompagné de Théophanie, Othon parut pour
rétablir l'ordre. Rome se soumit et le pape
Benoît VII, qui avait dû
se retirer, fut rétabli dans sa dignité. Mais Othon poursuivait
des buts plus vastes; il voulait s'assurer la domination sur
toute l'Italie et ne pouvait plus tolérer, en Sicile, la
présence des Sarrasins qui s'y étaient installés et, depuis
quelques années, faisaient des incursions victorieuses dans la
péninsule. Il put s'emparer de Tarente, mais l'armée allemande
fut battue en Calabre par les Sarrasins.
Terrible défaite au cap Colonne, mais qui n’entame pas gravement
l’autorité de l’empereur.
Othon
dut prendre la fuite et atteindre à la nage le bateau qui lui
donna refuge. Les Grecs avaient lié partie avec les Sarrasins.
Ils remirent la main sur les Pouilles et la Calabre. Les
Slaves en profitent pour attaquer les forteresses de l’Elbe.
En
983,
son fils de 3 ans est élu et part se faire couronner,
trois semaines plus tard, le 25 décembre, son fils est sacré,
mais son père mourra avant cette date.
Othon II
s'occupa de pourvoir une fois de plus le trône pontifical et
travailla sans relâche aux préparatifs d'une nouvelle campagne.
Mais au moment où il allait partir pour le sud de l'Italie, à la
tête d'une armée, la mort le surprit (983)
- Il n'avait que vingt-huit ans. Son corps fut déposé dans un
sarcophage romain et enfoui sous le porche de l'église
Saint-Pierre. Ses contemporains ont célébré son savoir et sa
piété. S'il n'a pas égalé Othon Ier par le talent, du moins
s'est-il efforcé de gouverner l'empire conformément à ses idées.
Sa mort précoce fut, pour le jeune empire, une grave épreuve.
Dès lors, l'oeuvre d'Othon Ier parut
mise en question. Le Nord, pas plus que le Sud, n'étaient
sûrs et l'héritier du trône n'était qu'un enfant. Le premier qui
se révolta fut Henri le
Querelleur, revenu d'exil. Il sut s'emparer de
l'enfant royal et exigea qu'on lui confiât la régence; puis,
chercha à prendre la couronne. Toute l'Allemagne s'agita, et
même la France, dont l'ambitieux roi
Lothaire jeta de nouveau
les regards sur la Lorraine. Mais, en définitive, le jeune Othon
conserva la couronne, grâce à la fidélité de la plupart des
vassaux, des évêques notamment. L'édifice construit par Othon le
Grand prouvait combien il était solide.