L'OR NAZI

Découvrir plus en détails quelle fut l'exploitation des opérations sur l'or dont profitèrent les nazis. Comment les troupes allemandes s'emparèrent des réserves d'or de certaines nations, quel fut le transit qu'emprunta l'or ainsi dérobés, quel fut son "destin". Précisons d'emblée que l'ouvrage de Werner Rings L'or des nazis. La Suisse, un relais discret. utilisé pour la première partie de ce dossier est l'oeuvre d'un journaliste parfois plus préoccupé de succès de librairie que d'exactitude historique. Il n'en reste pas moins que l'ouvrage éclaire sur de nombreux points, nous reviendrons sur les passages que Rings a traité un peu rapidement ou en ne faisant pas appel à l'ensemble des documents à disposition (ou parfois en les interprétant faussement).

 

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 Le transit de l'or allemand par la Suisse

 

Il y avait tout de même à Berne des hommes qui voyaient les choses avec justesse. Ils ne résidaient pas dans le bâtiment de la Banque nationale, mais dans les départements du gouvernement. Un document par exemple en fournit la preuve: c’est une recommandation adressée en mai 1940 au président de la Confédération Marcel Pilet-Golaz par le Département de l’économie publique qui suggère de lier un crédit à l’Allemagne (au sujet duquel on débattait à ce moment-là), si on ne parvenait pas à éviter d’y consentir, à des conditions constituant un obstacle radical pour l’Allemagne, comme par exemple, «un dépôt d’or». Une telle suggestion présuppose que les réserves d’or de la Reichsbank aient été correctement évaluées.

La Banque nationale n’était probablement pas au courant. Elle avait l’habitude d’agir seule et de faire usage de l’autonomie qui lui était accordée. Comme on pouvait s’y attendre, elle faisait ses affaires de façon routinière et avec sa précision coutumière sans tenir compte de facteurs politiques qui, aux yeux de la direction, ne la concernaient pas. Pour cette raison, elle du endurer plus tard le reproche du gouvernement fédéral de n’avoir pas, des années durant, tenu les autorités politiques suffisamment au courant de son commerce d’or avec l’Allemagne. Pour la Suisse, pour son gouvernement et pour la Banque nationale, la situation changea quand les banques centrales étrangères commencèrent à se demander s’il était opportun et défendable d’accepter de la Reichsbank de l’or à l’origine pour le moins douteuse. N’était-ce pas risqué d’acheter de l’or prétendument allemand qu’on risquait, le cas échéant, de devoir rendre après la guerre à ses légitimes propriétaires? Un tel risque était-il payant? Une politique qui risquait d’aboutir à de lourdes pertes était-elle défendable à long terme? De telles inquiétudes gagnèrent du poids au fil du temps et conduisirent finalement à une situation où l’or «allemand» ne trouvait plus preneur.

Plus l’enjeu montait pour l’Espagne et le Portugal, par exemple, moins on était disposé à accepter l’or allemand. Le seul tungstène si convoité par toutes les nations en guerre, subit en quinze mois une hausse de 1700%, et les risques commerciaux augmentaient en même temps que ces prix exorbitants, pas seulement les revenus.

Il en résulta que sans concertation ni ordres donnés, le commerce d’or avec l’Allemagne fut bientôt bloqué. D’invisibles obstacles se dressaient qui faisaient barrage au fleuve d’or, l’endiguaient et menaçaient de l’interrompre. Cela a été confirmé ultérieurement par les Allemands, que ce développement mettait sérieusement en difficulté. Walther Funk, président de la Reichsbank, a utilisé à ce propos l’expression «d’embargo sur l’or» quand il a dû constater que la plupart des pays susceptibles de livrer des matières premières à l’Allemagne ne voulurent plus accepter d’or en paiement durant les années 1942-1943. La Suisse, déclara-t-il, était le seul pays où «d’importantes quantités d’or pouvaient encore être changées en devises», rendant les affaires possibles.

Ce miracle qui se produisit justement dans un petit Etat alpin qu’on méprisait dans le Reich plus qu’on n’avait de sympathie pour lui, avait été possible grâce à l’intervention de la Banque nationale suisse au moment où l’Allemagne se trouvait dans une situation critique.

Fin octobre 1942, le vice-président Paul Rossy rentrait d’un voyage d’affaires de quinze jours à Madrid et à Lisbonne. Dans les journées qui suivirent, il rédigea à l’intention de ses deux collègues directeurs un rapport confidentiel de trois pages au sujet de ses entretiens et négociations avec le secrétaire général de la Banco de Portugal, Albin Cabral Pessoa, ainsi qu’avec le vice-directeur de l’Instituto espanol de moneda extranjera, Vila Carriz. Au point 5, il note que le Portugal n’accepte plus d’or de la Reichsbank en paiement — «en partie pour des raisons politiques, sans doute aussi par prudence juridique», comme il l’écrit. Et il ajoute: «De telles objections tombent si l’or passe par nos mains. Nous devrions y réfléchir.»

Cette idée de Rossy implique peut-être une bonne affaire pour sa banque, à coup sûr pour ces messieurs de la Reichsbank une solution inattendue et élégante de leur problème. Ils se tiraient d’affaire à bon compte si l’or allemand indésirable se changeait, en passant par Berne, en or suisse très recherché ou en francs suisses acceptés partout et à la valeur stable.

Rien ne s’opposait à de telles affaires. On pouvait même à la rigueur les mettre en train discrètement, sans arrangements particuliers. On a dû constater avec satisfaction à Berlin que les importations allemandes de tungstène portugais étaient ainsi assurées jusqu’à nouvel avis. De fait, le Reich allemand jusqu’en 1944 pu importer de la presqu’île ibérique 63% du tungstène dont il avait besoin, en grande partie grâce à ses transactions d’or avec la Suisse.

Pour la Suisse aussi, cet événement était d’une importance considérable. Discrètement et sans bruit, elle avait accédé définitivement à un quasi-monopole du marché de l’or européen si important sur le plan stratégique.

Et il s’ensuivit simultanément qu’un facteur important des difficiles relations entre la Suisse et le Troisième Reich, le déséquilibre de la puissance politique, fut sensiblement modifié au profit du petit Etat.

     

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Bibliographie

W.Rings, L'or des nazis. La Suisse, un relais discret Payot Lausanne (1985)

 

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