L'OR NAZI

Découvrir plus en détails quelle fut l'exploitation des opérations sur l'or dont profitèrent les nazis. Comment les troupes allemandes s'emparèrent des réserves d'or de certaines nations, quel fut le transit qu'emprunta l'or ainsi dérobés, quel fut son "destin". Précisons d'emblée que l'ouvrage de Werner Rings L'or des nazis. La Suisse, un relais discret. utilisé pour la première partie de ce dossier est l'oeuvre d'un journaliste parfois plus préoccupé de succès de librairie que d'exactitude historique. Il n'en reste pas moins que l'ouvrage éclaire sur de nombreux points, nous reviendrons sur les passages que Rings a traité un peu rapidement ou en ne faisant pas appel à l'ensemble des documents à disposition (ou parfois en les interprétant faussement).

 

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 La plaque tournante

 

La Banque nationale fit office de plaque tournante de deux manières distinctes.

De manière active en achetant et en vendant de l’or au titre de «banque des banques» à un cours fixé pour des années, afin de remplir les tâches de régulation monétaire et des prix qui lui étaient dévolues.

De manière passive en fonctionnant comme centre collecteur et simple gérant de dépôts d’or faits auprès d’elle par des banques centrales étrangères et par une banque internationale. Les dépôts des banques étrangères se situaient dans une des chambres fortes souterraines situées au-dessous du bâtiment de la Banque nationale au centre de Berne, la capitale fédérale, près du Palais fédéral, inaccessibles pour des tiers.

Quand la guerre éclate, quatre banques centrales ont déjà un dépôt ici: l’italienne depuis 1936, les roumaine, yougoslave et hongroise depuis 1938, une année d’insécurité et de crise survenue à la suite de l’«Anschluss» de l’Autriche. Tous les autres dépôts, quatorze en tout, ne furent constitués que pendant la guerre.

Le 8 mai 1940, comme nous l’avons déjà dit, la Reichsbank allemande fait ouvrir un dépôt en son nom à Berne. Dans le courant de l’année 1941, l’extension de la guerre à l’Union soviétique et la suprématie permanente des armes allemandes ayant éveillé dans certaines capitales de nouveaux espoirs et de nouvelles craintes, cinq autres pays s’y joignirent: les Pays-Bas et la Suède en janvier, le régime de Vichy, la Slovaquie et le Portugal en juin. En mars 1942 et en mai 1944 finalement, l’Espagne et la Croatie constituèrent des dépôts d’or. Un dépôt plus ancien appartenait à la Banque des Règlements Internationaux dont le siège central était toujours à Bâle.

Les chambres fortes où était stocké cet or furent, on peut le dire sans exagération, le centre du plus important trafic d’or de la Seconde Guerre mondiale. Dans ces profondeurs discrètes, d’importantes opérations pouvaient se dérouler sans même que les lingots ou les pièces aient à quitter la pièce. On transférait l’or d’un dépôt dans un autre, et les livraisons de matières premières d’un lointain pays à un autre pays lointain étaient payées. Si l’on ne considère que trois des quatorze dépôts (ceux de l’Allemagne, du Portugal et de la Suède), de l’or pour plus de 1,9 milliard de francs suisses de l’époque a transité entre eux durant la guerre selon les estimations de Werner Rings.

Qu’on se représente l’endroit: un rectangle allongé de 120 mètres carrés environ, plutôt bien éclairé pour les normes de l’époque. Au centre, dans l’axe longitudinal et le long des parois, des alignements d’armoires d’acier fermées par des grillages de fil d’acier qui leur donnaient l’air de cages. A travers les grillages, on pouvait parfaitement voir les lingots stockés.

94 armoires en numérotation continue. Des armoires? Elles ressemblaient plutôt à des bibliothèques aux rayons en acier protégés par du treillis. Leur profondeur n’était que de 20 à 25 centimètres, la largeur d’un livre. Elles allaient jusqu’au plafond.

La quantité d’or qu’il était possible de stocker dans cette pièce relativement petite, et la valeur que cela pouvait représenter, dépasse l’imagination la plus fertile: 5 rayons par armoire, 84 lingots sur chaque rayon, empilés les uns à côté des autres, cela faisait en tout de la place pour plus de 39 000 lingots de 12 kilos et demi chacun, soit 487 000 kilos d’or d’une valeur de près de 2,4 milliards de francs suisses. Malgré cela, il restait encore de la place dans ces armoires pour caser les anodins petits sacs qui contenaient d’ordinaire mille pièces d’or chacun.

Les portes des armoires étaient munies de cadenas et plombées. Les plombs portaient le poinçon «Revision». Chaque porte était munie d’une étiquette qui mentionnait des informations utiles: l’abréviation du nom de la banque centrale propriétaire du dépôt, la nationalité de la banque ainsi que le nombre des lingots casés dans l’armoire. Enfin les numéros des listes des lingots conservés dans une autre pièce. Les listes portaient le numéro du poinçon de chaque lingot.

Cette installation permettait un camouflage supplémentaire qu’on ne pouvait qu’apprécier à Berlin. Le procédé était très simple. Seule une partie infime du 1,7 milliard d’or livré en Suisse par les Allemands fut achetée directement par la Banque nationale. Le reste passait par le dépôt de la Reichsbank dans la chambre forte bernoise qui vient d’être décrite.

C’est par là que la plupart des envois d’or en provenance de Berlin entraient pour être déposés, sur ordre de Berlin, dans d’autres casiers ou, ce qui arrivait aussi, servir immédiatement de paiement d’importations allemandes.

Et c’est là aussi qu’étaient prises en charge les quantités considérables d’or que la Banque nationale achetait à la Reichsbank et qu’il suffisait de transférer dans ses propres armoires tout à côté.

Cette méthode qui découlait tout naturellement de la disposition des lieux avait le double avantage pour Berlin que d’importantes transactions portant sur l’or livré par l’Allemagne pouvaient se dérouler en toute tranquillité à Berne et que le mouvement de l’or dans la chambre forte n’apparaissait pratiquement pas à l’extérieur.

La Suisse par contre devait subir un inconvénient qui allait lui créer quelques ennuis après la guerre. Les Alliés allaient immanquablement la soupçonner d’avoir fait bien plus d’affaires portant sur l’or avec le Troisième Reich qu’elle n’en avait fait en réalité. On ne pouvait s’expliquer autrement, à Londres et à Washington, les transports d’or réguliers qui des années durant ont eu lieu à intervalles particulièrement courts entre Berlin et Berne, et qu’on ne pouvait évidemment tenir secrets.

Tout cela ne fut possible en réalité que parce que le dépôt d’or bernois de la Reichsbank allemande, le plus important de tous, reçut et transmit des milliers de lingots pendant la guerre. 24 460 lingots pour être précis.

De l’or pour plus de 400 millions de francs suisses quitta ce dépôt pour gagner ceux du Portugal, de la Suède et de la Roumanie. La Banque nationale suisse, le meilleur client de la Reichsbank allemande, a acheté et reçu pour son propre compte pour plus de 1,2 milliards de francs suisses d’or de ce dépôt.

     

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Bibliographie

W.Rings, L'or des nazis. La Suisse, un relais discret Payot Lausanne (1985)

 

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