L'OR NAZI

Découvrir plus en détails quelle fut l'exploitation des opérations sur l'or dont profitèrent les nazis. Comment les troupes allemandes s'emparèrent des réserves d'or de certaines nations, quel fut le transit qu'emprunta l'or ainsi dérobés, quel fut son "destin". Précisons d'emblée que l'ouvrage de Werner Rings L'or des nazis. La Suisse, un relais discret. utilisé pour la première partie de ce dossier est l'oeuvre d'un journaliste parfois plus préoccupé de succès de librairie que d'exactitude historique. Il n'en reste pas moins que l'ouvrage éclaire sur de nombreux points, nous reviendrons sur les passages que Rings a traité un peu rapidement ou en ne faisant pas appel à l'ensemble des documents à disposition (ou parfois en les interprétant faussement).

 

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 Le problème de la neutralité selon le rapport Bergier

 

La neutralité constitue le deuxième pilier de la justification de la BNS. Si nous traitons ici de l’utilisation historique de cet argument, il faut souligner que son aspect spécifiquement juridique est exclu. Il fera l’objet d’une consultation juridique sur l’ensemble de ce problème. Nous n’analysons ici que la manière dont le concept de neutralité fut intégré dans le mécanisme de justification de la Banque nationale suisse.

Lorsqu’en 1946, les dirigeants de la BNS se prononcèrent sur la question de l’or acquis au cours de la guerre, ils soulignèrent avoir toujours eu le souci d’adopter «une attitude absolument neutre»: Par conséquent l’attitude: 

"consistant à traiter forcément de la même manière les deux parties belligérantes ne lui laissait tout simplement pas d’autre choix que d’accepter l’or offert par les deux parties en guerre. Il eut été impensable d’accepter de l’or, et en plus de l’or bloqué, de la part des Alliés et de refuser l’or que l’Allemagne livrait à la Banque nationale et dont cette dernière pouvait disposer librement."

Cette manière de présenter les choses ne reflète guère la réalité. Elle oublie le fait que, dès le milieu de 1943, on avait largement débattu la question de savoir si la Suisse, pays neutre, pouvait se permettre de refuser l’or provenant d’Allemagne; et qu’on en avait discuté avec l’administration fédérale, déterminée à soutenir l’attitude de la BNS. A ce moment déjà, on avait reconnu l’importance de la neutralité en tant que justification: 

"Nous pouvons défendre en toute bonne foi la position selon laquelle nous trahirions notre neutralité en n’acceptant d’or que d’un seul groupe d’Etats". 

Bachmann lui-même avait alors objecté que même si les autorités monétaires étaient tenues par la loi d’acheter de l’or, «cela ne signifiait pas pour autant pour le pays concerné ou la banque d’émission en question une obligation internationale d’acheter de l’or»; et que, d’ailleurs, il existait des précédents qui pourraient justifier un refus de nouveaux achats d’or. Aussitôt après la guerre, Eberhard Reinhardt, le directeur de l’administration fédérale des finances, en convint lui aussi:

«En eux-mêmes, la neutralité et le mécanisme de l’or n’obligent certainement aucun institut d’émission à accepter de l’or d’un côté comme de l’autre s’il doit craindre que cet or a été volé et qu’il pourrait un jour devoir être restitué.»

La Banque nationale ne voulut toutefois pas «s’aventurer ici sur le terrain glissant de la politique» et se prononça délibérément contre toute mesure de défense: «Nous aurions certes les moyens de tenir les opérations d’or indésirables à distance[...]», mais il «serait dangereux de vouloir prendre des mesures de défense en matière d’or».

Il y a une raison supplémentaire pour n’être pas convaincu par les propos de la BNS en 1946. L’institut d’émission ne s’était-il pas refusé, à peine deux ans auparavant, à lier les achats d’or allemand à des «considérations politiques». Vu sous cet angle, cet argument sous sa forme présentée en 1946 est peu crédible. Il s’y ajoute l’exemple de la Suède, qui avait renoncé dès août 1944 à acheter de l’or à l’Allemagne. La Suède se déclara disposée à respecter les recommandations alliées de Bretton Woods; à la fin du mois d’octobre 1944, elle interdit officiellement les importations d’or, tout en renforçant la réglementation sur les devises. La direction générale de la BNS le savait et en discuta. Le rapport transmis au Conseil fédéral en mai 1946 n’en fait pas la moindre mention.

L’argument d’une obligation de neutralité, utilisé par la BNS pour justifier ses achats d’or à l’Allemagne, se révéla déjà inconsistant en 1943. La BNS n’en démordit pas, même après 1945; elle s’obstina dans ses efforts pour défendre envers et contre tout la politique qu’elle avait menée pendant la guerre.

     

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Bibliographie

Rapport Bergier, 2002.

 

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