L'OR NAZI

Découvrir plus en détails quelle fut l'exploitation des opérations sur l'or dont profitèrent les nazis. Comment les troupes allemandes s'emparèrent des réserves d'or de certaines nations, quel fut le transit qu'emprunta l'or ainsi dérobés, quel fut son "destin". Précisons d'emblée que l'ouvrage de Werner Rings L'or des nazis. La Suisse, un relais discret. utilisé pour la première partie de ce dossier est l'oeuvre d'un journaliste parfois plus préoccupé de succès de librairie que d'exactitude historique. Il n'en reste pas moins que l'ouvrage éclaire sur de nombreux points, nous reviendrons sur les passages que Rings a traité un peu rapidement ou en ne faisant pas appel à l'ensemble des documents à disposition (ou parfois en les interprétant faussement).

 

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 Le problème de la neutralité selon M.Fior

 

Il convient d’intégrer les achats d’or dans le contexte beaucoup plus large de la neutralité, composante essentielle du comportement des autorités monétaires et, en dernier ressort, du Conseil fédéral.

Les Conventions V et XIII de la Haye (1907) constituent la base du droit de la neutralité. Cette réglementation reste peu contraignante en matière de neutralité économique. L’article 9 prévoit uniquement que «toutes mesures restrictives ou prohibitives prises par une Puissance neutre à l’égard des matières visées par les articles 7 et 8  devront être uniformément appliquées par elle aux belligérants.» Le droit positif international n’oblige donc pas une puissance neutre à équilibrer son aide financière, mais uniquement à ne pas appliquer une restriction de manière unilatérale. En d’autres termes, la BNS ne pouvait cesser ses remises de francs suisses à l’Allemagne si elle continuait d’en délivrer aux Alliés; une telle démarche eût constitué une violation aux Conventions de La Haye.

Une suppression des remises de francs suisses à tous les belligérants n’est jamais entrée en considération pour la BNS. Elle aurait provoqué l’effondrement des exportations vers les USA, engendrant ainsi une hausse du chômage en Suisse; nombreuses étaient en effet les entreprises — surtout horlogères — à exporter vers les Etats-Unis. Une telle mesure aurait certainement affecté les exportations hors clearing vers l’Allemagne et, en outre, rendu plus difficiles encore les négociations commerciales avec cette dernière. L’approvisionnement en charbon, par exemple, aurait pu être sérieusement compromis. Enfin, une suppression des remises de francs aurait également empêché les paiements de frais diplomatiques et d’espionnage, les dépenses humanitaires et certains paiements d’intérêts.

Eu égard, cependant, à la nature de l’or livré par la Reichsbank, aurait-il été possible de satisfaire les besoins économiques et de respecter les principes de la neutralité sans acquisition d’or?

On pourrait en effet penser, a priori, qu’une telle solution «de rechange» aurait pu être envisagée. Il se serait agi, en d’autres termes, de transformer les reprises d’or à l’Allemagne en un crédit sans garantie, ou avec garantie en Reichsmark. Cette solution, qui semble respecter la neutralité, les contraintes économiques, en évitant les risques inhérents à l’or suspect, aurait cependant entraîné deux conséquences. Privée de son unique source d’or «libre», la Suisse se serait vue dans l’obligation de réduire ses importations, mettant en danger l’approvisionnement du pays (notamment en produits pétroliers). En outre, par manque d’or, la BNS se serait trouvée dans l’impossibilité de convertir en or les francs suisses que le Portugal, l’Espagne et la Roumanie, lui présentent. Ces francs sont précisément ceux que l’Allemagne se procure en Suisse et dépense auprès de pays qui refusent l’or «allemand». Dans ce cas, l’arme dissuasive n’aurait plus fonctionné face à Berlin, le franc suisse — en devenant inconvertible — aurait perdu son caractère de moyen de paiement international.

Cette possibilité — théorique — n’a pas été mise en application, certainement en raison des conséquences qu’elle aurait entraînées. Il est probable, au vu des circonstances, qu’elle n’ait pas même été réellement pensée. Même si la question doit encore être approfondie, il apparaît dans l’état actuel de la recherche que la marge de manoeuvre de la BNS, compte tenu des circonstances, paraissait ténue; d’où l’évacuation par les Directeurs des soupçons relatifs à l’origine du métal.

     

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Bibliographie

Par Michel Fior, in L'or de la Reichsbank, Cahier de l'Institut d'Histoire, Université de Neuchâtel, 1997.

 

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