L'OR NAZI

Découvrir plus en détails quelle fut l'exploitation des opérations sur l'or dont profitèrent les nazis. Comment les troupes allemandes s'emparèrent des réserves d'or de certaines nations, quel fut le transit qu'emprunta l'or ainsi dérobés, quel fut son "destin". Précisons d'emblée que l'ouvrage de Werner Rings L'or des nazis. La Suisse, un relais discret. utilisé pour la première partie de ce dossier est l'oeuvre d'un journaliste parfois plus préoccupé de succès de librairie que d'exactitude historique. Il n'en reste pas moins que l'ouvrage éclaire sur de nombreux points, nous reviendrons sur les passages que Rings a traité un peu rapidement ou en ne faisant pas appel à l'ensemble des documents à disposition (ou parfois en les interprétant faussement).

 

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 L'exode de l'or européen

 
 

Les banques centrales européennes avaient mis en sécurité la plus grande part de leurs réserves d’or bien avant le début de la guerre. Les coffres étaient vides ou ne contenaient plus que le minimum de lingots et de pièces nécessaires aux transactions courantes. Dans son «Rapport annuel 1941 », la Banque des Règlements Internationaux de Bâle (BRI), qui dispose apparemment d’un excellent réseau de renseignements, dévoile les dimensions qu’a prises l’exode de l’or.

Durant la seule année 1940, plus de 21 milliards de francs suisses ont gagné les Etats-Unis sous forme d’or — vingt fois le trésor belge caché en Afrique! Plus de 13 milliards de cet or appartenaient à des banques centrales étrangères ou à des gouvernements.

Des choses invraisemblables arrivèrent: même durant les mois chauds de mai à juillet 1940, 9,3 milliards d’or prirent le chemin de Washington, durant les campagnes victorieuses des Allemands aux Pays-Bas, en Belgique, au Luxembourg et en France, qui toutefois laissèrent vides les caisses de la Reichsbank à Berlin.

Et sur ce marché européen relativement exsangue apparaissent soudain des dizaines de milliers de lingots prétendument allemands, qui, on pouvait s’en douter dans les milieux proches des banques centrales, n’existaient pas à Berlin au début de la guerre. Est-il imaginable que l’origine de ces lingots soit restée cachée à la Banque nationale suisse?

Cette question en contient une autre: était-il possible de camoufler si efficacement en or allemand l’or provenant du Trésor belge ? Est-il imaginable que même les spécialistes de renommée internationale s’y soient laissé prendre?                       

Examinons les dossiers diplomatiques de la Confédération aux Archives fédérales et les archives de la Banque nationale suisse.                        

Un tissu de contradictions! En septembre 1943, Ernst Weber, président de la Direction  genérale de la Banque nationale suisse, écrit qu’il n’est pas possible « de déterminer l’origine de l’or qui nous est livré». Et aussi: «Nous n’avons pas la moindre idée... ».

Le Département politique fédéral, en mai 1944, s’exprime dans le même sens, et une nouvelle fois en février 1945: il est difficile, voire impossible, de tirer au clair l’origine des lingots; les lingots prétendument refondus ne portent aucune marque d’origine.

Dans un écrit de la Banque nationale par contre, daté d’août 1944, il est question du «poinçon des lingots» qui semblerait montrer qu’il s’agit d’or provenant de réserves allemandes d’avant­guerre. Plus tard, en juin 1946, Alfred Hirs, directeur général de la Banque nationale, déclara finalement que l’or de la Reichsbank avait été livré avec de faux certificats.

Des contradictions? Certes, mais le raffinement du camouflage consistait précisément dans le trouble qu’il suscitait.

Des lingots sans poinçon ou au poinçon falsifié, des lingots sans certificat ou au certificat falsifié, des lingots portant des (faux) numéros d’avant-guerre, des lingots avec ou sans bulletin de livraison anciens collés qui portent à leur tour de fausses dates, tout cela s’est produit. Qui dès lors pouvait s’y reconnaître?

Et ce fin tissu d’un camouflage plein de contradictions internes était entre les mains, de surcroît, d’un homme qui s’y connaissait: Emil Puhl, vice-président de la Reichsbank, l’un des deux directeurs que Hitler avait laissés en fonction en janvier 1939. Puhl était un hôte assidu et apprécié de Berne et de Zurich. Et il ne manquait aucune occasion de conforter les directeurs de la Banque nationale dans leur tranquille pour ne pas dire naïve candeur, qu’un doute peut-être rongeait tout de même parfois. Il répétait souvent, et toujours sous une autre forme, le même discours.

En août 1944, il assura à ses collègues helvétiques que l’or de la Reichsbank provenait naturellement exclusivement d’anciennes réserves allemandes. En septembre de la même année, il déclara que la Reichsbank ne possédait pas d’or volé et n’en avait jamais cédé de tel à la Banque nationale. En décembre, il fit savoir «confidentiellement» au directeur général Alfred Hirs que «l’or reçu en son temps de la Belgique, respectivement de la France, avait été utilisé séparément» et que sa contre-valeur avait été mise à la disposition de la Banque nationale belge. «L’or belge est toujours à Berlin, intact», affirma-t-il en une autre occasion au président de la Banque nationale, Ernst Weber.

Puhl paraît avoir réussi à gagner pleinement la confiance de ses collègues suisses et à en tirer profit pour les intérêts allemands. Des années après la guerre encore, Weber et Hirs rappelaient volontiers qu’ils avaient eu des années durant de bonnes relations avec lui. Il leur était toujours apparu, déclarèrent-ils, sous les traits d’un homme convenable, digne de confiance, et qu’on ne juge pas capable de mentir. Manifestement, ces messieurs se sont fort bien entendus toutes ces années durant. Si bien que le président Weber aurait demandé un jour en plaisantant à Monsieur Puhl (c’est le vice-président Rossy qui dit l’avoir entendu): «Vous ne nous envoyez tout de même pas de l’or volé ?!»

Comment des hommes aussi considérés, en vue et hautement qualifiés que les directeurs de la Banque nationale suisse ont-ils pu se laisser mener en barque aussi facilement par Emil Puhl? Ont-ils succombé à son charme personnel ou à la force de persuasion de son apparence sérieuse? Y aurait-il eu des motifs politiques aussi?

     

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 Source

W.Rings, L'or des nazis. La Suisse, un relais discretPayot Lausanne (1985)

 

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