La décision
gouvernementale qui institua le contrôle
par la Banque nationale de toutes les importations et
exportations d’or et qui cherchait à saisir par la
racine l’ensemble des affaires pour qui la Suisse servait de
plaque tournante, cette décision fut certes utile, mais elle ne
parvint pas à influencer le mécanisme des transactions.
Une chose était
cependant possible désormais: on pouvait, si on le voulait, contrôler
assez précisément les quantités
d’or de la Reichsbank qui parvenaient en Suisse. Les
services chargés de la politique étrangère disposaient pour
cela de deux sources distinctes qui se complétaient: les statistiques
annuelles de la Direction générale des douanes qui
n’étaient pas publiées durant la guerre, ainsi que les compte
rendus de la Banque nationale sur les mouvements quotidiens de
l’or — des chiffres secs mais fascinants dont l'étude
de Werner Rings profite également.
Ajoutons
cependant d’emblée qu’aujourd’hui encore il faut des
recherches compliquées pour arriver à faire concorder les
indications provenant des diverses sources et établir ainsi
une vue d’ensemble cohérente. Tout particulièrement en ce
qui concerne l’or «pillé» néerlandais, s’y ajoutent
certaines découvertes de l’après-guerre.
Au fait: la
valeur de l’or importé d’Allemagne durant les années de
guerre est indiquée par 1 640 404
000 francs suisses
exactement dans les documents politiques mentionnés et par 1716,1
millions dans les statistiques confidentielles de
la Direction générale des douanes.
Durant la
première année de la guerre, il n’entre qu’un filet
d’or, mais ensuite le fleuve enfle vite. Entre 1940
et 1941 l’importation croît au centuple pour
atteindre 474,6 millions
de francs suisses en 1942, et le
sommet absolu de 589,1 millions
en 1943, année charnière de la
guerre. Durant l’année où les Alliés envahirent la
forteresse européenne, elle retombe rapidement pour se tarir
à 36,3 millions en 1945.
Que
disent les documents au sujet de l’origine de cet or?
Trop peu de chose. Mais en les complétant par des
informations de sources belge, allemande et française, on
obtient un tableau assez complet.
L’or
africain belge ne fut pas disponible à Berlin avant
la fin de l’année 1942. Expropriation, camouflage,
falsification prirent du temps. Les premières livraisons de
cet or n’arrivèrent à la Banque nationale qu’au début
de 1943; mais elles atteignirent rapidement, au
cours des années 1943-1944, une valeur de plus d’un
demi-milliard de francs suisses. Durant les premières années, maigres encore pour l’Allemagne,
Berlin est réduite à d’autres sources d’or. C’est le butin
des commandos de protection des devises qui est exploité.
Enfin, les lingots et les pièces de provenance hollandaise
permettent de combler la lacune.
Des
chiffres froids, certes, mais ils sont éloquents. Ils
montrent que deux tiers de l’or vendu à la Suisse
pendant la guerre avaient été illégalement acquis:
un tiers au détriment de chacune des banques centrales de
Belgique et des Pays-Bas, un milliard d’or en tout.