L'OR NAZI

Découvrir plus en détails quelle fut l'exploitation des opérations sur l'or dont profitèrent les nazis. Comment les troupes allemandes s'emparèrent des réserves d'or de certaines nations, quel fut le transit qu'emprunta l'or ainsi dérobés, quel fut son "destin". Précisons d'emblée que l'ouvrage de Werner Rings L'or des nazis. La Suisse, un relais discret. utilisé pour la première partie de ce dossier est l'oeuvre d'un journaliste parfois plus préoccupé de succès de librairie que d'exactitude historique. Il n'en reste pas moins que l'ouvrage éclaire sur de nombreux points, nous reviendrons sur les passages que Rings a traité un peu rapidement ou en ne faisant pas appel à l'ensemble des documents à disposition (ou parfois en les interprétant faussement).

 

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 Le rôle des autres Banques Centrales

 
 

Les lingots de la chambre forte internationale, comme on l’a dit, pesaient 12,5 kilos et devaient être déplacés à la main, 100 000 manipulations en tout, probablement. Il y avait assez d’occupations. Personne n’aurait eu l’idée d’en chercher d’autres.

Y en avait-il parmi ces lingots qui avaient été refondus? Une question sans intérêt, tant qu’elle n’était pas expressément posée. Et il s’en fallait de beaucoup qu’on en soit là. S’ajoute le fait que personne, hormis les initiés, ne pouvait se douter de la manière dont de l’or allemand se transformait ici en or suisse en quelques instants.

La Banque nationale a donc prélevé du dépôt de la Reichsbank pour 1,2 milliard de francs suisses d’or. Mais tout l’or ainsi acquis ne quittait pas la chambre forte internationale. Deux tiers furent transférés vers d’autres dépôts: plus d’un demi-milliard dans celui de la Banque centrale portugaise, le reste dans les armoires de la Suède, de la Roumanie et de l’Espagne.

Dans les comptes de la Banque nationale, cette procédure apparaît ainsi: la Banque nationale vend tant d’or à telle banque. Le passé et l’origine de cet or étaient effacés. Les banques centrales étrangères pouvaient le prouver en tout temps: elles avaient acquis de l’or suisse. Elles n’étaient pas tenues de savoir ce que, en réalité, elles pourraient bien avoir su: que la Reichsbank leur avait cédé déjà la moitié de l’or avant que, d’un coup de baguette magique, il devienne suisse et sans reproche; voilà du moins ce qui ressort des documents bernois. Elles étaient en tout cas débarrassées du risque que représentait l’or «allemand».

Comment les dirigeants, à Berne, voyaient-ils ces affaires?

Comment se justifiaient-elles à leurs yeux?

Des documents officiels de l’époque répondent avec une précision remarquable à ces questions. Dans un télégramme du Département fédéral des affaires étrangères à l’ambassade suisse de Washington on peut lire, en avril 1942:

«Si l’Allemagne vend de l’or à la Suisse, c’est parce qu’elle a besoin de francs suisses pour ses paiements à des pays tiers

Dans le même télégramme, on ajoute: 

«Nous achetons de l’or allemand et le vendons à des pays qui ont reçu de l’Allemagne des francs suisses ».

Dans une note interministérielle de février 1945, le rôle des dépôts d’or est défini de façon plus détaillée et précise:

«La plupart des banques étrangères entretiennent auprès de la Banque Nationale des dépôts d’or parfois considérables. Tel est le cas, par exemple, de l’Espagne, du Portugal, de la Suède, etc. Ces Pays, confiants dans la stabilité de nos institutions, se font verser en Suisse les montants d’or que l’Allemagne leur cède en contrepartie de leurs livraisons.»

Le diplomate suisse Robert Kohli, lié par ses fonctions aux transactions d’or, s’exprimera peu après la guerre de façon tout aussi claire au sujet de ces affaires triangulaires. Il cite les mots du vice-président de la Banque nationale, Rossy

«Au début les Alliés contestaient les transactions portant sur l’or faites par les banques privées. Par leur intermédiaire, l’Allemagne se procurait des escudos que pour des raisons politiques et sans doute par précaution juridique aussi la Banco de Portugal ne voulait pas leur céder directement. Dès que l’affaire se déroulait par l’intermédiaire d’une banque suisse, il n’y avait apparemment plus de réticences, bien que la Banco de Portugal su évidemment fort bien à qui étaient destinés les escudos. Les banques nationales de Suède et d’Espagne ont joué un jeu semblable ».

Une note de la Banque nationale au responsable de la politique étrangère suisse datée d’août 1944 montre quels intérêts pouvaient parfois être enjeu: «Une partie de l’or livré par l’Allemagne ne reste parfois que peu de temps auprès de la Banque nationale car les instituts d’émission des Etats du sud-ouest et du sud-est européen échangent en cas de besoin leurs francs en or et rapatrient souvent cet or ». Et cela ne désignait pas que les lingots que Berne envoyait de toute façon à Madrid et à Lisbonne.

Une note du Département des affaires étrangères datée de fin mai 1944 parle avec une sincérité surprenante de l’accord tacite apparemment naturel entre les banques centrales européennes. La note constate d’abord que les paiements allemands à la Suède s’effectuent généralement par de l’or à Berne «où les lingots sont poinçonnés à son chiffre. Il en est de même en ce qui concerne le Portugal.»

Puis on peut lire: "Evidemment, ces choses-là sont ignorées du public et c’est ainsi que la Suède n’est pas mentionnée dans les articles de presse... au nombre des acheteurs d’or volé ou pillé! La Suisse lui sert, en somme, de paravent et de sauvegarde. (Il va sans dire que ces renseignements sont de caractère absolument confidentiel)."

     

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 Source

W.Rings, L'or des nazis. La Suisse, un relais discretPayot Lausanne (1985)

 

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