L'OR NAZI

Découvrir plus en détails quelle fut l'exploitation des opérations sur l'or dont profitèrent les nazis. Comment les troupes allemandes s'emparèrent des réserves d'or de certaines nations, quel fut le transit qu'emprunta l'or ainsi dérobés, quel fut son "destin". Précisons d'emblée que l'ouvrage de Werner Rings L'or des nazis. La Suisse, un relais discret. utilisé pour la première partie de ce dossier est l'oeuvre d'un journaliste parfois plus préoccupé de succès de librairie que d'exactitude historique. Il n'en reste pas moins que l'ouvrage éclaire sur de nombreux points, nous reviendrons sur les passages que Rings a traité un peu rapidement ou en ne faisant pas appel à l'ensemble des documents à disposition (ou parfois en les interprétant faussement).

 

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 Ce que disent les archives jusqu'en 1943

 
 

Ce qui est remarquable, dans le contexte de cette découverte, c’est la discrétion des documents. 

Comment ses collègues ont-ils réagi au rapport de Rossy ? Pas un mot à ce sujet dans les conférences directoriales.

Quels arguments ont été échangés pour ou contre l’idée de Rossy ? Les procès-verbaux du Conseil et du Comité de banque ne disent mot à ce sujet.

Quelles décisions a-t-on finalement prises et comment ? Là non plus, aucune indication, pas une note, pas une syllabe.

Que s’est-il passé ? Quelles conclusions en tirer ? L’idée de Rossy engendre quelques énigmes.

Il est possible qu’elle ait rencontré l’assentiment de ses collègues mais qu’elle ait, dès le début et à jamais, été tenue à l’écart des rapports et documents de la banque.

Cela ne serait pas si inhabituel. La règle voulait qu’on se montre extrêmement retenu dans tout ce qui était écrit. Cela expliquerait qu’il n’y ait plus rien aujourd’hui à quoi se raccrocher pour se faire une idée de la manière dont les opinions se formaient dans le cercle étroit des trois hommes, le président et ses deux collègues, qui prenaient leurs décisions dans un étrange isolement.

Il leur appartenait en effet de confier ou non aux procès-verbaux de leurs sessions hebdomadaires ce qu’ils souhaitaient rendre public ou préféraient taire. Ce qui échappait à ce document échappait aussi aux dix membres du Comité de banque et aux quarante du Conseil de banque, sans parler de l’assemblée des actionnaires ou de l’opinion publique. Il est probable que cela n’a guère changé.

Y a-t-il une autre explication plausible à la discrétion des archives de la banque?

Dans son exposé, Rossy consacre en tout et pour tout six lignes sur plus de cent à son idée, une idée de prestidigitateur: transformer de l’or allemand en or suisse. Et ce petit alinéa lourd de poids politique se perd dans une foule d’informations techniques sans importance politique aucune. Ce que Rossy proposait à titre indicatif à ses collègues pouvait passer pour une affaire tout à fait ordinaire, «business as usual», une affaire comme n’importe quelle autre, qu’on fait sans en discuter. Pourquoi perdre du temps à noter ce qui va de soi? Business as usual. Cette expression lapidaire, mieux qu’aucune autre, caractérise l’activité de la Banque nationale suisse pendant la plus grande partie de la guerre. Et ce n’est certes pas un hasard si les autorités politiques non plus, des années durant, n’imaginent rien d’autre ni n’attendent rien d’autre d’elle, tant qu’aucune voix critique ne s’élève à l’étranger du côté des Alliés.

Ainsi, durant les trois premières années de la guerre, Hitler s’empare d’un pouvoir discrétionnaire sur la plus grande partie du continent européen, prend pied en Afrique même, sans que rien ne bouge, s’agissant de cette plaque tournante de l’or qu’est devenue la Suisse, jusqu’en été 1942, et ce ne sont alors que des messages assez rudes d’émetteurs anglais qui croient savoir qu’un marché actif s’est développé avec de «l’or illégalement acquis». Pendant ce temps, le transit de l’or par la Suisse, si fructueux pour l’Allemagne, ne fait que prendre son essor.

Au début de 1943, quand les Alliés se décident enfin à rédiger une déclaration commune qui ne comporte d’abord qu’un avertissement général tenu dans un langage juridique abscons où ne figure même pas le mot or, 756 millions de francs suisses d’or «allemand» ont déjà pris le chemin de la Suisse, parmi eux de l’or «pillé» belge pour une valeur de 411 millions de francs suisses.

Longtemps, à Berne, on ne perçut pas l’importance politique de ces transactions. Quand il est question de politique helvétique de l’or dans les documents conservés à la Banque nationale il s’agit presque exclusivement de questions monétaires et conjoncturelles. On ne s’inquiétait pas de répercussions en politique étrangère. Il n’est pas surprenant, dès lors, que ni les cartons des Archives fédérales ni ceux des archives de la Banque nationale ne contiennent jusqu’au début de 1943 aucun échange de courrier digne d’être mentionné et qui traiterait de cette problématique qu’annonçait pourtant, tel un orage qui s’approche l’écho d’un tonnerre lointain.

Les choses allaient changer.

     

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 Source

W.Rings, L'or des nazis. La Suisse, un relais discretPayot Lausanne (1985)

 

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