L'OR NAZI

Découvrir plus en détails quelle fut l'exploitation des opérations sur l'or dont profitèrent les nazis. Comment les troupes allemandes s'emparèrent des réserves d'or de certaines nations, quel fut le transit qu'emprunta l'or ainsi dérobés, quel fut son "destin". Précisons d'emblée que l'ouvrage de Werner Rings L'or des nazis. La Suisse, un relais discret. utilisé pour la première partie de ce dossier est l'oeuvre d'un journaliste parfois plus préoccupé de succès de librairie que d'exactitude historique. Il n'en reste pas moins que l'ouvrage éclaire sur de nombreux points, nous reviendrons sur les passages que Rings a traité un peu rapidement ou en ne faisant pas appel à l'ensemble des documents à disposition (ou parfois en les interprétant faussement).

 

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 Affaires et trafic

 
 

La fièvre d’or épidémique qui s’étendit par-delà toutes les frontières du continent européen, où qu’elle éclatât, mettait immanquablement en jeu la Suisse. Une note confidentielle de l’ambassadeur suisse à Bucarest, adressée le 12 octobre 1942 au Département fédéral des affaires étrangères montre bien ce qu’il faut entendre par là. A cette époque, les banques suisses avaient été priées par circulaire de restreindre les ventes d’or aux étrangers et de ne plus exporter d’or suisse. On espérait ainsi, à Berne, limiter les transactions à caractère spéculatif. Voilà à quoi faisait allusion l’ambassadeur à Bucarest. Le diplomate relatait que les mouvements d’or de la Suisse vers la Roumanie ne diminuaient pas, mais avaient pris au cours des derniers temps «de plus grandes proportions encore». Il faisait savoir qu’il s’agissait moins d’affaires privées que de discrètes transactions conduites principalement par des services diplomatiques étrangers.

«Ce sont surtout, dit-il, les ambassades turque, espagnole et italienne de Bucarest qui envoient presque chaque mois un de leurs employés de rang diplomatique en Suisse pour y acheter à chaque fois jusqu’à 100 000 francs d’or et l’amener ici. Actuellement par exemple, l’ambassadeur italien en Roumanie, Monsieur Renato Bova Scoppa, ainsi que l’attaché militaire turc séjournent en Suisse à cet effet.» 

"L’or acheté en Suisse en toute légalité est paraît-il transporté ensuite par les courriers italiens, allemands et finlandais, sous forme de fret aérien déclaré bagage diplomatique vers sa destination définitive. Il s’agirait de millions. "

Il est probable qu’une partie de l’or vendu d’abord par la Reichsbank à la Suisse a été récupérée par cet incessant travail de fourmi pour servir à d’obscures causes. La plaque tournante de ces opérations là était toujours la Suisse.

D’autres transactions incontrôlables fleurissaient qui rapportaient gros. On a découvert, par exemple, un trafic organisé de pièces d’or à destination de l’Italie, où les pièces acquises en Suisse étaient vendues au marché noir à des prix fort élevés contre des lires qui, toujours en contrebande, regagnaient la Suisse où, en vue de nouveaux achats de pièces d’or, elles étaient changées en francs suisses. Une partie des pièces d’or entrées illégalement en Italie servait aussi au paiement de produits de contrebande appréciés en Suisse, tels la soie italienne ou le riz.

D’autres affaires qui se présentaient sur le marché suisse des changes auraient été tout aussi lucratives, des affaires qui profitaient du besoin insatiable des Allemands en devises portugaises destinées à payer leurs importations de tungstène. On pouvait acquérir en Suisse des traites en dollars avec un escompte de 40%, on pouvait les vendre au Portugal avec un escompte de 32% seulement. Que ces traites puissent en outre être négociées contre des escudos rachetés très cher en Allemagne, voilà qui faisait le charme particulier de cette affaire.

A la fin, les autorités suisses durent se résoudre à entreprendre quelque chose contre cette situation chaotique. Elles le firent, elles intervinrent. Il s’agissait avant tout de soumettre à un certain contrôle les transactions portant sur l’or des quatre cents banques et sociétés financières suisses et étrangères. Ces banques et ces sociétés, qui agissaient sous la protection d’un secret bancaire strictement appliqué, disposaient au début de la guerre d’un capital global de plus de deux milliards de francs et portaient 20 milliards à leur bilan. Combien d’or y avait-il dans leurs coffres, combien en achetaient et en vendaient-elles? Il n’a pas été possible, et il reste impossible d’obtenir une vraie réponse à cette question. Et le contrôle instauré en décembre 1942 par le gouvernement fédéral n’y changea rien non plus, même s’il était bienvenu pour des raisons de politique monétaire. Tout mouvement d’or par-delà la frontière suisse nécessitait désormais une autorisation expresse de la Banque nationale.

Un des aspects de la situation au moins changea dès lors: les transactions internationales portant sur l’or laissaient une trace dans les comptes de la Banque nationale si elles passaient par la Suisse. Des traces qui nous intéressent aujourd’hui.

     

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 Source

W.Rings, L'or des nazis. La Suisse, un relais discretPayot Lausanne (1985)

 

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