Quelle est donc
l’histoire de la papesse Jeanne ? La voici telle quelle
fut relatée pendant des générations :
Vers 850,
un jeune moine fort érudit vint enseigner au monastère de St
Martin, où
St Augustin
avait lui-même professé. On surnomma ce jeune moine Jean
l’Anglais, à cause de ses origines britanniques.
Il fut surnommer « prince des savants » tant
sa culture impressionnait ses pairs. En 857, lorsque Léon
IV mourut, il ne fit aucun doute que le nouveau pape
devait être Jean ; il le devint sous le nom de Jean
VIII.
Les fidèles
l’admiraient mais n’avaient pour ainsi dire jamais
l’occasion de l’aduler, en effet le saint père ne sortait
pas de son palais. Pressé par les attentes de la foule il du
pourtant se résoudre à participer à la procession du jour de
l’Ascension.
C’est à dos de
mulet qu’il s’en alla saluer la nombreuse foule des fidèles.
Soudain le pape se mit à grimacer sur sa mule, puis il se
saisit le ventre et s’écroula de celle-ci. Les cardinaux se
précipitèrent pour le relever et…horreur, on découvrit un
nouveau-né entre les jambes du bon pape qui en fait n’était
autre qu’une papesse : la papesse
Jeanne ! Cette dernière ne survécut pas à
l’accouchement, ni son enfant (une fille) à la chute !
Heureusement car la foule humilié de la tromperie avait bien
l’intention de mettre la papesse à mort, mais "Dieu y
avait déjà pourvu" comme le dit alors un cardinal…
Pour corroborer cette
histoire force de détails nous sont donnés : D’abord on
dispose d’informations précises sur les origines de Jeanne :
elle serait né à Mayence et aurait pris l’habitude de se vêtir
en homme lors de voyage la menant en Grèce ; ayant remarqué
les avantages (au niveau culturel notamment) qu’elle pouvait
tirer de l’illusion, elle décida de conserver son aspect
masculin. On croit savoir aussi que l’enfant dont elle
accoucha si inopportunément était le fruit d’une liaison
avec Lambert de Saxe, ambassadeur à Rome. Pourtant toute
cette histoire n’est qu’une fable !!!
En effet, une fois de
plus, tout part d’une petite anecdote : Il fut dit du
pape Jean VIII (le vrai) qu’il était « une
papesse plutôt qu’un pape » parce qu’il avait
eu la faiblesse (faiblesse de femme) de reconnaître le
patriarche byzantin Photius qui avait été banni. Le
petit peuple fut amusé par la comparaison et surnomma désormais
Jean VIII la « papesse Jeanne »…
Des auteurs allaient
bientôt propager la fable (Pétrarque,
Boccace) et en faire une réalité
incontestable ; d’ailleurs sur la cathédrale de Sienne
figure le portait de la papesse sur un médaillon et le Grand
Inquisiteur Torquemada la
comptait parmi les plus grands pontifes ! Personne n’était
révolté qu’un pape pu être une femme car l’histoire était
relatée dans un flou artistique et ce n’est qu’avec les
railleries protestantes de la Réforme que les catholiques
firent des recherches et découvrirent la vérité !
De
l’histoire de la papesse Jeanne découle encore une croyance répandue
que nous avons déjà esquissée : la tradition selon
laquelle après l’élection du pape un chanoine se rend à
quatre pattes sous le trône pontifical s’assurer que le
nouveau pape est bien un homme grâce à un trou dans le trône
pratiqué…au bon endroit. C’est parce que l’Eglise
voulait éviter de compter parmi ses papes une nouvelle femme
que cette tradition fut instaurée. Or, nous avons vu que là
aussi la raison était bien différente de celle qu’évoquait
la fable…(voir
introduction).