C'est en partie par le nationalisme
argentin que la guerre qui opposa ces derniers aux
britanniques s'explique. Intransigeant sur l'appartenance d'un
territoire qu'ils qualifient d'«usurpé» par l'Angleterre (au
XIXe siècle). Ce sont les dictateurs militaires
argentins, motivés par le souci d'offrir à leur peuple ce
qui devait constituer une reconquête
facile que se fonde l'entrée en guerre; mais le calcul
des militaires argentins se révélera bien mauvais. Le
rapport des forces et surtout le caractère de la «Dame
de fer», Margaret
Thatcher, Premier ministre conservateur depuis 1979,
ne semble pas avoir été justement mesuré par la soldatesque
argentine.
Margaret
Thatcher,
dont l'autorité intérieure était quelque peu ébranlée par
de premiers résultats économiques médiocres et un taux de chômage
croissant, et qui, à l'extérieur, avait consenti trois ans
plus tôt à forcer la main aux colons blancs rhodésiens
malgré l'intransigeance de sa droite impérialiste, fit
preuve d'un nationalisme égal à celui
de ses adversaires. Et elle su consentir un effort
financier et naval inattendu par son ampleur et qui fut
d'autant plus coûteux que les Britanniques furent totalement
surpris par l'incursion argentine: lord Carrington,
secrétaire au Foreign Office,
paya de sa démission la mauvaise information de ses services.
La guerre se résuma en une occupation
très rapide de l'archipel par les Argentins, à partir du 2
avril 1982, et par une opération aéronavale
de reconquête qui s'acheva, le 15 juin,
avec la reddition de la garnison argentine de Port Stanley.
Les Britanniques bénéficièrent de nombreux soutiens
diplomatiques et stratégiques. Dès le 3 avril, le Conseil
de sécurité des Nations unies,
à l'écrasante majorité de dix voix contre une (Panama), les
puissances communistes et l'Espagne s'abstenant, avait donné
raison aux thèses anglaises et appelé à une négociation
après retrait des forces d'invasion. Une semaine plus tard,
la Communauté européenne
décrétait un embargo général
sur les ventes d'armes à l'Argentine et sur les importations
argentines dans la C.E.E. Et si les Argentins surent utiliser
parfois avec succès des missiles air-mer fournis auparavant
par la France, les Anglais purent déployer une flotte de
porte-engins et de croiseurs avec le total soutien des États-Unis.
Parmi les opérations les plus importantes, on relève, le 2
mai, la destruction du plus gros navire de bataille argentin,
le Belgrano,
coulé à la limite de la zone de guerre de 200 milles proclamée
par le Royaume-Uni pour isoler les Malouines.
Les opérations, auxquelles participa un
fils de la reine Élisabeth, le prince Andrew,
coûtèrent à l'Angleterre 255
morts et 777 blessés, des dépenses
de 700 à 900 millions de livres (les estimations divergent)
pour l'année budgétaire 1982-1983 et l'engagement d'en dépenser
au moins 600 millions chaque année suivante pour éviter le
retour d'un risque d'invasion. Cela pour
protéger une communauté de l'ordre de quatre mille habitants
à des milliers de kilomètres de la métropole.
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Un tel
effort s'explique par l'obstination même du Premier ministre
qui, malgré la nomination de Francis
Pym au Foreign Office, a personnellement supervisé
le déroulement des événements en s'appuyant sur une cellule
de crise constituée au 10, Downing
Street.
Il n'a pourtant été possible que par la vague
d'émotion populaire et le renouveau
nationaliste dans l'opinion: ils ont permis de faire
face aux critiques virulentes de l'opposition travailliste. La
victoire doit aussi quelque chose à la médiocre qualité de
l'équipement de l'infanterie argentine débarquée, à la vétusté
de la marine, seule l'aviation des agresseurs s'avérant
active et redoutable.
La guerre a restauré la souveraineté
britannique sur l'archipel, mais n'a pas mis fin à la
revendication des Argentins: ceux-ci ne désespèrent pas de
parvenir à obtenir par la négociation ce que les armes n'ont
pas su conquérir. Les conséquences du conflit furent considérables
pour les deux pays. En Argentine, la junte militaire a été
discréditée et, l'échec militaire ajoutant ses effets à
ceux de la crise économique et à l'horreur d'une dictature
sanguinaire, elle a été amenée à se retirer et à rendre
le pouvoir aux civils. La démocratie
restaurée, les responsables de l'opération ont été condamnés
par des tribunaux militaires.
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- Margaret
Thatcher auprès de soldats anglais blessés -
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L'«effet
Malouines»
La popularité de la Dame de fer
atteignit son zénith en Angleterre; elle est devenue un «sauveur»
et, par un effet de grossissement étonnant, elle paraît
avoir effacé des décennies de déclin impérial. Le Premier
ministre su fort habilement utiliser ce capital de popularité:
le 13 mai 1983, elle fit dissoudre le
Parlement; le 9 juin, les élections générales lui
valurent un triomphe, avec 397 sièges aux Communes au lieu de
339 quatre ans plus tôt. L'«affaire des Malouines» demeure un
thème de controverses en Grande-Bretagne. Une Commission spéciale
de conseillers privés (de la Reine), présidée par lord
Franks, avait certes, dès 1983, déchargé
Margaret Thatcher de toute responsabilité dans le déclenchement
du conflit, tout en relevant l'étonnante impréparation et la
désinformation de certains services après l'échec de négociations
anglo-argentines en 1981. Mais d'aucuns ont reproché au
Premier ministre, une fois la guerre commencée, une intransigeance
«coupable»: la destruction
du Belgrano a été assimilée par un député
travailliste à un acte délibéré commis hors des
eaux «protégées» pour rendre impossible toute négociation
(les Argentins ayant alors déploré 370 morts et
disparus). Aucune preuve n'a pu en être apportée.