SOMMAIRE - Histoire Contemporaine (depuis 1914...)

La périodisation de coutume en France fait commencer l'Histoire contemporaine avec la Révolution française du fait de ses conséquences internationales. Mais nous ne nous situerons pas dans cette tradition. Il est d'usage de dire que la période contemporaine est la dernière grande période de l'Histoire, nous la ferons débuter avec la Première Guerre mondiale et s'étendre jusqu'à nos jours.

 

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La Guerre des Malouines

 
 

C'est en partie par le nationalisme argentin que la guerre qui opposa ces derniers aux britanniques s'explique. Intransigeant sur l'appartenance d'un territoire qu'ils qualifient d'«usurpé» par l'Angleterre (au XIXe siècle). Ce sont les dictateurs militaires argentins, motivés par le souci d'offrir à leur peuple ce qui devait constituer une reconquête facile que se fonde l'entrée en guerre; mais le calcul des militaires argentins se révélera bien mauvais. Le rapport des forces et surtout le caractère de la «Dame de fer», Margaret Thatcher, Premier ministre conservateur depuis 1979, ne semble pas avoir été justement mesuré par la soldatesque argentine. 

Margaret Thatcher, dont l'autorité intérieure était quelque peu ébranlée par de premiers résultats économiques médiocres et un taux de chômage croissant, et qui, à l'extérieur, avait consenti trois ans plus tôt à forcer la main aux colons blancs rhodésiens malgré l'intransigeance de sa droite impérialiste, fit preuve d'un nationalisme égal à celui de ses adversaires. Et elle su consentir un effort financier et naval inattendu par son ampleur et qui fut d'autant plus coûteux que les Britanniques furent totalement surpris par l'incursion argentine: lord Carrington, secrétaire au Foreign Office, paya de sa démission la mauvaise information de ses services.

La guerre se résuma en une occupation très rapide de l'archipel par les Argentins, à partir du 2 avril 1982, et par une opération aéronavale de reconquête qui s'acheva, le 15 juin, avec la reddition de la garnison argentine de Port Stanley. Les Britanniques bénéficièrent de nombreux soutiens diplomatiques et stratégiques. Dès le 3 avril, le Conseil de sécurité des Nations unies, à l'écrasante majorité de dix voix contre une (Panama), les puissances communistes et l'Espagne s'abstenant, avait donné raison aux thèses anglaises et appelé à une négociation après retrait des forces d'invasion. Une semaine plus tard, la Communauté européenne décrétait un embargo général sur les ventes d'armes à l'Argentine et sur les importations argentines dans la C.E.E. Et si les Argentins surent utiliser parfois avec succès des missiles air-mer fournis auparavant par la France, les Anglais purent déployer une flotte de porte-engins et de croiseurs avec le total soutien des États-Unis. Parmi les opérations les plus importantes, on relève, le 2 mai, la destruction du plus gros navire de bataille argentin, le Belgrano, coulé à la limite de la zone de guerre de 200 milles proclamée par le Royaume-Uni pour isoler les Malouines. Les opérations, auxquelles participa un fils de la reine Élisabeth, le prince Andrew, coûtèrent à l'Angleterre 255 morts et 777 blessés, des dépenses de 700 à 900 millions de livres (les estimations divergent) pour l'année budgétaire 1982-1983 et l'engagement d'en dépenser au moins 600 millions chaque année suivante pour éviter le retour d'un risque d'invasion. Cela pour protéger une communauté de l'ordre de quatre mille habitants à des milliers de kilomètres de la métropole.

   

Un tel effort s'explique par l'obstination même du Premier ministre qui, malgré la nomination de Francis Pym au Foreign Office, a personnellement supervisé le déroulement des événements en s'appuyant sur une cellule de crise constituée au 10, Downing Street. Il n'a pourtant été possible que par la vague d'émotion populaire et le renouveau nationaliste dans l'opinion: ils ont permis de faire face aux critiques virulentes de l'opposition travailliste. La victoire doit aussi quelque chose à la médiocre qualité de l'équipement de l'infanterie argentine débarquée, à la vétusté de la marine, seule l'aviation des agresseurs s'avérant active et redoutable.

La guerre a restauré la souveraineté britannique sur l'archipel, mais n'a pas mis fin à la revendication des Argentins: ceux-ci ne désespèrent pas de parvenir à obtenir par la négociation ce que les armes n'ont pas su conquérir. Les conséquences du conflit furent considérables pour les deux pays. En Argentine, la junte militaire a été discréditée et, l'échec militaire ajoutant ses effets à ceux de la crise économique et à l'horreur d'une dictature sanguinaire, elle a été amenée à se retirer et à rendre le pouvoir aux civils. La démocratie restaurée, les responsables de l'opération ont été condamnés par des tribunaux militaires.

- Margaret Thatcher auprès de soldats anglais blessés  -

 

L'«effet Malouines»

La popularité de la Dame de fer atteignit son zénith en Angleterre; elle est devenue un «sauveur» et, par un effet de grossissement étonnant, elle paraît avoir effacé des décennies de déclin impérial. Le Premier ministre su fort habilement utiliser ce capital de popularité: le 13 mai 1983, elle fit dissoudre le Parlement; le 9 juin, les élections générales lui valurent un triomphe, avec 397 sièges aux Communes au lieu de 339 quatre ans plus tôt. L'«affaire des Malouines» demeure un thème de controverses en Grande-Bretagne. Une Commission spéciale de conseillers privés (de la Reine), présidée par lord Franks, avait certes, dès 1983, déchargé Margaret Thatcher de toute responsabilité dans le déclenchement du conflit, tout en relevant l'étonnante impréparation et la désinformation de certains services après l'échec de négociations anglo-argentines en 1981. Mais d'aucuns ont reproché au Premier ministre, une fois la guerre commencée, une intransigeance «coupable»: la destruction du Belgrano a été assimilée par un député travailliste à un acte délibéré commis hors des eaux «protégées» pour rendre impossible toute négociation (les Argentins ayant alors déploré 370 morts et disparus). Aucune preuve n'a pu en être apportée.

 
 
 

Source :

Encyclopédie Universalis © 1998 Encyclopædia Universalis France S.A. 

 
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