Après la chute des
Hohenstaufen,
l'Italie, morcelée en une quantité
d'Etats petits et grands, prit le
visage qu'elle devait conserver
longtemps.
L'interrègne,
de 1250
à 1273, lui fut très
favorable; et, par la suite, les
empereurs se désintéressèrent de son
sort, car ils avaient renoncé au
rêve de l'empire universel depuis
l'échec de la politique des
Hohenstaufen. Ainsi, sans abandonner
formellement leur suzeraineté sur
Milan, la Toscane et la Savoie, ils
se retirèrent de la péninsule.
Depuis
Charles d'Anjou, la
France faisait des tentatives pour
reprendre en Italie la place qu'ils
abandonnaient, mais un succès
durable de cette politique était peu
probable, car les rois français
concentraient leur attention trop
uniquement sur les affaires
intérieures de leur royaume et
n'envoyaient dans la péninsule que
des forces insuffisantes. Ainsi
l'Italie put instaurer en toute
liberté sa politique particulariste.
La Maison d'Anjou et les Espagnols
se maintinrent à Naples et en
Sicile, comme la papauté au centre
du pays; le nord de la presqu'île se
partagea entre de petits princes et
des villes indépendantes. Ce n'est
que dans le domaine de la culture
que l'Italie connut une certaine
unité nationale; il lui fallait
attendre plusieurs siècles encore
avant de devenir un Etat unifié,
mais elle n'eut pas lieu d'en
souffrir.
Tandis que la Sicile, Naples, les Etats de l'Eglise,
la Savoie, conservaient leurs
institutions monarchiques, ailleurs,
en Italie, chaque ville importante
était devenue un centre politique.
Mais ces villes passèrent par une
transformation profonde; le
régime
communal, fondé sur des
principes démocratiques, qu'elles
avaient adoptés, fit place à
l'oligarchie,
voire même à la
tyrannie.
On vit apparaître une nouvelle forme
de gouvernement, la
Seigneurie,
alors que des familles isolées
trouvaient moyen de s'assurer le
pouvoir et de transformer l'ancienne
commune en un petit Etat à forme
plus ou moins monarchique. Le temps
qui s'écoula après la chute des
Hohenstaufen fut particulièrement
favorable à cette évolution. Dans la
plupart des villes, des rivalités et
des querelles malheureuses
divisaient la bourgeoisie; elles
eurent pour conséquence un
déclin de
l'esprit démocratique. Tandis
que les communes gaspillaient leurs
forces dans de petites guerres
parfaitement inutiles, les classes
inférieures de la population en
conçurent de l'aigreur. Dès lors,
elles abandonnèrent volontiers le
pouvoir à un personnage puissant qui
promettait de rétablir l'ordre et la
paix. Bientôt, chaque ville autonome
eut à sa tête un gouverneur:
seigneur, capitaine, gonfalonnier,
consul, recteur, qui exerçait la
tyrannie au sens antique du mot. Ces
« tyrans » entretenaient des luttes
partisanes, parce que, dans la
plupart des cas, ce furent des chefs
de partis qui parvinrent à s'élever
et à prendre le pouvoir en mains.
Pendant longtemps encore, on parla,
dans certaines villes, de «Guelfes»
et de «Gibelins»,
ces noms servant d'insulte, quoique
bien souvent on eût perdu de vue
leur origine.
Au cours des luttes qui opposèrent
les Italiens, quelques Etats
puissants prirent le dessus; ils
dominèrent l'Italie pendant
longtemps. Ce furent le
duché de Milan,
les républiques oligarchiques de
Venise
et de Florence,
les Etats de
l'Eglise et le royaume
aragonais des
Deux-Siciles. Une profonde
transformation d'ordre militaire
marcha de pair avec la décadence des
communes démocratiques. Au temps des
Hohenstaufen, la bourgeoisie versait
son sang pour conserver ses
libertés. Au
XVe
siècle, elle est tout occupée de ses
affaires et de ses plaisirs et ne
veut plus se battre. La guerre et la
politique concernent désormais le
gouverneur; d'ailleurs, il préfère
que ses sujets n'aient pas d'armes
et ne leur demande que d'obéir et de
payer. Pour ses guerres, il engage
des mercenaires. Ceux-ci se
recrutaient dans le pays et hors du
pays et demandaient, en échange de
leurs services, de l'argent et du
butin, aussi étaient-ils un terrible
fléau pour les contrées dans
lesquelles ils se battaient,
d'autant plus qu'ils n'étaient
soumis à aucune discipline. Leurs
chefs ou «
condottieri » étaient des
aventuriers qui faisaient de la
guerre une profession, recrutaient
eux-mêmes leur troupe et ne
manquaient ni d'autorité, ni de
talent militaire. Ils passaient
souvent d'un parti à l'autre,
réservant leurs services à celui qui
offrait les perspectives les plus
favorables. La guerre était devenue
un métier dont la solde et le butin
représentaient le salaire. Il arriva
que les condottieri furent assez
puissants pour s'emparer du pouvoir,
tel
François Sforza, le plus
fameux d'entre eux.
Italie du nord
Depuis le XIIe
siècle,
Milan était une
république autonome et démocratique.
Elle choisissait elle-même ses
consuls et ne laissait à
l'archevêque que l'ombre du pouvoir.
Au
XIIIe
siècle, deux partis se formèrent
dans la ville. L'aristocratie
gibeline se groupa autour de
l'archevêque, les classes
inférieures de la population, le
«peuple», étaient guelfes. Pendant
quelques dizaines d'années, elles
eurent le dessus et confièrent le
pouvoir à des membres de la famille
della Torre.
Puis, la fortune changea de camp;
excitée par l'archevêque
Othon Visconti,
la noblesse battit ses adversaires
en 1277. Dès lors, le pouvoir
appartint, presque sans
interruption, aux Visconti qui
imposèrent aux Milanais un régime
absolutiste. En effet, lorsqu'en
1330,
Azzone Visconti se fit donner le
titre de «seigneur», la
démocratie
milanaise prit fin définitivement.
Et quand, en 1395,
Jean-Galéas
Visconti acheta à
l'empereur Wenzel le titre de duc,
cela ne changea rien à une situation
déjà acquise. Il avait usurpé le
pouvoir au mépris des droits de son
oncle Barnabo et fut le type le plus
parfait du tyran italien, un homme
de la Renaissance, dans le plus
mauvais sens de ce terme, avide de
puissance et de gloire, sans
scrupule, incroyablement cruel. Son
duché comptait une trentaine de
villes et s'étendait des Alpes
centrales à Bologne et d'Alexandrie
à Belluno. C'est lui qui fit
construire le dôme de Milan
et la
Chartreuse de Pavie.
Il eut pour successeur, en 1402, le faible Jean-Marie
Visconti, sous le gouvernement
duquel le duché de Milan connut la
décadence. Mais, après lui,
Philippe-Marie (1412-1447) le releva
avec l'appui d'une armée mercenaire
qui conquit presque toute l'Italie
septentrionale. Gênes même tomba
pour un temps sous la domination de
Milan. Enfin, il sut s'attacher le
condottiere
François Sforza, dont
les tyrans se disputaient les
services. Il lui donna sa fille
illégitime en mariage et, comme il
n'avait pas de fils, lui promit sa
succession. Mais de grands troubles
éclatèrent à sa mort, tant étaient
nombreux ceux qui se croyaient des
droits sur Milan. Il y avait, en
plus de François Sforza, le duc
Charles d'Orléans, le
duc de Savoie,
le roi d'Aragon et
Venise. Les
Milanais formèrent ce qu'ils ont
appelé la « république ambrosienne »
et chargèrent François Sforza de les
défendre contre l'ambition de
Venise. Il remporta la victoire,
puis se retourna contre les Milanais
et les contraignit à le nommer duc
de Milan en 1450. Grâce à lui, la
famille des Sforza arriva au
pouvoir, mais elle ne devait pas le
conserver longtemps.
Le fils de François, Galéas-Marie (1444-1476), ne fut
qu'une triste personnalité, un
monstre de cruauté et de débauche.
Il mourut assassiné et sa mère, Bona,
prit le pouvoir en mains, jusqu'à ce
que l'un de ses plus jeunes fils,
Ludovic « le More », le lui arracha
(1480). C'est de l'usurpation des
Sforza que dépend
l'intervention française avec toutes
les misères qu'elle infligea à
l'Italie. En 1500, Ludovic fut vaincu par le roi de France, qui lui
prit le
Milanais; pendant quelques
années, cette contrée fut l'objet de
la convoitise de plusieurs
puissances, jusqu'à ce qu'elle
tombât enfin aux mains des
Habsbourg.
D'autres villes lombardes devinrent, à leur tour, des
seigneuries. A Vérone, les
della
Scala prirent le pouvoir; à Ferrare,
les Este; à Mantoue, les
Gonzague;
mais ces petits tyrans furent
souvent entraînés dans l'orbite de
leurs voisins plus puissants, tantôt
en qualité d'alliés, tantôt comme
sujets.
Les ports de Venise, de Gênes et de Pise, comme nous
l'avons vu déjà, s'étaient
colossalement enrichis pendant les
Croisades, mais, ensuite, ils
s'entre-déchirèrent. Pise fut
anéantie à la suite de la guerre que
Gênes, d'abord, puis Florence, lui
livrèrent. Dès 1284, vaincue par
Gênes dans le combat naval de
Meloria, elle avait perdu son
autonomie et ses possessions en
Corse et en Sardaigne. Quant à Gênes
et à Venise, elles entretinrent
longtemps une rivalité haineuse,
sans que l'une d'elles parvînt
jamais à dominer l'autre.
Venise avait largement contribué à l'avènement de «
l'Empire latin
», et elle en
retirait de grands avantages. Gênes
soutenait les Paléologues et les
aida à reprendre Constantinople en
1261 ; elle eut, dès lors, dans le
Bosphore, une situation hors pair
qui excita la jalousie haineuse des
Vénitiens; elle les battit dans
l'Adriatique en
1298. Parmi les
prisonniers que les Génois
emmenèrent se trouvait
Marco Polo
qui dicta alors, à l'un de ses
compagnons de captivité, les
souvenirs de son voyage en Asie.
Dans ce temps-là, l'Italie n'était pas seulement
désolée par les guerres que les
villes se livraient les unes aux
autres. A l'intérieur même des
villes, des rivalités violentes
provoquaient des combats à main
armée. A Gênes, les
Doria et les
Spinola se disputèrent âprement le
pouvoir. Les sièges, les combats de
rue étaient choses fréquentes; les
adversaires se bannissaient
réciproquement;
Dante se fait l'écho
de ces misères quand il rapporte
l'épisode suivant de l'histoire de
Pise: le comte Ugolin de Gherardesca
s'était emparé du pouvoir à la suite
de la défaite de Maloria, et
l'archevêque Roger le fit arrêter et
enfermer avec ses enfants et ses
neveux dans un cachot où il les
laissa mourir de faim.
A Venise, la riche aristocratie commerçante sut, par
une suite de mesures adroites,
affaiblir les doges, ôter toute
importance aux classes inférieures
et s'assurer la haute main dans le
gouvernement. Depuis 1297, elle
réserva à ses membres le droit
exclusif de siéger dans le Grand
Conseil qui nommait les doges et
faisait les lois. Au Conseil des
Dix, institué en 1310, fut
confiée
la surveillance des doges et de tous
ceux qu'on soupçonnait capables de
chercher à nuire au gouvernement. La
république de Venise s'était
transformée en une
oligarchie
aristocratique.
Florence
En Toscane, l'évolution communale atteignit son apogée
au XIlle siècle. Ce n'est que plus
tard que les seigneuries se
formèrent. L'industrie et le
commerce avaient répandu l'abondance
au sein de la bourgeoisie. La ville
guelfe de Florence utilisa cette
richesse dans la lutte contre
Frédéric Il; mais, en
1260, les
Gibelins, c'est-à-dire les
aristocrates, prirent le dessus et
chassèrent les Guelfes. Ceux-ci
furent rétablis, en 1267, par
Charles d'Anjou. Les Gibelins
quittèrent alors la ville, qui
reconnut la suzeraineté du roi de
Sicile. L'avenir de Florence
dépendait désormais de la haute
bourgeoisie qui, en 1282, sut
s'assurer le pouvoir au détriment,
tout à la fois, des classes
inférieures et de la noblesse. La
politique de Florence lui valut des
succès brillants; elle étendit son
pouvoir sur toute la Toscane. Mais,
à l'intérieur de la ville, les
luttes
ne s'étaient pas calmées;
les anciens partis avaient seulement
changé de noms; les Gibelins et les
Guelfes étaient devenus les Blancs
et les Noirs. A la fin du siècle,
leurs rivalités faisaient rage.
Boniface VIII et Charles d'Anjou
avaient pris le parti des Noirs. Les
Blancs furent exilés en 1301 ;
parmi eux se trouvait Dante Alighieri, qui était l'un des six
prieurs ou magistrats; il voua une
haine tenace au pape, qu'il accusait
d'entretenir la discorde.
Une culture brillante se développa dans Florence. Des
noms comme ceux de Cimabue, Giotto,
Dante, illustrent cette époque. Le
régime bancaire prit un grand essor;
les Florentins devinrent les
banquiers et les prêteurs de la
moitié de l'Europe. Il fallut
agrandir considérablement l'enceinte
de la ville; la nouvelle muraille
fut terminée en 1327.
La grande époque de Florence est le
XVe
siècle.
L'oligarchie bourgeoise qui s'était
constituée en 1282 rencontrait
beaucoup d'opposition; ses
adversaires les plus acharnés
appartenaient à la famille des
Médicis.
Cosme de Médicis était un
grand homme, doué d'un sens
politique remarquable; il avait su
s'attirer la considération de ses
partisans. Son influence grandit
encore du fait que le chef de
l'oligarchie, Rinaldo Albizzi, le
fit arrêter, en 1433, en l'accusant
de concussion et l'exila pour dix
ans. Mais Albizzi eut affaire à
forte partie; ni son prestige, ni
son argent n'intimida ses
adversaires. En 1434 déjà, Cosme
rentrait à Florence triomphant et, à
son tour, bannissait son rival. Dès
lors et jusqu'à sa mort en 1464, il
se conduisit en dictateur, quoiqu'il
n'occupât aucune charge publique. Il
inspirait la politique extérieure et
exerçait une grande influence sur
celle de toute l'Italie. Il prenait
un intérêt très vif à l'art et à la
science, au service desquels il mit
sa fortune avec la libéralité d'un
grand seigneur; tout Florence suivit
son exemple. Laurent, petit-fils de
Cosme (Mort en 1492), lui succéda.
Quoiqu'il ne portât aucun titre, il
se comportait en prince; mais, au
début, son autorité était contestée.
En 1478, une conspiration fut ourdie
contre lui. Quelques familles de
l'aristocratie, parmi lesquelles se
distinguaient les
Pazzi, formèrent
le projet d'écarter les Medicis. Le
frère de Laurent,
Julien, fut égorgé
dans une église, tandis que Laurent,
blessé, trouvait un refuge dans la
sacristie. Il fit poursuivre les
conjurés; on se battit dans les rues
de Florence; dès lors, il fut le
maître incontesté de sa ville. La
conjuration n'avait aucunement
ébranlé sa situation, au contraire,
sa popularité avait encore grandi.
Les Florentins l'appelaient le «
Magnifique ». Poète et artiste
lui-même, il encouragea de toute
manière la vie artistique qui
naissait à Florence à cette époque.
Les Etats pontificaux
Les Etats de l'Eglise occupaient tout le centre de
l'Italie et s'étendaient de la
Campanie à Bologne, mais, depuis le
temps de Boniface VIII, les deux
familles rivales,
Colonna et
Orsini,
en avaient fait leur champ de
bataille. Toutefois, ce fut surtout
après le départ des papes pour
Avignon que le malheur accabla les
Etats de l'Eglise, et Rome plus
encore. Elle se dépeupla et
s'appauvrit et les Etats pontificaux
furent entièrement morcelés par des
aventuriers qui s'y taillaient des
domaines et prétendaient ensuite à
l'indépendance. Jean XXII eut à
livrer une guerre à Milan, Vérone et
leurs alliés, qui avaient cherché à
tirer profit de la faiblesse
politique de la papauté. Plus tard,
en 1327, comme nous l'avons déjà vu,
Louis de Bavière se présenta en
Italie, plein d'intentions
malveillantes à l'égard du pape,
mais, heureusement pour ce dernier,
la population le reçut avec
froideur. En 1330, la ville de
Brescia, en guerre contre Vérone,
appela à l'aide l'empereur Jean de
Luxembourg qui accepta de venir
tenter sa chance en Italie et soumit
un grand nombre de villes. Le pape
saisit l'occasion de manifester
ouvertement son opposition au parti
gibelin. On vit alors se produire
une chose surprenante; les
Guelfes
et les Gibelins conclurent une
alliance contre les Allemands.
Vaincu, Jean dut repartir pour
l'Allemagne (1333). Les Visconti
surent tirer parti de l'incident en
se faisant donner Bologne par le
pape.
Dans Rome même, le pape avait perdu son autorité, si
bien que n'importe quel exalté
pouvait espérer établir une
république romaine. Dans les Etats
de l'Eglise, les plus audacieux
faisaient ce qu'ils voulaient. Les
légats du pape étaient impuissants.
On se souvient pourtant des succès
que remporta le légat Albornoz qui,
de 1353 à 1363, rétablit
l'autorité du pape dans ses Etats,
reprit aux ambitieux, qui s'en
étaient emparés, les villes
pontificales et publia les «
Constitutiones » qui, jusqu'à
l'époque napoléonienne, servirent de
base au gouvernement des Etats de
l'Eglise. Mais après la mort d'Albernoz,
les choses se gâtèrent derechef, si
bien que, une fois de plus, le pape
Grégoire XI dut intervenir pour
remettre l'ordre et rappeler ses
droits. Durant la période du grand
schisme, soit pendant la première
moitié du
XVe siècle, les Etats
pontificaux ne connurent que les
guerres partisanes, les entreprises
des conquérants voisins, les actes
de violence; puis, ils furent
entraînés avec d'autres dans les
guerres qui se livrèrent autour du
royaume de Naples. Sur les ruines
laissées par cette lamentable
époque, les papes de la Renaissance,
à partir de Nicolas V (1447-1455)
durent construire une nouvelle Rome
et de nouveaux Etats pontificaux.
Italie méridionale
On se souvient comment, après le massacre des
Vêpres
siciliennes, Charles d'Anjou avait
dû quitter la Sicile sur laquelle le
roi d'Aragon élevait des
prétentions, et comment, après une
guerre de quelques années, la
paix
de Caltabelotta (1307) avait fait
de Frédéric d'Aragon le roi de
Sicile, laissant Naples et le sud de
l'Italie à Charles II d'Anjou;
comment enfin, on donna à ce dernier
une satisfaction en l'autorisant à
conserver à son Etat tronqué le nom
de « royaume de Sicile », tandis que
Frédéric se contentait pour le sien
du nom de « royaume de Trinacrie ».
Il y eut donc, dès lors,
deux
royaumes siciliens qui furent, tant
qu'ils durèrent, deux royaumes
rivaux.
Malgré tous leurs efforts, les princes angevins ne
furent pas capables de remettre la
main sur l'île qui resta
définitivement à l'Aragon. Parmi les
successeurs de Charles d'Anjou à
Naples, le deuxième, Robert, eut
seul quelque importance; il se mit à
la tête du mouvement guelfe qui
s'opposa à Henri VII. Après lui, le
royaume ne connut que le désordre,
la faiblesse, les actes de violence
jusqu'à ce que Ladislas de Durazzo,
descendant d'une branche cadette de
la famille d'Anjou, reprit la
politique de puissance de Charles
Ier et devint un adversaire
dangereux des Etats du pape qu'il
soumit presque complètement en 1408,
conséquence un peu lointaine, mais
incontestable du grand schisme. Le
royaume de Naples connut encore bien
des heurs et malheurs jusqu'en 1442;
cette année-là, le roi Alphonse II
d'Aragon parvint à s'en emparer et
obtint du pape Eugène IV qu'il le
lui abandonnât en qualité de fief de
l'Eglise. La domination angevine
dans le sud de l'Italie avait pris
fin. Déjà la dynastie régnante
s'était éteinte, la Sicile avait été
rattachée au puissant royaume
d'Aragon dont la richesse et
l'activité ne faisaient que croître.