L'attitude
des villes allemandes, au milieu du
XIVe siècle, met en évidence la
faiblesse de l'empire. Atteintes
dans leurs droits par les
dispositions de la
Bulle d'Or et la
politique égoïste des princes, elles
se rapprochèrent les unes des autres
pour conclure des alliances
étroites. La ligue des villes de la
Souabe s'allia avec celle des villes
du Rhin et plusieurs villes de la
Confédération suisse. Partout, ce furent les ouvriers,
organisés en confrérie, qui prirent
la tête du mouvement. Dès la moitié
du
XIVe siècle, ils s'étaient
soulevés, en plusieurs endroits,
contre la prétention des patriciens
à gouverner seuls les villes et leur
avaient arraché le droit de
participer au gouvernement. Le
mouvement se répercuta de proche en
proche tout au cours du siècle,
parti du sud de l'Allemagne, il se
répandit à l'ouest, puis au nord.
C'était une agitation sociale, aux
racines profondes, de la population
citadine. Les classes inférieures se
révoltaient contre les patriciens et
leur haine se manifesta aussi contre
les princes qui se solidarisaient
avec eux. Leur but dernier était de
voir toutes les villes pourvues
d'une complète autonomie et
transformées en
démocraties
corporatives. En conséquence, elles
déclarèrent la guerre à
l'aristocratie qui, de son côté,
avait conclu diverses alliances.
Les villes allemandes se trouvaient
dans une situation analogue à celles
des cantons confédérés, qui avaient
repoussé jusque-là toutes les
attaques des
Habsbourg; c'est sur
territoire suisse que les
adversaires se battirent pour
commencer. En
1386, la
bataille de
Sempach fut le
signal des hostilités. Les
Confédérés, vainqueurs d'une armée
de chevaliers autrichiens, s'en
trouvèrent fortifiés; pour la
première fois, la démocratie prenait
le dessus sur l'aristocratie. Les
villes allemandes, en revanche,
eurent peu de succès. Deux ans plus
tard, la ligue de Souabe essuya une
grave défaite, près de Döffingen;
celle du Rhin fut également battue à
Worms. Les villes n'en furent pas
anéanties pour autant. Elles
conservèrent leur autonomie, mais
elles durent renoncer à leurs ligues
et se plier à la politique des
princes. C'est à eux qu'appartenait
l'avenir, tout au contraire de ce
qui se passait en France.
Après que les Hohenstaufen eurent,
en faveur de leur politique
italienne, accordé aux princes
allemands tout ce qu'ils
demandaient, le pouvoir royal perdit
toute importance. Il n'est pas
impossible qu'au
XIVe siècle des
souverains énergiques et résolus
eussent pu le rétablir avec l'aide
des villes. Mais nous avons vu que
les personnages de cette trempe
firent défaut.
Charles IV, lui-même,
avec sa nature pacifique, renonça
d'emblée à la lutte; son fils et
successeur Wenzel, roi d'Allemagne
de 1378 à 1400
et roi de Bohême
jusqu'en 1419, ne devait pas agir
autrement; après avoir vainement
cherché au début à apaiser la guerre
des villes en proposant un
accommodement, il prit résolument le
parti des princes; mais ne joua
personnellement plus aucun rôle dans
l'affaire. Son incapacité, jointe à
son mauvais caractère, eut pour
l'empire des suites fâcheuses. Le
mouvement centrifuge et,
simultanément, le déclin de l'empire
s'accentuèrent. En 1395, Wenzel
accorda au gouverneur de Milan,
Jean-Galéas Visconti, le titre de
duc en échange d'une grosse somme
d'argent; cet incident met en
lumière le genre de politique que
menait Wenzel, à une époque où
l'Allemagne aurait eu besoin, à
cause de la confusion consécutive au
grand schisme, d'être dirigée par un
bras puissant. Le roi et la plupart
des prélats et des princes s'étaient
déclarés partisans du pape de Rome,
mais il n'y eut pas, de leur part,
une prise de position décisive. En
1400, les princes-électeurs
déposèrent Wenzel qu'ils rendaient
responsable de tous les malheurs
dont l'empire était accablé; c'était
une injustice; ils étaient eux-mêmes
pour beaucoup dans la situation dont
ils souffraient. A la place de
Wenzel, ils élirent l'électeur
palatin, Robert, homme honorable,
tout à fait impropre au
gouvernement. Wenzel ne voulut pas
renoncer à la couronne d'Allemagne,
si bien qu'au schisme pontifical
vint s'ajouter, pour les Allemands,
un schisme royal. Robert mourut en
1410. L'élection eut pour résultat
un double choix; deux nouveaux rois
furent intronisés,
Sigismond, frère
de Wenzel, et
Juste de Moravie.
Ainsi, pour un certain temps, il y
eut en Europe trois papes et trois
rois d'Allemagne.
A côté de ces difficultés, l'empire
eut de nouvelles pertes. La
Confédération suisse ne cessait,
depuis la bataille de Sempach,
d'étendre ses conquêtes sur la rive
gauche du Rhin, au détriment de la
maison d'Autriche. En outre, elle
exerçait une grande force
d'attraction sur ses voisins. C'est
ainsi que le Valais et les
Grisons,
sans demander à faire partie de la
Confédération, conclurent avec elle
des traités d'amitié et entrèrent
dans le cadre de sa politique.
Enfin, au début du
XVe siècle, son
ambition l'entraîna de l'autre côté
des Alpes et elle s'empara des
vallées du Tessin et de l'Adda.
Par l'alliance qu'ils conclurent en
1397, le Danemark, la Suède et la
Norvège firent à la
Hanse un tort
considérable; ce fut pour elle le
signal du déclin.
Enfin, c'est à cette époque que
l'Allemagne perdit presque
complètement les
territoires de
l'Est que les
chevaliers teutoniques
avaient si brillamment conquis et
colonisés. En 1386, le prince
lituanien, Jagellon, se fit
baptiser, puis son mariage lui valut
la couronne de Pologne. La Lituanie
et la Pologne formèrent dès lors un
seul grand royaume. Cependant, les
chevaliers teutoniques avaient perdu
toute raison d'être puisque leur
oeuvre d'évangélisation se trouvait
sans objet, dès que la Lituanie
avait adopté le christianisme. Ils
se laïcisèrent et s'amollirent. Ils
eurent à subir l'hostilité des
villes qui voyaient en eux des
concurrents. La noblesse de leurs
domaines se mit à conspirer avec les
Polonais. Enfin, la vieille haine
qui séparait depuis toujours
Polonais et Allemands provoqua une
guerre. En
1410, dans un grand
déploiement de forces, les armées
unies de Pologne et de Lituanie
pénétrèrent dans les territoires
soumis par les chevaliers
teutoniques qui furent écrasés à la
bataille de
Tannenberg. Seule la
forteresse de Marienbourg résista à
toutes les attaques. Les
conséquences de la guerre ne furent
pas seulement une perte sensible de
territoire, elle provoqua aussi la
décadence
de l'ordre et des
divisions. Le Grand Maître,
Henri de
Plauen, chercha à sauver ce qui
pouvait l'être encore et appela sous
les armes la noblesse et les
citadins ; il fut déposé par les
chevaliers, tandis que la
bourgeoisie, la noblesse terrienne
et même les évêques se donnaient au
roi de Pologne. Enfin, la haute
noblesse offrit de dégager l'Ordre
de la sujétion polonaise. Elle
s'unit en une ligue « prussienne ».
Il s'ensuivit une nouvelle guerre
qui dura treize ans et se termina,
en 1466, par la
seconde paix de Thorn. Les chevaliers teutoniques ne
conservèrent que la Prusse orientale
et encore durent-ils reconnaître la
suzeraineté de la Pologne, qui mit
la main sur tout le pays de la
Vistule, avec Thorn, Danzig, Elbing
et Marienbourg.