Après la mort d'Henri VII,
le trône d'Allemagne fut brigué par
un nombre considérable de candidats.
Philippe le
Bel, lui-même, souhaita
l'obtenir pour son fils Philippe de
Poitou et tenta de gagner à ce
projet le pape d'Avignon. En
Allemagne, les Habsbourg, les
Luxembourg, les Wittelsbach
cherchaient à faire valoir leurs
droits. On en vint à une
double élection qui
n'arrangeait rien. Une partie des
électeurs donnèrent leur voix à
Frédéric de
Habsbourg, fils d'Albert, les
autres au duc
Louis de Bavière, tandis que
le roi de Bohême,
Jean de Luxembourg,
refusait de se prononcer. Louis
avait obtenu le plus grand nombre de
voix, mais le principe de majorité
n'était pas forcément reconnu. Les
deux partis prirent les armes, ce
qui donna lieu à une
guerre civile.
Dans la bataille de Muhldorf en
1322,
Louis battit son adversaire et le
fit prisonnier. Plus tard, ils se
réconcilièrent; Frédéric mourut en
1330, au moment où le conflit
s'apaisait enfin.
Mais un ennemi beaucoup plus redoutable s'était dressé
devant Louis de Bavière, après
s'être immiscé dans la lutte pour le
trône d'Allemagne: c'était le pape
Jean
XXII, qui cherchait à
favoriser la politique française.
Ses efforts tendaient, au fond, à
empêcher toute
domination allemande en Italie.
Il s'en référait au vieux droit
traditionnel selon lequel le
gouvernement de l'Italie appartenait
au pape quand le trône impérial
était vacant. Donc, on en était
revenu à la question des droits de
l'empereur sur l'Italie, à laquelle
s'ajoutait maintenant celle du trône
de l'empire. Le pape prétendait
arbitrer cette dernière et réclamait
même le droit de sanctionner
l'élection. En 1323, il mit Louis de
Bavière en demeure de se justifier
pour avoir accepté, sans
l'assentiment du pape, le titre
d'empereur d'Allemagne et avoir
exercé de façon illégale les droits
royaux et impériaux. Une fois de
plus, on assista à
une lutte
entre le pape et l'empereur,
lutte sans issue, car ni l'un ni
l'autre des deux adversaires n'avait
de véritable autorité. Tout ce que
l'on avait vu au temps des
Hohenstaufen se reproduisit; le pape
excommunia l'empereur; l'empereur
insulta le
pape en l'accusant d'hérésie; enfin,
Jean
XXII déclara qu'il déposait Louis de
Bavière. Les sympathies de
l'Allemagne se partagèrent; toute la
population prit parti pour l'un ou
l'autre des adversaires, beaucoup se
laissant guider dans leur choix par
des intérêts égoïstes. Les
Franciscains, austères et
révolutionnaires, appuyèrent le roi
de leur autorité spirituelle. Un de
leurs amis,
Marsilius de Padoue, publia
un pamphlet sévère contre le pape et
les règlements ecclésiastiques. Il
refusait au souverain pontife non
seulement l'autorité sur les
princes, mais encore l'autorité
spirituelle. Il s'élevait contre la
prééminence du pape sur les évêques
et des évêques sur les prêtres,
contre l'idée d'une puissance
spirituelle chargée de pouvoir. Il
rappelait au clergé qu'il avait à
pratiquer la pauvreté apostolique et
ne devait posséder aucun bien
terrestre, déclarait que c'est à
l'Etat qu'appartient l'autorité sur
l'Eglise, la législation
ecclésiastique, le choix des
dignitaires, que ce n'est pas le
pape, mais les conciles qui fixent
la doctrine; que les conciles
doivent être convoqués par
l'autorité laïque, ce qui revient à
dire par le peuple qui est le
véritable dispensateur du pouvoir de
l'Etat. Semblables doctrines
préparaient un
bouleversement dans l'Eglise
et même dans le domaine politique;
elles étaient un signe précurseur de
la grande révolution du
XVIe
siècle. Marsilius
donnait à l'Etat une importance
considérable. C'est à lui,
disait-il, de se préoccuper de la
destinée terrestre comme de la
destinée future de l'homme. Le «
Défenseur de la paix » fut
sévèrement condamné à Avignon, mais
les idées qu'il avait répandues n'en
continuèrent pas moins à faire leur
chemin dans les esprits. Louis de
Bavière appela Marsilius à sa cour
et en fit son conseiller.
Les attaques du pape n'ébranlèrent pas la situation de
Louis en Allemagne, et les efforts
de la curie pour faire couronner un
prince français à sa place restèrent
vains. En dépit de toute cette
tension entre le pape et lui, Louis
voulut aller ceindre la couronne des
empereurs. En
1327, il se rendit en Italie,
avec une petite armée, et reçut
l'hommage des villes gibelines.
Puis, il se fit couronner à Rome par
un laïque, au nom du peuple romain.
On put croire que l'empire se
rétablissait, selon la conception
antique. Mais ce n'était qu'une
apparence. Il ne pouvait être fait
abstraction de la tradition
chrétienne. Louis s'en rendit si
bien compte qu'il instaura un
nouveau pape, le premier antipape
depuis longtemps. Quand les Romains,
qui s'attendaient à une campagne de
leur empereur contre Naples, ne
virent rien venir, ils se
détournèrent de lui et, devenus leur
risée, Louis et son pape durent
quitter la ville éternelle. En
Italie septentrionale, comme en
Allemagne, il ne rencontra plus que
méfiance.
Il chercha vainement à se
réconcilier avec Avignon;
Jean
XXII se montra inflexible. Mais,
dans la diète de Rense, sur le Rhin,
en 1338, les princes-électeurs,
soutenus par d'autres seigneurs
laïques et ecclésiastiques,
déclarèrent que l'empereur
qu'ils
avaient élu n'avait aucun besoin de
demander l'assentiment du pape. Un
peu
après, une autre diète, réunie à Francfort, affirmait dans
un document solennel que l'empereur
romain recevait sa puissance et sa
dignité directement de Dieu, et non
d'un pape.
Ainsi donc, et quoique Louis de
Bavière ne fût pas très aimé, ses
vassaux ne se détournèrent pas de
lui et défendirent âprement ses
droits contre les prétentions de la
curie. Ils nièrent même hardiment
qu'il pût y avoir un rapport de
droit quelconque entre la papauté et
la dignité impériale. A côté des
princes, le peuple allemand, et
surtout la bourgeoisie citadine, se
montra hostile au pape; on prit à
son égard une attitude indifférente.
L'Allemagne ne pouvait plus avoir
confiance dans un pontife qu'elle
voyait à la remorque de la politique
française, un pape qui ne pensait
qu'à amasser de l'argent et qui
employait, au service de ses
intérêts financiers, les armes
spirituelles de l'excommunication et
de l'interdit. La lutte que la curie
avait si malencontreusement et si
injustement engagée contre Louis de
Bavière n'a pas seulement provoqué
le déclin de
la puissance pontificale,
mais elle a gravement compromis
l'autorité religieuse de l'Eglise.
On s'aperçut peu à peu que le peuple
allemand s'éloignait de la papauté.
Les deux puissances universelles qui
avaient constamment collaboré durant
le moyen âge, malgré tous les
frottements qui se produisaient
entre elles, la
papauté et l'empire, se
séparaient
définitivement
l'une de l'autre. L'unité du
moyen âge se rompait.
Dans d'autres domaines, Louis ne connut guère de
succès; toute sa politique manquait
de fermeté et de constance. Il
rebuta les princes par la façon peu
scrupuleuse,
parfois violente, avec laquelle il
soignait les intérêts de son
patrimoine. Il annexa plusieurs
territoires, entre autres le
puissant margraviat de Brandebourg
et, sur la base de droits très
discutables, le Tyrol et la
Carniole. Cette tactique lui valut
la haine du
parti luxembourgeois que
dirigeait le roi
Jean
de Bohême. Il ne sut pas
conclure d'alliance avec l'étranger;
il s'y essaya pourtant mais, comme
il penchait tantôt pour la France,
tantôt pour l'Angleterre, ni l'une
ni l'autre de ces puissances ne mit
sa confiance en lui. Il ne parvint
pas non plus à faire la paix avec
Avignon. Enfin, le parti
luxembourgeois se rapprocha du pape
et obtint de celui-ci qu'il
encourageât les électeurs à choisir
un nouvel empereur. L'élu fut
Charles de
Luxembourg, fils
de
Jean
de Bohême et petit-fils d'Henri VII.
La guerre civile allait de nouveau
éclater en Allemagne quand Louis
mourut en 1347, Pour la seconde
fois, la maison de Luxembourg
accédait au trône; une ère brillante
s'ouvrait pour elle.