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Le
fils de
Philippe-Auguste,
Louis VIII
(1223-1226), n'eut pas le temps de
donner sa mesure. Pourtant, son
règne de trois ans a laissé des
traces qui ne sont pas négligeables,
car, en plus de ses succès
militaires, grâce auxquels il ouvrit
au royaume le chemin du Midi, il
inaugura une coutume importante en
donnant à ses fils la souveraineté
sur certains domaines du patrimoine
capétien (apanages).
L'exemple venait d'Henri
ler qui avait cédé la
Bourgogne à son frère Robert. Louis
VIII donna le comté d'Artois au
prince Robert, celui du Poitou au
prince Alphonse et celui d'Anjou au
prince Charles qui devait, plus
tard, s'illustrer encore d'autre
façon. Il
détruisit ainsi l'oeuvre
centralisatrice de Philippe-Auguste,
d'une façon qui n'était pas sans
danger pour l'unité du royaume,
ainsi qu'on le verra au XIVe siècle.
A sa mort, il laissa pour successeur
un enfant de douze ans,
Louis IX.
La minorité de l'héritier du trône
représenta toujours un danger. Pour
la France d'alors, elle menaça de
tourner à la catastrophe. Les grands
vassaux cherchèrent à utiliser les
circonstances pour entraver le
mouvement de centralisation du
royaume. Un
certain nombre de barons, dont
plusieurs appartenaient à la haute
noblesse, se liguèrent contre la
maison royale. Influencés par
les événements d'Allemagne, ils
songeaient à reprendre la couronne
aux Capétiens pour l'offrir à
quelque autre ; l’histoire de la
France faillit en recevoir une
orientation toute différente. Mais
tout cela fut évité grâce à une
femme de noble caractère et de
grandes capacités, la reinemère,
Blanche de
Castille, qui fut assez
adroite pour défendre la couronne et
conserver à son fils l'héritage de
Philippe-Auguste. C'est sous sa
régence que la
guerre des
Albigeois prit fin et,
grâce à elle, de façon très
favorable à la couronne.
Raymond VII
se présenta devant le
portail de Notre-Dame, pieds nus et
en chemise, pour faire pénitence et
jurer fidélité à l'Eglise. Puis,
lors de la Conférence de Paris, en
1229, la paix fut conclue à des
conditions qui valurent à la
monarchie de grands gains
territoriaux : les territoires de
Nîmes, Beaucaire, Béziers,
Carcassonne, soit, en fait, tout
l'ancien duché de Narbonne, entre le
Rhône et les Pyrénées. Le royaume
atteignait ainsi la Méditerranée.
Alphonse de
Poitiers, frère de Louis IX,
fut fiancé à l'héritière de Raymond
VII, en perspective du futur
rattachement à la couronne de France
de tout ce qui restait du comté de
Toulouse. Enfin, le comté de
Provence fut à son tour rattaché au
royaume par le mariage du roi. Il
épousa Marguerite, fille et
héritière du comte de Provence; elle
fut toujours, par sa piété, en plein
accord avec lui.
Au
moment où l'empereur
Frédéric II
incarnait la culture antichrétienne,
à ses débuts, Louis IX présentait
l'idéal du roi chrétien, du
roi-prêtre, car, aux plus belles
qualités de ses prédécesseurs, il
ajoutait la sainteté; grâce à lui,
le royaume de France se trouva, et
quelle qu'ait pu être la conduite de
ceux qui le gouvernèrent par la
suite, nimbé d'une sorte d'auréole
sacrée, qui lui valut
toujours une considération
particulière. Le caractère de Louis
IX était un heureux mélange de
sévérité et de bonté, de dureté et
de tendresse, de gaîté et de piété
profonde. Toute sa conduite était
inspirée par sa foi religieuse. Il
vivait comme un moine, en ascète. Il
portait la haire et se faisait
donner la discipline tous les
vendredis. Il pratiquait la charité
chrétienne dans une mesure telle
qu'on peut le comparer, sur ce
point, à son contemporain,
François
d'Assise. A côté des
institutions charitables qu'il fonda
pour les indigents, les malades, les
aveugles, comme pour les étudiants
pauvres, il voulait, en apôtre du
Christ, se mettre lui-même au
service des miséreux; il les
accueillait dans son palais, quelque
repoussants qu'ils fussent, les
servait à table et leur lavait les
pieds.
Il
cherchait tout autant à mettre son
activité politique en accord avec sa
foi et tenait fermement en mains les
rênes du pouvoir, qu'il avait le
souci d'augmenter encore, mais
seulement par des moyens équitables;
jamais il ne mit l'Etat au service
de ce pouvoir; tout au contraire, il
en faisait un instrument utile au
bien-être de tous. Son règne ne
connut pas de conquête. Il ne prit
les armes que pour combattre les
infidèles, car son respect pour la
croix du Christ domina toute sa vie.
C'est aussi à des principes
chrétiens qu'il se conformait quand
il exerçait la justice. L'autorité
royale en fut considérablement
affermie, si bien que, sous son
règne, le royaume fit de
grands progrès
dans la voie de la centralisation.
De la sorte, Louis IX resta fidèle à
la politique de ses prédécesseurs ;
il construisit sur les bases posées
par Philippe-Auguste. Louis IX
étendit considérablement son
droit de
juridiction en exigeant qu'un
grand nombre de causes fussent
portées devant son propre tribunal,
toutes celles entre autres qui
concernaient les intérêts royaux,
celles qui touchaient au domaine de
la paix, d'autres encore. Plus tard,
le tribunal du roi devint aussi la
cour d'appel devant laquelle se
présentaient les seigneurs et les
baillis du domaine royal. Ainsi la
royauté grandit en considération,
d'autant plus que Louis rendait
lui-même la justice fréquemment et
qu'il avait la réputation d'un juge
rigoureusement impartial et
équitable. C'est sous Louis IX qu'on
commence à parler du «
Parlement
», désignant par ce mot la réunion
des vassaux et des juristes qui
formaient le conseil du roi. En leur
imposant des mesures sévères et des
procédés d'arbitrage, Louis fit de
grands efforts pour limiter les
combats qui mettaient les seigneurs
aux prises les uns avec les autres;
il restaura et élargit encore la
fameuse «
Quarantaine », instituée par
Philippe-Auguste et qui, dans
certains cas, obligeait à une
suspension d'armes pendant quarante
jours.
Malgré sa politique de paix, il
savait recourir aux armes quand le
besoin s'en présentait. Ainsi, en
1242,
il remporta la victoire de
Taillebourg
sur des adversaires ligués contre
lui et soutenus par l'Angleterre et
l'Aragon. Il chercha alors à tarir
la source des malentendus en
concluant un accord avec les
Plantagenêts.
Par la paix de Paris, il reconnut le
roi d'Angleterre,
Henri III,
pour son vassal, en qualité de duc
de Guyenne, il lui abandonna par
surcroît la côte de l'Atlantique,
entre la Charente et la Garonne et
des domaines royaux dans les
diocèses de Limoges, Cahors et
Périgueux et il obtint, en échange,
qu'Henri renonçât aux territoires
pris naguère par Philippe-Auguste
aux Plantagenêts : la Normandie,
l'Anjou, le Poitou et la Touraine.
Ainsi, la domination de la famille
royale d'Angleterre fut fermement
établie sur une partie de la France,
beaucoup plus petite cependant que
celle qu'elle avait possédée
autrefois. Louis IX conclut aussi
une paix avec le roi d'Aragon,
renonçant au Roussillon et à la
Catalogne, soit à l'ancienne Marche
d'Espagne, en échange de quelques
droits dans le Midi de la France. On
a beaucoup reproché à Louis IX
d'avoir été si conciliant; on est
même allé jusqu'à le rendre
responsable de la guerre de Cent
ans, sous le prétexte que s'il avait
eu l'esprit de ses ancêtres, il
n'aurait pas consenti à un
arrangement, mais employé sa force à
chasser les Plantagenêts hors de
France. Or, il est plus juste de
reconnaître que, si la guerre se
ralluma au siècle suivant, ce fut
précisément par la faute de ceux qui
ne partageaient pas ses vues
pacifiques.
Malgré toutes les expériences
malheureuses qu'on avait faites en
Terre sainte, l’idée d'une Croisade
subsistait encore dans beaucoup
d'esprits. La situation des
chrétiens n'avait fait qu'empirer en
Palestine. Ils se battaient souvent
entre eux et avaient fini par
s'allier aux Sarrasins de la Syrie,
contre le sultan d'Egypte,
Ejub.
Celui-ci appela à l'aide une
peuplade du centre de l'Asie et,
avec ce renfort, reprit Jérusalem
dont les chrétiens étaient parvenus
à s'emparer de nouveau (1244).
Les Asiatiques massacrèrent les
chrétiens; le Saint-Sépulcre fut
détruit, les ordres de
moines-chevaliers, dispersés.
Jérusalem fut
à tout jamais perdue pour les
chrétiens dont l'armée fut,
en définitive, et malgré le renfort
des Sarrasins, écrasée à Gaza. La
nouvelle de ces événements jeta la
consternation en Occident. Louis IX
était malade. Il fit le voeu, s'il
guérissait, de partir pour la
Croisade, et quand, dans les années
qui suivirent, il s'efforça de
rétablir la paix entre le pape et
Frédéric II,
ce fut surtout l'espoir qu'une fois
de plus un mouvement général des
peuples chrétiens se réveillerait en
faveur de la conquête des lieux
saints. Ses efforts échouèrent; il
ne rencontra en France que peu
d'enthousiasme pour la guerre
sainte, même dans son entourage.
Cependant, en 1248, il débarqua avec
cinquante mille hommes dans l'île de
Chypre, pour y passer l'hiver. Dans
sa ferveur et son ignorance des
choses de l'Asie, Louis IX envoya au
grand Khan des Mongols deux moines
et une chapelle pour l'inviter à
embrasser le christianisme et à lui
venir en aide contre les musulmans.
Au printemps de 1249, il fit voile
vers l'Egypte. Il débarqua à
Damiette
d'où il comptait marcher directement
sur le Caire. Mais il rencontra
presque aussitôt une armée
égyptienne qui l'obligea à la
retraite; il avait perdu beaucoup
d'hommes; ceux qui lui restaient et
lui-même furent faits prisonniers.
Il ne recouvra la liberté qu'au prix
d'une énorme rançon et après avoir
signé un armistice de dix ans. Ainsi
s'acheva la Croisade. Mais, tandis
que la plupart des croisés
regagnaient l'Europe, Louis IX
voulut rester en Terre sainte. Il se
rendit à Saint-Jean d'Acre. Malgré
quelques succès, il ne put mener la
guerre plus longtemps et quitta la
Palestine au printemps 1753.
Dans les années qui suivirent,
l'Etat chrétien de Palestine acheva
de se décomposer. Vénitiens et
Génois se battaient dans Saint-Jean
d'Acre;
Templiers et
Hospitaliers
se livraient des combats acharnés.
Enfin, le chef des Mamelouks,
Beibar,
qui s'était déjà emparé des
territoires musulmans, mit la main
sur les dernières villes
chrétiennes. Louis IX voulut tenter
quelque chose encore. Il convoqua à
Paris les grands du royaume et, la
sainte couronne d'épines en mains,
leur demanda de se croiser. La
mentalité des seigneurs français
d'alors nous a été révélée par la
plume des poètes et des chroniqueurs
du temps.
Rutebeuf a dit : «
Pourquoi aller
chercher Dieu si loin ? puisqu'il
est partout dans le monde, il est
certainement en France aussi
» et Joinville,
le biographe de Louis IX, rendant
compte d'un dialogue entre deux
chevaliers, fait dire à l'un des
deux : « Si le
roi prend la croix, ce sera pour
nous un jour fatal, car si nous ne
nous croisons pas, le roi nous en
voudra, et si nous nous croisons,
Dieu nous en voudra, sachant bien
que ce n'est pas par amour pour Lui
que nous l'avons fait, mais par
crainte du roi. »
Pourtant une nouvelle Croisade
partit dans l'été
1270.
Charles d'Anjou y prit part
dans un but intéressé. Il persuada
Louis de faire d'abord voile vers
Tunis dont l'émir, disait-il,
pouvait être converti à la religion
chrétienne, puis de partir de là
pour l'Egypte. En réalité, Charles
voulait profiter de l'occasion pour
obtenir de l'émir le paiement du
tribut arriéré auquel il était
astreint depuis l'époque des
Hohenstaufen. Mais, devant Tunis,
une épidémie
décima l'armée des croisés ; le fils
du roi mourut l'un des premiers,
puis le roi lui-même, le
25 août 1270.
Le lendemain de sa mort, Charles
débarquait à Tunis afin de
parlementer avec l'émir, non point
au sujet des lieux saints, mais pour
qu'il acquittât sa dette. Ces
négociations terminées à son
avantage, il ramena en France
l'armée des croisés.
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