On
voit que l'histoire des Croisades
est loin d'être toujours édifiante;
pourtant, la piété ne cessa jamais
de se manifester dans le royaume de
Jérusalem. L'institution des ordres
de moines-chevaliers, dont l'origine
remonte aux tout premiers temps des
Croisades, en fait foi.
Au sein de beaucoup de dureté et de
cruauté, le moyen âge ne perdit
jamais de vue
la loi d'amour que Jésus-Christ avait
donnée.
C'est pourquoi une série d'organisations
charitables virent le
jour. Elles avaient toutes,
conformément aux moeurs de l'époque,
un caractère
monacal. Puis, des nécessités
matérielles, l'obligation où l'on se
trouvait constamment de se défendre
les armes à la main, donnèrent
naissance à des confréries
religieuses, sous la forme d'ordres
de chevalerie.
Aux environs de
1120,
un certain nombre de chevaliers
français, établis en Palestine, se
constituèrent, en prononçant les
voeux ordinaires, en une communauté
destinée à la protection des
pèlerins. Leur résidence étant, à
Jérusalem, un ancien palais royal,
connu sous le nom de «
Temple de
Salomon », ils s'intitulèrent
« Templiers
». Le synode de Troyes (1128)
leur assura la reconnaissance de
l'Eglise et
saint Bernard
de Clairvaux leur donna
une règle. Bernard recruta un grand
nombre de moines-chevaliers en
France parmi la jeunesse noble, qui
s'enthousiasma pour le nouvel ordre,
dans lequel elle voyait réalisé, de
la façon la plus excellente, l'idéal
du chevalier chrétien. Les frères se
distinguaient par le port d'un
vêtement blanc orné d'une croix
rouge sur la poitrine. Bernard les
stimulait par ces mots: «
Réjouissez-vous quand vous survivez
à votre victoire, mais
réjouissez-vous encore davantage
quand la mort vous unit à Dieu.
» Le pape prit l'ordre sous
sa protection directe et lui accorda
de grands privilèges. Des gens pieux
lui firent présent de leurs biens,
de telle sorte que, à la fin du
XIIe
siècle déjà, en France comme en
Palestine, il se trouva pourvu de
riches propriétés. Leurs brillants
faits d'arme valurent beaucoup de
gloire aux Templiers, non seulement
en Terre sainte, mais aussi
en
Espagne et, plus tard, dans la
grande
bataille de Liegnitz, contre
les Mongols, en
1241.
C'est à peu près à la même époque
que l'ordre de
Saint-Jean ou des
Hospitaliers
devint fameux, quoique son origine
soit beaucoup plus lointaine. Sous
le patronage de saint Jean-Baptiste,
ces frères se vouaient aux soins des
pèlerins malades, dans un hôpital
installé à proximité du
Saint-Sépulcre. Un Français du Midi,
Bernard du Puy,
organisa l'ordre qui, au début, ne
se recrutait que parmi des prêtres
et des frères laïques. Ils
souhaitaient être les serviteurs du
Christ, des pauvres et des malades.
Ils ont formé le premier ordre
hospitalier connu; on possède encore
les statuts de leur hôpital - ils
ont exercé une influence notoire sur
le développement postérieur de
l'hospitalisation, pendant le moyen
âge. Peu à peu, l'ordre élargit le
cercle de son activité en offrant
ses services aux croisés et à tous
les pèlerins en général. Avec le
temps, il édifia des hospices au
bord des grandes routes et dans les
ports où les voyageurs débarquaient.
Et, comme les pèlerins étaient
fréquemment menacés dans leur corps
et dans leur vie,
les
Hospitaliers prirent à coeur de les
défendre par les armes et
s'organisèrent alors en un ordre de
chevaliers, sur le modèle des
Templiers. Enfin, les
chevaliers de
Saint-Jean formèrent une
classe à part au sein de l'ordre. A
leur tour, les Hospitaliers reçurent
des donations sous forme de
domaines. Entre les années 1306
et 1310,
ils firent la conquête de Rhodes,
qui devint ainsi un nouveau champ
d'activité. A l'époque de la
troisième
Croisade (1197), un groupe
d'Hospitaliers allemands se détacha
de l'ordre avec l'intention de
réserver ses services aux pèlerins
venus d'Allemagne. Ils formèrent une
troisième confrérie sous le nom de «
Chevaliers
teutoniques ». Ils
prirent exemple sur les Hospitaliers
en ce qui concernait les soins aux
malades, sur les Templiers, dans le
service des armes. Plus tard, ils se
répandirent en Europe et s'y
donnèrent pour tâche de soumettre
les populations encore païennes de
la Prusse et de la Lituanie.
L'ordre des
Lazarites, enfin, se
constitua en Terre sainte au
XIIe
siècle et s'y consacra aux soins des
lépreux. Son premier chef était
lui-même atteint de la lèpre. Avec
le temps, les Lazarites élargirent
le champ de leur activité; ils
constituèrent un ordre de chevaliers
qui se rendirent fameux par leur
courage, sans, pour cela, abandonner
le soin des lépreux.