ATRIUM - Histoire du Moyen Âge

Le Moyen Âge est la période comprise entre l'Antiquité et l'Age classique, c'est-à-dire allant de la chute de l'Empire romain (en 476) à la chute de l'Empire Byzantin (en 1453). C'est l'humaniste Giovanni Andrea qui utilisa pour la première fois le terme de "Moyen age" en 1469. Mais ce n'est qu'au cours du XVIIe siècle que le mot devint d'usage courant. Il était alors utilisé dans un sens dépréciatif et désignait le millénaire séparant la disparition de la culture antique et la Renaissance.

 

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Saint Bernard et la deuxième Croisade
 
 

Les rivalités, l'ambition, les mesquineries qui assombrissent l'histoire de l'Europe, au moyen âge, ne tardèrent pas à pénétrer également dans le petit royaume chrétien de Jérusalem. L'idéal religieux auquel il devait son origine n'était pas éteint, sans doute, et se manifestait même de bien des manières, mais les intrigues de famille, l'orgueil, la cupidité jouaient aussi leur rôle. Peu à peu, l'opinion s'était installée au sein de la chevalerie qu'il était honteux pour un chevalier de n'avoir pas fait un voyage cri Terre sainte et, de leur côté, les chevaliers qui séjournaient dans le royaume de Jérusalem pour un temps prolongé en tiraient vanité, à l'égard de ceux qui ne faisaient que le visiter. La cupidité des marchands italiens exerçait aussi une influence démoralisante. Enfin, Constantinople - non sans raison - réclamait la suzeraineté sur le royaume de Jérusalem, et la principauté d'Antioche était plus menacée par l'ambition byzantine que par les musulmans. Mais, surtout, les croisés s'étaient crus trop vite arrivés au terme de leur effort. Quelques-uns seulement avaient conseillé la conquête de la Mésopotamie, faisant preuve en cela, non d'une fantaisie débridée, mais d'un sens politique avisé. On ne les avait pas écoutés et pourtant il est bien évident que, pour n'avoir pas assuré sa domination sur les califes de Bagdad et du Caire, le royaume de Jérusalem était voué à une rapide disparition. Mais les rivalités qui divisaient les musulmans rassuraient les chrétiens. Les Fatimides, qui régnaient en Egypte, étaient hostiles au calife de Bagdad, qui s'était laissé dépouiller de son autorité par différents émirs qui, dès lors, s'étaient dressés les uns contre les autres. Mais l'énergique Atabeg Imadeddlin Zengi, de Mossoul, vainquit ces émirs les uns après les autres et, dès 1137, se tourna contre les chrétiens. A la fin de l'année 1144, Edesse tomba, Edesse qui couvrait la frontière orientale du royaume chrétien. Dès lors, la chute de Jérusalem rie fut plus qu'une question de temps.

Comme des appels au secours pressants parvenaient en Europe, le pape Eugène III mit tout son zèle à organiser une nouvelle Croisade. Il encouragea le roi de France, Louis VII, à en prendre la tête. Celui-ci accepta ce rôle d'autant plus volontiers qu'il espérait ainsi expier un crime dont le souvenir le tourmentait: l'incendie d'une église dans laquelle un certain nombre de personnes avaient cherché refuge. Puis le pape chargea Bernard de Clairvaux de prêcher la Croisade. Son succès ne faisait aucun doute. Il était respecté partout comme un prophète et un apôtre, et on lui attribuait un miracle. De lourdes responsabilités pesaient déjà sur ses épaules; pourtant, il n'hésita pas à assumer la mission qui lui avait été confiée. Il est vrai qu'il avait pour Eugène III, ancien moine de l'abbaye de Clairvaux, et l'un de ses anciens disciples, un attachement particulier. Il avait reproché aux cardinaux d'avoir placé sur le trône pontifical ce moine timide et conciliant, mais il le soutenait de tout son pouvoir. Il mit donc au service de la Croisade toutes les forces de sa riche personnalité et tout le feu de sa parole. Son succès fut incroyable. Le peuple et la noblesse accouraient à lui par milliers. Lorsque, à Vézelay, en Bourgogne, il parla en plein air devant une assemblée immense, à laquelle s'était mêlé le roi Louis VII, les assistants lui répondirent par le cri: « Des croix, des croix, qu'on nous donne des croix ! » Dans une conversation personnelle qu'il eut avec Bernard, l'empereur Conrad refusa d'abord de se croiser, prétextant que l'opposition des Welf exigeait sa présence dans le royaume. Le pape, d'ailleurs, désirait le retenir en Europe, à cause de la perpétuelle menace que les Normands faisaient peser sur l'Italie. Mais lorsque, quelque temps plus tard, faisant une tournée dans l'Allemagne occidentale et méridionale, Bernard rencontra l'empereur à Spire, il enleva sa décision. Pendant la messe, il se tourna brusquement vers Conrad, lui adressant personnellement un discours enflammé, tandis qu'il le regardait dans les yeux. L'empereur, avec larmes, se déclara prêt à se croiser. C'est à la fin de mai 1147 qu'il partit de Ratisbonne. La plus haute noblesse d'Allemagne l'accompagnait, dont son neveu Frédéric Barberousse, Henri Welf de Bavière, Henri Babenberg et un grand nombre d'évêques, parmi lesquels le fameux chroniqueur Othon de Freising. Suivant le Danube - une partie d'entre elle descendant le fleuve en bateau - l'armée, à laquelle s'étaient joints des Tchèques et des Hongrois, atteignit les Balkans. Les Français les suivirent de près par le même chemin. Mais, à Constantinople, les difficultés commencèrent. Négligeant l'avis de l'empereur Manuel, les Allemands s'obstinèrent à cingler vers l'Asie-Mineure par le plus court chemin; seul, Othon de Freising, à la tête d'une petite troupe, se décida à suivre la côte. Mais au bout de quelques jours, les Seldjoucides attaquèrent avec une telle violence que l'armée allemande dut se retirer; sa retraite ne fut rien moins qu'un combat défensif. A Nicée, elle rejoignit l'armée française. Diminuée d'une grande partie de son effectif, tombé sous les coups des Turcs, elle se dirigea sur Antioche par mer. Freising, lui, débarqua ses forces plus au sud. La vanité et la désunion des chefs de la Croisade vinrent tout entraver. Au lieu de secourir les points les plus menacés, Alep et Edesse, ils allèrent mettre le siège autour de Damas, puis, bridés par un accord secret conclu entre l'émir de cette ville et le roi de Jérusalem, ils renoncèrent sans autre à cette entreprise. Les deux rois d'Occident engagèrent alors leurs armées dans des aventures inutiles. Sur le chemin du retour, Louis VII partit pour la Sicile, accompagné d'Henri Welf, oncle d'Henri le Lion; il y conclut avec Roger II un pacte d'assistance contre les Hohenstaufen. Pendant ce temps, Antioche et Damas tombèrent aux mains de Nureddin, fils et successeur de Zengi. Le sort de Jérusalem se trouva fixé.

L'échec de la Croisade, entreprise avec tant d'enthousiasme, fit à l'abbé de Clairvaux une peine affreuse. Dans une lettre, il écrivit: « Malheur aux chefs responsables. Ils n'ont rien su faire de bon en Terre sainte. Dès que les premières hostilités ont pris fin, ils se sont hâtés de regagner leurs seigneuries, où ils se livrent à toutes sortes de désordres... Impuissants pour le bien, ils ne sont que trop puissants pour faire le mal ». La véritable cause de l'échec de la Croisade, c'est que l'enthousiasme ardent qui animait le pape Eugène et Bernard de Clairvaux manquait au coeur des croisés. Par sa prédication, Bernard, sans doute, avait allumé un feu qui s'était éteint trop vite.

A la même époque se produisirent d'autres petites entreprises guerrières que l'on peut, jusqu'à un certain point, considérer comme des Croisades, car un de leurs buts était bien l'expansion du christianisme. Une armée, composée d'Allemands, d'Anglais et de Normands, se rendit dans la péninsule Ibérique, en 1147, appelée par Alphonse de Portugal qui lui demandait de chasser les Maures de Lisbonne; elle y réussit. Albert l'Ours et Henri le Lion organisèrent une campagne contre les Wendes des bords de la Baltique, au cours de laquelle ils se mesurèrent aussi avec les Danois, dans des combats navals. Un détachement de l'armée marcha contre les Abodrites, un autre contre les Poméraniens. Mais la guerre se termina par de vagues compromis.

Le christianisme et la germanisation des peuples slaves de la frontière n'en progressa pas moins rapidement à partir de cette époque. Henri le Lion, sans aucun égard pour les droits de l'étranger, transforma son duché en un Etat important qui exerça sa force au détriment des Slaves. Il pénétra dans le pays des Abodrites et en Poméranie et encouragea la fondation de nouveaux évêchés à Oldenbourg, Ratzbourg et Mecklembourg. Quant à l'autre grand prince du Nord, Albert l'Ours, il s'assura, par des voies pacifiques, la possession du Brandebourg, compensation à la perte du duché de Saxe. Primislav, un prince de la race des Heveller, qui possédait le bassin de la Havel dont Brandebourg était le centre, le choisit pour héritier. A partir de ce moment (1150), il s'intitula souvent margrave de Brandebourg. Dans ces territoires slaves nouvellement acquis et qui étaient très peu peuplés, des paysans allemands furent établis systématiquement. Ils apportèrent avec eux les coutumes et le droit allemands. Le roi Conrad III ne prit guère part à cette expansion très importante de l'Allemagne vers l'est. Il mourut en 1152, sans avoir pu mettre à exécution un projet qu'il avait arrêté, d'accord avec le pape Eugène; il comptait se rendre à Rome pour y recevoir la couronne d'empereur et mettre un terme aux usurpations de Roger II. On ne peut refuser au premier des Hohenstaufen de la grandeur et de hautes capacités. Ses contemporains déjà en jugèrent ainsi. L'été de l'année suivante, le pape Eugène mourut à son tour. Les rébellions des Romains l'avaient obligé à passer hors de Rome la plus grande partie de son pontificat, mais il ne s'était jamais courbé devant ses adversaires. Quelques semaines après lui, son grand maître Bernard de Clairvaux mourut aussi. Une grande foule se pressa à ses funérailles.

Avec lui disparut l'une des grandes personnalités du moyen âge. Son biographe, Vacandard, a dit de lui: « La joie sur son visage, la modestie dans son maintien, la prudence dans ses paroles, la sobriété dans ses actions. » Il fréquentait les cours des princes, apaisait les pires conflits, dirigeait le pape par ses conseils et, de la sorte, toute la chrétienté. Tout cela l'obligeait à une activité extérieure considérable, qui, souvent, l'effrayait lui-même, mais qui n'était que la manifestation visible de sa profonde vie intérieure. Il resta, dans toute l'acception du mot, un véritable moine, qui châtiait son corps et dont l'âme était en communion constante avec Dieu. Après s'être acquitté des missions nombreuses dont il était chargé, il regagnait immédiatement son couvent. Aucun succès ne l'amena à perdre son humilité, si bien qu'il a pu dire sur son lit de mort: « je me suis toujours appuyé sur le jugement des autres, plus que sur le mien propre. » Malgré une ascèse austère, il ne perdit jamais son individualité, ni les dons qu'il devait à son caractère. Sa parole et son tempérament sont purement français, et, sous plus d'un rapport, il est l'enfant de son époque. Malgré ses dispositions à la douceur, il pensait que l'usage des armes était nécessaire contre les hérétiques obstinés. En dépit de fréquentes pénitences, il ne put jamais dompter sa nature emportée. Il pouvait prononcer des paroles d'une dureté inouïe, discuter avec violence, lâcher la bride à son indignation. Et pourtant, il resta toujours sensible, distingué; il ne connaissait pas la haine et se laissait conduire par l'amour.

 
 
 

Bibliographie

E-Th. Rimli, coll. Histoire universelle illustrée Editions Stauffacher S.A

 

 

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