ATRIUM - Histoire du Moyen Âge

Le Moyen Âge est la période comprise entre l'Antiquité et l'Age classique, c'est-à-dire allant de la chute de l'Empire romain (en 476) à la chute de l'Empire Byzantin (en 1453). C'est l'humaniste Giovanni Andrea qui utilisa pour la première fois le terme de "Moyen age" en 1469. Mais ce n'est qu'au cours du XVIIe siècle que le mot devint d'usage courant. Il était alors utilisé dans un sens dépréciatif et désignait le millénaire séparant la disparition de la culture antique et la Renaissance.

 

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Sommaire >>> Histoire du Moyen Âge >>> Le XIIe siècle

La Reconquista espagnole aux XI et XIIe siècles
 
 

Le mouvement de résistance à la domination musulmane partit du nord de la péninsule Ibérique et, du VIIIe au XIe siècle, aboutit à la fondation des royaumes de Léon, Navarre, Aragon et Castille. De bonne heure déjà, des tentatives furent faites pour grouper en un tout ces divers Etats. Sancho le Grand de Navarre (mort en 1035) réunit sous son sceptre plusieurs territoires, à l'exception pourtant de la Galice et de la Catalogne, et s'arrogea le titre d'empereur. C'est, d'ailleurs, la seule fois que la Navarre a joué, au cours de l'histoire, un rôle de quelque importance. Sancho détruisit lui-même son oeuvre en partageant, avant sa mort, son empire entre ses fils ; mais celui auquel échut la Castille, Ferdinand Ier, dit le Grand (1035-1065), soumit une fois de plus presque tous les autres territoires, redonnant forme à un grand royaume. Alphonse VI (1073-1109), roi de Léon et de Castille, ouvrit l'ère des grandes conquêtes. Son armée franchit la Sierra Guadarrama, descendit la vallée du Tage et s'empara de Tolède, l'ancienne capitale des Wisigoths. Ainsi l'Espagne chrétienne gagna un nouveau point d'appui, solide bastion, face au sud de la péninsule.

L'avance chrétienne fut déterminée en grande partie par la décomposition du califat d'Espagne. En 1031, la domination des Omeyyades s'effondra pour faire place à une foule de petits émirs. Mais la prise de Tolède provoqua une grande émotion parmi les musulmans, qui décidèrent de chercher de l'aide en Afrique. Ils appelèrent à la rescousse les Almoravides, tribu fanatique et guerrière qui, sous la conduite de son chef Joussouf, avait fondé un royaume dans le Sahara et au Maroc. En 1086, ils infligèrent à Alphonse VI une défaite complète à Zallaca, dans le voisinage de Badajoz. Mais, heureusement pour les chrétiens, ils ne purent tirer parti de leur victoire. C'est à cette époque que Rodrigue Diaz de Bivar, le Cid (en arabe caïd signifie seigneur), rendu fameux par la légende, accomplit ses prouesses. Tombé en disgrâce auprès d'Alphonse VI, il se mit, quelque temps, au service de l'émir de Saragosse, s'empara de Valence et vainquit les Almoravides à plusieurs reprises. Il mourut en 1099.

Le réveil de la lutte contre les Maures d'Espagne coïncida, à peu près, avec le début des Croisades. Ce n'est pas un hasard. Non seulement il s'agissait d'un ennemi commun, l'Islam, mais, de part et d'autre, les mêmes mobiles religieux exercèrent leur influence. Naturellement, dans la Reconquista espagnole, le sentiment national joua un grand rôle. Elle n'était pas avant tout une guerre en l'honneur du Christ, mais bien une guerre de libération qui devait rendre le sol de l'Espagne à ses propriétaires légitimes. Les chrétiens ne perdaient jamais ce but de vue, malgré la rivalité, parfois sanglante, qui avait souvent opposé leurs divers royaumes les uns aux autres. Cependant l'idéal religieux, la certitude de livrer le combat de la foi, ne firent pas défaut chez les protagonistes de la Reconquista, mais, au début, ils pesèrent d'un moins grand poids que plus tard. C'est quand le renouveau spirituel dû aux Clunisiens et aux Cisterciens eut atteint l'Espagne, que l'enthousiasme des croisés se fut répandu au-delà des Pyrénées, que l'on commença à voir dans la Reconquista une guerre sainte. Sancho le Grand (970-1035) laissa intentionnellement pénétrer la réforme clunisienne dans les couvents de l'Aragon, d'où elle se répandit dans d'autres contrées encore. Au XIle siècle, des Cisterciens et des moines-chevaliers pénétrèrent en grand nombre dans le pays. Non seulement ils suscitèrent des relations spirituelles étroites entre l'Espagne et les autres pays d'Occident, mais ils animèrent d'un souffle nouveau l'esprit combatif des chrétiens d'Espagne. Les papes, de leur côté, travaillèrent à donner à la Reconquista l'apparence d'une Croisade. On se souvient, qu'en 878 déjà, le pape Jean VIII avait offert l'absolution et la perspective de la vie éternelle aux chevaliers qui prendraient part à la lutte contre les infidèles. Innocent II et Grégoire VII lancèrent aussi des appels dans ce but, et non sans succès. Plus tard, enfin, des papes, entre autres Innocent III, se déclarèrent partisans ardents de la Reconquista. La communauté d'esprit qui unissait alors la Palestine et l'Espagne est rendue manifeste par la fondation dans ce dernier pays d'ordres de chevaliers. Parmi eux, les plus fameux furent celui de Calatrava (1164), celui de Saint-Jacques de Compostelle (1170) et celui d'Alcantara (1213). A la même époque, deux ordres semblables naquirent au Portugal. Enfin, les Templiers furent très bien accueillis quand ils vinrent en Espagne offrir leurs services pour la défense de la foi et la lutte contre les Maures. Tout cela prouve que l'idéal des croisés soutenait les Espagnols au temps de la Reconquista, qui fut pour eux un devoir religieux autant qu'une tâche nationale. Leurs efforts et leur situation difficile eurent pour heureux effet d'éveiller un sentiment de solidarité entre les chevaliers des diverses parties de l'Europe. Dès le début du XIe siècle, des armées de volontaires vinrent d'un peu partout, mais surtout de France, offrir leurs services. Durant la seconde moitié du XIe siècle, déjà bien avant la première Croisade, puis durant tout le XIIe, des troupes de chevaliers français, parfois des armées entières, franchirent les Pyrénées afin de combattre en frères au côté des Espagnols.

C'est à des chevaliers français également que le royaume du Portugal doit son origine. Le comte Henri de Bourgogne, un Capétien, avait combattu sous les ordres du roi Alphonse VI de Castille et reçu de lui la main de sa fille et, en fief, le comté du Portugal, entre le Minho et le Douro. Sur le champ de bataille d'Ourique, après une victoire sur les Maures, son fils Alphonse se fit proclamer roi, en 1139, et se déclara indépendant. Pour affermir sa souveraineté, il s'adressa au pape qui lui reconnut le titre de roi en échange d'un énorme tribut. En 1147, avec l'aide de pèlerins revenant de Jérusalem, il s'empara de Lisbonne dont il fit sa capitale. Il fonda un nouvel ordre de chevaliers et il en appela d'autres dans le pays.

A la même époque, un autre événement important s'accomplissait à l'est de la péninsule. L'Aragon, qui avait été jusqu'alors un Etat continental, s'associa avec la Catalogne (1137) et, de cette façon, atteignit la mer. Il disposa dès lors de l'excellent port de Barcelone et se trouva en voie de devenir une puissance maritime. En effet, au XIIIe siècle, l'Aragon dominait le bassin occidental de la Méditerranée.

Après que les Almoravides eurent été anéantis, les Maures d'Espagne reçurent d'Afrique de nouveaux renforts. Ce fut en 1144 que les Almohades arrivèrent; ils formaient une secte fanatique et guerrière qu'avait fondée un « Mahdi ». Ils avaient subjugué le royaume marocain des Almoravides et réservaient le même sort à l'Espagne. Pendant de nombreuses années, les chrétiens perdirent constamment du terrain, ce qui s'explique en partie par leur désunion. Une armée castillane fut anéantie à Alarcos en 1195. Le calife victorieux se vantait déjà d'entreprendre une campagne contre Rome afin de châtier le pape. Mais, soudain, le vent tourna. En 1212, les forces unies d'Aragon, de Castille et de Navarre remportèrent à Navas de Tolosa, en Andalousie, une éclatante victoire sur une puissante armée arabe. Le pape Innocent III n'y avait pas peu contribué en s'interposant entre les rois ennemis d'Aragon et de Castille et en leur assurant des renforts d'Europe par un appel à la guerre sainte. Il fit suspendre dans l'église de Saint-Pierre les trophées de la victoire que lui avait envoyés Alphonse VIII, la tente de soie rouge et la bannière brodée d'or du calife. La bataille de Navas fut décisive; les Maures ne s'en relevèrent pas.

La Castille et l'Aragon récoltèrent les fruits de la victoire. Ferdinand III, le Saint (1217-1252), qui rattacha le Léon à la Castille, poussa jusqu'en Andalousie, s'empara de Cordoue en 1236 et fit planter une croix au faîte de la grande mosquée de cette ville. Les cloches que des prisonniers chrétiens avaient dû naguère transporter de Saint-Jacques de Compostelle à Cordoue, afin qu'elles y servissent de lampes dans la mosquée, furent rapportées par des prisonniers maures au sanctuaire national de l'Espagne. Le gouverneur de Grenade, à genoux aux pieds de Ferdinand, dut se reconnaître son vassal et l'aider à s'emparer de Séville en 1248. L'Aragon arracha aux Almohades toute la côte jusqu'au-delà de Valence; la Castille s'empara du territoire de Murcie, du Portugal et de la province méridionale d'Algrave; il mit, par cette conquête, le point final à son expansion territoriale. Il ne resta plus aux musulmans que Grenade avec une petite section de la côte jusqu'à Gibraltar. Ils s'y maintinrent jusqu'en 1492, grâce aux rivalités qui divisèrent les princes chrétiens.

 
 
 

Bibliographie

E-Th. Rimli, coll. Histoire universelle illustrée Editions Stauffacher S.A

 

 

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