ATRIUM - Histoire du Moyen Âge

Le Moyen Âge est la période comprise entre l'Antiquité et l'Age classique, c'est-à-dire allant de la chute de l'Empire romain (en 476) à la chute de l'Empire Byzantin (en 1453). C'est l'humaniste Giovanni Andrea qui utilisa pour la première fois le terme de "Moyen age" en 1469. Mais ce n'est qu'au cours du XVIIe siècle que le mot devint d'usage courant. Il était alors utilisé dans un sens dépréciatif et désignait le millénaire séparant la disparition de la culture antique et la Renaissance.

 

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En route pour Jérusalem...
 
 

Les causes des Croisades, dans lesquelles nous ne voyons souvent que des expéditions extraordinaires et aventureuses, sont de diverses natures et pas faciles à saisir. Leur origine première procède nettement d'un sentiment religieux profond. En effet, à la fin du XIe siècle, la piété dominait à tel point et de façon si générale l’esprit des Occidentaux, que tout les poussait à des actes religieux. Les Croisades devaient être une entreprise de l'Eglise en général, car, si le renouveau intérieur avait reçu des moines son impulsion première, il était devenu l'affaire de toute l’Eglise et le pape l'orientait. Ce sont les papes et les moines qui prêchèrent la Croisade; la chevalerie accepta le défi et passa à l'action. L'appel à la guerre sainte fut entendu d'un nombre toujours croissant de chevaliers.

Il semble que le monde de l'Islam ait été pour quelque chose dans l'éclosion, parmi les chrétiens, de la conception de la guerre sainte. En effet, depuis le VIIe siècle, c'était au nom du prophète que les musulmans attaquaient sans relâche les Etats chrétiens: l'Empire byzantin, la Sicile, les côtes de l'Italie et de la France, le royaume des Wisigoths d'Espagne. Pour eux, cette guerre assurait le salut de leur âme, elle était une affaire de foi, et, tout naturellement, une conviction analogue devait naître peu à peu chez leurs antagonistes chrétiens, qui se sentirent tenus à la résistance, non pas tant pour se défendre, eux et leurs biens, que pour défendre leur foi. Cela fut très particulièrement sensible en Espagne. Quand les musulmans considéraient la guerre contre les chrétiens comme un devoir et, sur les champs de bataille, se prenaient pour des héros de la foi, des sentiments tout à fait analogues animaient leurs adversaires. Mais il est bien évident que des mobiles humains jouèrent aussi leur rôle dans l'essor des Croisades. En Espagne, la ferveur religieuse se mêla au désir de chasser les musulmans hors du pays. Les Allemands, d'humeur guerrière, ne se laissèrent que trop volontiers enrôler dans la guerre sainte, à laquelle les poussait leur juvénile besoin d'activité. Leur esprit d'entreprise trouvait là une nouvelle et nécessaire satisfaction. Et l'on peut en dire autant des Normands qui n'avaient pas oublié le temps des Vikings. Ils prirent une part très active à la première Croisade, et ce sont eux qui alignèrent les forces militaires les mieux préparées, mais, en cela, plus que d'autres, ils ont été dominés par des mobiles humains: humeur guerrière, esprit d'entreprise, désir de domination. On peut dire que l'enthousiasme religieux qui provoqua les Croisades ne s'éteignit jamais, mais que, au cours de la guerre surtout lors des deux premières expéditions - des actions à la mode des Vikings et des combats de chevaliers indisciplinés ont bien souvent trouvé place.

En revanche, l'idéalisme le plus pur se retrouve chez les ecclésiastiques qui, par leur prédication, entraînèrent les foules; pour eux, seules comptaient la foi dans le Christ Rédempteur et la glorieuse obligation d'arracher les lieux saints aux mains des infidèles, de donner la sécurité aux pèlerins qui visitaient la Terre sainte, et d'assurer la victoire définitive de l'Eglise. Dans la masse des chevaliers et du peuple qui se précipitaient vers la Palestine passaient des courants divers. La conception naïve et superficielle que les peuples se faisaient du christianisme leur permettait d'associer sans difficulté des préoccupations toutes matérielles à un enthousiasme passionné pour la cause du Christ. Beaucoup pensaient, en se croisant, expier des fautes dont le souvenir les tourmentait ou mériter leur salut et satisfaisaient, du même coup, consciemment ou inconsciemment, leur goût de l'aventure et de l'entreprise. Et quelques-uns, sans doute, virent dans le départ pour la Croisade le moyen d'échapper à la misère qui régnait chez eux.

Pourtant, on aurait de la peine à comprendre que la lointaine Palestine ait tant occupé les esprits, si l'on ignorait combien, depuis longtemps déjà, les pèlerinages en Terre sainte étaient en honneur chez les peuples d'Occident. C'est par milliers que, chaque année, Français, Allemands et Anglais partirent pour la Palestine, malgré les dangers du voyage et la longue distance à parcourir, afin d'aller prier sur le tombeau du Sauveur. En 1064, l'archevêque Siegfried de Mayence conduisit en Terre sainte environ sept mille pèlerins. Aucun doute que le goût des voyages - très fort au moyen âge - n'ait aiguillonné les pèlerins, mais le zèle religieux était certainement prépondérant. Sous la domination des califes du Caire, les chrétiens furent longtemps tolérés en Palestine, où les pèlerins jouissaient même de certaines faveurs. Charlemagne, déjà, avait fait construire à Jérusalem une bibliothèque, une auberge française pour les pèlerins et, tout à côté, une église consacrée à la Vierge. Mais, depuis le Xe siècle, les chrétiens se trouvaient exposés à de grosses vexations, qui empirèrent encore après la prise de Jérusalem par les Turcs seldjoucides (1077). Des églises furent dévastées, des pèlerins et des prêtres maltraités et tués. A la nouvelle de ces faits, un cri d'indignation s'éleva en Occident, où les chrétiens ressentaient comme un déshonneur que le pays du Christ fût aux mains des infidèles.

Grégoire VII lui-même avait nourri l'espoir de prendre la tête d'une armée qui délivrerait l'Empire byzantin de l'occupation sarrasine, ferait rentrer les Grecs dans le giron de l'Eglise et mettrait les chrétiens en possession du Saint-Sépulcre. Mais il avait dû renoncer à la réalisation de son rêve, accaparé qu'il était par trop d'autres soucis. Il appartenait à Urbain Il, d'ailleurs tout pénétré, lui aussi, par l'esprit de Cluny, de donner consistance à l'idée de Grégoire. A l'occasion d'un concile, à Clermond-Ferrand, Urbain adressa aux assistants, dans un discours enflammé, une invitation à combattre pour la délivrance du Saint-Sépulcre, à quoi la foule répondit par les mots qui devinrent plus tard un cri de ralliement: « Deus le volt » (Dieu le veut). Le pape promit l'absolution complète à tous ceux qui prendraient part à l'expédition, avec des intentions pures de toute ambition, comme de tout esprit de lucre. Alors, des milliers firent le serment de répondre à l'invitation du pape et se firent attacher à l'épaule droite une croix, en signe de ralliement. Le plus zélé de tous fut encore l'évêque Adhémar du Puy que le pape plaça en qualité de légat à la tête de l'expédition. 

L'enthousiasme gagna bientôt les masses en France. En Normandie, l'ermite Pierre d'Amiens prêcha la Croisade avec feu. Il prit la tête d'une troupe nombreuse, exaltée et indisciplinée, qui partit la première, sans avoir fait aucun préparatif préliminaire. La plus grande partie de ces malheureux succomba dans les Balkans déjà à la faim et à des attaques hostiles. Les autres arrivèrent à Constantinople d'où l'empereur les fit volontiers transporter en Asie Mineure; là, ils tombèrent sous le sabre des Seldjoucides. D'autres troupes isolées connurent pareil destin. Pendant ce temps, en France, en Lorraine, en Italie, on s'armait avec méthode. Un groupe de Lorrains se rassembla autour du pieux et vaillant duc de Basse-Lorraine, Godefroy de Bouillon et de son frère, le comte Baudouin de Flandres. Les plus grands seigneurs prirent la tête des Français du Nord: Hugo de Vermandois, frère du roi de France, Etienne de Blois, beau-frère du roi d'Angleterre et le duc Robert de Normandie. Les Français du Midi marchaient sous la conduite d'un homme aussi puissant que pieux, Raymond de Saint-Gilles, comte de Toulouse et Provence. Ceux qui méritaient le moins l'absolution que le pape avait accordée par avance étaient les Normands d'Italie; leur participation à la Croisade fut visiblement provoquée par l'intérêt; ils espéraient faire de nouvelles conquêtes en Orient. Et, malgré les faibles forces qu'ils alignèrent, ils jouèrent un rôle important à cause de l'expérience qu'ils avaient acquise de la façon de combattre des Sarrasins desquels, depuis plus d'un demi-siècle, ils cherchaient à prendre le pouvoir dans le sud de l'Italie, en Sicile et dans les Balkans. A leur tête, se trouvaient Bohémond, duc de Tarente et fils de Guiscard, et Tancrède, son neveu.

Les croisés partirent, les uns par terre, les autres par mer, en différents contingents qui devaient se concentrer à Constantinople. C'était, pour l'époque, une armée énorme, encore que le chiffre de 300.000 hommes, dont on parlait alors, ait sans doute été très exagéré. La brusque apparition d'une pareille force armée venant de l'ouest fut pour Byzance une très désagréable surprise. La lutte contre les infidèles était là une affaire bien connue, mais qui dépendait de l'Etat, non de l'exaltation religieuse du peuple. Constantinople se considérait depuis longtemps comme la protectrice de la chrétienté en Orient, mais l'enthousiasme religieux de l'Occident ne trouva aucun écho dans l'atmosphère raisonnable de l'Empire grec. Pour Byzance, la Croisade représentait un problème politique. Les croisés voulaient simplement mettre la main sur des territoires qui lui avaient appartenu naguère et qu'elle n'avait pas encore pu récupérer. L'empereur d'alors, l'intelligent Alexis Comnène, était sur le point de reprendre aux Turcs l'Asie Mineure que ses prédécesseurs avaient perdue. On peut donc comprendre que l'arrivée des croisés l'ait beaucoup contrarié et n'ait éveillé chez lui que de la méfiance. Le fait enfin que, depuis 1054, l'Eglise de Constantinople s'était séparée de celle de Rome, ne faisait qu'empirer la situation. Après de longues négociations, l'empereur se décida à participer à la Croisade, à la condition que les chefs des Occidentaux reconnaîtraient sa suzeraineté sur toutes les conquêtes qu'ils feraient de territoires ayant jadis fait partie de l'Empire byzantin, et qu'ils lui prêteraient le serment de fidélité.

Des vaisseaux grecs transportèrent les divers contingents de l'autre côté du Bosphore. Au prix de privations terribles et en combattant sans cesse, les croisés traversèrent l'Asie Mineure, franchirent le Taurus et arrivèrent devant Antioche, qui était une place forte redoutable. Cependant Baudouin de Flandres s'était détaché du gros de l'armée; marchant vers l'est, il avait franchi l'Euphrate et occupé Edesse, faisant preuve d'une compréhension très vaste des intérêts vitaux de la Croisade. L'avenir devait lui donner raison, en effet, lorsque Edesse révéla toute son importance en fermant à Bagdad l'accès de la Palestine. Antioche résista huit mois. Lorsque enfin la ville - non la citadelle - fut prise, une armée turque arriva de l'est et assiégea les croisés dans leur conquête. Leur misère devint terrible. Mais un paysan français découvrit dans une église le glaive qui avait, affirma-t-on, percé le côté du Christ en croix. Ce que l'on crut être un signe du ciel ranima à tel point l'enthousiasme des croisés qu'ils tentèrent une sortie audacieuse et s'ouvrirent la route vers le sud par une bataille victorieuse. Alors, Bohémond de Tarente, prince normand brave mais égoïste, réclama Antioche comme son fief et s'y retrancha fortement, sans aucun égard pour les promesses faites à l'empereur de Byzance. Le reste de l'armée partit en direction de Jérusalem. Quand, enfin, les croisés aperçurent la ville sainte, ils éclatèrent en cris d'allégresse, tombèrent à genoux et baisèrent le sol. Ils assiégèrent la ville qu'ils prirent le 15 juillet 1099. Ils y pénétrèrent tumultueusement et firent un affreux massacre de la population.

Godefroy de Bouillon fut élu roi. Mais il estima ne pouvoir porter une couronne royale, là où son Maître avait porté une couronne d'épines, et il prit humblement le titre de « défenseur du Saint-Sépulcre ». Une armée de secours envoyée d'Egypte, fut battue; en revanche, la forteresse de Saint-Jean d'Acre résista à toutes les attaques. Alors, tandis que la plupart des croisés repartaient pour l'Europe, le nouvel Etat fut organisé à la manière féodale française, car, bientôt, ce furent presque uniquement des Français qui régnèrent à l'intérieur du pays; les Italiens s'établirent dans les villes de la côte. Comme Godefroy mourut déjà l'année suivante, son frère, Baudoin d'Edesse lui succéda. Il prit le titre de roi de Jérusalem et se comporta vraiment en roi, malgré l'exiguïté de son royaume. En effet, les trois principautés d'Edesse, d'Antioche et de Tripoli étaient presque indépendantes de Jérusalem. Cependant, si les croisés voulaient conserver leur conquête, des renforts d'Europe leur étaient absolument nécessaires. La propagande en faveur de la Croisade fut reprise en Occident. D'ailleurs, une fois la nouvelle de la prise de Jérusalem parvenue en Europe, beaucoup furent saisis du désir de participer à la grande entreprise. En 1101 déjà, une nouvelle Croisade fut organisée qui réunissait des forces d'une certaine importance. La haute noblesse d'Allemagne, de France et de Lombardie y prit part; parmi elle, le duc de Bavière Welf IV, l'archevêque de Salzbourg, Thiemo, le comte Guillaume d'Aquitaine et plusieurs évêques. Les contingents se rassemblèrent au-delà du Bosphore et pénétrèrent en Asie Mineure, répartis en deux armées qui avançaient l'une derrière l'autre; mais elles manquaient d'organisation et de discipline et furent complètement écrasées par les troupes musulmanes. Quelques-uns des chefs parvinrent à atteindre Jérusalem, déguisés en pèlerins, et de là rentrèrent chez eux. Les nombreuses femmes qui avaient accompagné la Croisade peuplèrent les marchés d'esclaves de l'Orient.

Cependant Bohémond, convaincu que, pour briser définitivement la puissance musulmane, il fallait une nouvelle grande armée chrétienne, quitta sa principauté d'Antioche et vint en Europe chercher du renfort. Il rassembla dans les Pouilles une majestueuse armée, issue de la noblesse de France et d'Italie. Mais, fidèle à la vieille politique normande, il voulut d'abord se servir d'elle pour anéantir les Byzantins qu'il haïssait. Par une subite volte-face, il la plaça vis-à-vis de l'Albanie et mit le siège, devant Durazzo. Mais il fut battu par une armée grecque, et obligé de conclure une paix humiliante. Il regagna les Pouilles, où il mourut en 1111, sans avoir revu la Terre sainte.

Peu à peu, les plus hardis projets des croisés s'effritèrent devant le manque de persévérance, l'imprévoyance et la déloyauté des chefs. Cependant, les Etats chrétiens, fondés en Palestine, se développèrent de façon assez satisfaisante. Les successeurs de Godefroy de Bouillon furent des hommes capables. Ils surent se défendre contre les attaques des émirs voisins qui, par bonheur pour eux, n'étaient pas unis. Dans les premières années, les villes de la côte, Césarée, Saint-Jean d'Acre, Beyrouth, Sidon, Tripoli, furent conquises séparément. Les routes conduisant de Syrie en Mésopotamie furent protégées par d'importantes forteresses. Mais tout cela engloutissait à mesure les renforts venus d'Europe. Des troupes isolées arrivaient souvent sur des vaisseaux-marchands des Pisans, des Génois et des Vénitiens. Ces villes commerçantes, auxquelles, plus tard, s'ajouta Marseille, prirent une part active aux Croisades, quoiqu'elles ne s'intéressassent guère à l'honneur du Saint-Sépulcre, mais bien à un commerce lucratif auquel le royaume palestinien offrait des possibilités considérables. Les marchands italiens établirent dans les villes de la côte palestinienne des comptoirs et des magasins et se firent garantir par les rois de Jérusalem toutes sortes de privilèges.

 
 
 

Bibliographie

E-Th. Rimli, coll. Histoire universelle illustrée Editions Stauffacher S.A

 

 

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Au moment où l'empereur Frédéric II incarnait la culture antichrétienne, à ses débuts, Louis IX présentait l'idéal du roi chrétien, du roi-prêtre, car, aux plus belles qualités de ses prédécesseurs, il ajoutait la sainteté; grâce à lui, le royaume de France se trouva, et quelle qu'ait pu être la conduite de ceux qui le gouvernèrent par la suite, nimbé d'une sorte d'auréole sacrée, qui lui valut toujours une considération particulière.

       
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