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Au
Xe siècle, la dynastie carolingienne
s'éteignit lentement, comme nous
l'avons vu dans un dossier
précédent. En France, sa place fut
prise par les
Capétiens, qui avaient acquis
peu à peu une certaine importance
comme comtes de Paris. La dynastie
fut fondée par
Hugues Capet,
élu roi en 987 par les grands du
royaume, surtout sur l'initiative du
haut clergé, car en France, comme en
Allemagne, l'Eglise était le
principal défenseur de l'idée
monarchique. Hugues Capet n'eut
qu'un semblant de pouvoir; lui et
ses premiers successeurs furent rois
en
France, plutôt que rois
de
France. Grâce au système féodal, les
fonctionnaires, naguère
destituables, étaient devenus, avec
le temps, propriétaires de leurs
fiefs et s'étaient pourvus de titres
de duc, comte ou vicomte. Plus les
Carolingiens perdaient de pouvoir,
plus les seigneurs se prenaient pour
de petits rois, qui étaient assuré
de l'hérédité de leurs fiefs et
possédaient leur administration
propre, leurs propres finances,
leurs propres tribunaux, donc
pratiquement la souveraineté sur
leur territoire. Ainsi se
constituèrent les duchés de
Normandie, de Bourgogne, de Guyenne,
de Gascogne, et, autour d'eux, une
série de comtés, puissants et
riches, Flandres, Champagne, Anjou,
Bretagne, au sud le margraviat de
Narbonne, enfin, la Marche de
Barcelone était encore considérée
comme un fief français. La puissance
effective du roi ne surpassait pas
celle des propriétaires de ces
fiefs, car elle se limitait au
comté de Paris,
étroite bande de terre qui reliait
la Seine et la Loire et comprenait
les villes de Paris et d'Orléans.
Et, dans ce domaine, étaient
disséminés beaucoup de
châteaux-forts qui n'appartenaient
pas aux Capétiens, mais qui
cherchaient à les braver. Le roi
n'avait presque pas d'autorité sur
ses vassaux. Enfin, il ne faut pas
oublier qu'une grande région de la
France actuelle, toute la partie
orientale au-delà de la Meuse, de la
Saône et du Rhône, faisait partie de
l'Empire d'Allemagne.
Ainsi, au début, la couronne ne
conféra aux Capétiens qu'un
titre,
mais d'une grande valeur, car à ce
titre se rattachait la vieille
conception impériale de la dignité
monarchique. L'archevêque de Reims
ressuscita l'ancienne coutume de
l'onction
et du sacre
qui avait presque la valeur d'un
sacrement et mettait une auréole
sainte au front des monarques. Si
bien qu'aux yeux du clergé et du
peuple, le roi était tenu en grande
vénération, comme dépositaire d'une
haute dignité. Les Capétiens surent
en profiter pour fortifier leur
position à l'égard du peuple, afin
qu'il les défendît contre les
prétentions de la noblesse et contre
les attaques des seigneurs pillards.
Dès le XIe siècle, ils encouragèrent
même le désir d'autonomie qui se
manifestait déjà dans les communes
urbaines. Le fait que, depuis le
début, la
couronne de France fut
héréditaire
favorisa
beaucoup le développement de la
dynastie capétienne. En
théorie, les grands du royaume se
réservaient le droit d'élection et
Hugues Capet, lui-même, fut un roi
élu, mais il sut conserver la
couronne dans sa famille en faisant,
de son vivant, oindre et couronner
son fils comme son successeur. Ce
procédé prit la valeur d'un usage
durable, sans que les rois aient eu
à l'imposer par la force. La chose
s'explique par le fait que les
Capétiens étaient des princes
faibles, qui ne paraissaient pas le
moins du monde dangereux à leurs
grands vassaux, tout au contraire de
ce qui se passa en Allemagne où la
jalousie des princes était
constamment tenue en éveil par les
puissants rois saxons et
franconiens, si bien que leur
opposition ne se calmait jamais
complètement, et qu'ils tenaient
beaucoup à leur droit d'élection.
La faiblesse des Capétiens eut pour
contrepoids la ténacité avec
laquelle ils édifièrent leur
royaume. Le successeur d'Hugues fut
son fils
Robert II le
Pieux (996-1031) qui
avait étudié à l'école de Paris,
auprès du célèbre
Gerbert,
devenu alors pape sous le nom de
Sylvestre II.
Il a la réputation d'avoir été un
prince pieux et bienfaisant, mais il
n'en fut pas moins excommunié pour
avoir répudié sa femme. Ce n'est
qu'après des années de résistance
qu'il se soumit enfin aux exigences
de l'Eglise. Quant au peu de
puissance dont il disposait, on en
trouve la preuve dans le fait qu'un
de ses grands vassaux a pu parler
avec mépris de la «
nullité du roi
». Et, pourtant, il avait en
vue l'affermissement du pouvoir
royal. Il mit des années d'effort à
acquérir le duché de Bourgogne. Mais
son fils et successeur,
Henri Ier
(1031-1060), ne sut pas le conserver
à la couronne et le céda à un frère,
Robert, qui fut le chef d'une
nouvelle dynastie du duché de
Bourgogne. Il ne sut pas non plus
empêcher le royaume d'Arles (vallée
du Rhône, comté de Bourgogne, Suisse
occidentale) de tomber aux mains du
roi d'Allemagne, si bien que ces
territoires, purement français
pourtant, furent pendant six cents
ans perdus pour le royaume de
France. C'est sous le règne d'Henri
Ier que fut brisée l'amitié qui
avait uni jusque-là les Capétiens et
les ducs de Normandie. Cette rupture
devait avoir des conséquences
considérables.
Henri
eut pour successeur son fils
Philippe Ier
(1060-1108), un homme sans
consistance et un jouisseur. S'il
était seul en cause, son règne ne
présenterait aucun intérêt; ce qui
lui en confère, c'est l'événement
qui prit naissance sur le sol de
France: la
conquête de l'Angleterre par le
duc de Normandie,
Guillaume
(1066), dont il sera reparlé plus
loin. Un grand vassal de la couronne
de France créa ainsi un Etat
puissant dont l'éclat devait faire
pâlir celui du royaume capétien. En
effet, le
royaume anglo-normand
constitua longtemps un grand danger
pour la France et devait déterminer
ses destinées politiques pendant
près de quatre cents ans. Dans le
reste de la France, aussi, une
humeur aventureuse et guerrière
poussait les chevaliers au-delà des
Pyrénées à des combats contre les
Maures, aux côtés des chrétiens
d'Espagne. C'est avec la même
vigueur débordante que la noblesse
française entreprit la
première
Croisade. Le roi Philippe
ne prit aucune part à ces divers
événements. En revanche, il eut à
souffrir, pour sa part, de la
Querelle des
Investitures. Il était
contemporain d'Henri
IV et guère moins
coupable que lui de simonie. Mais il
sut éviter que Grégoire VII ne prît
contre lui des mesures extrêmes en
témoignant une bonne volonté qui ne
l'empêchait pas de suivre son propre
chemin. Grâce au caractère
relativement bénin qu'elle eut en
France, la Querelle des Investitures
n'entrava pas le développement du
royaume des Capétiens, tout au
contraire de ce qui se passa en
Allemagne où le pouvoir royal sortit
affaibli de la lutte. Cependant,
Philippe Ier fut excommunié pendant
des années pour avoir divorcé. |